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Louis Lucien Lepoix
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Louis Lucien Lepoix, par lui-même, sur sa Harley-Davidson, alors qu'il travaille au CRAS en Allemagne 1945 Louis Lucien Lepoix part en Allemagne, où il travaille successivement chez le constructeur aéronautique Dornier Flugzeugwerke, puis chez Maybach. Il devient chef du département du CRAS (Centre de réparation automobile Sud), situé dans un bâtiment appartenant à Zeppelin. Il dessine à cette époque une carrosserie spéciale sur base Packard pour le Général Koenig.
Louis Lucien Lepoix dessine une voiture pour
le Général Koenig, sur base Packard 1947 Les industriels français sont peu intéressés par le design industriel. C'est pourquoi Louis Lucien Lepoix tente sa chance en Allemagne. Il installe son premier atelier à Friedrichshafen, dans un minuscule local. Là-bas, Louis Lucien Lepoix peut commencer à concrétiser les projets qu'il a initiés pendant la guerre. Il habille sa vieille BMW R 12 de 1934 d'une carrosserie très futuriste (bien qu'un peu lourde d'aspect), qui dissimule toutes les parties mécaniques, y compris le système d'échappement. Le designer souhaite protéger le pilote des intempéries et du froid, qu'il s'agisse de ses mains, de ses genoux ou de ses pieds. Il fait appel à trois tôliers pour l'aider à réaliser la carrosserie en aluminium. Cette moto se singularise aussi par une selle très novatrice en mousse et par ses coffres intégrés.
BMW R12 carrossée, Louis Lucien Lepoix, 1947 1948 Louis Lucien Lepoix réalise dans les ateliers de Spohn une voiture de sport sur un vieux châssis roulant de Simca 8, assisté par Franz-Josef Villing. Le carrossier prend en charge l'aménagement intérieur. La carrosserie Spohn a été fondée en 1920 par Josef Eiwanger et Hermann Spohn, associés à parts égales dans un atelier à Ravensburg. Spohn devient très vite le carrossier préféré de Maybach. L'entreprise travaille également pour d'autres marques de luxe telles qu'Hispano-Suiza et Cadillac.
Spohn Simca par Louis Lucien Lepoix - Source : https://www.coachbuild.com 1949 Avec sa Simca habillée par Spohn, Louis Lucien Lepoix se rend chez Bugatti à Molsheim pour présenter différents projets de conception contemporaine. Le directeur Pierre Marco apprécie ses créations et lui propose de prendre en charge la conception de la carrosserie de la future Bugatti. A cette époque, le métier de designer indépendant est quasiment inconnu en Europe. Quelques esprits originaux tentent pourtant de lui donner ses lettres de noblesse, comme Philippe Charbonneaux qui travaille notamment pour Delahaye. Chez Bugatti, un rôle similaire sera assuré par Louis Lucien Lepoix, alors âgé de 31 ans, commissionné pour étudier plusieurs carrosseries.
Le prototype du type 100 - Source : https://en.wheelsage.org Louis Lucien Lepoix conçoit deux esquisses pour une potentielle Bugatti 1 500 cm3, la première en novembre 1948, la seconde en mars 1949. En 1950, il réalise une nouvelle ébauche pour un projet de grande berline, qui servira de prototype d'étude pour la Type 101. Cette première expérience dans l'industrie automobile lui confère une certaine notoriété. La berline dessinée par Louis Lucien Lepoix prend forme à l'usine de Molsheim. Certains éléments de carrosserie sont produits par Spohn. La partie avant se caractérise par la position des phares, abrités sous une visière. Le prototype effectue de nombreux kilomètres à travers l'Alsace. Il sera ultérieurement repeint en ivoire, couleur sous laquelle il entrera au musée de Mulhouse. 1952 Le Maicomobil est surnommé " Trockenhaube " (sèche-cheveux) dans son pays d'origine et " Flying Dustbin " (poubelle volante) en Angleterre. Outre son carénage spacieux, l'engin possède un arrière en forme de tunnel dont le diamètre correspond exactement à celui de la roue de secours.
Maico Maicomobil, 1952 - Source : https://retro-futurism.livejournal.com Louis Lucien Lepoix collabore avec de nombreuses entreprises allemandes pendant la reconstruction, créant des scooters et motocyclettes pour des marques telles que Horex, Progress, Puch, Bastert et Walba. Parmi ses autres réalisations notables dans le domaine des deux roues figurent la Triumph TWN Contessa, les Victoria Nicky et Swing, la Kreidler Florett et le side-car Steib LS200. Si ce sujet des deux roues vous intéresse, vous pouvez consulter la partie Blog du site de François-Marie Dumas.
Horex Rebell, 1954 - Reproduction interdite
Horex Imperator, 1955 - Reproduction
interdite
Kreidler Florett Super, 1962 - Reproduction
interdite 1947/48 Louis Lucien Lepoix réalise une petite voiture de sport, la Champion CH-2. Elle pèse 224 kg et roule jusqu'à 90 km/h.
Champion CH-2 - Source : http://www.lepoix.info 1950 Louis Lucien Lepoix fonde son studio, Form und Technic, à Friedrichshafen. Sa première commande est un projet de petite voiture, la Svenska Champion. Ses moyens sont limités, il ne dispose que de deux ouvriers. L'histoire de la Champion prend sa source chez ZF (Zahnradfabrik Friedrichshafen), le célèbre fabricant de boîtes de vitesses, qui envisage de se lancer dans la construction de voiturettes. En 1946, ZF construit un premier prototype, mais la compagnie cède très vite les droits de fabrication à Hermann Holbein, un ancien ingénieur de chez BMW. Ce prototype, baptisé Champion, est comparable aux premières Mochet françaises. Il incarne le strict minimum automobile et est équipé d'un monocylindre deux temps de 196 cm3 installé à l'arrière, ce qui lui permet d'atteindre 50 km/h. Jugé trop rudimentaire, ce prototype sert de base au véritable modèle de production : la Champion 250. Le modèle de présérie est présenté en avril 1949. La production en très petite série ne démarre cependant qu'au début de 1950. Le monocylindre de la nouvelle Champion est un 248 cm3 qui développe désormais 6,5 chevaux. La vitesse maximale monte à 65 km/h, et la capacité du réservoir passe de 5 à 8 litres, portant l'autonomie à près de 200 km. Le petit roadster est assemblé dans une petite usine située à Herrlingen. Sa cadence de sortie reste modeste. La petite entreprise ne fabrique aucune pièce elle-même. Elle joue simplement au " Meccano " en assemblant des éléments achetés à l'extérieur, auprès d'une quinzaine de fournisseurs. Dès 1949, Holbein réfléchit à proposer un modèle plus étoffé. Il fait appel à Louis Lepoix, qui carrosse un châssis de Champion 250 en un élégant petit coupé. Cette carrosserie est jugée inadaptée car trop lourde pour le châssis bien frêle. Malgré cela, la ligne du coupé séduit un Suédois nommé Meuller. En mars 1950, Meuller expose la voiture au Salon de Genève et annonce qu'il va produire cette Svenska Champion dans son pays. Cette annonce rencontre un écho, mais l'initiative reste sans suite.
Champion Svenka, 1950 - Source : http://www.lepoix.info Cette expérience est cruciale et fait réaliser à Holbein qu'il doit revoir entièrement la conception de sa voiture s'il veut en dériver une version plus sérieuse. Pour ce nouveau modèle, il s'associe à la carrosserie Drauz, d'Heilbronn. Drauz conçoit un petit coupé original, caractérisé par des formes presque symétriques qui permettent de réduire au minimum l'outillage et les presses d'emboutissage. Ce modèle sera produit sous le nom de Champion 400. 1952 En 1952, le studio de design de Louis Lucien Lepoix est renommé FTI Design (Form Technik International) et s'installe à Baden-Baden. Il emploie alors moins d'une dizaine de collaborateurs. Dès cette nouvelle installation, son ascension est rapide. Le styliste français, dont la renommée ne cesse de grandir, commence à recevoir des commandes de tous les secteurs de l'industrie. 1956 De 1956 à 1983, FTI Design déménage et s'établit à Neuilly, en région parisienne. 1958 Le design officiel de la Simca 1000 est attribué à Mario Revelli de Beaumont. Cependant, Louis Lucien Lepoix a été consulté par Fiat/Simca en 1958 pour la conception d'une voiture familiale de classe moyenne. Bien que son projet n'ait pas été retenu tel quel, il semble que la Simca 1000 soit le résultat d'un amalgame entre les projets de Fiat/Simca et la proposition de FTI Design (Source : CDA).
Projet à la demande de Fiat/Simca, 1958 - Source : https://www.facebook.com/cardesignarchives 1961 Louis Lucien Lepoix conçoit un grand nombre de cabines de poids lourds allemands dans les années soixante, notamment pour Magirus et Henschel. Cette expérience acquise en Allemagne lui ouvrira par la suite les portes de Berliet.
Henschel HS 16, 1961 - Source : https://en.wheelsage.org Louis Lucien Lepoix dessine plusieurs éléments pour Berliet, mais sa contribution la plus notable est sans doute la cabine des Berliet GR/TR, présentée au Salon de l'automobile de Paris en 1970. Cette cabine, également connue sous le nom de cabine KB 2400, est révolutionnaire pour l'époque, notamment par sa conception basculante. Elle sera même choisie par Ford pour équiper son modèle Transcontinental.
Berliet TR 280, 1970 - Source : https://en.wheelsage.org 1962 Schlüter (1937/1993) adopte un nouveau design signé par Louis Lucien Lepoix pour ses tracteurs agricoles. Ces derniers se distinguent par un capot plus large et un logo facilement identifiable. Le S 450, d'une puissance de 42 ch, marque le premier jalon de cette nouvelle génération. 1965 De 1965 à 1977, FTI Design s'installe à Barcelone. 1967 Présentation du Steyr Universal, un monospace avant l'heure.
Steyr Universal, 1968 - Source : http://www.lepoix.info Louis Lucien Lepoix conçoit la série Steyr Plus. Introduite en 1967 à la foire de Vienne, cette série comprend initialement les modèles Steyr 30, 40 et 50. La caractéristique marquante de ces tracteurs est leur carrosserie angulaire. La couleur rouge traditionnelle est remplacée par un rouge et un blanc uniformes. D'autres modèles Steyr sont également dessinés par Louis Lucien Lepoix, comme les Steyr 540 Plus, 548 Plus, 568 Plus, 768 Plus, etc ...
Steyr 50, 1967/1971 - Source : https://en.wheelsage.org
Steyr 8075, 1983/1993 - Source : https://en.wheelsage.org 1968 Entre 1968 et 1975, Louis Lucien Lepoix agit en tant que conseiller auprès de la direction de la Régie Renault, orientant leur vision pour l'avenir de l'automobile. 1972 En 1972, Steyr-Daimler-Puch développe un prototype révolutionnaire d'autobus urbain doté d'un plancher surbaissé. Sa cabine monoplace est inhabituelle, rappelant celle des tracteurs portuaires. Deux critères clés ont prévalu lors de son étude : la réduction de la pollution et l'habitabilité. L'autobus est propulsé par un moteur bicylindre à plat Steyr-Puch de 643 cm3, habituellement monté sur le Haflinger, mais ici transformé pour être alimenté au gaz. Ce minibus peut accueillir 20 personnes, dont dix debout. Son accessibilité est facilitée par sa faible garde au sol. Mesurant 5,11 mètres de long, il peut atteindre une vitesse de 40 km/h. Les essais de ce véhicule innovant durent environ cinq ans, menant au lancement de la production en série en 1977. Les premiers prototypes sont équipés d'une entrée arrière.
Steyr City-Bus SC6 1972/1976 - Source : https://en.wheelsage.org L'autobus de série est doté d'une porte à deux battants à charnières sur le côté droit. Trois versions sont produites simultanément : les F55 et F65, équipés d'une cabine monoplace, et le F72, qui se distingue par un large pare-brise et un siège passager additionnel à côté du conducteur.
Steyr City-Bus F55 1977/1987 - Source : https://en.wheelsage.org
Steyr City-Bus F65 1977/1987 - Source : https://en.wheelsage.org 1973 Dévoilé au Salon de Francfort en 1973, l'Urbanix est un véhicule pensé pour la ville, dont la modularité permet divers usages. Sur un empattement de seulement 1,40 mètre, Louis Lucien Lepoix a conçu cette micro-citadine de 2,15 mètres de long. La partie mécanique est ingénieusement centrée entre les deux essieux, sous les sièges. Le prototype est équipé d'un groupe Volkswagen 1600 avec boîte automatique, bien que d'autres motorisations auraient pu être envisagées pour une production en série. En l'état, l'ensemble pèse 700 kg et atteint une vitesse de pointe de 120 km/h.
Urbanix - Source : L'Automobile Magazine, n° 328, septembre 1973 1974 Louis Lucien Lepoix fonde Lepoix System GmbH à Baden-Baden. Son objectif est de commercialiser ses propres recherches et études dans les domaines de l'éolien, du solaire et de l'hydroélectricité, qui sont alors ses nouvelles préoccupations, ainsi que les véhicules urbains respectueux de l'environnement. 1975 Lors du Salon de Paris 1975, Louis Lucien Lepoix dévoile la Shopi et le Ding (prononcé " Dingue "). La Shopi, à première vue une trois roues, est en réalité dotée de deux minuscules roues avant très rapprochées. Longue de 1,47 mètre, elle évoque une voiturette de golf. Elle se dirige au moyen d'un levier et peut atteindre 25 km/h. Propulsée par un moteur électrique, son prix est alors de 7 000 francs (à titre de comparaison, une Citroën 2 CV Spécial coûtait 11 852 francs).
Louis Lucien Lepoix Shopi - Source : https://smallcarsclub.com La Ding est un engin de conception plus déroutante. Si sa carrosserie en plastique moulé et ses sièges sont identiques à ceux de la Shopi, la Ding ne repose pas sur un châssis en acier. Elle est en effet suspendue à un robuste châssis/arceau de sécurité externe arqué, au bout duquel se trouve une roue unique. Son moteur électrique lui confère des performances similaires à celles de la Shopi. Son prix est fixé à 13 500 francs. Une commercialisation est envisagée pour 1977, mais, en fin de compte, ni la Shopi ni la Ding ne seront produites en série.
Louis Lucien Lepoix Ding - Source : https://smallcarsclub.com 1978 Lors d'une interview avec la Revue Automobile Suisse, Louis Lucien Lepoix décrit le fonctionnement de son entreprise, FTI, qui emploie une vingtaine de stylistes à Enghien-les-Bains, Barcelone et Baden-Baden. Louis Lucien Lepoix habite à Baden-Baden. Ces derniers sont répartis en petits groupes afin de maximiser leur créativité. Les collaborateurs, aux origines très diverses, possèdent tous une formation technique ou artistique et démontrent des aptitudes naturelles pour le dessin et la création. Cette organisation permet à l'entreprise d'élaborer simultanément de nombreux projets, tout en garantissant une rapidité d'exécution. L'objectif du studio est clair : à partir du cahier des charges d'un client, FTI se doit d'être plus agile et plus rapide que le département de style du donneur d'ordre. La production de Louis Lucien Lepoix est colossale, avec plus de 3 000 produits et environ 300 véhicules à son actif. Son engagement et son sens aigu de l'innovation lui ont valu 202 prix de design et le dépôt de 112 brevets tout au long de sa carrière. Louis Lucien Lepoix décède à Baden-Baden en 1998. Merci à Erika Kübler pour sa relecture. |