Mario Revelli di Beaumont

Mario Revelli di Beaumont - Italie - 1907/1985


Formation

Ecole Royale militaire de Nunziatella à Naples


Le comte Mario Revelli di Beaumont peut être considéré comme l'un des pères fondateurs du design italien. Même s'il est loin d'être le plus connu parmi les grands, son génie et son talent ont laissé une trace profonde dans le paysage automobile au coeur du 20ème siècle. Il est surtout le premier à avoir abordé ce métier de manière originale, en travaillant à son compte au service de nombreux carrossiers et constructeurs. Il combinait un sens artistique rare et un niveau de connaissances techniques impressionnant. Il n'en fallait pas plus pour séduire ses employeurs. Son intervention dans notre domaine de prédilection est plus le fruit du hasard que d'une réelle volonté de s'y engager. Ses premiers travaux sont réalisés sur la sollicitation de connaissances, qui conscientes de ses talents de styliste, lui demandent conseil pour habiller leurs propres voitures.

1907

Il naît à Rome le 25 juin 1907. Son père Abiel Bethel Revelli di Beaumont est un officier d'artillerie de l'Armée du Roi d'Italie, et concepteur d'armes automatiques, notamment du fameux Fiat Revelli Mod. 1915, première machine du genre.

1923/27

En 1924, Mario Revelli di Beaumont s'installe avec son frère Gino en tant que vendeur de motos. Parallèlement à ses études, il travaille à la conception de châssis pour ce type d'engin, toujours aidé par Gino. C'est avec ses motos que Revelli s'engage dans des courses amateurs, puis professionnelles. Il remporte notamment le GP des Nations 1925, et participe en 1926 aux Championnat moto italien de vitesse dans la catégorie des 500 cm3, compétition dans laquelle il termine deuxième. Sa carrière sportive est stoppée nette en avril 1927 après un accident qui le contraint à une longue convalescence.

A partir de 1925

L'industrie automobile provoque chez le jeune homme une véritable fascination, mais les formes désuètes de l'époque l'insupportent. Il s'en ouvre au carrossier Farina qui séduit par ses travaux - une série de croquis à la gouache - l'attache pendant plusieurs mois à son service. Parallèlement, il est amené à travailler pour le département des carrosseries spéciales chez Fiat - son père est un ami d'Agnelli - où il se consacre à la conception de modèles de luxe et de sport, en particulier les " Spyder " et " Coupés Royal " sur base 514, 521 et 525. Cela ne l'empêche pas de participer à l'étude de voitures de grande série plus accessibles. En 1935, il dessine l'étonnante Fiat 1500 aux lignes très novatrices pour l'époque, qui font passer d'un seul coup Fiat des caisses carrées aux formes inspirées du streamline. 


Fiat 1500, 1935

D'autres travaux portent sur le concept de la voiture monovolume. Ceux-ci demeureront longtemps sans suite. Ce n'est qu'en 1957 que Fiat lance la Multipla qui s'inspire des travaux de Revelli. Notre homme oeuvre aussi pour la division Fiat Aviazione pour laquelle il réfléchit à la conception des cockpits d'avions de chasse.


Etude d'un taxi électrique, 1940

Son indépendance d'esprit et d'action, sa connaissance de tous les grands noms de l'automobile et sa disponibilité à l'égard des nouveaux défis lui permettent de travailler autant en Europe qu'aux Etats Unis. Il apporte sa contribution aux grands carrossiers italiens : Bertone, Castagna, Cesaro, Garavini, Ghia, Montescani, Pininfarina, Viotti, Castagna, etc ...


Publicité du carrossier Viotti pour 1938 montrant l'étendue de ses possibilités sur base Lancia Aprilia, d'après les dessins de Mario Revelli di Beaumont.

Pour eux, il imagine de nombreuses voitures sur mesure (fuoriserie), pratique courante dans l'Italie des années trente, sur des châssis aussi réputés que ceux de Fiat, Alfa Romeo ou Isotta Fraschini. La tendance est alors aux lignes sinueuses et aérodynamiques, avec des carénages imposants. Mario Revelli di Beaumont sera l'un des meilleurs défenseurs en Italie de ce style flamboyant.


Alfa Romeo 6C 2500S de 1940 conçue par Mario Revelli di Beaumont pour Farina

Tout au long de sa carrière, cet inventeur né a déposé de nombreux brevets liés au monde de l'automobile : déflecteurs, verrouillage centralisé des portes, poignées encastrées, pare-chocs flexibles ou équipés de systèmes de protection en caoutchouc, etc ...

Pendant la guerre

Il traite en profondeur le thème de la traction électrique durant les premières années de la guerre. Malgré les difficultés du moment, il parvient à élaborer des projets complets jusqu'à la production de prototypes fonctionnels. On lui doit notamment en 1941 une voiture urbaine électrique à trois roues, l'Elettropatino.


Revelli Elettropattino 1941

Pendant le conflit, il adapte des véhicules civils à un usage militaire, profession dont il connaît bien les besoins. Pour le carrossier Viotti, il conçoit de nombreuses ambulances sur base Fiat 1100. Peu avant la fin de la guerre, il est fait prisonnier par les Allemands qui le soupçonnent en raison de son appartenance à la noblesse italienne d'être fidèle à la monarchie. Il est libéré peu après par les partisans.

Immédiat après-guerre

Il reprend ses activités de consultant à Grugliasco dans la province de Turin, et poursuit ses collaborations avec Fiat, Siata, Viotti, Moretti et bien d'autres. Avec Viotti il met à profit son expérience dans la conception d'ambulances pour imaginer une automobile plus fonctionnelle, aux usages multiples. Ses recherches se matérialisent en 1946 sous la forme de la Fiat 1100 Viotti Giardinetta, qui annonce la naissance des breaks modernes. C'est le premier " Giardinetta " en bois de l'histoire italienne, peu coûteux à produire avec sa carrosserie bois et acier (ce métal est rare au sortir de la guerre).


Publicité magazine de 1946 pour La Viotti Giardinetta

Pour son ami Giovanni Moretti, il imagine différentes carrosseries pour la Cita 350 présentée au Salon de Genève 1948. Le thème du break Giardinetta est de nouveau proposé.


Moretti La Cita Berlinetta et Giardinetta

L'activité de création de carrosseries sur mesure tend à s'éteindre à partir de la seconde moitié des années quarante. Non seulement le marché se réduit, mais Revelli exprime moins d'intérêt à travailler dans ce domaine, alors qu'il voit s'entrouvrir des perspectives bien plus larges dans la grande industrie automobile. Sa renommée a dépassé les frontières de l'Italie. Son carnet d'adresses fourni lui permet de nouer des contacts stimulants avec des industriels étrangers. 

1952

Harley Earl, patron du style de la toute puissante General Motors, l'invite personnellement à exercer ses talents à Détroit, à des conditions très avantageuses. Il y reste deux années, durant lesquelles il conçoit des projets de petites voitures urbaines, ou du moins de taille modérée à l'échelle américaine, dans le segment des " subcompact ".

1955

A une époque où les stylistes demeurent dans l'ombre des carrossiers qui les emploient, le dessin de la Lancia Florida de 1955, qui va donner naissance à la Flaminia de série en 1957, est communément attribué à Mario Revelli di Beaumont.


Lancia Florida et Lancia Flaminia

1956

Avion, auto, moto ... rien n'arrête notre homme. Il signe le dessin et la conception de la Chimera 175 pour le fabricant Aermacchi de Varese. Sur ce projet, il a su plus que jamais conjuguer efficacement la recherche technique et esthétique.


Aermacchi Chimera

L'époque Simca

De retour en Italie, il est recruté par Henri Théodore Pigozzi, patron fondateur de Simca, avec un statut d'ingénieur conseil, ce qui en fait quelqu'un de vraiment à part dans l'entreprise. C' est le seul à ne pas pointer ! Il fonde le centre de style de la marque, dans l'esprit de ce qui existe chez les grands constructeurs américains. Le dessin baroque de ses premières créations, Beaulieu, Chambord, Présidence et Marly, est nettement inspiré par son passage au sein de la General Motors.


Mario Revelli di Beaumont en discussion avec l'ingénieur Oscar Montabone qui dirige au début des années soixante le centre technique Simca

Mais ces premières réalisations pour Simca prennent rapidement " un coup de vieux ". HT Pigozzi lui demande de réfléchir à un projet de petite voiture. Les formes américaines héritées des années cinquante cèdent leur place à des lignes plus simples, plus latines. Aux Etats Unis, la Chevrolet Corvair montre la voie à suivre.  Même si l'aide de Fiat est devenue plus discrète, le constructeur turinois  propose quelques idées de style pour la future petite Simca. A la demande de HT Pigozzi, Revelli s'en inspire volontiers. Si l'essentiel du dessin de la 1000 peut lui être attribué, la touche finale est apportée par Mario Boano, qui suggère quelques modifications sur ces lignes très " boîte à chaussures " afin de les rendre plus séduisantes.


Lors de sa présentation au salon de Paris en 1961, la Simca 1000 obtient le Grand Prix de l’Art et de l’Industrie pour ses lignes élégantes signées Mario Revelli di Beaumont, et affinées par Mario Bonao.

La nouvelle Simca 1300/1500 est exposée à l'occasion du Salon de Genève 1963. L'esthétique de cette voiture est d'une grande sobriété, et il n'est pas nécessaire d'ajouter de nombreuses ornementations pour en souligner les lignes basses et tendues. Le dessin de la 1300/150 de Mario Revelli di Beaumont fait l'unanimité.


Simca 1300, 1964

Le dernier gros projet sur lequel il travaille pour Simca est celui de la 1100, une voiture à usages multiples à mi-chemin entre la berline et le break commercial. Après que les techniciens se soient exprimés, il lui a fallu imaginer une silhouette acceptable, ce qu'il a tenté de réaliser avec son équipe du bureau de style d'Argenteuil, sans dépasser comme précisé dans le cahier des charges les quatre mètres de long.


Simca 1100, 1967

Après avoir collaboré durablement avec Simca, Revelli décide de reprendre un peu de distance avec la grande industrie, et propose de nouveau ses services en tant qu'indépendant. Pour les sociétés Bridgeport Brass et Copper Developement Association qui souhaitent démontrer leur savoir-faire dans l'automobile, il dessine en 1967 l'Exemplar 1, carrossée par Coggiola sur un châssis Buick.


Buick Exemplar I

L'Exemplar II suit en 1972. Il s'agit d'une assez disgracieuse berline sur base Oldsmobile Toronado, avec un curieux toit qui se déplie à la façon d'un accordéon.


Buick Exemplar II

Revelli enseigne à la fin de sa vie à l'Art Center College de Pasadena en Californie, et à la Scuola di Arte Applicata à Turin.

On le comprend à la lecture de ces quelques lignes, c'était un personnage aux nombreuses facettes, et il paraît évidemment réducteur de limiter ses activités au simple métier de styliste. Sa créativité multiforme l'a souvent poussé à s'occuper de choses bien plus diverses. Les quelques voitures présentées sur cette page ne  représentent qu'une infime partie de son oeuvre. Mario Revelli di Beaumont meurt à Grugliasco, assis à sa table de dessin, le 29 mai 1985.

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