Reliant, une stratégie incompréhensible


La marque Reliant est créée par Tom Lawrence Williams en 1935 à Tamworth, dans le Staffordshire au Royaume-Uni. Cette marque se spécialise dans la fabrication artisanale de petits véhicules à trois roues et crée en 1968 une superbe voiture de Grand Tourisme à quatre roues. Ballottée par ces deux stratégies opposées, la marque disparaît en 2002.


Les débuts de Reliant


La marque Reliant commence à produire des véhicules hybrides, c’est-à-dire des motos sur laquelle était montée une carrosserie de voiture ou de camionnette. Ces véhicules avaient donc une roue à l’avant et deux roues à l’arrière. Ils étaient toutefois différents des véhicules allemands à trois roues, comme Tempo ou Goliath, dont la roue avant était couverte, ce qui rendait leur silhouette plus moderne et plus esthétique tout en s’éloignant d’une certaine parenté avec les motocyclettes. Le moteur des Reliant des années 30 était un monocylindre JAP de 600 cm3 refroidi par air issu du monde de la moto, remplacé dès 1936 par un bicylindre JAP de 600 cm3 refroidi par eau. En même temps, le conducteur n’était plus assis à califourchon sur le moteur, car le véhicule était désormais équipé de deux sièges avant.

En 1938, Reliant adopte le moteur de l’Austin Seven, un quatre cylindres de 747 cm3, mais Austin abandonne la Seven en 1939 et Reliant doit trouver un autre fournisseur pour ses véhicules utilitaires à trois roues. Le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale va mettre un terme à cette recherche, d’autant plus que Reliant était en train de mettre au point son propre moteur largement inspiré du moteur de l’Austin Seven défunte. Durant le conflit, Reliant participe à l’effort de guerre en usinant des pièces mécaniques pour l’armée. Après la fin des hostilités, Reliant reprend la fabrication de ses véhicules utilitaires à trois roues. Un nouveau modèle est lancé en mars 1946 - dix ans exactement après le lancement du premier van bicylindre de la marque - il s’agit du Regent, qui reprend les recettes des Reliant des années 30 dont un millier d’exemplaires avait été fabriqué au total.

La Reliant Regent lancée en 1946 est une sorte de moto recevant une carrosserie de camionnette derrière la roue avant, ce qui en fait un véritable véhicule " hybride ".


 1953 : Reliant Regal


L’année 1953 marque le début de la fabrication de voitures de tourisme à trois roues de marque Reliant, sur le modèle de Bond qui avait investi ce micro-marché en 1949 avec sa Minicar. La première Reliant Regal dévoilée fin 1952 est d’ailleurs très semblable à sa concurrente de chez Bond, avec une carrosserie découvrable en forme de baignoire. Ce type de voiturette bénéficiait en Grande-Bretagne d’une exonération de 50% des taxes et d’un permis allégé, ce qui avait permis à quelques constructeurs de s’accaparer ce marché, toutefois modeste en volume. Reliant va réussir à devenir le leader de cette catégorie de véhicules en très peu de temps. Le marché des voiturettes à trois roues était encadré par des règles très strictes, à l’instar des cyclecars en France entre 1920 et 1925 ou des " midgets " au Japon à partir des années 50. La Reliant Regal était basée sur la camionnette Regent, mais sa transformation en voiture de tourisme pouvant transporter quatre passagers, sur un châssis de 3,43 mètres de long et des sièges d’une très mince épaisseur, permettait de toucher une nouvelle clientèle familiale, notamment de jeunes couples avec des enfants en bas âge. La Reliant Regal allait évoluer jusqu’en 1962 au travers de six générations.

La Regal Mk I s’est écoulée à un millier d’exemplaires entre 1953 et 1954. La Mk II apparaît en 1954 sous trois carrosseries différentes : un cabriolet comme la Mk I, plus un coupé hard-top en fibre de verre et un break tôlé qui succédait au Regent. Un dispositif de flèches de direction montées sur les ailes avant évitait enfin au conducteur de signaler manuellement ses changements de direction, ce qui était bien la moindre des choses … 2 013 Mk II ont été fabriquées entre 1954 et 1956. En 1956, apparaît la Mk III qui reçoit une toute nouvelle carrosserie de style ponton, moins fragile - le modèle fait un peu penser à une auto-tamponneuse des fêtes foraines - toujours disponible en trois versions comme précédemment. Cette nouvelle Reliant, plus longue et plus large que les précédents modèles, est dotée pour la première fois d'une carrosserie entièrement construite en fibre de verre qui se substituait à la carrosserie alu dont le prix avait beaucoup augmenté. Panhard en savait aussi quelque chose à cette époque. Cette Mk III est un succès, avec 2 798 exemplaires vendus entre 1956 et 1958. En 1958, la Mk IV lui succède, avec des modifications de détail. Ce modèle de transition est vendu à 1 298 exemplaires entre 1958 et 1959. Durant les années 50, la Regal avait vu son moteur de conception Reliant passer de 600 cm3 et 25 ch à 700 cm3 et 30 ch, puis 747 cm3 et 35 ch.

La Reliant Regal lancée en 1953 (ici une Mk VI de 1959) sera à l’origine du succès de la marque dans la catégorie peu prisée des voiturettes à trois roues. Mais l’insistance du constructeur pour défendre ce marché se retournera finalement contre lui.

En 1959, la Mk V adopte une nouvelle carrosserie qui la fait ressembler à une vraie voiture en réduction. Cette fois, la Regal est dotée d’un vrai coffre et de vrais pare-chocs. Mais les vitres descendantes apparues en 1958 sont remplacées par des vitres coulissantes, comme sur les futures Renault 4 et Citroën Ami 6 lancées en 1961. Un retour en arrière surprenant. 4 772 exemplaires sont toutefois vendus entre 1959 et 1961, ce qui est une bonne performance, surtout comparée à celle du concurrent Bond. En 1961, la Mk VI succède à la Mk V sans grand changement. Tout juste remarque-t-on un nouveau becquet au-dessus de la lunette arrière, pour mieux protéger la vitre des intempéries. Ce modèle s’écoule à 8 478 exemplaires entre 1961 et 1962, auxquels il faut ajouter 3 753 versions utilitaires destinés aux petits commerçants et artisans. Plus de 10 000 voiturettes vendues en une seule année, c’est un nouveau record pour la firme de Tamworth qui a déjà produit 30 000 véhicules à trois roues depuis sa création en 1935. Cette quantité est alors largement supérieure à celle enregistrée par son concurrent Bond.


1962 : Reliant Regal 3/25


En octobre 1962, celle qui devait s’appeler Regal Mk VII prend la dénomination Regal 3/25 ce qui signifie " 3 roues et 25 ch SAE ". En effet, pour la première fois depuis 1952, la voiturette Reliant adopte une toute nouvelle motorisation. Il s’agit d’un quatre cylindres de 598 cm3 en alliage léger et soupapes en tête qui remplace avantageusement l’ancienne mécanique dont les origines remontaient à 1939. Ce nouveau moteur permet d’atteindre une vitesse maximale de 120 km/h, marquant un net progrès par rapport aux modèles précédents qui ne dépassaient pas les 100 km/h. La carrosserie est également totalement nouvelle, avec des formes plus tendues, une partie avant rappelant un peu la Simca 1000 et une lunette arrière inversée rappelant la Citroën Ami 6, la Ford Anglia ou la Ford Consul 315, ce qui permettait une optimisation de l’habitabilité à l’arrière. Deux versions étaient disponibles : la berline et la camionnette (Van), dont le poids n’excédait pas 365 kilos. La version Van parvenait à attirer de nombreuses entreprises, publiques et privées.

Le Reliant Regal à trois roues reçoit une toute nouvelle carrosserie en 1962, adoptant par la même occasion la lunette arrière inversée comme les Ford Anglia (1959) et Citroën Ami 6 (1961).

C’est à cette époque que Reliant ouvre une nouvelle usine à Shenstone, près de Tamworth, encouragé par le succès de ses voiturettes. Le succès commercial croissant de Reliant allait bientôt intéresser les investisseurs. Ainsi, le financier Julian Hodge faisait l'acquisition de 76 % du capital de l'entreprise en 1962. Son intérêt ne pouvait être que renforcé par la multitude de projets étudiés à Tamworth pour des constructeurs étrangers, notamment en Israël (Autocars), en Turquie (Otosan) ou en Grèce. A la même époque, Reliant débutait le développement de sa première voiture de tourisme à quatre roues, la Scimitar. Seule ombre au tableau, le fondateur de Reliant, Tom Lawrence Williams, mourait en 1964. Ray Wiggin prenait alors la direction de l'entreprise et songeait à mettre en œuvre les nombreux nouveaux projets.

En 1965, la 3/25 Super succédait à la 3/25. Extérieurement, la différence la plus notable était la nouvelle face avant plus moderne. La société Ogle était à l'origine de ce restyling assez heureux. Outre la berline et la camionnette, Reliant proposait également une version pick-up, qui pouvait intéresser les artisans et les agriculteurs. La 50 000 ème Reliant Regal 3/25 sort d’usine en juin 1968. Il s’agissait de la voiture à trois roues la plus vendue en Grande-Bretagne. Au même moment, le groupe BLMC célèbre sa 2 000 000 ème Mini. Ce succès relativise celui de Reliant … BLMC et Reliant ne se battaient pas dans la même catégorie. En 1969, la Regal 3/25 est remplacée par la 3/30, dont la carrosserie est identique mais dont le moteur est un 700 cm3 développant 30 ch permettant d’atteindre 125 km/h.


Reliant au sommet


Dans les années 60, le marché des voiturettes à trois roues est en déclin en Europe mais la firme Reliant parvient à surnager grâce à la diversité de ses produits et à la réputation enviable dont bénéficiait la marque en Grande-Bretagne, surtout auprès d’une clientèle extrêmement fidèle. La firme de Tamworth se payait même le luxe d'être à l’époque le second constructeur automobile 100 % britannique derrière le groupe BLMC. Le cap des 100 000 Regal produites est franchi en 1972. Le modèle est supprimé en 1973, après 105 824 unités fabriquées depuis 1962, car il est alors remplacé par la Reliant Robin. Ce nombre est à comparer aux 33 027 Regent et Regal fabriquées entre 1935 et 1962. Cela correspond à trois fois plus de voitures en deux fois moins de temps. Sous le contrôle de Ray Wiggin, la progression de Reliant avait été continue durant les années 60, mais la tendance allait bientôt s’inverser.


1961 : Reliant Sabre 


La Reliant Sabre est la première tentative de la marque d’investir le marché des voitures de tourisme à quatre roues, il s’agit en l’occurrence d’une voiture de Grand Tourisme. Ce coupé en fibre de verre baptisé initialement Sabra est développé en collaboration avec la firme israélienne Autocars. Il s’appellera Reliant Sabre en Europe. Son moteur est un Ford quatre cylindres de 1703 cm3 développant 73 ch qui permet à la voiture d’atteindre 140 km/h, ce qui n’est pas une vitesse très élevée pour un modèle à tendance sportive. D’abord lancée en cabriolet, la Sabre sera disponible en coupé à partir de 1962. Ce modèle s’écoule à 208 exemplaires mais la clientèle ayant réclamé une version plus performante, une version six cylindres est lancée en 1962, dotée d’un moteur Ford de 2553 cm3 monté sur les Zephyr et Zodiac.

La Reliant Sabre cabriolet lancée en 1961 est la première voiture à quatre roues de la marque qui à l’origine avait été conçue pour le marché israélien.

La Sabre Six peut atteindre 180 km/h ce qui la rapproche des performances d’une Triumph TR4. Seulement 77 exemplaires sont produits entre 1962 et 1964, dont 75 coupés et 2 cabriolets. Certains ont participé à des rallyes comme celui de Monte Carlo, sans grand succès. Au total, la Reliant Sabre a été produite à 285 exemplaires, en quatre et six cylindres. Par rapport à ses voiturettes à trois roues, la production de la Sabre s’avère donc franchement anecdotique. Le constructeur va toutefois récidiver en octroyant une remplaçante à la Sabre : la Scimitar.


1964 : Reliant Scimitar GT 


Après l’échec commercial de la Sabre (une appellation utilisée par Buick entre 1959 et 2005, qui utilisera également le nom Regal entre 1973 et 2020), Reliant va remettre le couvert en 1964 en lançant le coupé Scimitar, une évolution de la Sabre, toujours à carrosserie en fibre de verre. Dessinée par Tom Karen du studio Ogle Design, la Scimitar GT de 1964 présente un design agréable, ce qui n’est pas toujours le cas chez les artisans britanniques. Le constructeur a voulu conserver uniquement la motorisation six cylindres sur ce modèle de 4,25 mètres de long.

La Reliant Scimitar GT lancée en 1964 succède à la Reliant Sabre. Le design dû aux studios Ogle est agréable mais les ventes du modèle resteront anecdotiques.

La Scimitar GT reprend donc le 2553 cm3 Ford déjà vu sur la Sabre Six, mais ce moteur abandonné par le constructeur américain sera remplacé en 1966 par un V6 Ford de 2994 cm3 puis par un V6 Ford de 2495 cm3. La voiture peut alors atteindre 177 km/h avec le 2,5 litres et même 188 km/h avec le 3,0 litres, soit des vitesses franchement sportives. Ces modèles ont été produits au total à 1 005 exemplaires de 1964 à 1970, dont 296 unités avec le moteur 2553 cm3, 591 unités avec le moteur V6 de 3 litres et 118 unités avec le moteur V6 de 2,5 litres. C’était mieux que la Sabre, mais pas vraiment extraordinaire.


1968 : Reliant Scimitar GTE 


La version la plus emblématique de la Reliant Scimitar GT reste toutefois la carrosserie shooting brake (break de chasse) lancée en 1968 et qui va connaître un très gros succès. Dotée du moteur 3 litres V6 d’origine Ford, la Scimitar GTE voit sa longueur portée à 4,34 mètres et sa vitesse maximale à 193 km/h, grâce à un aérodynamisme plus poussé. Au total, 14 273 Scimitar GTE seront produites par Reliant de 1968 à 1986, dont 13 836 unités avec le moteur 3 litres et 437 unités avec le moteur Ford Cologne de 2,8 litres disponible seulement entre 1980 et 1986. Les deux moteurs développaient la même puissance : 135 ch.

La Reliant Scimitar GTE lancée en 1968 est une évolution de la Scimitar GT lancée quatre ans plus tôt. Le coup de génie est d’avoir créé un break de chasse à partir d’un coupé classique. Ce modèle reste le modèle le plus emblématique de la marque.

La Scimitar GTE était tellement iconique qu’une entreprise appelée Middlebridge Scimitar Ltd qui avait racheté les droits de fabrication du modèle en 1986 se chargea d’en produire elle-même 78 exemplaires supplémentaires après la fin de la production du modèle. Le moteur provenait cette fois de la Ford Scorpio, il s’agissait d’un V6 de 2,9 litres développant 145 ch qui permettait de s’approcher des 200 km/h. Le cinquième exemplaire de Scimitar Middlebridge construit fut livré à la princesse Anne, unique fille de la Reine Elisabeth II. La compagnie Scimitar Middlebridge est malheureusement mise en redressement judiciaire en 1990 et la production des GTE s’arrête. Malgré ce faux pas de dernière minute, la Reliant Scimitar GTE reste le modèle le plus apprécié de la firme de Tamworth.

La Reliant Scimitar GTC lancée en 1980 est une version Targa de la Scimitar GTE. Du coup, elle perd son principal attrait et évoque une simple Triumph Stag disparue depuis 1977.


1966 : L’aventure turque Anadol 


Dans les années 60, Reliant se diversifiait en développant de nouveaux modèles à trois et quatre roues pour les marchés émergents. Les différentes pièces de ces véhicules, adaptés aux besoins locaux, étaient envoyés en kit dans ces pays et assemblées sur place. Le premier modèle fut l’Anadol (Code FW5), conçu pour la Turquie et basé sur un ensemble de pièces d’origine Ford prenant place sur un châssis spécifique conçu par Reliant. L’Anadol dessinée par Tom Karen du studio Ogle Design sera produite à plus de 100 000 exemplaires de 1966 à 1975 en berline deux portes, berline quatre portes, camionnette et pick-up. Ce modèle était en quelque sorte le pendant turc de la Paykan iranienne d’origine Hillman dont les origines remontent également à 1966.

L’Anadol produite par le turc Otosan pour le marché local entre 1966 et 1975 est issue d’un projet Reliant à destination des marchés émergents. L’Anadol est en quelque sorte le pendant turc de la Paykan iranienne d’origine Rootes (Hillman).

Le projet de remplacement de l’Anadol connu sous le code FW11 fut dévoilé en 1977, d’après un design de Marcello Gandini des studios Bertone. Il fut toutefois refusé par la compagnie turque qui avait produit l’Anadol pendant près de dix ans. Il fut par contre accepté par Citroën après certaines modifications, qui créa ainsi la BX lancée officiellement en 1982. Il faut rappeler que Robert Opron, responsable des GS, SM et CX, avait quitté Citroën au milieu des années 70 pour rejoindre Renault. Citroën était donc en quête d’un nouveau designer pour remplacer Opron, ce sera Bertone, qui réalisera non seulement la BX en 1982 mais aussi la XM en 1989. L’usine Otosan qui fabriquait l’Anadol est devenue par la suite l’usine turque de la marque Ford qui fabrique aujourd’hui les camionnettes Transit pour l’ensemble du marché européen.


1969 : Rachat de Bond 


En 1969, Reliant rachète son concurrent Bond qui est alors au bord de la faillite. Ce dernier avait un accord avec Triumph depuis le lancement de l’Equipe en 1961, mais cette marque étant rentrée avec Rover dans le groupe BLMC en 1968, il n’était plus question d’aider la firme Bond  dans ce nouveau contexte. C’est ainsi que Bond fut laissé à son triste sort et que Reliant décida de s’en emparer pour en faire une marque " premium " au sein du nouveau groupe Reliant Bond ainsi constitué. Le modèle Bug lancé en 1970 sous la marque Bond est en fait issu d’un prototype Reliant codifié " Rogue ". Le dessin de ce modèle est dû à Tom Karen, designer chez Ogle, qui a dessiné plusieurs autres modèles de la marque Reliant. Par la même occasion, la Bond Equipe qui reprenait châssis et moteur des Triumph Herald et Vitesse était abandonnée. La Bond Bug ne connut pas le succès, en raison d’un prix trop élevé principalement, et fut abandonnée à son tour en 1974, officialisant la mort de la marque Bond. 


1964 : Reliant Rebel 


C’est en 1964 que Reliant décide d’investir le marché des voiturettes à quatre roues. Longue de 3,50 mètres et dotée de différents moteurs quatre cylindres (600 cm3, 700 cm3, 750 cm3), la Rebel entre en concurrence avec des modèles de grande série, comme les Austin/Morris Mini et l’Hillman Imp. C’est toujours Tom Karren du studio Ogle Design qui est responsable du dessin de la Rebel qui est très différent de celui de la Regal, selon le vœu du constructeur qui ne voulait pas que la Rebel soit la version à quatre roues de la Regal. Ce qui pouvait se discuter. Malheureusement, ce nouveau dessin plutôt agréable ne va pas aider la carrière de la Rebel qui ne totalisera en tout et pour tout que 2 600 ventes entre 1964 et 1974, soit 260 unités par an en moyenne, ce qui montre un véritable échec commercial du modèle, surtout face aux Mini et Imp. A noter que la Rebel est la première voiture de la marque conçue après la mort de son fondateur, Tom Lawrence Williams. 

La Reliant Rebel lancée en 1964 est la première voiturette à quatre roues de la marque. Elle ne remplace pas la Regal mais s’ajoute à la gamme. Malheureusement, ses ventes resteront anecdotiques.


1975 : Reliant Kitten 


La Rebel est remplacée par la Kitten en 1975. Il s’agit d’une évolution esthétique de la Rebel qui demeure donc une quatre roues. Sa carrosserie était plus courte avec 3,35 mètres mais son moteur est un 848 cm3 de 40 ch de conception Reliant, plus puissant que celui de la Rebel. Le lancement de la Kitten a lieu en plein marasme économique dû au premier choc pétrolier intervenu fin 1973. Malgré tout, la Kitten réalisera des ventes moins décevantes que la Rebel, puisqu’il s’en vendra 4 074 unités entre 1975 et 1982, soit 580 par an en moyenne. Comme la Rebel, la Kitten était disponible en berline et en break.

La Reliant Kitten (ici une version Estate) lancée en 1975 est une évolution plus moderne de la Rebel qu’elle remplace. Son succès sera très modeste. Ce sera la dernière voiturette à quatre roues de la marque.

La Kitten a peut-être bénéficié de la disparition de l’Hillman Imp en 1976 qui était une dangereuse concurrente. Malgré tout, le succès des voiturettes à quatre roues de Reliant demeure très relatif, surtout comparé aux coupés à quatre roues de la marque, comme les Scimitar qui ont dépassé les 15 000 ventes. Cependant, la Kitten fut reprise par la compagnie indienne Sipani pour le marché local. Elle fut produite en Inde sous le nom Sipani Montana jusqu’en 1990. 


1982 : Reliant Fox 


En 1982, la Reliant Fox ne succède pas à proprement parler à la Kitten, car il s’agit d’un petit pick-up de 3,38 mètres de long qui est en fait l’héritier du petit pick-up Reliant TW9 à trois roues commercialisé depuis 1967 sur le marché grec. Dotée d’une carrosserie entièrement nouvelle mais inspirée étroitement de la Fiore 127 Gypsy sur base Fiat 127, la Reliant Fox s’écoule à 600 exemplaires entre 1982 et 1990, soit 75 par an en moyenne, ce qui n’en fait pas le plus gros succès de la marque …  

En 1979, Mabea qui avait déjà collaboré avec Reliant par la passé présentait la Fox, un petit utilitaire conçu avec l'aide de Reliant. Sa production s'échelonna en Grèce jusqu'en 1983, année durant laquelle la fiscalité jusqu'alors favorable aux utilitaires légers fut remise en question, ce qui entraîna une chute des ventes de la Fox sur son marché d'origine.


1973 : Reliant Robin 


Revenons quelques années en arrière. En 1973, le Reliant Regal est le plus gros succès des voiturettes à trois roues en Grande-Bretagne, puisque sa production a atteint 105 824 unités de 1962 à 1973, soit 10 000 unités par an environ. Ce modèle connaît un certain succès en raison de l’exonération de taxes et d’un permis " allégé " permettant à des personnes recalées lors du vrai permis de se rabattre sur ces petits véhicules lents et peu stables, le défaut de renversement étant le plus décrié par les constructeurs de voitures à quatre roues. Les sketches de Mr Bean à la télévision concernant la tenue de route aléatoire de ces petits véhicules ont fait rire toute l’Angleterre, sauf peut-être le constructeur Reliant lui-même qui s’est toujours efforcé de démontrer l’inexactitude de cette mauvaise réputation. Pourtant, il est évident que techniquement un véhicule est plus stable sur quatre roues que sur trois ou deux … En outre, Reliant a proposé au cours de son histoire des véhicules à quatre roues, et si ces véhicules étaient si mauvais, il n’en aurait pas construit du tout. C’est pour suivre sa logique un peu nébuleuse que Reliant voulut donner une descendance à la Regal, même si le marché dans son ensemble semblait moins demandeur. La nouvelle Robin à trois roues lancée en 1973 est un petit break très différent visuellement des dernières Regal.

La Reliant Robin succède à la Regal en 1973. C’est donc une voiturette à trois roues, contrairement aux Scimitar GT et GTE qui possèdent quatre roues et cherchent une clientèle plus huppée.

Il est dessiné par les studios Ogle qui avaient été responsables du design des coupés Scimitar qui connaissaient un certain succès. Pesant 450 kilos grâce à sa carrosserie en fibre de verre, la Reliant Robin de 3,35 mètres de long est dotée d’un 748 cm3 de 32 ch puis d’un 848 cm3 de 40 ch à partir de la seconde partie de sa carrière. Celle-ci s’est prolongée de 1973 à 2002, ce qui en fait le modèle Reliant ayant duré le plus longtemps. Pourtant, le modèle est resté dans les mémoires comme la pire voiture britannique de tous les temps …

Malgré cette fâcheuse réputation, le constructeur indique que la production de la Robin s’est approchée du million d’exemplaires, soit plus de 30 000 par an pendant trente ans, ce qui semble totalement irréaliste, même si la Grèce en a fabriqué un certain nombre entre 1974 et 1978. Les chiffres collectés ici ou là parlent plutôt de 7 000 ventes en 1978, de 2 800 ventes en 1981, de moins de 2 000 ventes par an au début des années 90 et de 750 ventes en 1994. Comment pouvait-on atteindre 30 000 ventes par an pendant trente ans ? Précisons que pendant la période de 1982 à 1997, la Robin a été rebaptisée Rialto, avec quelques modifications esthétiques. Les chiffres de production de la Rialto sont donc intégrés dans ceux de la Robin.   


1984 : Reliant Scimitar SS1 /SST 


Alors que la Reliant Scimitar GTE à carrosserie " break de chasse " est au bout de sa longue carrière de 16 années, le constructeur décide de la remplacer par un roadster genre MG dessiné par l’italien Michelotti, dont c’est la dernière réalisation. Ce modèle à quatre roues de 3,89 mètres de long doté de moteurs Ford 1,3 litre, 1,4 litre et 1,6 litre ne fera jamais oublier les très élégantes Scimitar GTE. Rebaptisée Scimitar SST puis Scimitar Sabre en 1992 (comme un ancien modèle Reliant lancé en 1961), cette voiture ne rencontra pas le succès, avec seulement 1 507 ventes au total réalisées entre 1984 et 1995, soit moins de 150 ventes par an en moyenne.

La Reliant Scimitar Sabre lancée en 1992 a beau reprendre le nom des deux voitures de Grand Tourisme emblématiques de la marque lancées dans les années 60, rien n’y fait, la clientèle est partie depuis longtemps vers d’autres marques plus valorisantes.


Epilogue 


La marque Reliant disparaît en 2002 et pour les passionnés d’automobile c’est un immense soulagement. Comment une telle marque avait pu aussi longtemps proposer à la clientèle - britannique avant tout - des voitures aussi laides - voire dangereuses - et à la technique dépassée, dont le prix semblait exagéré compte tenu de leurs prestations de bas de gamme  et de l’offre de la concurrence beaucoup mieux achalandée et plus moderne. Comment une telle marque a pu proposer en même temps des coupés de Grand Tourisme aussi désirables que les Scimitar GTE et continuer à proposer de vilains petits canards considérés comme les pires des voitures britanniques ? Et de remplacer ces Scimitar GTE par des roadsters banals et sans attrait ? La stratégie de la marque semblait complètement incompréhensible et hors de contrôle, et il eut mieux valu qu’elle cessa le plus rapidement possible de produire des voitures. Mais quand le sort s’acharne …

Après un premier dépôt de bilan en 1990, l'équipementier Beans devenait le nouveau propriétaire de Reliant en 1991. Ce groupe était porteur d'espoirs et de nouveaux projets pour l'entreprise, mais il déposait à son tour le bilan en 1994. Reliant était racheté par le groupe Avonex en 1995, qui lui aussi déposait le bilan à la fin de la même année. Après l'équipementier Beans et le groupe Avonex, l'entreprise était reprise en main en 1996 par Jonathan Heynes, un ancien de chez Jaguar. Nouvel échec. En 1998, un quatrième investisseur, Kevin Leech, tentait de sauver encore une fois l'affaire. Sans succès. Enfin, en 2001, la société B&N Plastics annonçait qu'elle allait reprendre la production des Robin sous licence. Les premiers concessionnaires furent livrés début 2002. Mais la production fut définitivement arrêtée à la fin de la même année.

Texte : Jean-Michel Prillieux
Reproduction interdite, merci.

Voir aussi :
http://leroux.andre.free.fr/ukreliant.htm

http://leroux.andre.free.fr/ukreliant2.htm
http://leroux.andre.free.fr/xxx236.htm

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