Reliant Scimitar

1. 1962, l'Ogle SX 250

Ogle est à Reliant ce que Pininfarina est à Ferrari. C'est peu dire de l'influence primordiale qu'a exercé ce studio de design sur la plupart des créations de la firme de Tamworth. David Ogle ouvre son entreprise de design en 1954. Dès cette année-là, il marque les esprits avec le fameux poste de radio Bush TR 82. Il se fait ensuite connaître dans le milieu automobile en 1959 en concevant un petit coupé original et luxueusement aménagé sur base Riley 1.5. En janvier 1962, Ogle présente un autre coupé doté d'une mécanique Mini, la SX 1000.


Ogle SX 1000

David Ogle se tue en mai 1962 au volant d'une voiture. Tom Karen, ancien de la maison, est rappelé pour prendre en main la destinée de l'entreprise. La priorité n'est plus alors à la production automobile, et Tom Karen oriente les activités de l'entreprise vers le design, l'étude et la réalisation de prototypes, dans le transport, mais aussi les applications domestiques et les équipements de bureau. Ogle Design expose au London Motor Show d'octobre 1962 un coupé basé sur la peu gracieuse Daimler SP 250. Celui-ci est baptisé Ogle SX 250. Deux voitures sont produites et vendues à la société de cosmétique Helena Rubenstein. Hélas, Jaguar, nouveau propriétaire de Daimler depuis 1960, néglige cette proposition de style.


Ogle SX 250

A cette même époque, Ray Wiggins de chez Reliant cherche une voiture pour succéder à la Sabre qui ne rencontre pas le succès commercial attendu. Après quelques modifications de détail, la carrosserie de la SX 250 est adaptée au châssis et à la mécanique Ford 6 cylindres de la Sabre.

2. 1964, le coupé Scimitar GT

La  version de série de la nouvelle Scimitar est dévoilée à Earls Court en 1964. Le six cylindres Ford Zephyr de 2566 cm3 développe 120 ch. Le nom de la Scimitar fait référence à une épée orientale courbée. En interne, la nouvelle venue est référencée du type SE4.


Reliant Scimitar GT

Deux ans plus tard, la voiture bénéficie d'un V6 Ford plus compact de 2994 cm3 et 146 ch. Cette nouvelle motorisation, ainsi que des améliorations coté châssis et suspensions justifient en octobre 1966 l'appellation SE4a. Reliant peut avec ce modèle se battre à armes égales avec les Triumph TR4, MG B ou Austin Healey. Quelques mois plus tard, le type SE4b se différencie par un nouvel aménagement intérieur noir. Enfin, à partir d'août 1967, la Scimitar est équipée d'un V6 de 2495 cm3 plus économique, et adopte alors le code SE4c. La production de la GT est arrêtée en 1970. Reliant a produit 708 GT en six ans. 

3. Le concept car Triplex GTS

Ce break sportif élaboré chez Ogle en collaboration avec le verrier Triplex est présenté à Londres en 1965. Il se distingue par une partie arrière totalement vitrée, et permet à Triplex d'exposer son savoir-faire avec ce toit capable d'absorber la chaleur.


Triplex GTS

GTS signifie " Glazing Test Special ", glazing pouvant se traduire par vitrerie. Ce concept car, basé sur une SE4a et produit en un seul exemplaire, est acheté à l'époque par le Prince Philip, duc d'Edinburgh, puis revendu 18 mois plus tard à Triplex. Il est maintenant exposé au British National Motor Museum.


Triplex GTS

4. Le break de chasse Scimitar GTE


Reliant Scimitar GTE

C'est en 1967 que Ray Wiggins sollicite de nouveau son partenaire Tom Karen pour concevoir une vraie quatre places à partir de la Scimitar GT, capable de succéder à cette dernière. La Scimitar GTE (Grand Touring Estate) est présentée en 1968 au London Motor Show. Par rapport à la GT, l'empattement est porté de 235 cm à 253 cm. La GTE reprend à son compte le thème du break sportif, déjà développé par Chevrolet sur la Nomad de 1954 et par Radford sur base Aston Martin DB5 et DB6.


Reliant Scimitar GTE

La GTE constitue une suite logique et plus industrialisable au break Triplex GTS de 1965. Dès lors, la Scimitar GTE va participer à l'expansion industrielle et à la notoriété de Reliant à travers le monde, ceci pour une marque dont la diffusion est jusque-là limitée au Royaume Uni. La Scimitar devient l'archétype du break de chasse, qui inspirera de nombreux constructeurs, comme Volvo avec la 1800 ES ou Lancia avec la HPE.

5. La Scimitar GTE, SE5, 1968/1972


Reliant Scimitar GTE, 1971

Deux motorisations Ford sont proposées lors du lancement commercial : un V6 de 2,5 litres et un V6 de 3,0 litres. Toutefois, aucune voiture ne sera produite avec le 2,5 litres peu puissant. Cette première génération est connue sous le code SE5. Lors des premiers essais menés par la presse spécialisée, les journalistes sont séduits par la Scimitar GTE. Aucune autre voiture sur le marché britannique ne parvient à combiner une vitesse de croisière élevée avec de la place pour quatre adultes et leurs bagages. Une cliente célèbre va contribuer à sa façon à populariser la Scimitar GTE. En effet, la Princesse Anne se fait offrir une GTE pour ses vingt ans. Après cela, elle a possédé huit autres Scimitar. Reliant a produit 4311 exemplaires de la SE5 d'août 1968 à octobre 1972.


La princesse Anne au volant d'une Scimitar


Reliant Scimitar GTE, 1972

6. La Scimitar GTE, SE5a, 1972/1975

La Scimitar type SE5a succède à la SE5 en 1972. Elle se distingue par un accroissement de la puissance du V6 Ford à 138 ch Din, et par quelques modifications d'ordre esthétique, autant à intérieur (tableau de bord) qu'à l'extérieur (nouveaux feux arrière, nouveau lettrage ...). La production de cette deuxième génération sera de 5105 exemplaires entre octobre 1972 et 1975.


Reliant Scimitar GTE, 1973

7. La Scimitar GTE, SE6, 1975

Si l'esthétique générale de l'auto est inchangée, le type SE 6 de 1975 se caractérise par des dimensions accrues, une finition plus luxueuse, et un poids plus élevé. L'empattement gagne 10 cm et la largeur 5 cm, au grand bénéfice des passagers arrière. L'habitable est redessiné, avec un souci accru de l'ergonomie. Extérieurement, la GTE perd son aspect des sixties au profit d'un style plus marqué seventies : nouveaux feux, boucliers avant, etc ... 543 exemplaires de la SE6 sont produits.


Reliant Scimitar GTE, 1975

8. La Scimitar GTE, SE6a, 1976-1979

Quelques défauts de qualité sont apparus sur la SE6, notamment des fuites d'eau ! Par ailleurs, le comportement routier souffre d'une augmentation des dimensions. Reliant réagit en présentant en 1976 la SE6a dotée d'un meilleur freinage et d'une tenue de route optimisée. L'exportation sur le continent se développe, en particulier vers le Benelux et la Suisse. La Scimitar GTE plait encore, puisque la SE6a sera fabriquée à 3887 exemplaires. Les meilleurs chiffres de production sont atteints en 1977 et 1978, avec un volume quotidien de 30 voitures.


Reliant Scimitar GTE, 1976

9. La Scimitar GTE, SE6b, 1979-1986

La SE6b de 1980 se différencie visuellement par la suppression du nom " Scimitar " sur la calandre. Mais c'est surtout au niveau de la motorisation qu'il faut chercher la nouveauté. Ford ayant arrêté la production de son V6 de 3,0 litres en 1980, Reliant doit se rabattre sur un V6 2,8 litres de Ford Cologne. L'équipement général est revu à la hausse : rétroviseurs électriques, essuie-glaces intermittents, témoin d'alarme de ceinture de sécurité, bande de protection latérale, feu de brouillard arrière, etc ... La voiture poursuit sa carrière en bénéficiant ponctuellement de quelques améliorations.


Reliant Scimitar GTE, 1984

En ces années 80, le style de la voiture commence à accuser son âge face à une concurrence de plus en plus agressive, avec des produits plus modernes et moins chers. La Lancia HPE en particulier fait de l'ombre à la Scimitar. La fabrication semi-artisanale de la voiture alourdit les coûts. Un modèle qui se démode, des tarifs élevés, une situation économique difficile en Grande-Bretagne, il n'en faut pas plus pour assister à une chute des ventes. Seuls 437 exemplaires de cette dernière génération sont produits. La production de la Reliant Scimitar cesse en novembre 1986. 14 273 GTE ont quitté les chaînes depuis 1968.

10. The Scimitar is back !

Les droits de production de la Scimitar sont vendus à la société Middlebridge. A l'origine de cette reprise, deux hommes d'affaires de Nottingham, Peter Boam et John Mc Cauley, qui sont convaincus qu'il peut y avoir une seconde vie pour la Scimitar. Ils prennent contact avec Reliant en juin 1987 afin d'acquérir les droits sur la voiture. Le montant demandé n'est pas vraiment à la portée de nos deux acheteurs. Ils se mettent en quête de capitaux, et rencontrent Kohji Kakauchi, un Japonais amateur d'automobiles de collection, propriétaire de la société Middlebridge Group, dirigée par un ex-salarié d'Aston Martin, Dennis Nursey.


Middlebridge Scimitar GTE

L'idée des repreneurs est de faire de cette voiture une classique indémodable, produite en petite série, dans l'esprit de ce que fait Morgan depuis plusieurs décennies. Quelques améliorations sont apportées : moteur Ford Scorpio, nouvelle boîte de vitesses, nouvelles jantes, condamnation centralisée des portes, boucliers couleur carrosserie, etc ... La princesse Anne, fidèle parmi les fidèles, inaugure la nouvelle usine en octobre 1988. On ne peut alors rêver plus prestigieuse marraine. Si de nombreuses modifications sont entreprises pour améliorer la GTE, cela correspond plus à une nécessité absolue qu'à un réel souci d'évolution du produit. En effet, de nombreux fournisseurs de Reliant ont préféré ne pas suivre Middlebridge dans cette nouvelle aventure. 

Et en effet, l'affaire tourne court. Middlebridge cesse son activité en 1990. Dès ses débuts, il semble que le constructeur et ses actionnaires aient plus investi dans leurs autres activités, notamment la  compétition automobile et l'acquisition de voitures de collection. Ce sont 77 Scimitar Middlebridge qui sont produites, dont une GTC (la version cabriolet de la Scimitar). Graham Walker, ancien distributeur Scimitar rachète alors les droits sur la GTE, à un prix bien inférieur à ce qui fut payé trois ans plus tôt.


Middlebridge Scimitar GTE

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