L'Illustration, l'Automobile et le Tourisme


L'Illustration, l'Automobile et le Tourisme, octobre 1924
© L'Illustration (www.lillustration.com)


Les documents de cette page sont la propriété de L'Illustration, et ne peuvent pas être reproduits sans leur accord. Vous êtes invité à parcourir leur site particulièrement détaillé et instructif : www.lillustration.com.

Les éditions Michel Lafon proposent depuis le 22 octobre 2015 cet ouvrage consacré aux plus belles pages sur l'automobile réalisées par L'Illustration. Le lecteur peut y découvrir l'histoire de l'automobile, à travers plus de 1000 documents en couleurs, des publicités d'époque, des dessins d'humour et des photos, et de nombreux textes rédigés en leur temps par de grands auteurs comme Paul Morand, Jules Renard, Edmond Rostand, Alfred Capus ... A défaut de vous offrir les originaux présentés sur cette page, vous pouvez vous faire plaisir pour un prix moindre (39,95 euros) avec ce très beau livre disponible dans toutes les bonnes librairies.


Préambule

Il est impossible de décrire cette collection des numéros spéciaux " Tourisme et Automobile " de L'Illustration comme cela a été réalisé pour les autres séries de magazines de cette rubrique. Pourquoi ?

L'Illustration " Tourisme et Automobile " n'est ni un hebdomadaire ni un mensuel, mais une publication annuelle, qui n'a aucunement la prétention de présenter marque par marque les nouveautés de l'année. L'Illustration aborde des thèmes plus larges. Les rédacteurs tentent de prendre une certaine hauteur de vue sans rentrer dans tel ou tel détail.

Il n'est pas question pour les rédacteurs de critiquer telle ou telle automobile. La presse des années 20 et 30 est encore très liée, voir soumise financièrement, aux annonceurs, et en particulier dans notre domaine aux constructeurs automobiles. C'est donc un autre monde, une autre époque, que nous découvrons, bien éloigné de la presse automobile d'après-guerre. On pense notamment à l'Auto Journal qui révolutionna le genre en 1950.

Il ne s'agit pas de numéros uniquement consacrés à l'automobile, car comme leur titre l'indique, le tourisme y occupe aussi une part prépondérante. La publicité est un autre des attraits de cette publication. Ces publicités contrairement à celles que l'on peut subir aujourd'hui sont le plus souvent de véritables petits bijoux de créativité, que le temps qui passe n'a fait qu'enjoliver. La présence seule de ces publicités suffit à s'intéresser à cette publication annuelle.

Le lecteur prendra sans doute beaucoup de plaisir à découvrir le travail des auteurs, des illustrateurs et des photographes qui ont oeuvré pour L'Illustration, le plus souvent des " personnalités " connues et reconnues. Ces contributions étaient ou régulières ou très ponctuelles. De nombreux liens sur cette page dirigent d'ailleurs, quand c'est possible en particulier pour les auteurs, vers des pages Wikipédia, ou tout simplement pour les illustrateurs vers d'autres pages de ce site.

La qualité des rédacteurs, des illustrateurs, le soin apporté à l'impression et à la reliure, l'utilisation des techniques les plus avancées, la qualité du papier utilisé font de ces " spéciaux " de véritables revues d'art.

Enfin, nous sommes en territoire bien gardé, et cela demeure légitime, par les ayant droit du magazine L'Illustration, qui ont à coeur de protéger et de faire fructifier un héritage merveilleux.

Nous débutons ce dossier avec quelques données générales sur ce magazine, avant de cibler les numéros consacrés au tourisme et à l'automobile. Les pièges à éviter pour les collectionneurs sont mentionnés, de même que les prix couramment constatés. Enfin, l'essentiel de ce dossier est constitué par une description année par année. Il ne s'agit pas d'un répertoire systématique de l'ensemble des sujets abordés (ces informations sont déjà disponibles sur le site de L'Illustration), mais d'une évocation des meilleurs articles, représentatifs de leur époque, ainsi que des publicités qui agrémentent l'ensemble.

Le magazine L'Illustration

L’Illustration est un magazine hebdomadaire français publié de 1843 à 1944, puis de 1945 à 1955 sous le nom de France Illustration. Le rédacteur en chef Edouard Charton, associé au journaliste Alexandre Paulin, à l'éditeur Jacques Julien Dubochet et au géographe Adolphe Joanne sont à l'origine de cette publication, qui en plus d'un siècle d'histoire à fait l'objet de 5 293 numéros série et hors-série pour un total de  180 000 pages environ. Le premier numéro sort des presses de l'imprimeur Lacrampe à Paris. Il est deux fois plus cher qu'un hebdomadaire classique, et vise un lectorat bourgeois. 

L'idée est ce créer un véritable magazine avec des textes travaillés ouverts sur la science, les arts, l'actualité. Le traitement se veut politiquement neutre. Aucun fait divers criminel ou sordide n'est abordé. L'Illustration est largement ouvert à l'image. Les rédacteurs recherchent l'information à sa source. Ils sont assistés par un réseau de correspondants. La volonté d'impartialité guide leurs pas. Cette nouvelle politique éditoriale est une révolution à une époque où l'on se contente des dépêches d'agences et où les vues fantaisistes abondent. L'international devient la marque de fabrique du journal. L'Illustration, qui a pour devise d'être un journal universel, met en place une impressionnante logistique, pour être pratiquement toujours le premier à relater l'actualité des cinq continents.

En 1859, la revue est vendue au dessinateur Auguste Mar qui collabore déjà au journal. A sa mort, en 1886, son fils reprend la direction du titre. Entre-temps, en 1880, le magazine s'installe définitivement au 13 rue St Gorges dans le IXe arrondissement de Paris. L'Illustration devient en mars 1904 la propriété de la famille Baschet. Placé à la tête de L'Illustration en mars 1904, René Baschet (1860-1949), fils de Ludovic Baschet (1834-1909), éditeur à succès de " La Revue Illustrée " lancée en 1885, s'entoure d'une nouvelle équipe. Jacques, le frère de René, prend en charge la direction artistique. En 1933, deux autres héritiers de la famille rentrent dans la société : Louis et Jean. La famille Bachet conservera la tête de cet hebdomadaire jusqu'à ce que le titre ne devienne France Illustration après la seconde guerre.

A ses débuts L'Illustration enregistre un tirage proche des 16 000 exemplaires. Entre 1871 et 1879 le nombre de numéros imprimés est d'environ 12 000, mais beaucoup plus lorsque l'actualité bouillonne (révolutions, conflits ...). Le tirage passe de 20 000 à 47 000 exemplaires au cours des années 1880 et 1890, puis connaît une baisse sensible. Avec l'arrivée de la photographie, mais surtout de René Baschet à sa tête, le tirage s'envole, faisant de L'Illustration le premier magazine français mais aussi du monde. Il monte à 92 000 exemplaires en 1927 et culmine à 650 000 en 1929.

La qualité, la recherche du beau, l'excellence, et la rentabilité deviennent le fil conducteur de l'action des Baschet aux commandes du journal. Pour ce faire, L'Illustration s'est attaché la collaboration des plus grands noms de l'époque pour le texte comme pour l'image : Alphonse Daudet, Camille Flammarion, Georges Courteline, Anatole France, Edmond et Maurice Rostand, Tristan Bernard, Pierre Loti, Georges Clemenceau, Sacha Guitry ... De nouveaux dessinateurs et photographes, parmi les plus connus de l'époque, rejoignent l'équipe de collaborateurs permanents.  La qualité d'impression du journal est une obsession qui mènera à la construction de l'imprimerie de Bobigny en 1930.

René Baschet invente la presse moderne spécialisée en se lançant dans une politique alors ambitieuse de numéros hors-série, sur la mode, le jardin, l'enfant, le tourisme, l'aviation, le chemin de fer, et l'automobile ... Le plus célèbre est sans doute le numéro de Noël, cadeau fastueux aux abonnés, distribué dans plus de 150 pays, imprimé à plus de 360 000 exemplaires. Cela représente alors plus de 400 tonnes de papier à transporter en France et dans le monde, mais surtout c'est ce qui se fait de mieux dans le domaine de l'édition. Préparé par une équipe de plus de 200 personnes durant un an, ce numéro symbolise alors le savoir-faire, l'excellence et le rayonnement de L'Illustration.

La fabrication de l’hebdomadaire exploite  dans les années 30 deux techniques  d'impression de pointe : l’héliogravure et l’offset. Cette dernière fait de L’Illustration un périodique original dans la presse écrite, puisque ce procédé ne se généralisera que dans les années 50.

Le témoignage de L'Illustration dans bien des domaines est majeur, en assumant un patriotisme engagé. Le magazine continue de paraître durant la Seconde Guerre mondiale. Il est placé sous la direction politique de Jacques Bouly de Lesdain. Jugé comme un organe de collaboration, L'Illustration sera interdit à la libération. L'avant-dernier numéro diffusé date du 29 juillet 1944. Il revient sur l'attentat contre Hitler.

Après-guerre, un administrateur provisoire est nommé. En 1954, après dix années de procédures judiciaires, la famille Baschet se voit restituer ses biens. Le journal essaye entre-temps de renaître : en octobre 1945, une nouvelle équipe lance le titre France Illustration sous la direction de Georges Oudard et de Vincent Delpuech. Mais face à la concurrence d'un Paris Match, ce titre disparaît en 1955, après avoir plafonné à seulement 75 000 exemplaires et fusionné un temps avec son ancien concurrent, Le Monde illustré.

Le fonds et la marque L'Illustration sont encore aujourd'hui la propriété de la famille Baschet. L'intégralité des documents ayant servi à faire le magazine, dessins, plaques de verre, bois gravé, négatifs, ont été conservés, cas rarissime pour un magazine de cette époque. La famille Baschet, ayant droit de L'Illustration, gère ce fonds par le biais de la société L'Illustration, qui a rendu accessible, en 2013, l'intégralité du magazine, en ligne, par le biais du site www.lillustration.com.


L'Illustration, l'automobile et le tourisme, octobre 1926
© L'Illustration (www.lillustration.com)

L'Illustration, le numéro annuel consacré à l'automobile et au tourisme

De manière régulière, de 1921 à 1938, puis de 1946 à 1955, un numéro spécial consacré à l'automobile et au tourisme est proposé en octobre, mois du Salon de l'automobile. La guerre empêche la sortie de l'édition 1939.  En 1940, un numéro " ordinaire ", le 5093 du 19 octobre, est consacré à l'automobile, la bicyclette et les actualités mondiales. Aussi surprenant que cela puisse paraître, un autre numéro spécial daté du 4 octobre 1941, paradoxalement luxueux en cette période de pénurie, est consacré à l'automobile.

Le numéro de L'illustration consacré à l'automobile et au tourisme est une publication de grand format : 30 cm x 40 cm jusqu'en 1929, puis 28,5 x 38 de 1930 à 1951, en enfin 27 x 35 jusqu'en 1955. L'un des dangers qui guette le collectionneur est d'empiler ces magazines, sans prendre le temps de les consulter par le détail. C'est cette démarche qui a été réalisée dans ce dossier.

Ne disposant pas des numéros 4101 du 8 octobre 1921 et 4153 du 7 octobre 1922, leur description a été impossible ici. Si vous disposez de ces exemplaires, n'hésitez pas à me les proposer (marioboano@gmail.com).

L'Illustration, les pièges à éviter pour le collectionneur

Quelques pièges majeurs sont à éviter pour qui cherche à se constituer une collection de ces numéros spéciaux.

Le premier est celui des pages collées par l'humidité, un phénomène trop souvent observé sur les bourses dites d'échange. Prenez le temps d'ouvrir les pages une par une si vous achetez de visu. En cas d'achat par correspondance, votre vendeur, même de bonne foi, n'aura pas forcément effectué cette vérification. Et franchement rien de plus navrant que ces pages qui restent soudées les unes aux autres, et que vous abîmerez systématiquement en voulant les séparer.

Autre piège redoutable, celui des pages absentes. Il s'agira quasiment toujours des pages de publicité, que vous retrouverez sur les marchés ou dans les fameuses bourses vendues à prix d'or sur un support carton. D'un point de vue économique, il est effectivement plus rentable de déplumer un Illustration qui se négocie aux environs de 20/30 euros quand il est complet, pour le décomposer en une cinquantaine de pleines pages de publicité vendues 10 euros pièce ! C'est hélas un véritable jeu de massacre auquel nous assistons encore régulièrement.

Certaines illustrations des rubriques " tourisme ", essentiellement sur la période qui va de 1924 à 1936, ont la forme de vignettes contrecollées, qui ont tendance à s'envoler et à disparaître définitivement. Il est prudent de vérifier page par page leur présence, ou en cas d'achat par correspondance, de faire vérifier par le vendeur cette complétude.

On peut trouver ici et là des numéros de l'Illustration sous forme reliée. Attention, ces éditions d'époque ne contiennent pas les publicités. Il était alors courant de remettre à un relieur des journaux expurgés de leurs publicités, ce qui était facile puisque celles-ci étaient concentrées au début et à la fin du magazine.

L'Illustration, le prix à payer

Il est difficile d'établir une côte pour ces numéros spéciaux automobile et tourisme. Le prix sur les brocantes ou les bourses, ou sur internet (ebay, le bon coin) varie le plus souvent entre 15 et 40 euros pièce, selon l'état et les années. Payer plus cher paraît être une erreur.

Avec un peu de patience, vous pouvez prendre le temps de saisir les bonnes occasions à bon prix, d'autant plus qu'il ne s'agit pas d'éditions rares, même si avant 1927 les recherches s'avèrent parfois plus difficiles. Curieusement, l'édition d'octobre 1954 semble aussi relativement rare. On trouve plus aisément les spéciaux des années 30 que ceux des années 50.

Attention, comme déjà précisé, un ancien numéro de l'Illustration consacré à l'automobile s'achète avec ses publicités, car elles contribuent évidemment à l'essentiel de son charme. Quelques vendeurs les proposent à des prix bradés sans ces publicités.

Les taches de rousseur sur la couverture, les petites déchirures, les manques papier, le dos fatigué sont monnaie courante. Chacun en fonction de sa sensibilité devra tenir compte de ces désagréments.

Les chances de trouver une collection intégrale semblent quasi inexistantes. La solution la plus sage est de glaner au fil de l'eau, au fur et à mesure de vos découvertes. Le plaisir n'en sera que plus intense.

Description année par année, avec les évolutions

Le numéro annuel de L'Illustration que nous évoquons ici s'intéresse à l'automobile et au tourisme. C'est naturellement vers le premier aspect que portent essentiellement ces descriptifs des différentes éditions. Tous les articles ne sont pas répertoriés, ce n'est pas un sommaire. Mais plutôt un " meilleur de ". Pour un sommaire plus détaillé, reportez-vous à la page suivante : www.lillustration.com

1923

Le thème choisi pour la couverture n'a rien à voir avec l'automobile, puisqu'il s'agit d'une cascade. Jusqu'à la page 24, le lecteur voyage à travers les publicités en noir et blanc : du 1/40e de page pour les " petits " annonceurs à la pleine page, voire à la double page pour les plus grands. Evidemment, l'automobile tient ici une place majeure. Pour ne s'en tenir qu'aux constructeurs,  Panhard & Levassor, Citroën, Renault, Rochet Schneider, Hotchkiss, Georges Irat, Voisin, Peugeot et Ballot s'offrent une pleine page. Chenard & Walcker fait mieux avec une double page. A contrario, les annonces de Farman, Cottin & Desgouttes et Vermorel sont limitées à une demi-page, voire à un quart de page. Les " accessoiristes " ne sont pas oubliés, qu'il s'agisse de Mobiloil, Ducasble, Solex, Goodrich, Spidoléine, Zenitch ou Houdaille. Pour le reste, les publicités concernent des produits éloignés du monde de l'automobile : marques d'alcool, de biscuit, de chapeau, d'horlogerie, etc ...

Déjà de grands noms de la publicité illustrée sont présents. Alex Kow signe la publicité Panhard & Levassor, Pierre Delarue Nouvellière celle de l'huile Spidoléine, René Vincent celle de Rochet Schneider et de Ballot, W Janko la double page de Chenard & Walcker ... Renault et Hotchkiss ont pour leur part opté pour la photo.

Ensuite, le lecteur arrive sur un cahier central de 56 pages, qui ne diffère en rien par son mode de reliure du reste de la publication. Sur la première page de ce " cahier ", on découvre deux photos prises Avenue de l'Opéra à Paris, en 1893 puis en 1923, avec ce commentaire : " pas une automobile " en 1893, puis " pas un cheval " en 1923.

Louis Baudry de Saunier est aux commandes des 22 premières pages, intitulées " Causerie sur le Salon de 1923 ". Dans le cas présent, il évoque différents sujets en lien avec l'automobile, au travers de plusieurs chapitres, eux-mêmes divisés en paragraphes. Il y " cause " de l'alcool dans l'essence, de l'évolution des moteurs pour le nouveau millésime, des châssis, des carrosseries, de l'éclairage, des grands problèmes de la route, qu'il s'agisse des travaux à réaliser ou des impôts qui assomment l'automobiliste, des premières caravanes roulantes, des possibilités d'accéder à une voiture pour le plus grand nombre (sujet illustré par W Janko). Ensuite, sur 34 pages, le lecteur accède à des articles de différents rédacteurs, en rapport avec le tourisme.

Ce cahier central comporte une dizaine de pages en couleurs. Deux compositions en pleine page signées Louis Sabattier ont pour thème d'une part " Le public sur un grand circuit automobile en 1923 " et d'autre part " La colonne des automobilistes sur le chemin du retour ". Ensuite, on découvre cinq autochromes toujours en pleine page consacrés à différentes automobiles de marque Citroën, Renault, Mathis, Georges Irat, Doriot Flandrin Parant.


Renault Torpédo Sport 40 HP 6 cylindres - Autochrome - © : L'Illustration (www.lillustration.com)

Cette édition se termine avec 24 autres pages de publicité, selon le même principe que les 24 premières. Les annonceurs automobiles présents sont De Dion-Bouton, Delaunay Belleville, Bignan, Vermorel, Willy van den Plas et Bugatti. 

1924

La couverture réalisée en héliogravure couleurs est illustrée par une aquarelle de Gustav-Adolf Mossa. Ce numéro qui a pris de l'épaisseur par rapport à l'année précédente a été imprimé à 175 000 exemplaires. Les 36 premières pages sont réservées aux publicités, selon le même principe qu'en 1923. Il en est de même pour les 36 dernières. Parmi les constructeurs automobiles, on découvre en pleine page des publicités Voisin, Rochet Schneider, Chenard & Walcker, Ballot, Georges Irat, Fiat, Peugeot 18 HP, Panhard & Levassor, De Dion-Bouton, Hotchkiss, Berliet, Ford, Roland Pilain, Renault, Aries et Farman. Le dos de cette édition supporte une publicité couleurs du plus bel effet pour la marque des carburateurs Zenith. Parmi les illustrateurs connus, outre ceux déjà cités en 1923, on note deux nouvelles signatures : Joé Bridge pour les amortisseurs Houdaille et Robert Falcucci pour Renault.

On retrouve le même style de cahier central, qui comporte cette année 58 pages, avec la désormais classique " Causerie sur le Salon de 1924 ". Baudry de Saunier nous entretient sur quatorze pages de technique automobile, du montage à la chaîne, du camping par l'automobile, de l'automobile et de la femme, des règlements de circulation, de l'automobile aux Etats-unis ... Les autres pages sont consacrées au tourisme. Dans cette section, le passionné d'automobile y trouve aussi son bonheur, avec plusieurs photos représentent des lieux touristiques où l'automobile figure en bonne place : Berliet à Beauvais, Mathis à Chartres ... Un autochrome représente une 40 CV Renault en pleine page.

1925

Une photographie en noir et blanc d'une maman qui semble donner quelques recommandations à ses enfants avant son départ au volant d'une automobile Ballot illustre la couverture. Ensuite ce sont 32 pages de publicité avant et après le cahier central. Au centre la causerie de Baudry de Saunier évoque l'actualité. Il n'y a pas de description des nouveautés marque par marque. Les auteurs s'en tiennent à des considérations d'ordre général. Déjà à l'époque, il y a 90 ans, un chapitre est consacré aux progrès des véhicules électriques. La région parisienne est alors équipée de quinze points où une automobile de ce type peut se ravitailler en courant ... Autolib avant l'heure ! Jean Labadié se penche sur un sujet préoccupant à l'époque : " La vibration des immeubles au passage des véhicules ". La " Société du Carburateur Zenith " monopolise la page de couverture verso, mais se limite cette année au noir et blanc.


Octobre 1923


Octobre 1925

1926

La page de couverture est imprimée dans le même esprit qu'en 1924, selon la technique dite de  l'héliochromie (sorte de coloration que l'on obtient à l'aide du soleil sur une couche de chlorure d'argent que porte une plaque métallique ...). Elle associe l'automobile et le tourisme. La publication prend de plus en plus d'importance, avec 40 pages avant et 40 pages après le cahier central de 32 pages. Nouveauté : les deux fois 40 pages supportent à la fois de la publicité et des pages rédactionnelles. Au fil du temps, la séparation dans la maquette entre publicité et rédactionnel va devenir moins nette.

Les belles publicités pour les constructeurs et les carrossiers sont plus envahissantes que jamais. Ces derniers sont présents à travers les réalisations de Paul Audineau, Manessius ou Willy van den Plas. Bugatti s'est offert une pleine page de publicité, où le constructeur de Molsheim nous précise que du 24 janvier au 12 septembre 1926, il a été 442 fois premier, avec plus de 2 victoires par jour, parmi lesquelles 45 records.

En dehors de l'automobile, on découvre de nombreuses publicités pour de grandes marques, dont certaines sont encore vivantes ou bien ancrées dans nos mémoires : Lu, Electro-lux, Au Bon Marché, Savon Cadum, Palmolive, Burberry, Pétrole Hann, Longines, Viandox ...

Dans sa causerie, Baudry de Saunier s'interroge : " Décidément le volant doit-il être à droite ou à gauche ". Robert de Beauplan s'intéresse pour sa part aux " belles voitures ".  Après un long développement sur le sujet, on peut admirer vingt-deux photos noir et blanc format demi-page de plusieurs réalisations, françaises pour l'essentiel.

C'est un régal pour les yeux d'admirer ces clichés de voitures des plus grandes marques habillées par Gallé, Kellner, Weymann, Saoutchik, Letourneur et Marchand, etc ... ceci dans des mises en scène soignées. Enfin, S. Damien nous emmène dans une visite abondamment commentée, mais non illustrée, " A travers les stands du Grand Palais ". Pour la troisième année consécutive, les carburateurs Zenith monopolisent la quatrième de couverture.


Publicité Carburateur Zenith - © : L'Illustration (www.lillustration.com) - octobre 1926

1927

A partir de 1927, la " Causerie de Baudry de Saunier " n'est plus en première ligne. La partie rédactionnelle débute par le volet touristique. Puis dans un article intitulé " Les autoroutes s'imposent ", Baudry de Saunier constate que " la route actuelle est très inférieure aux véhicules qui doivent l'utiliser ". Un croquis " pittoresque " de W. Janko illustre une proposition pour le moins originale : installer les autoroutes au-dessus des voies ferrées ... Déjà, on évoque la voiture ancienne, au travers la visite du Musée de la Voiture et du Tourisme de Compiègne. Cette année, les écrits de Robert de Beauplan, dans un long article intitulé " En regardant passer les autos ", sont illustrés d'aquarelles d'André Édouard Marty, de René Vincent et de l'espagnol Carlos Saenz de Tejada.

Les trois rubriques, la " Causerie de Baudry de Saunier ", " Les belles voitures " avec à chaque fois un nombre conséquent de grandes photos noir et blanc, et la visite " A travers les stands du Grand Palais " par S. Damien vont perdurer jusqu'à la guerre. Nous ne les mentionnerons pas à chaque numéro.

Parmi les nouveaux illustrateurs présents, on note une publicité très haut de gamme pour Panhard & Levassor par Roger Soubie, et une autre tout aussi élitiste pour Rochet Schneider par Luc Barbier. Roger Pérot signe pour sa part l'une de ses premières publicités pour les optiques Marchal. L'Illustration s'adresse à un public au pouvoir d'achat élevé. C'est la raison pour laquelle des marques aussi prestigieuses qu'Hispano Suiza, Packard ou Cadillac s'intéressent à ce support pour promouvoir leurs automobiles. Le Maréchal Pétain soutient par sa présence dans une publicité " L'Album de la guerre " édité par L'Illustration. Les archives du magazine étaient déjà mises à contribution. Le fabriquant des carburateurs Zenith est de nouveau présent sur la couverture verso. 


De superbes photos noir et blanc représentent les nouveautés de l'année. Conduite intérieure faux cabriolet sur châssis 12 CV Delahaye - © : L'Illustration (www.lillustration.com) - octobre 1927


Octobre 1927

Octobre 1929

 1928

Pour la première fois, Géo Ham illustre la page de couverture du numéro spécial automobile et tourisme de L'Illustration. Dans cette même parution, il est l'auteur d'une publicité pour les bougies Nerka qui équipent la Bugatti de Chiron. Enfin, douze de ses compositions agrémentent un article de Paul Morand consacré aux circuits et autodromes. L'une d'entre elles, en couleurs, intitulée " Une course sur route ", s'affiche en pleine page.

Un article passionnant signé Fernand Honoré s'intéresse au problème de la circulation à Paris. L'auteur évoque les solutions du futur. Ce sujet sera repris et réactualisé plusieurs fois dans les prochaines années. La publication a désormais adopté un rythme de croisière, mêlant publicités et parties rédactionnelles. La " causerie " de Baudry de Saunier s'applique à expliquer au plus grand nombre diverses questions techniques.

En pages intérieures, les premières publicités en couleurs font leur apparition. Parmi les annonceurs dans notre monde automobile, Mobiloil, Lincoln, Cadillac et Packard s'offrent ce luxe. On note qu'il ne s'agit que de sociétés américaines ! L'annonceur " Le carburateur Zenith " est toujours présent en quatrième de couverture, mais il a renoncé à la publicité illustrée au profit d'une photo sans charme.


L'Illustration, l'Automobile et le Tourisme, octobre 1928
© L'Illustration (www.lillustration.com)

1929

Le peintre Georges Leroux signe la couverture de cette édition, qui d'une année sur l'autre prend de l'ampleur, avec pas moins de 192 pages en 1929. Les publicités couleurs se démocratisent. Les meilleurs illustrateurs sont présents plus que jamais : René Vincent pour Renault, Alex Kow pour Panhard et Salmson, André Édouard Marty pour Cadillac. Le grand Charles Faroux signe le texte d'une publicité pour Delage. Celle-ci est intitulée " Ce que je pense d'une belle voiture française ". Curieux mélange des genres.

Parmi les annonceurs, on note la présence très importante, plus encore qu'en 1928, des constructeurs américains, avec par ordre d'apparition Cadillac, Ford, Lincoln, Pierce-Arrow, Studebaker, Oakland, Hupmobile, Graham Paige, Cord, Packard, Marmont, Nash et Franklin. On peut se désoler de l'absence des constructeurs britanniques, allemands ou italiens. 

André Édouard Marty illustre avec talent un texte d'Hervé Lauwick consacré au camping en auto. Autre régal pour le lecteur, Robert de Beauplan trace une rétrospective de l'automobile et de la mode depuis 1906, avec des illustrations de Louis Sabattier et de William Ablett. Le talent d'Ablett ne peut qu'émouvoir la gent masculine.


" Bonjour ", illustration d'André Edouard Marty - © : L'Illustration (www.lillustration.com)


Illustration de William Ablett - © : L'Illustration (www.lillustration.com) - octobre 1929

Parmi les nombreux sujets traités par Baudry de Saunier dans sa causerie, on retient celui consacré à la lutte du rail et de la route. On sait aujourd'hui qui a gagné ! Un " supplément commercial ", ce que l'on appellera plus tard un " publi-reportage " est consacré d'une part à Chenard & Walker, d'autre part à Donnet. Les textes sont d'une densité remarquable, même si par définition l'objectivité n'est pas de mise.

1930

La couverture de l'édition 1930, signée M. Bouillière, est sans rapport direct avec l'automobile. Plusieurs annonceurs restent fidèles d'une année sur l'autre à ce numéro spécial. Il s'agit évidemment des grands constructeurs, mais aussi de marques comme Lu, l'Eau de Cologne, Petrole Hann ... Lincoln en impose avec en pleine page une superbe annonce tout en couleurs. La qualité d'impression est remarquable. René Vincent met en valeur la femme au volant dans un texte intitulé " Madame conduit ", qu'il illustre de sept aquarelles en couleurs. Dans un dossier qui porte le titre " La route moderne ", Fernand Honoré (1859-1931), chroniqueur scientifique de L'Illustration, fait un état des lieux en France. Il évoque les différentes techniques de construction de ces routes. Une carte en pleine page montre le projet d'une " route nationale de rocade autour de Paris ". La future A86 est déjà tracée !

La désignation des types de carrosseries a longtemps relevé d'une certaine fantaisie. Qu'est-ce qu'un phaëton, un torpedo, un landaulet, un cabriolet ... Pour mettre un terme à cette confusion, la Chambre Syndicale Française des Carrossiers a établi sous l'impulsion de son président Jean Jacques Labourdette, dit Jean Henri Labourdette, une nomenclature. Celle-ci fait l'objet d'une représentation graphique avec vingt trois types différents côté français. Le même travail a été réalisé par les organismes équivalents en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. En quatrième de couverture, les carburateurs Zenith ont cédé leur place à une superbe publicité signée M. Bouillière, consacrée aux modèles de grand luxe de Renault. C'est le même artiste qui signe la première et la quatrième de couverture ...

1931

Une composition de Guy Sabran a été choisie pour illustrer la couverture de l'édition 1931. Géo Ham signe plus loin une magnifique publicité en couleurs pour les pneus Goodrich. On retrouve dans le cahier central le nom de Guy Sabran, qui illustre par sept de ses compositions, dont une en pleine page, un texte d'Henry Kistemaeckers,  consacré aux concours d'élégance et aux rallyes automobiles. Hervé Lauwick nous raconte la circulation automobile en Amérique et en Angleterre. Robert Umilta détaille un projet d'autoroute au départ de Paris vers Lille et Calais. On retrouve Fernand Honoré qui s'intéresse au problème des passages à niveau. Le seul annonceur américain encore présent s'appelle Nash. On est déjà bien loin de l'abondance de 1929. Un certain " jeudi noir " est passé par là.


Octobre 1930


Octobre 1931


Octobre 1932


Octobre 1933

1932

L'Illustration ne fait appel qu'à de grandes signatures pour sa couverture. Cette année, c'est Pierre Brissaud qui nous propose une aquarelle d'un beau paysage de route française bordée d'arbres. Cet artiste illustre aussi dans le cahier central un article de Jacques Boulenger consacré aux premières autos. Baudry de Saunier nous parle de l'allure aérodynamique des automobiles. La forme et le fond de cette édition 1932 restent dans la lignée des précédentes, même si l'époque paraît moins glorieuse. Les publicités couleurs ont quasiment disparu. Tous les constructeurs américains ont déclaré forfait. Seuls Renault, Panhard, Lorraine, Delage, Hispano Suiza, Peugeot, Berliet, Delahaye et Mathis maintiennent la tradition des publicités pleine page. Les bougies Gergovia de Clermont Ferrand occupent la quatrième de couverture avec une publicité illustrée par Pierre Leconte.

1933

Georges Lepape signe la couverture. Renault s'offre une double page de publicité couleurs en recto-verso sur un papier de fort grammage, ceci pour mettre en avant la gamme des Renault Stella. Roger Soubie signe une publicité Panhard & Levassor. Berliet de Vénissieux est encore à cette époque un constructeur automobile, et il confie la promotion de ses produits à la grande maison Draeger. Géo Ham sort de son cadre habituel avec une publicité pour une compagnie d'assurance, " La défense automobile et sportive ".

Les plus belles pages de cette édition 1933 sont à mettre au crédit de Gabriel Hanot pour le texte et de Géo Ham pour les compositions graphiques. Elles sont consacrées aux courses d'endurance, dont celle des 24 Heures du Mans. Par ailleurs, Albert Cahuet pour le texte et Rod Rieder pour les photos, nous emmènent sur les routes de France. Paul Ordner illustre en noir et blanc un texte de R. Orgebach consacré à la politesse de la route, ou comment bien se comporter au volant. Marcel Jacques Hemjic pour les illustrations a travaillé avec Robert de Beauplan pour le texte, à un sujet consacré au confort d'une automobile, un nouveau " luxe moderne ".


Illustration de Geo Ham - © : L'Illustration (www.lillustration.com) - octobre 1933


Illustration de Marcel Jacques Hemjic - © : L'Illustration (www.lillustration.com) - octobre 1933

1934

André Édouard Marty partage de nouveau ses talents avec les lecteurs de L'Illustration grâce à une couverture très lumineuse. Alex Kow signe une publicité pour le constructeur de l'avenue d'Ivry. A ce sujet,  Panhard & Levassor devient progressivement Panhard tout court. Il est vrai qu'Emile Levassor est mort en 1897. René Ravault est l'auteur d'une publicité pour Hispano Suiza, annonceur régulier depuis 1931, ainsi qu'une autre pour Delahaye.

Sur un texte rédigé par Robert Chenevier, Géo Ham nous offre deux majestueuses compositions en couleurs (plus deux autres de format moindre) sur le thème du chemin de fer. Il illustre les impressionnantes Mountain PLM et Super Mountain, et sur un autre registre l'autorail Bugatti. Robert de Beauplan s'intéresse au tourisme automobile. Son texte est mis en valeur par des compositions d'Henri Farge où la femme est à l'honneur. Roger Baschet, neveu de René Baschet, imagine la voiture de demain, celle de ... 1945. Guy Sabran illustre ses propos par six sublimes dessins futuristes en noir et blanc ! 


Illustration de Géo Ham - © : L'Illustration (www.lillustration.com) - octobre 1934


Illustration d'Henri Farge - © : L'Illustration (www.lillustration.com) - octobre 1934

1935

C'est une carte en couleurs de la banlieue de Paris réalisée en 1740 par Matthias Seutter qui illustre la couverture de cette édition 1935. La publicité pour les Berliet Dauphine 9 et 11 CV est signée " Pub. L'Illustration ". On n'est jamais mieux servi que par soi-même. Autre annonce en pleine page, celle des huiles Renault, qui produit cette substance depuis 1911, par l'intermédiaire de la Société Anonymes des Huiles Renault installée à Issy-les-Moulineaux.

Dans le cahier central, Henri Montassier et Géo Ham se partagent l'illustration d'un texte d'Albert Cahuet (dit Albéric Cahuet) intitulé " sur la route, la vitesse et la vie ". Le dessin de la couverture trouve un écho à l'intérieur de cette édition, avec une passionnante étude de vingt pages sur le développement de la banlieue parisienne, signée Léandre Vaillat, spécialiste du sujet. On apprécie l'immuable rubrique consacrée aux " belles voitures ". Les carrosseries 1936 s'arrondissent, deviennent plus aérodynamiques. Mais le contraste demeure saisissant entre les lignes encore rigides d'une Salmson S4D et celles effilées d'une Peugeot 402. Renault va occuper jusqu'en 1938, dernière édition avant la guerre, la quatrième de couverture. Ces publicités pour le constructeur de Billancourt sont d'une tristesse affligeante. Les catalogues publicitaires d'époque inspiraient la même morosité. Trop sérieuses les Renault ?


Octobre 1934


Octobre 1935

1936

Au contraire, la couverture de l'édition 1936 nous apporte de la lumière, de la vitesse, et la vision d'un futur plein de promesses ... Géo Ham est à la manoeuvre, et nous signe là une de ses oeuvres les plus célèbres. Une étude de Robert de Beauplan est consacrée à la locomotion à travers les âges, depuis l'époque romaine jusqu'aux prémices de l'automobile. Albert Cahuet s'intéresse aux appellations pittoresques de certaines bourgades : La Démangerie, Le Bout-d'en-bas, Rouillecouteau, Pissevache, Angoisse ... Roger Baschet s'intéresse à la police motorisée, avec un texte illustré par Géo Ham.


© : L'Illustration (www.lillustration.com) - Octobre 1936

1937

Albert Brenet est surtout connu pour ses oeuvres liées au monde de la marine. C'est pourtant à lui qu'est confiée la création d'une composition pour la couverture de 1937. Elle représente une scène estivale, avec un couple et son chien descendant d'un cabriolet devant la terrasse d'un restaurant. Alcool et automobile font encore bon ménage, si l'on en juge par les publicités de Byrrh ou de Cointreau. Le slogan " Code de la route : un Cointreau à la prochain étape " ne choque personne à cette époque.


Octobre 1937


Octobre 1941

1938

Après celle de 1936, Géo Ham signe de nouveau la couverture en 1938. L'insouciance est toujours de mise, malgré ce qui se prépare dans l'ombre. Si l'on en croit l'absence de mention " tourisme " sur la couverture, L'Illustration n'affiche pas cette année sa volonté de disserter sur les lieux touristiques à visiter.

Décidément, le publicitaire des alcools Byrrh n'y va pas de main morte : " Au premier Byrrh vous tournez à droite, vous prenez le second à gauche et de suite après le troisième Byrrh, ben, vous êtes sûrs de bien déjeuner ". Une pleine page de publicité est destinée à promouvoir le second tome de l'histoire de la locomotion terrestre. Cet ouvrage est consacré à la voiture, au cycle et à l'automobile, alors que le premier ne s'intéressait qu'au chemin de fer. Les deux tomes étaient vendus à l'époque 500 francs (équivalant à 250 euros de nos jours). On les trouve encore assez facilement chez les bouquinistes. Il faut compter près de 200 euros pour acquérir ces deux ouvrages en bon état. L'actualité du moment sur une douzaine de pages, c'est la conférence de Munich, et " la paix sauvée ", selon le titre de l'article signé Robert de Beauplan. S'ensuit un article de huit pages écrit par le Général Duval et illustré par Albert Brenet, consacré à la guerre motorisée.

Mais revenons à des considérations moins guerrières. Baudry de Saunier, qui décèdera quelques semaines plus tard, le 31 décembre 1938 précisément, signe pour L'Illustration son dernier article, sous le titre " La révolution automobile dans le monde ". Il revient sur le développement de l'automobile depuis ses débuts, en France, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en Allemagne et dans quelques autres pays, mais de manière plus succincte. Baudry de Saunier avait signé son premier article pour l'Illustration le 11 mai 1895, au sujet des tricycles à pétrole De Dion-Bouton. D'année en année, il a suivi l'évolution de l'automobile, une invention qu'il a vu naître et grandir. Il a pris soin durant tout ce temps de vulgariser la connaissance de ce mode de transport et ses sujets techniques les plus ardus auprès d'un public le plus large possible.

Géo Ham apporte de la couleur à ce numéro d'avant-guerre, avec une série de treize aquarelles qui agrémentent un texte de René Richard, sur l'idée que votre voiture n'est pas " une " automobile, mais bien " votre " voiture. Dans un autre sujet, René Mary nous explique le développement de la construction en série, avec un ensemble de photos impressionnantes prises par François Kollar chez Hotchkiss, Peugeot et Renault.

Pas de causerie cette année, puisque c'est un nouveau collaborateur, Jacques Loste, qui entreprend la rédaction du dossier principal. L'auteur qui poursuivra ensuite une brillante carrière au sein de l'Argus, s'est mis dans la peau d'un acheteur qui souhaite s'informer sur les nouveautés françaises et étrangères. Sur vingt deux pages, les tendances de l'automobile, thème par thème (l'aspect extérieur, les aménagements intérieurs, etc ...), sont largement détaillées. Les photos en noir et blanc sont nombreuses. Le style et la présentation générale évoluent. Le lecteur visite une dernière fois avant une longue absence le salon " à travers les stands ". La gamme de chaque constructeur français est présentée. Le seul constructeur étranger évoqué est Mercedes. 


© : L'Illustration (www.lillustration.com) - Octobre 1938

1940

En juin 1940, une partie de la rédaction se replie à Bordeaux. L'heure est à la fuite devant les troupes allemandes. Le journal continue de paraître, avec une pagination réduite, dans des conditions précaires. La rédaction s'efforce de sauvegarder le titre et son symbole. Les troupes allemandes sont dans la capitale, et marquent leur territoire en remplaçant sur les édifices publics les drapeaux tricolores  par l'oriflamme nazie. Fin 1940, c'est le retour sur Paris, et la reprise de la parution en zone occupée. Mais les équipes ont changé. C'est dans ce contexte qu'est diffusé le 19 octobre 1940 le numéro de L'Illustration intitulé " L'automobile, la bicyclette, les actualités mondiales ". Il n'est plus question de belle couverture couleur, et cette édition proche d'un numéro régulier se contente d'une simple photo de la circulation parisienne en page de couverture. Quelques rares entreprises poursuivent leurs campagnes publicitaires comme si de rien n'était : Cointreau, Parker, Revillon ... D'autres publicités sont de circonstance, pour le charbon de bois, les gazogènes ... Même Panhard propose sa solution gazogène. Mais au final, ces publicités n'occupent plus que huit pages, dix fois moins qu'à la fin des années 20.

L'actualité du monde occupe une partie de cette édition à la pagination réduite à 56 pages. La bicyclette est le deuxième sujet majeur avec différents thèmes : la réhabilitation de la bicyclette, les cyclo remorques, le confort sur deux roues. Jacques Loste s'interroge sur la capacité de l'automobile à s'adapter aux nouvelles conditions de ravitaillement et de circulation, avec des articles concernant la traction électrique, l'usage des gazogènes, l'alcool carburant, les autorisations de circulation, etc ... Dans le nouveau contexte d'occupation, il n'est plus question de préoccupations individuelles ou corporatives. Les compositions d'artistes cèdent leur place à de plus banales photos noir et blanc. En quatrième de couverture, L'Illustration lance un appel aux industriels et commerçants : " vos affaires ne reprendront pas sans publicité ... ". 

1941

Si l'on n'y prête pas attention, le numéro d'octobre 1941 s'apparente à une édition spéciale " tourisme et automobile " des années 30. Son épaisseur et la signature de Géo Ham sur la page de couverture sont deux signes qui pourraient laisser penser que la guerre est terminée. Une étude plus attentive de la composition de l'artiste permet cependant d'entrevoir la présence d'un gazogène sur le camion, qui n'est pas vraiment un ustensile de temps de paix. Pourtant, à l'intérieur, la publicité semble avoir repris ses droits. Gibbs, les gaines Scandale, l'horlogerie Jaeger et Jaeger-LeCoultre, les chapeaux Mossant ... ont recours à de pleines pages en noir et blanc. Lancôme et Rivoire & Carret s'offrent même d'éblouissantes pages en couleurs. Les annonceurs automobiles ne sont pas en reste, même si les publicités sont de circonstance : camions Laffly, véhicules industriels Renault, voiture électrique Louis Breguet, carburateurs Zenith adaptés à tout type de carburant, batterie Tudor pour véhicules électriques, etc ... 

Pour la partie rédactionnelle, les articles de Jacques Loste restent de circonstance : préparer l'automobile de demain, l'automobile et les tickets de carburant, rouler quand même .... A défaut d'actualité, l'auteur fait un bref retour sur les voitures particulières les plus représentatives de la construction de l'immédiat avant-guerre. Robert Chenevier plonge sous terre, et propose un zoom sur le développement du métro parisien depuis 1900. Les deux roues sont évidemment bien présents. François Toché sur des dessins noir et blanc, superbes mais méconnus, de Géo Ham nous propose une balade à travers l'Ile-de-France avec les cyclotouristes.

Aucun numéro sur le thème de l'automobile ne sera publié de 1942 à 1945.


Cyclistes sur le sentier qui monte vers l'église de Rochefort-en-Yvelines, par Géo Ham
© : L'Illustration (www.lillustration.com) octobre 1941

1946

Après quatre années de silence, L'Illustration, devenu France Illustration, nous offre un numéro " Salon de l'Automobile ". L'auteur de la couverture n'est pas identifié. Le thème du tourisme, bien qu'encore présent, est relégué au second plan, et cela restera vrai jusqu'en 1955. Mais ne boudons pas notre plaisir. Cette nouvelle édition est un vrai bonheur pour les yeux. On ne dévore pas moins de dix-huit pages de publicité en pleines pages et en couleurs sur un beau papier pour des produits de luxe : parfum, chocolat, alcool, bijouterie, lingerie ... Ces marques n'existent plus de nos jours pour la plupart, et il serait vain de les citer. Les signatures de nouveaux illustrateurs font leur apparition : René Gruau pour la marque Scandale, Pierre Laurent Brenot pour les chaussures Sirius ... De manière surprenante, Géo Ham signe une publicité pour les bijoux Fix. Il est vrai qu'elle montre une femme au volant.

Peu de constructeurs automobiles ressentent le besoin d'investir dans de la publicité, la demande de véhicules neufs étant encore et pour quelques années largement supérieure à l'offre. La France manque de matières premières et les constructeurs sont incités à exporter pour obtenir des devises. Parmi les annonceurs, on note tout de même la présence de Berliet qui a abandonné l'automobile et est devenu le spécialiste du poids lourd, Mathis pour sa curieuse VL 333, Chenard & Walker avec ses camionnettes, Renault pour ses utilitaires, les cars Chausson, les camions Dodge, Hotchkiss qui propose " la voiture de classe ", et le constructeur américain Kaiser.

La maquette paraît plus moderne, plus aérée, plus lisible, plus gaie qu'avant-guerre. Les compositions graphiques cèdent peu à peu leur place à des photos de qualité, imprimées avec les techniques les plus modernes. Une moitié de cette édition 1946 est occupée par la publicité, l'autre par des parties rédactionnelles. Maurice Philippe remplace Jacques Loste à la rédaction du dossier principal consacré à la situation de l'industrie automobile française. Ce dernier vient de prendre en charge la direction de " l'Argus de l'Automobile et des locomotions ".

Le résultat du travail d'écriture de Maurice Philippe s'avère aussi dense que celui de Baudry de Saunier. Alors que la production automobile étrangère était quasiment absente des éditions d'avant-guerre, en 1946, L'Illustration propose cinq pages sur les voitures américaines, britanniques, italiennes. Même la production de Tchécoslovaquie est représentée par le biais de Tatra, Skoda et Jawa. Quelques lignes sont consacrées à la Volkswagen KDF, dont la production a repris sous la coupe des autorités anglaises. Les motocyclettes, vélomoteurs, bicyclettes à moteur et cycles ne sont pas oubliés.

Pierre Brissaud illustre un texte de Roger Boutet de Monvel, qui compare la manière de voyager en automobile en 1946 avec celle de nos ancêtres. Comme pour mieux se rassurer, Henri Mancardi rappelle à ses lecteurs que la France reste un grand pays du tourisme. Enfin, quelques pages traitent de l'actualité à travers le monde sur un plan plus général.


Mathis VL 333 par Maurice Tranchant - © : L'Illustration (www.lillustration.com), oct. 1946

 1947

Une composition d'Albert Brenet figure en page de couverture. Les publicités couleurs ont toujours la côte, avec une vingtaine de pleines pages. On note que certains annonceurs reprennent les mêmes publicités que l'année précédente. Pierre Laurent Brenot, qui signe simplement Brenot, est l'illustrateur qui monte. Les vins de Bourgogne Patriarche et la brillantine Roja on fait appel à ses services. René Gruau n'est pas en reste avec une création pour les montres Omega et les gants Perrin. La nouvelle Régie Nationale Renault, par le biais d'une pleine page en noir et blanc, invite ses clients à examiner la 4 CV en concession, même si le constructeur n'est pas encore en capacité de répondre à la demande. Toujours en pleine page et en noir et blanc, le constructeur automobile Georges Irat fait appel aux talents de Jean Cocteau. Alfa Romeo et la General Motors s'affichent sur le même grand format. D'autres constructeurs plus marginaux se manifestent, avec des 1/2 pages, voire des 1/4 de pages. C'est le cas des Automobiles Dolo et de Rovin, l'un et l'autre constructeurs de microcars, de Rosengart avec sa SuperTrahuit, du plus grand des petits constructeurs, Hotchkiss, de l'importateur en France des automobiles Studebaker et de celui des Kaiser Frazer. Détail amusant, par le biais d'une publicité créée par France Illustration, les carrossiers de luxe français s'unissent sur une même page pour bien manifester leur présence. Non ils ne sont pas (encore) mort. Antem, Autobineau, Henri Chapron, Dubos, Figoni & Falaschi, Franay, Guillore, Letourneur et Marchand, Pourtout et Saoutchik ont financé cette page. 

Maurice Philippe propose un panorama des réalisations des constructeurs français sur neuf pages. La multiplication des productions artisanales ou semi-industrielles est flagrante : Rovin, Claveau Descartes, Dolo, Bernardet, Boitel, Irat, Julien ... Les belles voitures françaises (celles des carrossiers) sont illustrées sur deux pages. Le même rédacteur nous emmène sur sept pages à la découverte de la naissance de la Renault 4 CV : son étude, son industrialisation, etc ... Sa contribution à ce numéro de 1947 se termine par deux sujets sur les automobiles étrangères et les poids lourds. De nombreuses photos noir et blanc illustrent ces dossiers.

Une étude signée et illustrée par Ch. Rocordeau évoque l'évolution des lignes automobiles depuis 1900. Les routiers de 1947 sont mis à l'honneur par Lucien Bodard pour le texte, assisté par Albert Brenet pour les illustrations. Jacques Thomas présente la route française de l'avenir. A cette époque, les créations les plus représentatives de la modernité du réseau routier français sont le Tunnel de Saint Cloud, les premiers kilomètres de la nouvelle Autoroute de l'Ouest, et le fameux Triangle de Rocquencourt. Une vue aérienne de celui-ci mise en parallèle avec un super-Highway à Long-Island (New York) laisse perplexe.


Octobre 1946


Octobre 1947


Octobre 1948


Octobre 1949


Octobre 1950


Octobre 1952

1948

Albert Brenet nous montre un mécano au travail en page de couverture. Les 60 premières pages sont occupées par des publicités pleines pages pour de grandes marques de produits de luxe. On note par ailleurs que les fabricants de pneus sont bien représentés : Dunlop, Englebert, Kléber Colombes, Bergougnan. Quelques constructeurs aussi se manifestent : Berliet, Chenard & Walker et Chausson avec leurs utilitaires (utilitaires légers, autobus et autocars), Hotchkiss et Fiat pour leurs automobiles, Renault avec sa 4 CV, Cadillac qui est le seul à s'offrir une pleine page couleurs ... les autres se contentant du noir et blanc. Plus anecdotique, Isotta Fraschini tente de renaître et le fait savoir par une publicité d'une demi-page. Autre surprise, les carrossiers italiens font le même coup que les Français en 1947, et s'affichent collectivement sur une même page promotionnelle : Balbo, Bertone, Boneschi, Castagna, Pinin Farina, Ghia, Touring et Viotti sont de la partie. A l'époque, on ne sait pas encore que le talent des créateurs italiens contribuera à mettre à mal l'ensemble de la profession des carrossiers français.

Charles Petiet, plus connu sous le nom du Baron Petiet, président du Comité d'Organisation du Salon de l'Automobile, annonce le cinquantenaire de l'évènement parisien, qui tient cette année toujours au Grand Palais sa 35ème édition ! Autre personnalité en vue, le Vicomte de Rohan, président de l'Automobile Club de France de 1928 à 1948 nous vante les mérites de cette institution fondée en 1895. Bien que très instructifs, ces deux textes ressemblent quelque peu à de la promotion pour ces institutions, voire à de l'autopromotion pour ces deux personnalités. Dans le même esprit, G. Le Grain nous explique ce qu'est le Centre Technique Automobile, dont il est le directeur.

Henri Perrot, vice-président de la Société des Ingénieurs de l'Automobile (SIA) nous propose quelques considérations pratiques sur le freinage. Jean Jacques Labourdette revient sur l'évolution de la carrosserie, et l'on apprécie sa plume alerte. Pour le reste, le lecteur retrouve une présentation des modèles de grande série, des véhicules industriels, des productions plus confidentielles (microcars, constructeurs de modèles de prestige et carrossiers), et des voitures étrangères. Ce dernier sujet prend de plus en plus d'ampleur d'une année sur l'autre. 

1949

Pour la première fois, la couverture n'est pas illustrée par un dessin, mais par une photo, celle d'une femme au volant d'une voiture de luxe. On remarque sur cette même couverture la mention " Le Monde Illustré ". Ce titre concurrent a fusionné en décembre 1948 avec France Illustration. Les publicitaires semblent avoir fait preuve de moins de créativité cette année. Les thématiques sont aussi moins glamours : mobilier de bureau Ronéo ou Strafor, calculateur Olivetti, machine à écrire Hermes, peinture pétrifiante Silexore ... On retient toutefois la publicité de la General Motors pour un de ses produits-phares, le ... Frigidaire. Pour le plaisir des yeux, signalons la publicité signée Pierre Laurent Brenot pour les chaussures Charles Jourdan. Les femmes et l'automobile y sont à l'honneur.


Publicité signée Pierre Laurent Brenot pour les chaussures Charles Jourdan
© : L'Illustration (www.lillustration.com), octobre 1949

Les annonceurs automobiles, utilitaires et poids lourds sont Renault pour la 4 CV, Fiat, Salmson, Chausson associé à Chenard & Walker, Berliet et Cadillac. Ce dernier est le seul à choisir la couleur. Si ces annonceurs payent de pleines pages, d'autres adaptent le format correspondant à leur budget : Delahaye, Letourneur et Marchand, Rovin, Alfa Romeo,  Barbezat l'importateur français des Packard, Dujardin qui diffuse la marque Studebaker ... Les marchands de pneus (Kleber Colombes, Bergougnan, Englebert), d'amortisseurs (Allinquant, de Carbon), d'optiques (Cibié) et bougies (KLG) complètent ces pages publicitaires. Celle de KLG est signée Robert Falcucci.

L'Illustration encore une fois cette année s'efforce " tout en restant à mi-chemin entre la technique pure et les commentaires trop généraux ", de donner un aperçu des productions automobiles hexagonales et étrangères  pour 1949. L'architecte André Granet, décorateur entre autres du Grand Palais pour les salons de l'auto, signe un article consacré à l'organisation de l'agencement des lieux et de la décoration. Autre personnalité éminente du monde automobile du 20ème siècle, le visionnaire Gabriel Voisin nous emporte dans ses élucubrations. Jean Jacques Labourdette, promoteur du principe Vutotal à partir du milieu des années 30, explique qu'une bonne visibilité est un facteur de sécurité et de confort.

Maurice Philippe (et non l'inverse) assure comme à l'accoutumée la présentation des productions françaises (motocyclettes, voitures de tourisme, utilitaires, autocars et poids lourds) et mondiales (automobiles uniquement). On s'amuse du contraste saisissant entre les dimensions minuscules d'une Rovin aux lignes simples, et celles du cabriolet Delahaye habillé avec grandiloquence par Saoutchik. Pierre Claude s'inquiète du problème de manque de place pour les bagages dans les voitures. Claude Thomas nous parle de " remorque-camping ", autrement dit des caravanes. Une composition en pleine page d'Albert Brenet agrémente ce sujet. Le même artiste illustre l'article suivant rédigé par René Branellec consacré aux autocars transeuropéens. " Spider " signe un sujet sur les automobiles de 1999, avec quatre dessins d'anticipation.

Impossible de terminer le descriptif de cette édition 1949 sans évoquer dans les dernières pages cette charmante publicité pour le ... slip kangourou de marque Erby. Signalons à ce sujet que le mot " slip " est apparu pour la première fois dans son acceptation de sous-vêtement le 20 septembre 1913 dans la revue ... L'Illustration ! Le principe du slip kangourou a pour sa part été inventé en 1944 par Messieurs Munsingwear et Charles Julliard. Mais nous nous éloignons de notre sujet de prédilection ...


Albert Brenet - © : L'Illustration (www.lillustration.com) - octobre 1949

1950

Après 1947 et 1948, Albert Brenet signe sa troisième page de couverture. Elle représente un ravitaillement en course d'une voiture (une Talbot ?), bien éloigné de nos pratiques actuelles. Des marques inconnues jusque-là dans L'Illustration s'offrent de pleines pages de publicité : Coco Cola, Perrier, Air France ... On s'étonne de voir une réclame pour les Automobiles Talbot Darracq. Le modèle présenté semble dater des années 30. On peut faire la même remarque concernant la pleine page pour la Société des Moteurs Salmson qui vante l'élégance et la qualité mécanique de ses 10 et 13 CV. Fiat fait appel à l'artiste Giorgio De Chirico pour promouvoir sa nouvelle berline 1400 au style intégralement ponton. Pinin Farina présente un cabriolet Lancia Aurelia. Les établissements Poch de Neuilly-sur-Seine importent les Skoda et Tatra fabriquées en Tchécoslovaquie. La guerre est terminée depuis cinq ans, et déjà Mercedes fait savoir que son nouveau type 170 S est livrable en France. Borgward tente de se faire une place au soleil dans l'Hexagone avec sa nouvelle 1500. L'allemand Magirus vient concurrencer Berliet sur ses terres. Alex Kow dont on avait aperçu la première publicité en 1923 pour Panhard & Levassor en signe une ici pour Hotchkiss.

La partie rédactionnelle débute par une prise de parole des grands constructeurs, à qui L'Illustration a demandé de s'exprimer sur l'orientation de la technique automobile et sur le choix du type de voiture à produire. Doivent-ils fabriquer des automobiles luxueuses et confortables, ou plutôt des engins simples et économiques. Parmi les personnalités qui s'expriment, on retient entre autres les noms de messieurs Anthony Lago (Talbot), Pierre Lefaucheux (Renault), Paul Panhard, Henri Théodore Pigozzi (Simca), Heinrich Nordhoff (VW), Henry Ford II ou Vittorio Valletta (Fiat).

Les vieilles marques de prestige font encore de la résistance, et Delahaye, Delage, Salmson, Talbot Lago dévoilent leurs dernières " nouveautés ". On nous présente le Biscooter de Gabriel Voisin, ainsi que la voiture de celle qui n'est encore que la princesse Elizabeth, une Rolls Royce Phantom VI, et la Talbot de Vincent Auriol habillée par Saoutchik. Un long et passionnant article de huit pages illustré de plusieurs photos noir et blanc et couleurs nous fait plonger dans les coulisses du service compétition de la maison Talbot. Un autre de Claude Thomas nous montre les automobiles en uniforme de la police et des sociétés de taxi. René Tanguy évoque un problème récurrent, les difficultés de la circulation parisienne. Sur une double page, on découvre le dernier projet de signalisation routière internationale, en un mot le dessin des nouveaux panneaux de signalisation : intersection, passage à niveau ... Enfin, Paul Emile Cadilhac propose au lecteur cinq circuits touristiques autour de Paris.

1951

C'est la quatrième et dernière couverture d'Albert Brenet pour L'Illustration (édition automobile). En deuxième de couverture, Robert Falcucci signe une publicité pour Byrrh. La scène se passe dans le hall d'un grand salon automobile. Alcool et Automobile font encore bon ménage. Jules Romains vante le raffinement des paquebots de la Compagnie Générale Transatlantique. Les Etablissements Delecroix s'affichent comme étant l'importateur en France de la marque Mercedes. Alex Kow, fidèle à Hotchkiss, tente de nous persuader que l'Anjou 52 est la haute expression de la technique et du goût français. Sonauto, l'importateur exclusif de Porsche (et il le restera jusqu'en 1973 avant que le constructeur ne décide de créer sa propre filiale), nous annonce l'arrivée de la 356. Panhard qui a abandonné après-guerre les berlines de luxe pour les voitures populaires a réduit la voilure sur le plan publicitaire. Un 1/4 de page met en avant les nombreuses victoires en course de la petite Dyna, nouveau fer de lance de la marque.

La partie rédactionnelle commence par un entretien avec Charles Petiet, qui exprime son optimisme pour le devenir de l'industrie automobile française. On découvre les nouveautés automobiles, motocyclistes et autocars de l'année, avec quelques photos en pleine page (Renault Frégate et Simca Aronde) ou double page (Ford Comète). Plus intéressante est la plongée au coeur du bureau d'études de Simca, et de ses ateliers de production. Sur sept pages, le lecteur sait tout (ou presque) au sujet de la naissance de la nouvelle Aronde. Le constructeur est encore installé dans l'ancienne usine Donnet de Nanterre.

Les Muntz, Nash Healey, Siata, DB et autres Allard font l'objet d'un article sur les " adaptateurs sportifs ". On lit avec intérêt le sujet consacré à Facel Métallon, dont l'une des activités du moment est l'assemblage des Ford Comète. Facel Vega n'est pas encore né. Sujet récurrent dans L'Illustration : l'enfer de la circulation parisienne. L'une des solutions selon René Tanguy consisterait à creuser des souterrains. " L'époque des termites commence " précise le rédacteur. Quel est le point commun entre Hispano Suiza et Pegaso ? Ch. Rocherand nous apporte la réponse dans un article consacré à l'ENASA. La fameuse voiture laboratoire Sabre, une des premières voitures de rêve, issue de l'imagination des équipes de Harley Earl, est présentée par Maurice Philippe.

On remarque à regret la disparition progressive des signatures des rédacteurs des articles. Exit les personnalités de renom des années 30. Désormais, France Illustration propose des textes très souvent écrits par d'illustres inconnus. Ceci dit, cela n'enlève rien à la qualité du travail de rédaction, qui demeure d'un bon niveau.


© : L'Illustration (www.lillustration.com) - Octobre 1951

1952

Louis Touchagues illustre la couverture de cette édition, dont le format a été réduit. Dans les pages publicitaires, le photographe Jacques Dacaux met en scène pour le compte de Revillon un mannequin et une Delahaye. La publicité pour Frigidaire, production de la GM, laisse apparaître le commentaire suivant  : " Lui : il a naturellement choisi une voiture robuste, spacieuse, économique et sûre, d'une technique éprouvée. Elle : pas moins avisée, elle a choisi le véritable " Frigidaire " ... ". Un tel discours passerait mal à notre époque. Ford SAF tente de convaincre que la nouvelle Ford Abeille, modèle économique de la gamme, convient parfaitement aux amoureux de la chasse.

La parole est donnée au Ministre des Travaux Publics et à celui de l'Industrie et du Commerce. Cette proximité entre presse et parole publique détonnerait de nos jours. Maurice Philippe assure de nouveau la lourde tâche qui lui incombe, à savoir rendre compte de l'actualité automobile du moment, tant française qu'étrangère. On apprécie deux photos en pleine page et en couleurs, qui représentent la Renault Frégate et la Simca Aronde. Une nouvelle catégorie d'engins est en train de naître, celle des tous terrains : Fiat Campagnola, VLR Delahaye, Land Rover et Alfa Romeo. Un rédacteur propose une segmentation de la clientèle en douze catégories. A titre d'exemple, la première regroupe " les messieurs dont la situation est importante et qui tiennent à le montrer ". Ceux-ci roulent en voiture américaine, en Rolls Royce, Bentley, Daimler ou Mercedes 300. Il y eut 4583 morts sur les routes en France en 1951 (3103 en 2014, malgré un trafic qui a évidemment évolué dans de fortes proportions) ; le Comte de Liedekerke Beaufort dresse un bilan de la situation et avance des solutions. Jean Bonnet décrit l'évolution du scooter depuis l'Autopède de 1917. Claude Thomas évoque la situation du marché de l'occasion, à une époque où la production de voitures neuves est parvenue à un niveau suffisant pour répondre aux besoins. Jean-Claude Pedron décrit le métier de pompiste, assuré " par un homme, sacoche au dos, qui s'occupe lui-même la distribution du carburant ", une profession que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître. René Tanguy poursuit son étude entamée l'année dernière sur les questions de circulation à Paris et en région parisienne.


Dans cette réclame, le photographe Jacques Dacaux met en scène pour le compte de Revillon un mannequin et une Delahaye.

1953

La longue tradition de la présence d'une composition d'artiste sur la page de couverture se termine. L'époque est définitivement à la photographie couleurs, dans le cas présent celle d'une femme avec son chien, prenant appui sur une voiture, une Nash américaine. Les imprimeurs de France Illustration sont toujours capables de surprendre l'oeil du lecteur, comme en témoigne cette publicité pour Dubonnet, qui semble être reproduite en relief. L'époque est encore aux traversées transatlantiques. La Compagnie Générale Transatlantique et l'United States tentent de séduire la clientèle aisée qui lit L'Illustration. Parmi les publicités automobiles sortant d'un certain ordinaire, on retient la pleine page tout en couleurs pour la Ford Comète, ou la 1/2 page pour Pegaso. Talbot Darracq propose enfin un nouveau modèle digne esthétiquement des années 50, la Lago Grand Sport aux lignes intégralement ponton.

Un article sur les nouveautés internationales est illustré avec des photos en noir et blanc maladroitement colorisées. Une horreur ! Un rédacteur (anonyme !) s'interroge sur les formes futures des voitures. Par ailleurs, force est de constater que l'industrie automobile allemande est en plein redémarrage ; ses principaux dirigeants sont brièvement présentés. Cette année, les nouveautés en scooters, motos et vélomoteurs sont à l'honneur. Quelques sujets n'ayant aucun rapport avec l'automobile concluent cette édition : Islam et Chrétienté, le Festival de Venise, le Cinémascrope pour lutter contre la télévision, et la mode avec de sublimes photos couleurs. Cette édition annuelle semble toutefois perdre de sa force. Elle rentre dans un certain conformisme, sans doute pour tenter de plaire au plus grand nombre. On peut le regretter. 


Octobre 1953


Octobre 1954

1954

La couverture est illustrée par une photographie prise au Nurburgring par Henri Vachon. On y reconnaît roues dans roues la Mercedes de Fangio, la Gordini de Jean Behra, et la Ferrari de Mike Hawthorn. Concernant les publicités, Skoda, Mercedes et Peugeot s'affichent en pleine page. Ce dernier présente sa 203 dans ses différentes versions : familiale, cabriolet et berline.

La partie rédactionnelle débute par un long article consacré à la compétition. Puis Jean Albert Grégoire nous détaille une solution technique que l'on croit à l'époque promise à un bel avenir, la turbine. Puis dans un certain désordre, on découvre les nouveautés françaises et étrangères. L'amateur d'automobile française " hors-série " peut s'intéresser à la 4 CV Autobleu ou à la nouvelle Peugeot Darl'mat dessinée par Géo Ham. Un rédacteur déplore l'absence annoncée de Bugatti au Salon de Paris, alors que la presse avait évoqué pour cet évènement la présentation d'une 2,5 litres semblable aux Mercedes.

La fibre de verre est une nouvelle technique qui permet aux petits constructeurs de fabriquer des carrosseries à moindre coût. Nous sommes entraînés dans les ateliers où est produite la Marathon, petit coupé qui évoque la Porsche 356, mu par une bicylindre Panhard, qui exploite cette nouvelle technique de construction. Totalement oubliée, l'Argentina Justicialista nous est dévoilée à côté d'autres voitures que l'on ne verra pas à Paris cette année, en l'occurrence le dream car " Ford FX Atmos " et la toute nouvelle Chevrolet Corvette, construite elle aussi en matière plastique. Divers sujets non liés à l'automobile clôturent cette édition.

En refermant ce numéro d'octobre 1954, on éprouve le même sentiment que l'année passée. " France Illustration " n'a plus le panache de L'Illustration. Les grandes signatures ont quitté le navire. La mise en page est confuse. Même la qualité du papier est revue à la baisse. Malgré tout, cette édition demeure une bonne synthèse de l'actualité automobile du moment.


© : L'Illustration (www.lillustration.com) - Octobre 1955

1955

Alors que la Facel Vega présentée en page de couverture est le symbole du renouveau du prestige automobile français, au contraire, France Illustration présente son dernier numéro consacré à l'automobile, et clôture ainsi une collection qui avait débuté en 1921. Il y a peu de renouvellement parmi les annonceurs. Le nombre de pages de publicité à fondu. Ce n'est plus quatre-vingts  pages comme en 1926, mais tout au plus une trentaine. L'ambiance un peu grise de cette ultime édition est relevée par quelques photos en pleine page et en couleurs de nos chères automobiles. Deux mannequins présentent la Grand Pavois de Renault, tandis qu'une star naissante, Brigitte Bardot, pose devant un cabriolet Simca Week-End. La matière plastique donne lieu à un nouveau sujet, qui concerne cette fois le coach DB. Le 21ème Salon Nautique de Paris est l'occasion de retracer l'histoire de la Compagnie Générale Transatlantique, qui célèbre son centenaire. On découvre pour une dernière fois les nouveautés automobiles françaises et étrangères.

Ainsi se termine cette description. Elle a été l'occasion de redécouvrir cette collection, patiemment constituée en quelques années, qui était empilée sur une étagère, sans que je n'aie jamais vraiment pris le temps de la détailler. Je vous invite donc vous aussi à tenter de rassembler cette série, et si vous n'avez pas cette patience, n'hésitez pas à vous procurer le récent dossier paru aux éditions Michel Lafon, partiellement établi à partir de ces archives, qui ravira vos yeux et vous fera plonger avec un certain bonheur dans une époque révolue.


Brigitte Bardot, espoir du cinéma français, et la dernière création de Simca, le cabriolet Week-end- © : L'Illustration (www.lillustration.com) - Octobre 1955

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