La carrière d'Alex Kow


Publicité de 1932 -  © : L'Illustration (www.lillustration.com)

Le père d'Alexis Kow était un universitaire russe parlant sept langues, homme de lettres et journaliste, qui avait pour habitude de beaucoup voyager en Europe Occidentale. A la suite des évènements politiques de 1905, il quitta son pays. Son fils Alexis fut mis en pension à Lausanne en Suisse en 1908, suivant là une tradition familiale, puisque des oncles et tantes (côté maternel) y avaient déjà fait leur apprentissage de la langue de Molière. Le pseudonyme Kow était un diminutif de Kojewnikow, son vrai nom. D'ailleurs, le grand père paternel d'Alex Kow était un neurologue reconnu, qui étudia et laissa son nom à une forme d'épilepsie, le syndrome de Kojewnikow.

Alex Kow coupa définitivement les ponts avec son pays natal lors de la révolution de 1917. Grâce à la générosité d'une famille helvétique, il parvint à poursuivre ses études jusqu'à intégrer le Collège Technique des Arts et Métiers de Genève. C'est dans cette famille d'accueil qu'il attrapa le virus de l'automobile. Le père possédait une splendide Rochet Schneider, et c'est à son bord que le jeune étudiant fit ses premiers tours de roues en tant que conducteur.

Arrivé à Paris en 1920, il tenta sans succès de faire construire un " appareil à dessiner " de son invention. Son premier emploi, il le trouva dans le bureau d'études d'un carrossier de Levallois. Curieux de ce qui se passait dans les ateliers et avide de conseils, il y fut chaleureusement reçu par les contremaîtres, peu habitués à voir un jeune homme s'aventurer " sur le terrain ". Conscient de ses faiblesses techniques, Kow ne manquait pas de parfaire son savoir le soir chez lui en potassant des ouvrages.

Son employeur fut séduit par le coup de main de Kow, capable grâce à sa formation artistique de présenter des automobiles en perspective, ce que ne savaient pas faire les dessinateurs industriels. Les clients de la carrosserie croyaient ainsi avoir à faire avec une grosse société, dotée de moyens conséquents. Cela attirait inévitablement une nouvelle clientèle, et contribuait à la notoriété nouvelle à l'entreprise. Mais celle ci dut faire face à des revendications salariales de ses employés qui mirent à mal la trésorerie. Par dépit, le patron vendit son affaire, pour ouvrir une maison d'édition, en ne reprenant qu'un seul salarié ... Alexis Kow.

Kow, tout en travaillant sur des maquettes publicitaires pour son employeur, ne cessait d'être sollicité par d'autres carrossiers, séduit par son talent rare. Mais il n'avait pas vraiment décidé de quitter son patron, et déclinait poliment les offres, ce qui incidemment avait pour effet de faire monter les enchères ... Mais les affaires peinaient à décoller dans la maison d'édition. Kow proposa ses services à plusieurs constructeurs. Il eut l'embarra du choix, et sélectionna la maison Panhard et Levassor.

Le premier travail de Kow pour Panhard date de 1922. Il exposa trois idées à la marque, deux s'inspirant des recommandations du constructeur, et une selon sa propre inspiration. C'est celle ci qui fut retenue. Il s'agissait d'un torpédo reposant sur une flèche, avec le texte " Rapide comme la flèche ". Cette affiche fut reprise pour illustrer la page de couverture du livre "A Kow, 40 ans de création publicitaire automobile". La collaboration avec Panhard fut suspendue en 1923.


A Kow, 40 ans de création publicitaire automobile

Artiste au talent désormais reconnu, Kow, qui n'avait pas encore 25 ans en ce début des années folles, fut contacté pour assurer l'exécution des catalogues et annonces publicitaires de la marque DFP (Doriot, Flandrin et Parant).

En 1924, un client particulièrement heureux de la carrosserie réalisée sur son châssis Hotchkiss, organisa la rencontre entre Kow et le directeur commercial du constructeur. Après s'être rendu compte du talent de Kow, Jacobsen (c'était son nom !), lui proposa un contrat d'exclusivité. Face au refus de l'artiste qui ne voulait pas perdre le reste de sa clientèle, Jacobsen lui organisa un vaste programme de travail, qui monopolisait l'emploi du temps de l'illustrateur. Chaque publicité état analysée, décortiquée, et répondait à une logique d'accroche du lecteur d'une extrême efficacité. Hotchkiss n'hésitait pas à s'inspirer de ce qui se faisait de mieux dans la presse américaine de l'époque.

Le constructeur, positionné en moyenne gamme avec sa 12 ch, proposait une voiture qui présentait à la fois les avantages d'une grosse et d'une petite cylindrée, mais sans les inconvénients respectifs, en quelque sorte le juste milieu si cher à Hotchkiss.

La charge de travail était vraiment énorme dans les locaux de la marque aux canons, à tel point que Kow tomba malade, et fut contraint de prendre du repos à la montagne. La campagne publicitaire qu'il avait engagé fut une énorme réussite. Les usines tournaient à plein rendement. Ce succès eut de quoi rendre à Kow le tonus et la motivation nécessaire pour reprendre ses activités. A son retour à Paris, l'artiste renouait avec le directeur commercial de Panhard, Charles Perrot. Alex Kow ne le savait pas encore, mais il allait en prendre pour plus de trente ans avec le constructeur de l'Avenue d'Ivry.


Couverture de la revue hebdomadaire " Cycle & Automobile Industriels ", 2 mars 1924

Durant les années folles, entre 1918 et 1929, seule une minorité de français aisée appartenant à la haute société avait les moyens de s'offrir une voiture de marque réputée, et accessoirement de participer au " must " de cette époque : les concours d'élégance. Kow s'impliqua avec succès dans ces concours, organisés à Paris ou dans les lieux chics aux environs de la capitale, mais aussi dans les villes d'eau ou les villes estivales. Ces réunions étaient largement couvertes par les grands journaux de l'époque. L'incidence médiatique (et oui déjà !) était énorme pour les constructeurs et carrossiers qui voyaient leurs automobiles récompensées. Le travail de l'artiste fut reconnu au Polo de Bagatelle en 1933 par l'obtention du " Premier Grand Prix ", la plus haute récompense. De nouveau, en 1934, il représentait Panhard avec une heureuse composition.


En juin 1934, A. Kow représentait Panhard au concours d'élégance de Bagatelle. Pour l'occasion, il imagina cette mise en scène dans laquelle son épouse et la petite fille étaient vêtues d'un même bleu, mais aussi les deux Panhard, les chaussures, le sac à main de madame, et même la laisse du chien.

Les succès de Kow à Bagatelle ne firent qu'accroître sa notoriété. Il renoua avec Hotchkiss à  partir de 1935, et oeuvra à l'étude des nouvelles carrosseries pour ce constructeur.

Après guerre, Kow travailla de nouveau pour Hotchkiss et Panhard. Mais comme pour ses confrères, une page se tournait, une nouvelle génération d'illustrateurs affichistes voyait le jour, proposant un style plus novateur qui ne faisait, malgré les efforts de Kow, que dater un peu plus sa griffe si personnelle. 


Couverture de l'Action Automobile de mars 1957. Quand Panhard s'offrait une pleine page de publicité en page de couverture de l'AAT. Une époque révolue.

En 1969 et 1970, Alex Kow rassembla une partie de ses souvenirs dans différents numéros de la revue bimestrielle l'Anthologie Automobile, dont il assura par ailleurs l'illustration de deux couvertures (numéros 9 et 10).

Avec le temps qui passe, la signature d'Alex Kow, tout comme celle de Géo  Ham, de René Vincent et de quelques autres " pointures " sont devenues très recherchées. Un juste retour des choses. Peu de temps avant son décès intervenu le 12 mai 1978, un ouvrage intitulé " A. KOW, 40 ans de création publicitaire automobile " aux Editions de l'Automobiliste (éditeur Adrien Maeght),  rendait hommage au talent de l'artiste, en publiant un condensé de ses meilleures créations. Alex Kow avait lui même surveillé, contrôlé et corrigé chaque étape de la réalisation de ce livre, avec l'éditeur.


Sans doute la dernière oeuvre originale d' Alex Kow. Il s'agit de la couverture du numéro 48 de la revue " l'Automobiliste " de janvier 1978.

Principale source d'information : L'Automobiliste N° 51 de novembre 1978.

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