La carrière de René Vincent

René Vincent est né à Bordeaux en 1879. Charles Vincent, son père, rejoignait la capitale avec son épouse et ses cinq enfants alors que René n'avait que cinq ans. Charles Vincent était un romancier réputé, plus connu sous le nom de Pierre Maël. Henri Vincent-Anglade (1876-1956), frère de René, fut un peintre de renom.

Après un cursus à l'école des Beaux Arts de Paris, René Vincent débutait sa carrière chez un architecte à l'âge de 23 ans. C'est durant ses études qu'il découvrit ses talents d'illustrateur. Ce passage dans cette célèbre école explique sans doute la minutie et le réalisme avec lequel il sut durant toute sa vie représenter les automobiles.

Parallèlement à son métier officiel, il illustrait déjà de nombreux livres, et y exprimait son bonheur de vivre. La fraîcheur de ses peintures, son talent à  mettre en valeur de jo-lies femmes étaient autant d'atouts qui lui permirent une longue collaboration avec La Vie Parisienne, avant que l'on ne retrouve sa signature dans d'autres périodiques de mode et de mondanités : L'Illustration, Fémina, Le Rire, Fantasio, etc ... Son travail était aussi connu au travers des pseudonymes René Maël, Rageot et Dufour, ce qui lui permettait de changer de style à sa guise.

Un voyage aux Etats Unis lui fournissait l'occasion d'affirmer son style. Il y travailla pour les prestigieux magazines Saturday Evening et Harper's Bazaar. De retour en France, il aménageait à Paris son propre atelier dans un hôtel particulier de trois étages dans le quartier d'Auteuil, d'où sortirent une multitudes d'affiches et de publicités. Ses clients avaient pour nom Shell, St Raphaël, Au Bon Marché, Balto, Evian, etc ...

      

      
Affiches de René Vincent pour Au Bon Marché, Shell et St Raphaël

En 1907, il signait les illustrations d'un superbe catalogue pour Berliet. Sa rencontre avec les frères Draeger fut déterminante. Ces " imprimeurs artistes " le propulsèrent dans sa voie de prédilection. 


René Vincent en 1910 avec Suzanne

La possession d'une automobile était en ces années 20 un symbole de réussite sociale. La France vivait une époque qui se voulait libre et heureuse après les horreurs de la pre-mière guerre. Plusieurs constructeurs fabriquaient de véritables palaces sur quatre roues. Les illustrateurs les accompagnaient dans leur démarche, et sublimaient leurs créations. Dans leurs publicités, ils mettaient l'accent sur de nouvelles valeurs : la puissance que l'on éprouve au volant de son bolide, la griserie de la vitesse, l'esprit de liberté, le prestige associé à la détention d'une automobile, le luxe, le confort, etc ...


La 15 HP Peugeot, en page de couverture de la revue Automobilia, N° 125 du 31 juillet 1922

Depuis le début du siècle, la femme accédait lentement mais sûrement à l'automobile, qu'elle soit conductrice de taxis à Paris ou bonne soeur à la campagne. Le Figaro ira jusqu'à écrire : " Il est aujourd'hui admis qu'une femme élégante peut sortir sans chauf-feur ". Mais la femme des années 20 telle qu'elle était illustrée par René Vincent, c'est à dire celle qui appartenait aux catégories sociales les plus aisées, présentait une nouvelle forme de distinction. Elle avait rangé ses corsets au placard et affichait sans ambiguïté un style androgyne, cheveux courts, silhouette plate, allure délurée, autant de symboles de son émancipation. A cette époque, personne mieux que René Vincent ne sut immortaliser la rencontre de la femme et de l'automobile.


Qui est ce qui commande ? la femme ou la voiture ?

René Vincent appartenait vraiment à son temps, à cheval sur " la belle époque " et la période " art déco ", . Issu de milieu bourgeois, il était bien placé pour en saisir toute l'atmosphère d'opulence et de vie facile (le golf, les jolies filles, les belles voitures ...), pour la reproduire dans ses dessins. Jean Cocteau disait de lui qu'il était l'homme le plus raffiné qu'il ait connu.

René Vincent était une figure bien  connue et appréciée du milieu artistique parisien. Son esprit vif et son sens de l'humour plaisaient. Au delà de ces qualités, il matérialisait dans ses oeuvres avec un talent incomparable un monde heureux, où tout semblait n'être que plaisir et détente, où le luxe et la beauté se conjuguaient dans un univers idéal. Ses croquis, dessins, peintures, illustrations et affiches laissaient paraître une insouciante légèreté qui faisait rêver le public. Ses créations n'ont en aucun cas perdu de leur magie avec le temps qui passe.


L'Illustration,octobre 1927 © : L'Illustration (www.lillustration.com)


 L'Illustration octobre 1927 © : L'Illustration (www.lillustration.com)


 L'Illustration octobre 1927 © : L'Illustration (www.lillustration.com)

L'artiste n'était pas dupe. Son public non plus. Son monde idéal, représenté sous forme de familles heureuses, avec de superbes enfants joufflus, un papa qui gagnait bien sa vie, et où maman élégamment vêtue pilotait à toute vitesse sa superbe auto, était plus un rêve qu'une réalité pour la grande majorité des français. Mais l'important était que chacun puisse aspirer un jour posséder ne serait ce qu'une petite part de ce mode de vie.  

L'homme ressemblait aux personnages qu'il dessinait. Toujours mince, avec des cheveux châtains, des yeux verts pâles, il se laissait pousser la moustache. Svelte et athlétique, il pratiquait le golf, le ski, le tennis et le patinage sur glace. Il aimait porter un pantalon de golf, mais quelque soit sa tenue, il s'habillait avec goût tout en étant attentif à la mode. Sa garde robe était immense, et il ne posséda jamais moins de cinquante paires de chaussures. Il savourait la vie, il la vivait comme il la dessinait ou la peignait.


René Vincent avec sa fille Suzette en 1923


Extrait d'une publicité de L'Illustration du 26/01/29 © : L'Illustration (www.lillustration.com)


 Extrait d'une publicité de L'Illustration du 09/03/29 © : L'Illustration (www.lillustration.com)


Extrait d'une publicité de L'Illustration du 09/03/29 © : L'Illustration (www.lillustration.com)

René Vincent travaillait pour les plus grands : Salmson, Citroën, Ballot, Renault, Chenard et Walker, Georges Irat, Rochet Schneider ... Il était un  passionné de la chose automo-bile et un vrai connaisseur de la mécanique.  Il fut d'ailleurs l'un des premiers conduc-teurs titulaire d'un permis de conduire. Louis Renault, agacé, dit un jour de René Vincent " On ne voit que lui sur les affiches "


Page de couverture signée René Vincent, Englebert Magazine, numéro 5, septembre octobre 1933

La crise de 1929 et ses conséquences en Europe mirent un coup de frein à cet élan de création. Le luxe se faisait désormais plus discret, l'art déclinait, parfois au profit de la photographie qui déjà prenait ses marques.

René Vincent, précurseur incontesté dans le domaine de la publicité automobile, décédait à l'âge de 57 ans d'une pleurésie dans sa maison en Bretagne en 1936.


A la fin de sa vie, René Vincent fut l'auteur de ces publicités pour les fabricants de Tabac


Affiche de René Vincent pour les huiles Energol, 1934

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