La carrière de Géo Ham


Louis Rosier, Anthony Lago et Géo Ham, 1951

Géo Ham, le site

Plan de cette page

1. Son enfance

2. Ses années de gloire

  - De Angers à Paris
  - Ses premières couvertures
  - Le style Géo Ham
  - L'Illustration
  - L'automobile et la moto
  - L'aviation
  - Géo Ham, styliste

3. Les années sombres

4. L'après guerre

5. Une fin de vie en retrait


1. Son enfance

Géo Ham, de son vrai nom George Hamel, est né le 19 septembre 1900 à Laval, chef-lieu de la Mayenne. Son père Désiré était ingénieur chimiste, et exploitait en ville un magasin de matériel photographique. Sa mère Henriette tenait une boutique accolée au magasin de son mari. Elle y vendait des vêtements et des parfums pour femmes. La famille Hamel était aussi un petit éditeur de cartes postales signées Hamel-Jallier (du nom de Madame). Rien de très original, simplement des vues de la vie locale de Laval, petite ville tranquille de province, qui vivait au rythme des marchés et des foires, en ce début de 20ème siècle.

Le jeune George avait vu le jour dans un milieu où les activités artistiques avaient un sens. Ses parents étaient ouverts aux nouvelles techniques, et étaient sensibles à l'élégance des choses, avec un petit côté assumé mondain et snob. Ils étaient abonnés aux meilleures revues de l'époque ayant trait à la mode, à l'art et à la technique. Le jeune garçon se découvrit une prédisposition évidente pour le dessin et la peinture. Il était attiré par les exploits des premiers pilotes d'avions et par ceux des champions automobiles, qu'il découvrait dans les revues illustrées. Déjà, il remportait ses premiers prix de dessin au lycée. En 1911, un avion survolait la ville de Laval, distribuant des tracts pour une personnalité politique locale en vue d'une proche élection. Le lendemain, Géo Ham finalisait un croquis représentant cet évènement.

Le 12 mai 1913, lundi de la Pentecôte, le jeune George assistait avec ses parents à une course de vitesse à Laval, organisée par l'Automobile Club de la Sarthe et de l'Ouest de la France. Ce fut le déclic. Il coucha au dos de cartes postales quelques esquisses prises sur le vif, puis réalisa une série de gouaches. Plus jamais les démons de l'aviation, de l'automobile et de la vitesse n'allaient le quitter. A 15 ans, le brevet en poche, il se présentait une première fois au concours d'entrée de l'Ecole Nationale des Arts Décoratifs de Paris, sans succès, peut être en raison de son jeune âge et d'un manque de technique. Il n'eut alors de cesse, avec l'aide de son père,  d'améliorer ce savoir faire qui lui faisait encore défaut.

Ernest Montant lui servait de référence. Comme son maître, pour retranscrire la vision de la vitesse, il faisait courir des filets le long des carrosseries. Il y ajoutait sa note personnelle, en simulant des roues qui ne touchaient plus le sol, tant l'engin semblait voler aux vitesses atteintes. La force des scènes apparaissait sur les visages. Celui du pilote exprimait toute sa concentration, tandis que le public semblait tout acquis à sa cause. Géo Ham parvenait à faire partager son émotion, sa passion.


Illustration extraite du livre " La Missionnaire " de François de Nion, collection In Extenso,
La Renaissance du Livre, 1919

2. Ses années de gloire

De Angers à Paris

Sa carrière professionnelle débutait à Angers dans une petite agence. Il y fit la connaissance de Jean Adrien Mercier, autre illustrateur d'un an son aîné, qui le guida dans ses premiers pas dans le métier. Mais Géo Ham s'ennuyait à dessiner des publicités pour des produits alimentaires. Son rêve était de représenter des automobiles. Pour cela, il fallait se rendre dans la capitale où étaient installés la plupart des constructeurs. Il réussissait cette fois le concours de l'Ecole Nationale des Arts Décoratifs en 1918, où il suivit les cours d'Adrien Bruneau, également natif de Laval.


Programme de théâtre signé Géo Ham, 1920

L'obtention d'une bourse Charles Landelle, un peintre de Laval, lui permettait de s'installer et de vivre à son aise dans un Paris bouillonnant où les tentations étaient nombreuses. C'était le début des années folles. Son logement, un appartement dans le 17ème arrondissement près de la porte de Champerret, lui servait d'atelier. Il vécut à cette adresse toute sa vie.

Aussi parisien soit il, Géo Ham n'oublia jamais sa ville natale. Il revenait régulièrement à Laval,  posant ici et là son chevalet. Il y signa quelques oeuvres d'inspiration impres-sionniste. Géo Ham était un homme de son temps. A l'aise en société, c'était un person-nage élégant et distingué, cultivé et intelligent, mais aussi courtois, qui se liait facilement d'amitié. C'était un séducteur, ce qui ne l'empêcha pas de demeurer célibataire.


 " Les concours d'élégance créent une salutaire émulation ". L'Illustration du 8 octobre 1938
 © : L'Illustration (www.lillustration.com)

Ses premières couvertures

Son plus grand plaisir était toujours de tracer les lignes des automobiles. C'est dans cet-te activité qu'il commença à se faire une réputation. Depuis le décès d'Ernest Montaut, les artistes capables de faire l'apologie de la vitesse et des héros étaient rares. Géo Ham était de plus en plus sollicité. La demande était forte, avec le développement de titres comme L'Auto, La Vie Aérienne, L'Air, Automobilia, Omnia, Elite Française ... A 21 ans, il signait sa première couverture pour Omnia, le luxueux magazine automobile de l'époque, sous son nouveau pseudonyme, Géo Ham.

A Paris, il retrouvait son ami Jean Adrien Mercier qui habitait près de chez lui. Celui ci continuait à le guider dans la faune parisienne, et l'aidait à défendre ses intérêts (droit d'auteur ...). Mercier apportait aussi à Géo Ham un appui technique et lui apprenait à parfaire son travail.

Le style Géo Ham

Géo Ham a baigné tout jeune dans la photographie. Il était donc familiarisé avec la technique des appareils, avec les prises de vues et les cadrages. Son habileté consistait à immortaliser une scène par une photo, puis à la reproduire succinctement sous forme d'un croquis, qu'il terminait et peaufinait une fois rentré dans son atelier parisien. 


Lefebvre sur Voisin et Friederich sur Bugatti, lors du Grand Prix de l'ACF
Automobilia, numéro 148 du 15 juillet 1923, texte de Georges Lumet


Segrave sur Sunbeam, se redressant à une sortie d'un virage
Automobilia, numéro 148 du 15 juillet 1923, texte de Georges Lumet



" As " et " Voitures " du Grand Prix, rare fascicule entièrement illustré par Geo Ham, commercialisé pour le Grand Prix de Lyon en 1924, avec ci dessous les meilleures pages.

Gabriel Voisin est identifiable, mais reconnaissez vous les autres constructeurs ? (marioboano@gmail.com) - Cet ouvrage mettait en avant les qualités des produits de différents annonceurs : Alfa Romeo, Peugeot, Voisin, les graisseurs Tecalemit, les magnétos Bosh, les amortisseurs Alpha et Hartford, et les gaines Jeavons.


L'Alfa Romeo sur la route de le victoire


Graisseur Tecalemit


Amortisseurs Alpha


Magneto Bosch


Amortisseurs Hartford


Gaines Jeavons


La Peugeot, porte drapeau de l'industrie française


" Ces machines semblent annoncer les solutions de demain auxquelles notre oeil n'est pas encore fait" précisait le texte consacré à Voisin.


  
Gabriel Voisin (1880-1973) et Ettore Bugatti (1881-1947) croqués par Géo Ham en 1922
dans le numéro 125 de la revue bimensuelle Automobilia du 31 juillet 1922

   
Charles Faroux et Amédé Gordini croqués par Géo Ham en 1947
dans le numéro 4431 du Monde Illustré, numéro salon d'octobre 1947

Géo Ham se trouvait à la croisée de plusieurs tendances. L'art nouveau et ses arabesques de la Belle Epoque (fin 19ème, début 20ème) étaient désormais d'un autre âge. D'autres tendances voyaient le jour. Le cubisme favorisait les formes géométriques, le fauvisme était caractérisé par la nouveauté de ses recherches chromatiques, le futurisme exaltait le monde moderne, en particulier la civilisation urbaine, les machines et la vitesse. C'est de ces différents mouvements, associés au Deutscher Werkbund et au style de l'Ecole de Chicago qu'allait naître au début des années 20 le style art déco, qui tenait son nom de la grande Exposition des Arts Décoratifs qui eut lieu à Paris en 1925.

L'art Déco se définissait par l'utilisation de lignes droites, de surfaces planes, de volumes simples et structurés. Dans le monde de la publicité automobile, René Vincent fut le pre-mier à s'inspirer des lignes simplifiées du style Art Déco. Géo Ham le suivit dans ce nou-veau courant. Petit à petit, le style de Géo Ham s'affirmait. Il prenait ses distances par rapport à ses aînés Montaut et Vincent. En quelques années, il était devenu un illustrateur incontournable de la scène parisienne.


Une station service de nuit par Géo Ham

L'Illustration

A partir de 1928, l'artiste collabora de manière permanente avec l'hebdomadaire L'Illustration . Pour ce dernier, il réalisa des très belles pages de couvertures pour l'édition spéciale " Automobile et Tourisme " éditée tous les ans en octobre lors du salon de l'Automobile. Pour ce numéro, il rédigeait aussi des articles de fond qu'il illustrait. Il fit le même type de travail entre 1930 et 1941, mais une fois tous les deux ans, pour l'édition spéciale de L'Illustration consacrée au Salon de l'Aéronautique.


La pratique, © : L'Illustration (www.lillustration.com)


La sportive
, © : L'Illustration (www.lillustration.com)


L'inconduite intérieure romantique
, © : L'Illustration (www.lillustration.com)


La pastorale, © : L'Illustration (www.lillustration.com)


L'héroïque
, © : L'Illustration (www.lillustration.com)


Le modèle de grand luxe - l'Illustration, " Telle femme, telle voiture ".
© : L'Illustration (www.lillustration.com)

Les grandes marques se disputaient les talents de Géo Ham. Il signait ainsi de nombreux catalogues et publicités de presse pour Delahaye, Amilcar, Hispano Suiza, Bugatti, Talbot, Amilcar, Chenard & Walker ... Géo Ham concevait aussi des réclames pour des marques d'accessoires automobiles comme Michelin, Dunlop, Shell, Bosch, etc ... Ses affai-res étaient prospères. A 27 ans, il s'offrait une Bugatti Type 40 pour ses déplacements personnels, ou pour rejoindre les circuits.


Géo Ham et sa Bugatti Type 40

En 1936, Géo Ham, peintre de la vitesse et de l'action, vivait au coeur des évènements. Pour son employeur l'Illustration, il était devenu correspondant de guerre sur le conflit en Ethiopie aux côtés des troupes de l'Italie fasciste, puis auprès des troupes franquistes en Espagne en pleine guerre civile.


Les troupes italiennes sur le front nord, Messe en plein air sur la ligne de front.
L'Illustration, 24 janvier 1936 - © : L'Illustration (www.lillustration.com)

C'est surtout l'attrait de la force mécanique durant ces guerres qui passionnait Géo Ham. Il aimait représenter les tanks et les canons sur le terrain de la conquête. En Ethiopie, les avions de chasse étaient représentés avec un souci du détail sans pareil. Ses dessins édulcorés n'avaient qu'un défaut, celui de faire croire au lecteur qu'il s'agissait d'une guerre " propre ".

Notre homme était un véritable touche à tout : les catalogues publicitaires, la publicité de presse, les couvertures et les articles illustrés des magazines, l'édition d'ouvrages sur les thèmes de l'automobile et de l'aviation, ses deux domaines de prédilection dans lesquels il possédait une connaissance encyclopédique qui lui permettait de rester pertinent dans ses écrits et ses dessins. Géo Ham était aussi devenu le maître incontesté des affiches annonçant les meetings aériens et les courses automobiles.


Géo Ham, véritable touche à tout : Autorail Bugatti


Publicité " alimentaire " signée Géo Ham

L'automobile et la moto

Géo Ham connaissait la course automobile de l'intérieur, pour avoir participé à différentes compétitions, et démontrait ainsi si cela s'avérait encore nécessaire que sa passion était bien réelle. En 1932, il prenait part au Rallye de Monte Carlo. Sur cette compétition, il fut le navigateur de pilotes chevronnés jusque dans les années cinquante. En 1934, il pilotait une Derby lors de la mythique épreuve des 24 Heures du Mans aux côtés de l'ancien boxeur Louis Villeneuve.


Cette oeuvre de 1928 qui représente une Bugatti en course permet de se rendre compte à quel point Géo Ham avait le sens du détail juste.

Le monde de la moto ne le laissait pas indifférent, bien au contraire. On lui doit plusieurs couvertures pour Moto Revue. Là aussi, il s'imprégnait de l'ambiance des courses, allait à la rencontre des pilotes, sympathisait avec eux. A de nombreuses reprises, il travailla pour le Moto Club de France.

Il savait dans ses oeuvres reproduire l'art du pilotage, mais aussi toutes les facettes d'une épreuve, qu'elle soit de vitesse ou d'endurance. On devinait sur ses compositions tous les détails qu'aucun autre n'aurait relevé. Aucun écrou de faisait défaut ! Comme Ernest Montaut au début du siècle,  il savait par l'omission ou l'accentuation de détails simuler la vitesse des automobiles.


Grand prix de Pau 1930, Etancelin sur Bugatti et Tim Birkin sur Bentley


Lithographie du pilote Robert Benoist sur Bugatti


L'arrêt au stand pendant un Grand Prix, oeuvre de 1949

L'aviation

En 1931, il fut désigné comme peintre officiel du Ministère de l'Air (ce titre lui fut néanmoins retiré au lendemain de la seconde guerre). Son employeur, le magazine l'Illustration le missionna pour décrire les conditions de vie des pilotes sur les lignes aéropostales désormais gérées par Air France. Il traversa l'Atlantique avec les aviateurs les plus chevronnés, pour mieux raconter l'épopée de ces pionniers. Géo Ham était l'ami de Mermoz et de Saint Exupéry. Il accompagna Henry Guillaumet en 1932 lors de sa traversée de la Cordillère des Andes. En plus des illustrations, il assurait la rédaction complète des sujets dans un style plein de passion et de plaisir qui n'avait rien à envier à celui des meilleurs journalistes. C'était un véritable conteur. On lui doit également de très belles compositions sur l’épopée des hydravions.  Il illustra une multitude d'ouvrages dans ce domaine, et réalisa plusieurs publicités pour des constructeurs d'avions et des fabricants de pièces aéronautiques.


Extrait de " La Petite Illustration ", n° 699, 17/11/34 - © : L'Illustration (www.lillustration.com)


Extrait de " La Petite Illustration ", n° 699, 17/11/34 - © : L'Illustration (www.lillustration.com)


" Henri Guillaumet, les héros de l'air en images " de Rolant Tessier, Flamarion 1947 


Normandie Niémen, une escadrille attaque une colonne motorisée allemande. Réalités N° 2, 03/46


Normandie Niémen : mission de couverture de troupes au sol. Le capitaine Challe vient de toucher un Focke Wulf 190 qui s'écrase au sol. Mais d'autres Focke Wulf le poursuivent. Il se tirera de cette mauvaise situation en virant à sec et en faisant face ! Extrait de la revue Réalités N°2 de mars 46.


Trimoteur Air Océan par Géo Ham


Deux des thèmes favoris de Géo Ham réunis sur une même toile

Géo Ham, styliste

Géo Ham travailla en 1934 avec le bureau d'études de Motobécane au style du modèle "Super Culasse 350". Il en dessina les lignes affinées dans l'esprit Aérostyle typique des années 30. Certains carrossiers firent même appel à ses talents. Il fut notamment à l'origine du carénage intégrale adopté en 1938 sur une Delahaye 165 Roadster habillée par Figoni et Falaschi.


Réalisation de Figoni et Falaschi, sur une idée de Géo Ham


Géo Ham est l’auteur des lignes quelque peu tourmentées de cette Delahaye carrossée par Figoni et Falaschi - Source : http://forums.motorlegend.com

 
 

3. Les années sombres

En 1940, Géo Ham recevait la croix de guerre avec la citation suivante  : " Détaché à ti-tre de volontaire pour conduire de jour comme de nuit sur les routes arrosées par l’aviation adverse ... A pris part spontanément à la défense du pont de Garigliano, utilisant l’arme d’un blessé et ne s’est replié qu’après l’épuisement des munitions ".


Géo Ham au travail, dans son appartement.


Le studio du dessinateur Géo Ham. Une grande table en chêne massif. Au mur, une fresque.
Photographies " Images de France "

Durant la guerre, les services allemands de propagande firent main basse sur les publications en place. L'Illustration passa sous le contrôle des occupants. Cela n'empêcha pas Géo Ham de poursuivre sa coopération en tant que rédacteur et illustrateur avec le magazine jusqu'en 1942.

Géo Ham esquissa des scènes de combats menés par l'armée française en 1940. Notre homme s'acclimatait au nouveau régime en place. Ses positions politiques passaient pour être plutôt ambiguës. Il peinait à cacher une forme d'estime à l'action du Maréchal Pétain, qui s'appuyait sur un certain conservatisme rural et un attachement aux valeurs catholiques, tout en acceptant la défaite du moment. L'état d'esprit était semble t'il le même chez son employeur, l'Illustration. A défaut de course automobile, Géo Ham illustrait les scènes de ruralité chères au régime de Vichy. Comme tout un chacun, il devait bien travailler pour survivre ...


Dessin de Géo Ham, article de François Toché consacré au Cyclotourisme. L'Illustration, 10/41
© : L'Illustration (www.lillustration.com)


Dessin de Géo Ham, article de François Toché consacré à la Cantine Inter Usines de Levallois. L'Illustration, 06/02/43 - © : L'Illustration (www.lillustration.com)

4. L'après guerre

La guerre venait de se terminer. La parution de l'Illustration était momentanément sus-pendue en raison de sa ligne éditoriale durant le conflit. Géo Ham évitait de peu les pires ennuis. En 1944, il fut emprisonné à Drancy quelques jours sur dénonciation concernant des propos qu'il était supposé avoir tenu.

La course automobile reprenait ses droits. Les manifestations étaient de nouveau an-noncées par le biais d'affiches, les plus prestigieuses étant signées de Géo Ham. Son nom était régulièrement visible sur les couvertures ou dans les pages intérieures de nombreux magazines (Englebert, l'Automobile, Elites Française, l'Action Automobile et Touristique, Moteurs, l'Auto Journal ...).


Géo Ham (à droite de la photo) avec ses contemporains en 1948. On reconnaît notamment Louis Chiron (2ème à partir de la gauche), Robert Manzon (5ème), Maurice Trintignant (au centre en costume blanc) et Amédée Gordini (derrière Géo Ham). Source AAT, novembre 1948.


Extrait du magazine l'Automobile N° 46 de Février 1950

En 1949, Géo Ham illustrait magistralement l'ouvrage de référence du pilote et journaliste Roger Labric, consacré à l'histoire des 24 Heures du Mans. De même, il réa-lisait le livre du cinquantenaire de l'ACO en 1957 en collaboration avec le journaliste Jean Bernardet .


Le livre du Cinquantenaire de l'ACO, 132 pages, format 240 x 312, couverture souple, un " must " pour les amateurs de Géo Ham.

Après guerre, Géo Ham imagina des véhicules à finalité publicitaire, utilisés pour l'accompagnement sur le Tour de France ou sur la célèbre caravane.


De la diligence à l'Autocar 1948, l'Elite Française, octobre 48
© : L'Illustration (www.lillustration.com)

Jusqu'au début des années 50, l'artiste signa les dessins de quelques catalogues publicitaires, notamment pour la Renault Frégate, mais aussi pour les constructeurs Marathon, Gordini, Talbot, etc ...


Geo Ham signe cette illustration d'un calendrier Kléber Colombes de 1950


Ce buvard des biscottes Magdeleine reprend une illustration de Géo Ham


Géo Ham illustra la victoire de Jean Trevoux et de Roger Crovetto à bord d'une Delahaye 175 S sur le Rallye de Monte Carlo de 1951

L'artiste traça en 1954 à la demande du garage parisien Darl'Mat les lignes d'un coupé Peugeot à quatre places. Celui ci fut fabriqué à cinq exemplaires, le premier avec une mécanique 203, les quatre autres avec le nouveau moteur de la 403 après son lancement en 1955.


Le coupé Peugeot imaginé par Géo Ham en 1954 pour le garage parisien Darl'Mat


Raymond Loewy, Louis Chiron, Walker et Géo Ham, source l'AAT, juillet 1953


Lors des 24 Heures du Mans 1954, au centre de la photo Maurice Trintignant et Géo Ham
Source : Moteurs Course, N° 2, 3ème trimestre 1954

Comme ses confrères Jacquelin ou Alex Kow, Géo Ham était maintenant moins sollicité. L'artiste peinait lui aussi à renouveler son style pourtant impeccable mais d'inspiration classique. Il demeurait ancré dans l'avant guerre. Ses oeuvres en page de couverture se raréfiaient, la photo supplantant progressivement le dessin.


Maurice Trintignant vu par Géo Ham, source : Moteurs Courses, 1er trimestre 1955


La course automobile demeure son domaine de prédilection

La photographie n'était pas une invention nouvelle, mais les imprimeurs avaient mis un certains temps à la maîtriser parfaitement. La qualité de l'impression sur papier de la photo était enfin satisfaisante. Jusqu'alors, seule l'illustration permettait d'obtenir une impression de grande qualité. La technique photo en elle même avait progressé. La prise de vue d'automobiles à grande vitesse par exemple était désormais possible avec un rendu acceptable.


Rare pochette de disque signée Géo Ham

Les premiers magazines avec des couvertures intégralement illustrées par des photos couleurs firent leur apparition au début des années 50. La tendance était similaire pour les affiches et les documents publicitaires. L'illustration était devenue ringarde, et elle était abandonnée par les directeurs artistiques. Bientôt même les plus célèbres illustrateurs ne recevaient plus de commande. Géo Ham, habitué à une existence aisée depuis les années 20, dut s'adapter.

5. Une fin de vie en retrait

Le dandy de la belle époque était devenu un monsieur discret et solitaire, qui pour vivre devait vendre quelques unes de ses oeuvres originales. L'homme qui avant guerre pilotait sa Bugatti se déplaçait désormais dans une Renault 6. Beaucoup de ses amis avaient disparu. Géo Ham appartenait à une autre époque. Plus personne ou presque ne s'intéressait à son travail.

Alors que l'artiste était oublié de tous, et que l'affiche et l'illustration traversaient une longue période de dédain, Hervé Poulain, qui préparait son livre  L'Art et l'Automobile au début des années 70, frappa à la porte de Géo Ham. Dans le numéro 47 de décembre 1991 d'Automobiles Classiques, il racontait cette rencontre :

" Petit et sec, il me reçu sans chaleur dans un studio à sa taille ... mon enthousiasme sincère pour son travail semblait lui être indifférent. Je tentais patiemment d'aborder divers sujets. Sans succès. Je devinais la cause de ce comportement : la maladie qui devait l'emporter peu de temps après. Je lui proposais d'acheter une oeuvre sur le grand nombre qu'il conservait jalousement. Il refusa. La fable est cruelle : il avait institué légataire universel une fondation qui, une fois entrée en possession, appela un brocanteur et brada le tout sans remord " 

Sans descendance, c'est son ami Jean Adrien Mercier qui l'accompagna dans ses derniers moments, lorsqu'il décédait en 1972 à l'hôpital du Val de Grâce. Le 30 juin 1972, quelques rares intimes suivaient sa dépouille. Il fut enterré à Laval.


Géo Ham en 1971. Source : l'Anthologie Automobile, numéro 25, septembre octobre 1972

Philippe Charbonneaux lui rendait un vibrant hommage dans l'Anthologie Automobile de juillet août 1972 :

" Bien émouvant fut le service funèbre qui, le vendredi 30 juin, suivait mon ami Géo Ham à sa dernière demeure. Nous étions en tout dix neuf personnes seulement qui avaient tenu à l'accompagner, et on se prend à méditer sur l'inexorable marche du temps qui estompe les célébrités les mieux acquises. Et pourtant, comment a t'on pu oublier l'oeuvre de Géo Ham qui pendant plus de 30 années, jeta les bases du dessin automobile moderne, à la fois sportif et vivant ! Je me rappelle une anecdote personnelle datant de 1927 lorsque, tout enfant, passionné de mécanique, je dessinais avions et voitures, un parent s'exclama " Mais, tu es un petit Géo Ham ! " ... C'était plus que flatteur car, à cette époque, nul autre que lui ne savait manier le mouvement et la technique ... "


Le magazine Automobile Quarterly salua l'oeuvre de Géo Ham dans son N° du 4ème trimestre 1980

Le temps a depuis pris sa revanche. Une première vente publique eut lieu en 1992. Depuis, sa " côte " n'a cessé de progresser, constituant là une forme de reconnaissance de son art.


De la diligence à l'Autocar 1948, l'Elite Française, octobre 48

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