Chrysler d'Elégance

1. Virgil Exner

Les nombreux concept cars Chrysler Ghia des années 50 figurent parmi les plus belles voitures de rêve de cette fabuleuse décennie. Elles doivent leur naissance à la volonté d'un homme, Virgil Exner. Virgil Exner est né en 1909 dans le Michigan. Il fut éduqué par ses parents adoptifs dans la stricte discipline des Mormons. En 1928, après des études à l'université à South Bend, il était embauché dans une agence de création publicitaire en tant que dessinateur. Il y réalisa quelques brochures dans le style Art Déco pour Studebaker. La carrière automobile de Virgil Exner débuta en 1934 lorsqu'il fut nommé responsable design de la division Pontiac de la General Motors, sous l'autorité du célébrissime Harley J. Earl. On ne pouvait à l'époque espérer meilleure école de formation !

Exner fut ensuite recruté chez Raymond Loewy. Mais les relations furent difficiles entre ces deux personnalités. La rupture avec Loewy eut pour origine la reconnaissance de la paternité des oeuvres d'Exner. Le styliste s'était par ailleurs permis de travailler directement pour le constructeur de South Bend, alors qu'il était encore employé par Loewy. Cela entraîna son licenciement. En quittant l'agence de design de Loewy, Exner fut recruté assez naturellement par Studebaker, dont il devint le responsable du design. Ce n'est qu'en 1949 qu'il créa le bureau de style de Chrysler. En ce début des années 50, les sérieuses Chrysler Saratoga ou New Yorker ne faisaient pas  courir les foules chez les dealers. Ce rôle de promotion des produits de la marque allait être dévolu aux show cars imaginés par Exner.


Virgil Exner, extrait d'un catalogue Imperial

Plutôt que d'imiter Ford ou la General Motors avec leurs voitures de rêve éxubérantes, Exner choisit de se tourner vers l'Italie, où le monde de la carrosserie vivait une époque de plein renouveau, marquée par quelques créations faisant référence, telle la Cisitalia de Pinin Farina. Dans le cadre du Plan Marshall, Fiat s'était allié avec Chrysler, et emprunta au groupe américain une partie de son savoir faire. Mais ce rapprochement entre les deux groupes tomba rapidement à l'eau. Il en demeura une réelle amitié entre les dirigeants de part et d'autre de l'Atlantique. C'est donc assez naturellement que Chrysler sollicita Fiat afin d'obtenir quelques bonnes adresses de carrossiers susceptibles de réaliser des prototypes d'études. C'est dans ce cadre que furent sollicités Pinin Farina et Ghia.

2. Mario Boano et Luigi Segre

Les carrossiers italiens rêvaient pour leur part de conquérir l'Amérique, et Ghia, par l'intermédiaire de ses deux dirigeants Mario Boano et Luigi Segre, réussit à convaincre les responsables de Chrysler de tout l'intérêt que pourrait leur apporter une coopération mutuelle. Ghia avait des atouts dans son jeu : des prix de revient plus faibles que ses concurrents, et l'état major de Highland Park était particulièrement sensible à ce type d'arguments. Par ailleurs, la qualité du travail artisanal de Ghia était déjà notoire. Boano et Segre se rendirent à Détroit pour définir les modalités de la coopération qui allait se mettre en place. La maîtrise de la langue anglaise fut d'un grand secours à Segre dans la négociation des contrats, bien que ceux ci furent signés par Boano.

3. Les débuts d'une longue coopération

Les voiture de rêve allaient se succéder. La première fut la K 310 de 1951, puis la C 200, une version cabriolet du même modèle. 


Chrysler K 310


Chrysler C 200

Segre accompagna le prototype C 200 aux Etats Unis. Au débarquement, le prototype, à la suite d'une mauvaise manoeuvre de manutention, s'écrasa sur les quais du port de New York ! Le collaborateur de Boano se heurta dans un premier temps au conservatisme de la maison Chrysler. Mais très rapidement, le courant passa fort bien entre Segre et Exner. Le respect mutuel entre les deux hommes, voir leur amitié naissante, contribuèrent grandement à l'avancement des projets.

4. La Chrysler d'Elegance

La Chrysler d'Elegance fut présentée en 1953 au Waldorf Astoria de New York. Elle se caractérisait par des lignes en arrondis plutôt massifs, une poupe en pente douce de type " fast back " d'aspect très sportif et une empreinte de roue de secours sur le coffre.


 Chrysler d'Elégance

A la même époque, Ghia travaillait à l'étude d'un coupé pour Volkswagen, et le carrossier turinois ne se priva pas de s'inspirer directement de son travail pour Chrysler, qui donna naissance aux fameuses Karmann Ghia. Chrysler précisa lors de la présentation de la d'Elegance qu'aucune décision n'avait été prise quand à une éventuelle production en série de la voiture, mais que techniquement rien ne pouvait s'y opposer. Exner était convaincu de l'existence d'un marché pour une Chrysler à tendance sportive produite en petite série. Les Nash Healey et Kaiser Darrin avaient ouverte la voie.


James C. Zender (Vice Président de Chrysler), Virgil Exner, Tex Colbert (Président)

Encore fallait il être capable de proposer sous cette belle carrosserie une mécanique convaincante. Une telle voiture se devait aussi de posséder un comportement routier en rapport avec son élégance. Mais au début des années 50, les administrateurs de Chrysler avaient d'autres préoccupations plus importantes, et l'attention du troisième constructeur américain allait plus se porter sur ses modèles de grande série.

Exner quittait Chrysler en 1961 pour créer son propre bureau de style. Il mourrait en 1973.


Notez sur cette Alfa Romeo Ghia 1900 le vide de part et d'autre de la calandre. Ce détail stylistique était commun avec la Chrysler d'Elegance (photo en couleurs).

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