Osi, l'usine à produire de Ghia


OSI (Officine Stampaggi Industriali) était une petite entreprise italienne spécialisée dans l'emboutissage de pièces de carrosserie automobile et l'assemblage de voitures. Créée à Turin en 1960 par Luigi Segre (1919-1963), dirigeant de la Carrosserie Ghia, et Arrigo Olivetti (1889-1977), responsable chez Fergat, OSI se donne pour mission la sous-traitance de la fabrication automobile pour le compte de grands constructeurs. Après avoir fabriqué près de 100 000 voitures pour différentes marques, l’entreprise cesse la production automobile en 1968.


Les origines d’OSI


La création d’OSI est indissociable de la personnalité si particulière de Luigi Segre. Celui-ci avait commencé à travailler dans l’entreprise de construction de son père, mais sa carrière et ses études ont été interrompues par le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. En 1943, alors que l’Italie passe de puissance de l’Axe pro-allemand à celle des Alliés anglo-américains, Segre devient l'agent de liaison officiel entre l'Office of Strategic Services (OSS) - précurseur de la CIA moderne - et les partisans italiens anti-fascistes. C'est durant cette période que Segre commence à maîtriser l'anglais et à se familiariser avec la façon de penser américaine. Suite aux recommandations positives du Commandement allié dans l'immédiat après-guerre, Segre est embauché en tant que directeur chez Ford, obtient un diplôme d'ingénieur et est ensuite embauché chez Siata (Societa Italiana Auto Trasformazioni Accessori) où il étudie le design automobile avec Giorgio Ambrosini.

Osi doit sa création à l'activisme de Luigi Segre (1919/1963)

Segre est ensuite embauché par Mario Boano chez Ghia en 1948, qui le nomme directeur commercial de l’entreprise. Très actif, il contacte et rencontre tous les revendeurs de Ghia, multiplie les contrats avec l’extérieur, ce qui a pour conséquence une forte hausse des commandes et des recettes. Ses revenus étant liés au nombre de commandes, Segre devient rapidement propriétaire minoritaire de l’entreprise. Il part ensuite aux Etats-Unis pour conclure de nouveaux contrats. C’est à cette occasion qu’il rencontre le designer en chef du groupe Chrysler, Virgil Exner, ainsi que son PDG K.T. Keller. Le groupe Chrysler est alors le troisième groupe automobile mondial, derrière General Motors et Ford. Ces rencontres permettent d’établir une réelle confiance entre les trois hommes, ce qui débouche sur la réalisation de concept-cars Chrysler dessinés par Virgil Exner et fabriqués par Ghia, pour un prix largement inférieur à ce qu’il aurait fallu pour les produire aux Etats-Unis.

Segre devient propriétaire à part entière de la Carrosserie Ghia en 1954, après que Mario Boano ait dû quitter l’entreprise suite à une mésentente entre les deux hommes, Boano voulant que Ghia se concentre sur le travail local et Segre voulant développer des liaisons internationales. Segre va pouvoir ainsi développer des contrats avec Volkswagen (Karman-Ghia), Renault (Floride), Fiat (2300 S) et plusieurs autres pour réaliser leurs voitures d'exposition, ainsi que des modèles de production.

Segre se rend compte alors qu'une nouvelle expansion pourrait nuire à la réputation de Ghia en tant qu'atelier artisanal prestigieux. D’où cette idée de fonder une autre entreprise, contrôlée par Ghia, dotée des équipements et des techniques les plus modernes, avec emboutissage de la tôle, peinture, assemblage final et travaux de finition, afin de satisfaire les exigences des constructeurs tout en respectant leur politique de la production en série, ce que Bertone et Pininfarina feront eux-mêmes quelques années plus tard. En cela, Ghia est un pionnier.


Les fabrications OSI


Implantée juste en face des ateliers Ghia, à Turin, l’usine OSI se consacre rapidement à l'assemblage de voitures en petite série, dessinées par Ghia ou pas. Rappelons que Ghia ne fabriquait pas jusqu’alors de voitures en petite série ni en grande série, cette entreprise n’élaborait que des voitures à l’unité, souvent à l’initiative des grands constructeurs. C’est ainsi que les Volkswagen Karmann Ghia étaient produites à Osnabruck chez Karmann, et que les Renault Floride étaient produites à Creil chez Chausson. Par l’intermédiaire d’OSI, Ghia sera le premier carrossier à passer du design à la fabrication complète de ses propres modèles.

La nouvelle société OSI trouve en Innocenti son premier client avec l'Innocenti 950S, puis viennent très rapidement les Fiat 1300/1500 Familiare (break) et la Fiat 2300S Coupé, que le géant italien rechigne à fabriquer dans ses propres usines, trop occupé à produire des voitures par centaines de milliers. En 1962, OSI assemble 50 voitures par jour, soit environ 10 000 par an. En 1963, Luigi Segre décède subitement à l'âge de 44 ans. Ses héritiers cèdent leurs parts à son associé Arrigo Olivetti qui continue à développer l’entreprise.

L’Innocenti 950S est le premier modèle fabriqué en série par OSI. Innocenti n’a alors pas les capacités suffisantes pour produire dans son usine de Lambrate ce modèle basé sur une Austin Healey Sprite, qui sera produit chez OSI de 1961 à 1968.

Entre 1961 et 1966, OSI fabrique les breaks Fiat 1300/1500 (Familiare) pour le compte du géant italien. Pour Fiat, OSI est un voisin puisque son usine est à quelques pas de son usine de Mirafiori.

OSI fabrique également le coupé Fiat 2300S pour le compte du géant turinois. Un juste retour des choses quand on sait que ce modèle a été dessiné par Ghia, s’inspirant d’un dessin qu’il avait proposé précédemment au groupe Chrysler. 

En novembre 1963, au Salon de Turin, OSI présente pour la première fois une voiture intégrant son logo, l'OSI 1200S Spyder, dessinée par Giovanni Michelotti. La voiture repose sur la plateforme de la Fiat 1100. Elle sera fabriquée à 350 exemplaires entre 1964 et 1966. En 1965, OSI produit 120 voitures par jour, soit environ 24 000 par an. Une bonne partie sont des Ford Anglia Torino.


1964 : Ford Anglia Torino


Présentée au Salon de l'automobile de Turin à l’automne 1964, la Ford Anglia Torino est une version de la berline britannique spécialement conçue pour le marché italien. Elle abandonne sa lunette arrière inversée pour un style plus classique, proche de celui des berlines Fiat de l’époque. Son dessin est dû à Giovanni Michelotti qui a su refaire une voiture à partir du châssis de la Ford Anglia d’origine et en conservant uniquement les portes avant et le pare-brise. L’arrière est taillé à la serpe, comme sur l'Alfa Romeo Giulia lancée en 1962.

La Ford Anglia Torino est une des voitures les plus produites chez OSI. Présentée en 1964 mais produite à partir de 1965, elle doit s’effacer en 1967 alors qu’est annoncée la future Ford Escort lancée en janvier 1968.

La voiture est certes plus moderne et sans doute plus jolie que l’original, mais dès janvier 1968, la Ford Escort va débouler sur le marché européen et ne laissera aucune chance à la Ford Anglia Torino. Au total, 10 007 Anglia Torino sont fabriquées chez OSI entre 1965 et 1967, juste avant le lancement de la Ford Escort, ce qui reste l’un des plus grands succès d'Osi. Le nom Torino sera repris sur une Ford américaine entre 1968 et 1976. Mais cette Torino n’a rien à voir avec la petite berline européenne produite par OSI. Elle est demeurée célèbre car elle était l’héroïne aux couleurs extravagantes de la série américaine Starsky et Hutch …


Les autres modèles fabriqués par OSI.


Entre 1961 et 1968, OSI propose à plusieurs constructeurs parmi lequels Alfa Romeo, Fiat, DAF, Alpine, Ford et Triumph divers modèles spécifiques, mais très peu passeront le stade de l’industrialisation. OSI parvient tout de même à produire des petites séries de véhicules, principalement pour Fiat et Innocenti, ses proches voisins. Ford est un cas à part puisque c’est la filiale italienne du constructeur américain qui a été à la manœuvre pour la fabrication de l’Anglia Torino. Le tout dernier modèle d’OSI est quant à lui un coupé Ford validé par la direction de Ford Europe mais qui n’hésitera pas à sacrifier ce modèle peu avant le lancement de son coupé Ford Capri.

OSI se contentera donc de fabriquer au total plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires de la Fiat 1300/1500 Familiare (1961-1966) que le géant italien accepte de sous-traiter, 3 500 exemplaires du coupé Fiat 2300S (1961-1968), 7 651 exemplaires de l’Innocenti 950 Spider et Coupé (1961-1968), 846 exemplaires de la Fiat 1500 GT Coupé (1962-1966) rebaptisée rapidement OSI 1500 GT, plusieurs milliers d’exemplaires des Fiat 1200S Spider et Coupé (1963-1965), 400 exemplaires de la Neckar St Trop’ (1963-1965), 487 exemplaires de l’Innocenti 1100 Coupé (1966-1968) et enfin 2 200 exemplaires du coupé Ford 20M TS (1966-1968) sur lequel nous allons nous attarder.

OSI fabrique ce petit coupé Fiat 1500 GT rapidement rebaptisé OSI 1500 GT en raison de sa carrosserie atypique ne pouvant raisonnablement porter le blason Fiat. Ce modèle évoque irrésistiblement une Ferrari en réduction.

Cette illustration représente le cabriolet Neckar St Trop’ produit chez OSI entre 1963 et 1965. C’est une version dérivée du coupé Fiat 1200S fabriqué également chez OSI.

OSI fabrique entre 1963 et 1965 ce petit coupé dessiné par son propre bureau de design, distribué sous les marques Fiat et Neckar. Ce modèle Fiat 1200S anticipe le dessin des futures Fiat Dino à moteur Ferrari lancées en 1966.

Le bilan de la production d’OSI est donc mitigé, car la firme n’a pas réussi finalement  – malgré les moyens importants mis à sa disposition – à attirer vers elle un grand nombre de constructeurs pressés de sous-traiter une bonne partie de leurs fabrications. 


1966 : Ford 20M TS Coupé 


Présentée en 1966, la Ford 20M TS Coupé est la dernière voiture produite par OSI, c’est donc en quelque sorte son chant du cygne. C’est pourtant la plus réussie de toute l’histoire de la marque. Dessinée par le bureau de design d’OSI, il s’agit d’un coupé élégant et sportif, de 4,67 mètres de long, produit à Turin et commercialisé par Ford Allemagne. Son moteur est le six cylindres de 2,3 litres monté sur plusieurs modèles de la marque. Ce moteur de 110 ch permet de filer à 180 km/h. A noter que la ligne de la 20M TS Coupé est due à Sergio Sartorelli qui avait déjà dessiné la Volkswagen Karmann Ghia lancée en 1955 et la Fiat 2300 Coupé lancée en 1961. Ford Europe n’avait pas de modèle comparable dans sa gamme à l’époque, c’est pourquoi le modèle proposé par OSI fut le bienvenu.

Dernière voiture produite par OSI, la Ford 20M TS Coupé est fabriquée à Turin entre 1966 et 1968. Ce modèle d’allure sportive basé sur une Taunus 20M devra s’effacer alors qu’est annoncée la future Capri lancée en janvier 1969. Notons que le nom Capri fut utilisé par Ford dans les années 50 pour désigner une Lincoln, puis au début des années 60 pour désigner un coupé britannique Consul 315.

Malheureusement, comme pour l’Anglia Torino, la 20M TS Coupé sera victime de la politique de gamme de Ford Europe, puisque la filiale européenne du groupe américain avait programmé le lancement du nouveau coupé Ford Capri pour janvier 1969 et fit savoir à Turin que le coupé OSI était devenu obsolète. L’entreprise italienne ne se releva pas de ce dernier coup du sort et décida dès 1968 d’arrêter la production du coupé 20M TS qui provoqua de facto l’arrêt de son département production automobile. Plusieurs collaborateurs d’OSI sont alors engagés chez Fiat et chez Ghia ou créent leur propre cabinet de design. Seule l'activité d'emboutissage de carrosseries perdure au sein du groupe Magneto, une filiale du groupe Fergat, un des plus importants acteurs de cette spécialité en Europe.


 Epilogue


Si l’ambition de l’entreprise OSI a globalement échoué, il est remarquable que le nom de Ghia ait traversé le temps et subsiste encore aujourd’hui, apposé sur des voitures de grande série. En effet, le groupe Ford n’a pas oublié les liens qui l’unissaient par le passé à la Carrosserie Ghia, par l’intermédiaire d’OSI notamment, et a finalement racheté le nom du célèbre carrossier italien pour en faire une finition de haut de gamme sur la plupart de ses modèles commercialisés en Europe, mais également aux Etats-Unis. Un hommage posthume à Luigi Segre qui avait tout fait en son temps pour se rapprocher des constructeurs américains.

Texte : Jean-Michel Prillieux
Reproduction interdite, merci.

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