Alvis, entre Aston Martin et Bentley


Alvis est une marque britannique spécialisée dans les voitures de luxe, mais cette division était relativement marginale comparée aux engins blindés qu’Alvis fabriqua en masse pour l’armée britannique et les armées étrangères. Les automobiles Alvis disparaissent en 1967, deux ans après leur rachat par Rover.


La firme britannique Alvis est créée en 1919 à Coventry par Thomas George John (1880/1946), industriel, et Geoffrey de Freville (1883/1965), ancien collaborateur de Bentley également réputé pour avoir conçu pour le constructeur Doriot, Flandrin & Parant des pistons en aluminium. C'est à lui que l'on doit le nom de la marque, qui selon son propre aveu n'avait aucune signification particulière. Deux transfuges de chez Daimler, Georges Thomas Smith-Clarke (1884/1960) et William M. Dunn ont joué un rôle majeur dans le développement de la compagnie jusqu'aux années 50, le premier en tant qu'ingénieur en chef et le second en tant que responsable du bureau d'études.

Thomas George John est né en 1880. Son père était un constructeur naval au Pays de Galles. Après une formation scolaire, il entreprend un apprentissage sur un chantier naval, puis suit des études universitaires qui le mènent chez Vickers, où il dirige dès 1928 un chantier naval. En 1915, il quitte Vickers pour Siddeley Deasy Motor Car, constructeur de moteurs d'avion. En 1919, il fonde TG John Ltd qui produit des moteurs stationnaires sous licence Hillman. En 1920, il se lance dans la production automobile sous la marque Alvis.

La marque Alvis fabrique des voitures à tendance sportive et innovantes. La suspension avant indépendante et la première boîte de vitesses entièrement synchronisée au monde ont été généralisées sur les modèles Alvis à partir de 1933, suivies par des freins servo-assistés. Alvis est aussi à partir de 1935 un constructeur de véhicules blindés légers et de moteurs d’avions. La firme participe donc activement à l’effort de guerre et sort du second conflit mondial dans une bien meilleure situation financière que six ans plus tôt.

Alvis reprend la construction automobile à un faible rythme dès 1946. Performances et élégance caractérisent les modèles frappés du triangle rouge, logo de la firme. Ces modèles entrent en concurrence directe avec les Bentley, Armstrong Siddeley, Aston Martin et Lagonda. La catégorie des voitures de classe en Grande-Bretagne est particulièrement bien fournie jusqu’à la fin des années 50, puisqu’elle intègre aussi Bristol, Daimler, Rolls-Royce et Vanden Plas. Les dernières Alvis sont de très classiques automobiles de style ponton dont 1 568 exemplaires sont fabriqués de manière artisanale entre 1956 et 1967, date de la disparition de la marque.


 Les débuts d’Alvis


La première conception du moteur de De Freville est un moteur à quatre cylindres avec des pistons en aluminium et une lubrification sous pression, ce qui est inhabituel pour l'époque. Le premier modèle de voiture utilisant le moteur de De Freville est l'Alvis 10/30. C'est un succès immédiat qui établit la réputation de fabrication de qualité et de performances supérieures pour lesquelles l'entreprise va établir sa notoriété. L'Alvis 10/30 est dotée d’un 1460 cm3 développant 30 ch et d’une boite à quatre vitesses. Elle atteint 100 km/h. Ce modèle est le plus souvent livré en version découvrable. Il est produit à 770 exemplaires entre 1920 et 1923. En 1921, apparaît l’Alvis 11/40 qui est dotée d’un 1598 cm3 développant 40 ch permettant d’atteindre près de 110 km/h. Elle est produite à 54 exemplaires entre 1921 et 1925. En 1922, l’Alvis 12/40 est dotée du même 1598 cm3 mais ramené à 30 ch. C’est en quelque sorte l’héritière de la 10/30 et elle séduit 1 552 clients entre 1922 et 1925.


1923 : Alvis 12/50


En 1923, apparaît l’Alvis 12/50 qui est le plus gros succès de la marque à cette époque puisque le modèle, disponible en de multiples versions ouvertes ou fermées à deux ou quatre places, est produit jusqu’en 1932. Les premières séries SA et SB sont dotées d’un quatre cylindres de 1496 cm3, alors que la SC est équipée d’un quatre cylindres de 1598 cm3, celui des 11/40 et 12/40 défuntes. En 1926, la TE est dotée d’un 1645 cm3 plus puissant, mais en 1927, le constructeur revient au 1496 cm3 avec la Série SD qui est aussi puissant que le 1645 cm3 grâce à des améliorations au niveau du moteur (nouvelle culasse, nouveau carburateur). La 12/50 est arrêtée une première fois en 1929, lorsque le constructeur décide que l'avenir reposera sur les modèles FD et FE à traction avant, mais lorsque ceux-ci n'atteignent visiblement pas les volumes espérés, une version finale de la 12/50 est remise sur le marché de 1930 à 1932.

L'Alvis 12/50 est présentée en 1923. Elle est déclinée en de multiples versions proposées avec des carrosseries d'usine. Les dernières (comme illustrée ici) ont été fabriquées en 1932.

Au total, les Alvis 12/50 sont produites à 3 705 exemplaires entre 1923 et 1932. En 1931, apparaît l'Alvis 12/60 qui est fabriquée pendant deux ans en 1931 et 1932. Ce modèle est équipé du 1645 cm3 développant cette fois 56 ch qui permet d’atteindre 120 km/h en vitesse de pointe. 229 unités de ce modèle sont assemblées.


 1927 : Les premières Alvis six cylindres


En 1927 est lancée la première Alvis à moteur six cylindres. Cette période, qui va bientôt clore une période de prospérité, après la terrible épreuve de la Première Guerre mondiale, est propice au lancement de moteurs six cylindres. Beaucoup de constructeurs européens complètent leur gamme populaire avec des modèles dotés de ce type de mécanique, comme Renault, Peugeot et Citroën en France. L’Alvis 14/75 est donc une voiture dotée d’un six cylindres de 1871 cm3 développant 65 ch, souvent carrossée en version découvrable à deux places et partie arrière à queue pointue dite " queue de canard " qui lui donne une réelle allure sportive. Ce type de carrosserie sort souvent des ateliers Carbodies. L’Alvis 14/75 est fabriquée au total à 738 exemplaires entre 1927 et 1929.


1928 : L’échec de la traction avant Alvis


Pour conserver une clientèle fidèle au moteur quatre cylindres, Alvis lance la 12/75 en 1928. Il s’agit d’un format réduit de la 14/75 commercialisée l’année précédente. Ce modèle revient à un quatre cylindres de 1481 cm3 développant 50 ch ou 75 ch dans une version suralimentée. Il s’agit donc de l’héritière de la 12/50 qui disparaît en 1929 (pour réapparaître en 1930). Comme elle, elle est livrable en version sport deux portes deux places, sport deux portes quatre places ou berline quatre portes quatre places. Mais, différence fondamentale, il s’agit d’une traction avant, une des premières commercialisées sur le marché européen.

Quand Alvis, constructeur discret, s'éprend de sophistication technique, il propose la 12/75. Mais le public n'est pas encore prêt, et le constructeur n'a pas d'autre choix que de remballer son auto pour revenir à des produits plus conventionnels

Malheureusement, la 12/75 ne connaît pas de succès, et le constructeur doit en catastrophe remettre la 12/50 au catalogue. La 12/75 est disponible en quatre variantes, les FA, FB, FD et FE, dont le volume de ventes ne dépasse pas les 145 exemplaires entre 1928 et 1930.


1928 : Alvis Silver Eagle


En 1928, apparaît l’Alvis Silver Eagle qui est dérivée de la 14/75 et qui en est une version haut de gamme. La cylindrée de son moteur six cylindres passe de 1871 cm3 à 2148 cm3 et sa puissance atteint 72 ch, ce qui lui autorise une vitesse maximale de 137 km/h, ce qui pour l’époque est une très bonne performance. Les châssis sont allongés par rapport à la 14/75 ce qui permet d’établir des berlines et des limousines, mais les versions sport conservent l’empattement court. La Silver Eagle est produite à 1 161 exemplaires entre 1928 et 1931.

Alvis annonce de hautes vitesses et des accélérations foudroyantes pour sa Silver Eagle dont le châssis est garanti trois ans.


1932 : Alvis Speed 20


En 1932, en pleine crise économique, Alvis lance la Speed 20 qui, comme son nom l’indique, veut entrer de plein pied sur le marché des voitures de luxe puissantes et rapides. Pour cela, on reprend le moteur six cylindres de 2148 cm3 de la Silver Eagle poussé à 87 ch, grâce notamment à la présence de trois carburateurs. Le châssis est abaissé et les carrosseries standard sont une berline et un tourer à quatre portes, mais certaines voitures sont fournies sous forme de châssis pour être carrossées par Vanden Plas. Cette première série dite SA est produite à 400 exemplaires entre 1932 et 1933. La SB est lancée au Salon de Londres de 1933, avec un châssis légèrement plus long. Une large gamme de carrosseries est proposée. Les grands phares Lucas P100 deviennent la norme, ajoutant à l'apparence sportive de la voiture.

L’Alvis Speed 20 (Speed Twenty) est une des voitures les plus charismatiques de la marque avant la Seconde Guerre mondiale. Cette carrosserie découvrable à quatre portes se nomme Tourer.

En 1934, la SC voit son moteur passer à 2762 cm3 et plusieurs modifications sont apportées sur le plan technique. Enfin, la SD apparaît en 1935 avec une carrosserie légèrement plus large. Comme pour beaucoup de voitures à cette époque, les carrosseries deviennent plus luxueuses et donc plus lourdes. Pour maintenir ses performances, la Speed 20 est remplacée en 1935 par la Speed 25 dotées d’un moteur de 3,5 litres. Les Alvis Speed 20 qui sont produites à 1 165 exemplaires entre 1932 et 1936 sont des voitures très charismatiques reconnaissables à leur silhouette féline, leur long capot et leur épaisse calandre verticale. Les Lagonda sont les voitures qui s’en rapprochent le plus.


1933 : Alvis Crested Eagle


En 1933, apparaît l’Alvis Crested Eagle qui tente de capter une nouvelle clientèle, plus âgée et moins sportive. C’est ainsi que ces modèles ont un châssis rehaussé et un grand empattement qui permet de concevoir des berlines et des limousines. Toutefois, la concurrence est nombreuse dans cette catégorie. On peut citer les Armstrong Siddeley, les Humber, les Bentley, les Daimler ou les Rolls-Royce. C’est la raison pour laquelle 652 exemplaires seulement sont produits entre 1933 et 1940. Les moteurs de la Crested Eagle suivent l’évolution des autres modèles supérieurs de la marque, passant de 2,2 litres à 2,8 litres puis 3,5 litres.

La nouvelle stratégie de l'entreprise après la crise de 1929 passe par une diversification vers les productions militaires, et dans la division automobile par une montée en gamme et un souhait manifeste de séduire une clientèle plus traditionnelle, voire plus âgée, à la recherche de confort.


1933 : Alvis Firefly Twelve


Apparue en 1933, l’Alvis Firefly Twelve bénéficie des mêmes normes sévères dont s’impose le constructeur pour concevoir et fabriquer tous ses modèles, des plus petits aux plus imposants. La Firefly est dotée du quatre cylindres de 1496 cm3 de 50 ch issu de celui de la 12/50 supprimée en 1932, dont elle est l’héritière. Les carrosseries proposées sont une berline quatre portes et un cabriolet deux portes. La vitesse maximale de la voiture est de 120 km/h. La Firefly est produite à 904 exemplaires entre 1933 et 1934.

La conception des Alvis est rigoureuse, et le constructeur qui se spécialise dans les années 20 dans la production de voitures moyennes de qualité parvient à séduire une clientèle aisée en quête de luxe discret.


1935 : Alvis Firebird


Apparue en 1935, la Firebird succède à la Firefly. Elle s’en différencie par son moteur plus gros, un quatre cylindres de 1842 cm3 développant 55 ch. Les carrosseries proposées sont une berline quatre portes, un coupé et un cabriolet deux portes. Comme pour les autres voitures Alvis, la Firebird est construite comme un châssis roulant puis envoyée aux carrossiers Cross & Ellis, pour être finie selon les exigences du client, de sorte que toutes les Alvis sont différentes. L’Alvis Firebird est produite à 449 exemplaires entre 1935 et 1939. Cette appellation qui fait référence à un oiseau légendaire issu du folklore des pays slaves sera reprise par Pontiac en 1967 pour nommer son coupé sportif.

Alvis a établi sa réputation à partir de modèles quatre cylindres, aux mains de conducteurs et de pilotes passionnés. La Firebird est selon son constructeur la meilleure quatre cylindres qu'il ait jamais proposé. Une parfaite répartition des poids offre à l'Alvis Firebird une tenue de route exceptionnelle.


 1935 : Alvis Speed 25


En 1935, un autre modèle est lancé par la marque Alvis, la Speed 25 qui remplace la Speed 20 avec un moteur plus gros, un 3,5 litres. Avec ce nouveau modèle, Alvis entend concurrencer Lagonda et Bentley, c’est-à-dire le très haut de gamme britannique. Le moteur est un six cylindres de 3571 cm3 développant 102 ch dérivé de l’ancien 2,8 litres. Il permet une vitesse maximale de 150 km/h, performance très rare à l’époque. Les Alvis font désormais partie des voitures de série les plus rapides de cette époque. Il n'y a pas de carrosserie standard proposée par le constructeur, Alvis faisant carrosser les châssis nus à l’extérieur selon les goûts des clients, principalement chez Vanden Plas, le carrossier britannique qui tombera dans l’escarcelle d’Austin en 1946. L’Alvis Speed 25 à moteur 3,5 litres est produite à 62 exemplaires entre 1935 et 1936.

L'Alvis Speed 25 permet de transporter ses occupants à grande vitesse dans un luxe exceptionnel, accompagné par la jolie musique d'un échappement puissant, profond et rauque.


 1936 : Alvis 4,3 litres


En 1936, l’Alvis Speed 25 est remplacée par un modèle doté d’un moteur encore plus gros. Il s’agit d’un six cylindres de 4387 cm3 développant 137 ch permettant une vitesse maximale de 165 km/h. Cette fois, Alvis peut défier les plus puissantes voitures de luxe. L’Alvis 4,3 litres carrossée sur mesure à l’extérieur de l’usine - chez Vanden Plas, Lancefield, Cross & Ellis, Charlesworth ou Offord & Sons - est produite à 166 exemplaires entre 1936 et 1940.

La danseuse de ballet Miss Pearl Argyle (1910 / 1947) prend la pause à bord d'une Alvis 4,3 litres habillée par Vanden Plas en 1937.

Outre leurs performances exceptionnelles, les Alvis 4,3 litres sont considérées comme faisant partie des plus belles voitures de la seconde partie des années 30. Leur grand empattement de 3,23 mètres permet de réaliser des limousines surbaissées de 4,85 mètres de long souvent bicolores qui ne passent pas inaperçues. La version à empattement court de 3,12 mètres autorise la réalisation de berlines racées d’une très grande élégance, ainsi que de découvrables et coupés à deux portes.

Les Alvis sont reconnaissables à leur ligne surbaissée qui rappellent un peu les Bucciali françaises. Cette ligne évoque immanquablement la vitesse et le dynamisme.


1937 : Alvis Silver Crest


En 1937, Alvis propose la Silver Crest qui s’adresse à une clientèle moins fortunée que celle des acheteurs d'Alvis 3,5 litres et 4,3 litres. Le nouveau modèle est doté d’un six cylindres de 2362 cm3 de 68 ch permettant une vitesse maximale de 115 km/h ou d’un 2762 cm3 de 95 ch qui roule jusqu'à 130 km/h. La Silver Crest n’est en rien un modèle sportif, il s’agit plutôt d’un modèle bourgeois conçu et réalisé avec soin, capable de tenir sur de grandes distances des moyennes relativement élevées. Son empattement est de 3,05 mètres et les carrosseries proposées ne dépassent pas 4,67 mètres. Le châssis est allégé par rapport aux modèles précédents. 344 exemplaires sont produits de 1937 à 1940.

L'Alvis Silver Crest Drophead Coupe carrossée par Cross & Ellis (de Harry Cross et Alf Ellist) est produite à 57 exemplaires en 1937/38. Les débuts de ce carrossier installé à Coventry remontent à 1919, et c'est un fidèle des châssis Alvis depuis 1921.


1937 : Alvis 12/70


En 1937 également, est lancée l’Alvis 12/70 qui est en quelque sorte la version quatre cylindres de la Silver Crest. Son moteur est un 1842 cm3 de 63 ch proche de celui de l’Alvis Firebird mais d’un dessin inédit. Le nouveau modèle devient le moins cher de la gamme, mais il ne rencontre pourtant pas un grand succès puisque 741 exemplaires sont produits de 1937 et 1940. Malgré cela, la 12/70 est la seule Alvis à avoir une descendance après la guerre.

L'Alvis 12/70 est présentée le 22 septembre 1937. Elle est proposée avec deux carrosseries : berline et drophead coupé.

Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale provoque l’arrêt progressif de la production de voitures de la marque qui se concentre sur la production de véhicules blindés pour l’armée britannique. Alvis participe activement à l’effort de guerre, mais les usines Alvis de Coventry sont bombardées par la Luftwaffe dans la nuit du 14 novembre 1940.


1946 : Alvis TA 14


Au total, 11 933 Alvis sont produites entre 1920 et 1940, ce qui représente une moyenne de 600 unités par an pendant vingt ans, une quantité très modeste par rapport aux marques britanniques populaires et même inférieure à certaines marques de luxe. Alvis souhaite après la guerre rester sur le marché de la voiture sportive de luxe, et après avoir reconstruit son usine de Coventry complètement détruite par les bombardements - la ville de Coventry fut une des villes les plus touchées d’Angleterre en raison de son potentiel industriel - dévoile son premier modèle d’après-guerre, la TA 14, dès 1946.

Dans un contexte de redémarrage économique, il parait illusoire de proposer comme avant-guerre d'ambitieuses routières. Pour autant, Alvis tient à réaffirmer sa présence dans l'industrie automobile. La TA 14 est donc un modèle de circonstance, animé par un modeste 4 cylindres de 1892 cm3.

En raison de la conjoncture économique difficile et de restrictions drastiques, la TA 14 (Fourteen) est une berline de moyenne gamme au style d’avant-guerre dotée d’un moteur quatre cylindres issu de l’ancienne 12/70 produite entre 1937 et 1940. Sa cylindrée est portée à 1892 cm3, sa puissance à 65 ch. Le modèle est livrable en berline quatre portes surbaissée, dite " berline sport ", réalisée par Mulliners de Birmingham - qu’il ne faut pas confondre avec Mulliner, le célèbre carrossier des Bentley et Rolls-Royce - et en découvrable dite " drophead coupé ", habillées par Tickford et Carbodies.

Lancée en 1946 en berline et en drophead coupe, l’Alvis TA paraît avoir été dessinée avant-guerre. Son style suranné ne joue pas en sa faveur.

Par rapport à la 12/70, la TA 14 est plus large de dix centimètres, ce qui est très bénéfique pour les passagers qui se sentent ainsi plus à leur aise. Le modèle de 4,43 mètres de long peut atteindre 120 km/h en toute sécurité et dans un silence rare. Un journaliste automobile affirme à l’époque qu’à haute vitesse, seul est perceptible le bruit du vent. Une autre qualité encensée sont les quatre vitesses entièrement synchronisées. La TA 14 rencontre un certain succès puisque 3 311 exemplaires sont produits de 1946 à 1950, un des meilleurs scores réalisés par la firme dans son histoire. La marque de Coventry a réussi à retrouver sa clientèle d’avant-guerre, ce qui encourage les dirigeants de la compagnie à poursuivre dans cette voie.


1950 : Alvis TB 14


Une éphémère TB 14 est produite uniquement en 1950. Il s’agit d’un roadster deux places basé sur la TA 14 mais dont la carrosserie est complètement différente, inspirée de la Jaguar XK 120 lancée en 1948. La voiture de 4,51 mètres de long a des portes fortement échancrées, de très longues ailes avant et un pare-brise fortement incliné. La calandre dentée en forme de poire est un élément très controversé. Le style de la carrosserie est moins élégant que celui de la Jaguar de William Lyons. En outre, son moteur quatre cylindres de 1892 cm3 développant 68 ch ne permet pas d’atteindre une vitesse comparable à celle de la XK 120. Tout juste peut-elle atteindre 130 km/h, contre près de 200 km/h pour sa concurrente. Son prix plus élevé par rapport à la Jaguar rend ce modèle quasiment invendable. La TB 14 réussit néanmoins à séduire une centaine de clients.

Lancé en 1950, le roadster Alvis TB 14 reprend le style et le pare-brise des Tourer d’avant-guerre mais les phares avant sont cette fois intégrés dans les ailes. La calandre en forme de poire est plutôt inattendue sur un tel modèle.


1950 : Alvis TA 21


En 1950, l’Alvis TA 14 est remplacée par la TA 21, parfois appelée 3 litres. Le nouveau modèle est en effet doté d’un nouveau six cylindres de 2993 cm3 développant 83 ch, qui confirme une montée en gamme d’Alvis dès cette époque. Par rapport à la TA 14, la TA 21 est plus grande, sa longueur étant de 4,62 mètres et plus classieuse, grâce à ses élégantes carrosseries surbaissées, en berline et drophead coupé, dotées d’une calandre façon Bentley.

Lancée en 1950, l’Alvis TA 21 monte en gamme par rapport à la TA 14. Mais le style " razor edge " arrondi paraît bien démodé par rapport aux voitures de cette époque. Les phares avant sont toutefois intégrés dans les ailes, comme sur la TB 14 lancée quelques mois auparavant.

Pas de carrosserie ponton chez Alvis mais les phares sont intégrés dans les ailes, ce qui modernise la ligne de la voiture. La TA 21 est capable d’atteindre les 143 km/h, une belle performance. La voiture plaît à une certaine clientèle, qui apprécie l’aspect " petite Bentley " de l’ensemble. Ce public reste pour l'essentiel fidèle à la marque depuis les années 30, malgré la présence d’autres voitures de luxe britanniques comme les Lagonda, Jensen, Bristol, Armstrong Siddeley, Humber, Riley, Daimler, Bentley ou Rolls-Royce. L’Alvis TA 21 réussit à séduire 1 316 clients entre 1950 et 1953.

Le cabriolet TA 21 est habillé chez Tickford à Newport Pagnell. Présenté en même temps que la berline, il est habillé d'une carrosserie extrêmement classique qui va, comme sur la berline, très vite se démoder.


1951 : Alvis TB 21


L’Alvis TB 21 succède à la TB 14 en 1951. Elle reprend la ligne générale de la TB 14 dont elle adopte les dimensions et les portes échancrées, les principales différences se situant au niveau du pare-brise cette fois en deux parties et de la calandre qui s'inspire des réalisations de Bentley, ce qui lui procure un caractère très haut de gamme qui manquait à la TB 14. Le moteur est celui de la TA 21, c’est-à-dire un six cylindres de 2993 cm3 dont la puissance est portée à 90 ch permettant d’atteindre 153 km/h. Bien que la TB 21 soit un modèle réussi, il n’obtient qu’un très modeste succès avec 31 ventes, surtout en raison d’un prix trop élevé. Cette voiture est retirée de production après quelques mois.

Lancée en 1951, l’Alvis TB 21 reprend la silhouette de la TB 14 qu’elle remplace, mais sa calandre adopte le style Bentley et son pare-brise est en deux parties. Son moteur est également plus gros, il s’agit du six cylindres de la berline TA 21.


1953 : Alvis TC 21


L’Alvis TC 21 prend la suite de la TA 21 en 1953. Elle conserve la même carrosserie mais son moteur six cylindres de 2993 cm3 développe ici 100 ch grâce à une nouvelle culasse et au montage de deux carburateurs. Le modèle qui conserve son aspect vieillot, avec ses ailes apparentes et ses portes " suicide ", est franchement démodé au milieu des années 50, quand la plupart des constructeurs sont passés au style ponton. Du coup, l’Alvis TC 21 disponible en berline quatre portes surbaissée Mulliners et en drophead coupé deux portes Tickford attire de moins en moins d’amateurs, même si ce modèle arrivé à maturité possède d’indéniables qualités.

Lancée en 1953, l’Alvis TC 21 est la dernière berline de la marque. La " Grey Lady " est la plus célèbre de la gamme, grâce à son moteur surpuissant permettant à cette très digne berline d’atteindre les 100 mph.

La voiture la plus emblématique de la gamme est sans doute la TC 21/100 dite " Grey Lady " capable de rouler à 100 mph, comme son nom l’indique, c’est à dire 160 km/h grâce à diverses améliorations au niveau du moteur. Cette voiture est la dernière représentante de cette gamme digne et respectable dont les origines remontent à l’immédiat après-guerre. Au total, l’Alvis TC 21 est produite à 757 exemplaires entre 1953 et 1955, soit une baisse sensible par rapport aux TA 14 et TA 21.


1955 : Alvis TC 108G


L’année 1955 marque une totale rupture de style entre les Alvis. En effet, Mulliners est racheté par Standard Triumph et Tickford passe sous le contrôle de David Brown, propriétaire d’Aston Martin et Lagonda, si bien que la marque Alvis se retrouve privé de fournisseur de carrosseries. C’est alors que le suisse Graber, qui a déjà carrossé des châssis Alvis depuis 1948, propose à la marque de Coventry d’habiller ses futurs modèles. Graber est connu pour ses élégantes réalisations sur la base de voitures de luxe, correspondant bien au goût des dirigeants d’Alvis et de sa clientèle. Il n’est en effet pas question pour Alvis de dessiner des voitures en interne ni même de s’adresser aux stylistes italiens, jugés par trop extravagants … Le carrossier suisse est quant à lui reconnu digne de succéder à Mulliners, en apportant une touche de modernité aux Alvis.

Graber réalise donc en 1958 une superbe carrosserie ponton en rupture complète avec l’archaïsme des précédents modèles. Plus chers que les Aston Martin de l’époque, les coupés Alvis dessinés par Graber, avec leur capot et leur empattement démesurément longs, leur calandre verticale, demeurent les plus distingués et les plus raffinés de la marque au triangle rouge. Le premier modèle Alvis issu de ce nouveau partenariat est la TC 108G dévoilée en octobre 1955, au Salon de Paris. Il s'agit d'un grand et élégant coupé deux portes quatre places basé sur l’ancienne TC 21, s’étirant sur 4,80 mètres de longueur.

Lancée en 1955 et produite à partir de 1956, l’Alvis TC 108G est la première voiture de la marque à carrosserie ponton. Dessinée par le suisse Graber et disponible uniquement en coupé, elle rappelle un peu le style des Facel Vega contemporaines.

Pour bien montrer son appartenance à l’aristocratie automobile, la T 108G est dotée d’une calandre verticale " à l’ancienne " qui restera présente jusqu’à la fin de cette lignée. La silhouette du modèle est dans la mouvance des récentes Hotchkiss Agay et Facel Vega FV. Le moteur est directement issu de la berline TC 21, il s’agit du six cylindres de 2993 cm3 développant ici 104 ch et non 108 ch comme le laisse entendre le nom du modèle. Le G accolé au nom TC 108 fait bien sûr référence au carrossier Graber. A noter que seul un coupé est disponible à la vente. Il n’y aura plus jamais de berline dans la gamme Alvis, à l'exception d'une poignée de modèles réalisés dans les années 60 à l'initiative de Graber. Au total, 37 unités sont assemblées entre 1956 et 1958 dont 22 par Graber et 15 par Willowbrook, un sous-traitant situé à Loughborough.


1958 : Alvis TD 21


Comme pour Bristol ou Armstrong Siddeley l’activité automobile d’Alvis demeure accessoire, puisque la compagnie préfère se concentrer sur ses activités militaires et aéronautiques bien plus rentables. Autrement dit, Alvis n’a pas besoin de construire des voitures pour survivre. Il s’agit plutôt d’une " danseuse " ou plus exactement d'un moyen de promouvoir l’image de la marque.

En 1958, Alvis signe un accord avec Mulliner Park Ward, le prestigieux carrossier passé sous le contrôle de Rolls-Royce. C’est ce carrossier qui désormais assemblera les futurs modèles Alvis. La collaboration avec Graber se poursuit néanmoins puisque la nouvelle TD 21 lancée en 1958 - qui reprend le type des dénominations pratiquées jusqu’en 1955 - reprend peu ou prou la carrosserie de la TC 108G qu’elle remplace ainsi que son moteur 3 litres dont la puissance est portée à 115 ch, permettant d’atteindre une vitesse maximale de 165 km/h.

L’Alvis TD 21 succède à la TC 108G en 1958. La partie arrière est redessinée et la voiture est désormais assemblée chez Mulliner Park Ward qui est une filiale de Rolls-Royce Bentley.

Certains détails de finition sont modifiés par le carrossier Mulliner Park Ward, mais c’est surtout l'aspect de la vitre de custode et de la lunette arrière qui différencie la TD 21 de la TC 108G, ce qui a engendré un nouveau dessin des ailes arrière. L’emplacement des clignotants est aussi modifié à l’avant. Autre élément important, la TD 21 est disponible en coupé et en cabriolet dénommé drophead coupé, ce qui va aider à augmenter la diffusion du modèle. Au total, 1 073 unités sont produites de 1958 à 1963.


1963 : Alvis TE 21


Dévoilée en 1963, l’Alvis TE 21 succède à la TD 21. Alors que la carrosserie reste inchangée, en coupé comme en cabriolet, le moteur six cylindres de 3 litres délivre désormais 130 ch, ce qui permet à la voiture d’atteindre 172 km/h dans un silence et un confort rares. La TE 21 succombe à la mode des doubles phares, que l’on rencontre même sur les plus récentes Rolls-Royce, mais ces phares sont disposés verticalement, à la manière des Mercedes ou des Facel Vega.

L'Alvis TE 21 gagne 15 ch par rapport à la TD 21. Elle est reconnaissable à ses ailes avant rehaussées afin d'accueillir quatre projecteurs. La production de ce modèle coïncide avec l'arrivée de Rover au capital d'Alvis.

Depuis 1958, le coupé Alvis que l’on nomme aussi 3 litres a sur sa route un coupé britannique de haut de gamme qui lui ressemble beaucoup, il s’agit du coupé Bristol dessiné par un autre suisse, Beutler. Graber et Beutler s’affrontent donc par voiture anglaise interposée dans ce combat sans merci entre Alvis et Bristol. Ce dernier choisit en 1961 de prendre ses distances vis-à-vis de l’Alvis en optant pour un V8 Chrysler en lieu et place du six cylindres d’origine BMW, un V8 qui lui procure des performances autrement plus alléchantes. Alvis ne choisit pas de se doter d’un V8 américain, ce qui va contribuer à sa chute. De 1952 à 1955, Alec Issigonis, le futur créateur de la Mini, a pourtant travaillé pour Alvis en concevant un nouveau modèle doté d’un moteur V8 qui s'est avéré trop cher à produire. Au total, la TE 21 est diffuée à 352 exemplaires entre 1963 et 1966.


1966 : Alvis TF 21


Dévoilée en 1966, l’Alvis TF 21 reprend la carrosserie de la TE 21, avec ses doubles phares verticaux et sa calandre façon Bentley, ainsi que son moteur six cylindres de 3 litres qui développe cette fois 150 ch. Rappelons que les origines de ce moteur remontent à 1950 quand il a été monté pour la première fois sur la berline TA 21. La voiture, toujours disponible en coupé et en cabriolet, peut atteindre 193 km/h selon son constructeur, ce qui peut paraître beaucoup par rapport à la TE 21 mais insuffisant comparé à un coupé Bristol 409 de 1966 capable d’atteindre 210 km/h grâce au V8 Chrysler. La TF 21 reste néanmoins la plus rapide des voitures Alvis. Des freins à disques sont montés sur les quatre roues. Au total, l’Alvis TF 21 est produite à 106 exemplaires de 1966 à 1967. Il s’agit de la dernière voiture de la marque qui est rachetée par Rover en 1965. Au total, 19 016 Alvis ont été produites entre 1920 et 1967.

Les Alvis TE et TF 21 commercialisées entre 1963 et 1967 se caractérisent par des doubles phares verticaux et un moteur dont l'origine remonte à 1950 qui permet à la TE d'atteindre 172 km/h et à la TF 193 km/h.


Epilogue


Rover, devenu propriétaire d’Alvis en 1965, avait prévu le lancement d’un nouveau coupé V8 à moteur central appelé P6BS en interne et qui aurait été commercialisé sous la marque Alvis en 1968. Avec le rachat de Rover par Leyland en 1966 puis l’intégration de Rover dans le groupe British Leyland en 1968, ce projet est abandonné. Par contre, le moteur V8 d’origine Buick est monté sur la Rover P5 en 1967 et sur la P6 en 1968. Quant aux véhicules blindés Alvis, ils deviennent une filiale de la British Leyland, mais la déconfiture de ce groupe dans les années 70 rend inéluctable sa vente en 1982 à un consortium baptisé United Scientific Holdings, qui prend par la suite la désignation d'Alvis plc, preuve que ce nom a encore un prestige quasiment intact.

En 2002, Alvis plc achète Vickers Defence Systems pour former la filiale Alvis Vickers Ltd, qui est à son tour achetée par BAE Systems en 2004. BAE Systems met alors fin à l'utilisation de la marque Alvis. De son côté, Graber continue de travailler pour Rover durant la seconde moitié des années 60. Mais Rover ayant mis un terme à la production d'Alvis, la disparition de ce gros client est fatale à l'activité de Graber. Celui-ci ne conserve alors que son métier de représentant de Rover en Suisse. Hermann Graber décède en 1970. Son épouse poursuit jusqu'en 1980 l'activité de réparation et d'entretien des carrosseries de la marque. L’entreprise Graber a assemblé au total 800 véhicules de luxe de toutes marques, entre 1927 et 1970.

Texte : Jean-Michel Prillieux.
Reproduction interdite, merci.

Voir aussi : http://leroux.andre.free.fr/xxx32.htm

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