Riley, à mi-chemin entre MG et Wolseley


Riley fut une marque britannique à tendance luxueuse et sportive, rachetée par Morris en 1938, qui fut positionnée au sein du groupe Nuffield à mi-chemin entre MG et Wolseley. Malheureusement, une politique de gamme aberrante mena la marque inéluctablement à sa chute.


C’est en 1896 que Percy Riley crée la première automobile de sa propre marque à Coventry. Jusqu’en 1903, la marque achète ses moteurs à d’autres constructeurs. Puis elle commence à produire ses propres mécaniques. En 1920, Riley possède une clientèle locale qui apprécie ses produits. La marque développe alors des voitures au caractère sportif. Elle s’engage en compétition à partir de 1927. Ce changement de cap permet à la notoriété et aux ventes de s’accroître. Jusqu’au milieu des années 1930, Riley est un constructeur très rentable qui concurrence les récentes SS Jaguar.


Riley 11-40 Two-Seater, 1924

Des erreurs dans le développement des voitures et une insuffisance du management conduisent malheureusement Riley à de lourdes pertes financières. Le constructeur est alors racheté par William Morris en septembre 1938 pour un montant de 143 000 £ et intégré au groupe Nuffield. La situation s’améliore avec de nouveaux produits. Riley renoue avec la prospérité au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Au sein du groupe Nuffield, Riley se positionne plus haut en gamme que Morris à un niveau proche de celui de Wolseley tout en offrant des voitures plus sportives, comme la marque MG qui elle aussi est intégrée dans le groupe Nuffield.


Riley 12/4 Sprite, 1935

En 1953, la Riley Pathfinder est un modèle jumeau de la Wolseley 6/90 avec une mécanique plus poussée et des trains roulants plus évolués. Ces particularités disparaissent à partir de 1957. Les Riley ne sont plus alors que des modèles jumeaux de Wolseley, elles-mêmes étant des versions plus luxueuses des Morris. Les MG plus sportives concurrencent aussi les Riley sur un terrain qui leur était plus favorable, en raison de la présence de petits roadsters très populaires (MG A, MG B, MG Midget). Le fait qu’Austin ait fusionné avec le groupe Nuffield en 1952, exacerbe encore la compétition interne entre chacune des marques. La marque Riley meurt ainsi à petit feu, cette situation étant aggravée par une politique de gamme aberrante. Elle est la première victime de la formation du groupe British Leyland en 1968 qui décide de supprimer la marque Riley au mois de juillet 1969.


1945 : Riley est l’un des premiers constructeurs britanniques à renouveler sa gamme


Riley dévoile ses premières nouvelles voitures d’après-guerre dès 1945, et cet empressement est lié au fait que ces modèles ont été étudiés au tout début de la Seconde Guerre Mondiale et qu’ils sont alors parfaitement au point. Il s’agit de la série RM qui s’inspire étroitement des élégantes et performantes berlines Twelve 1,5 litre et Kestrel 2,5 litres d'avant-guerre dont elle reprend les moteurs, mais les nouvelles voitures sont dotées d’un nouveau châssis. Ce nouveau châssis avec une suspension avant indépendante " Torsionic " Riley a bénéficié de l'expérience des années de guerre.

La Riley RM 1,5 litre (RMA de 1945 à 1952 puis RME de 1952 à 1955) était dotée d’un cadre de carrosserie (à ne pas confondre avec le châssis) en bois dans la pure tradition anglaise. La voiture arborait un style qui se démodera rapidement. Elle était capable d'atteindre une vitesse maximale de 120 km/h.

Par rapport aux anciennes Twelve et Kestrel, les nouvelles RM ont une carrosserie plus aérodynamique avec des phares incorporés à la caisse. Elles sont dotées également d’un pare-brise en deux parties, qui était encore à la mode à la fin des années 30 mais n’est plus tellement au goût du jour à la fin des années 40. Autre particularité, leur toit est recouvert de tissu. En réalité, les Riley RM 1,5 litre et 2,5 litres - qui se différencient par la longueur de leur capot - présentent au moment de leur démarrage commercial une silhouette datée, avec leurs ailes séparées, leur pare-brise en deux parties, leur calandre verticale, leurs phares proéminents et leur vitre de custode de petites dimensions.

Apparue un an après la Riley RM 1,5 litre, la RM 2,5 litres (RMB de 1946 à 1952 puis RMF de 1952 à 1953) se différencie par un capot plus long permettant de loger le moteur plus volumineux. La voiture pouvait atteindre une vitesse maximale de 140 km/h ce qui était un chiffre très performant pour l’époque.

Cette vue de la Riley RM 1,5 litre permet d’identifier son toit recouvert de tissu. La silhouette de la voiture et ses ailes détachées trahissent une conception d’avant-guerre qui va trancher avec les premières carrosseries ponton qui vont apparaître en 1946-1948.

La Riley RMD Drophead était un cabriolet traditionnel à deux portes, dérivé de la RMB. Ce fut le dernier cabriolet à porter le nom de Riley. Il utilisait le même moteur 2,5 litres de 100ch que la RMB. 502 exemplaires ont été produits entre 1949 et 1951.

L’intérieur de la Riley RM 2,5 litres montre un habitacle cossu, avec sellerie cuir, tableau de bord et garnitures de contre-portes en bois verni. Les portes s’ouvrent d’avant en arrière, comme la plupart des voitures d’avant-guerre. Les tirettes au tableau de bord sont elles aussi un vestige d’une autre époque.

La Riley RMC Roadster était un cabriolet 2/3 places dérivé de la RMB, doté de deux portes échancrées, d’une ligne abaissée et d’un pare-brise rabattable. Conçue principalement pour le marché nord-américain, c’était la variante la plus sportive de la gamme RM. 507 exemplaires ont été produits entre 1948 et 1951.

Dès le début des années 50, cette carrosserie était franchement démodée, même au sein du groupe Nuffield. On se demande d’ailleurs pourquoi les Riley n’ont pas bénéficié à la fin des années 40 de la même opération de rajeunissement stylistique adoptée pour Wolseley qui appartenait au même groupe et partageait avec Riley et MG le marché du haut de gamme au sein du groupe Nuffield. C’est ainsi que, comme les Wolseley, les Riley seront dotées jusqu’à la fin de tableaux de bord et de garnitures de contre-portes en bois verni ainsi que d’une sellerie en cuir. Il faudra attendre la fusion entre Nuffield et Austin en 1952 pour qu’on se décide enfin à remplacer les Riley RM caractérisées par leur style très " old fashion ".

C’est en 1953 que la Riley Pathfinder succède à la RM dans sa version 2,5 litres, sous une toute nouvelle carrosserie ponton. A contrario, la carrière de la RM dans sa version 1,5 litre se poursuivra  jusqu’en 1955 sans qu’elle soit remplacée. Cette stratégie montre l’incohérence des choix opérés par la direction du groupe BMC concernant la marque Riley. En effet, on se demande pourquoi la RM 1,5 litre n’a pas bénéficié dès 1953 de la carrosserie ponton très élégante de la MG Magnette lancée cette année-là, alors que Wolseley en bénéficia.

En 1954, la RM 1,5 litre est toujours en production. La brochure vante " une ligne complètement modernisée qui souligne l'élégance et la beauté de son style ".  Elle est proposée sur la même brochure que celle consacrée à la Pathfinder.

C’est une des nombreuses incohérences qui ruinèrent l’avenir de Riley. La RM à moteur 2,5 litres s’écoula à 8 959 exemplaires entre 1946 et 1953 - dont 1 009 cabriolets- et la RM à moteur 1,5 litre à 13 950 exemplaires entre 1945 et 1955. La série RM a été initialement produite à Coventry, mais dès 1949, la production a été transférée dans l’usine MG d'Abingdon.


Riley RM 2,5 litres


1953 : La Riley Pathfinder à carrosserie ponton succède la RM 2,5 litres


En 1953, le groupe BMC lance la berline Riley Pathfinder qui succède à la RM 2,5 litres dont elle reprend le moteur quatre cylindres de 2443 cm3 poussé à 110 ch, ce qui lui autorise une vitesse maximale de 160 km/h, ce qui est assez rare pour une berline de cette époque. L’étude de ce modèle a été réalisée avant la fusion du groupe Nuffield avec Austin en 1952, puisque Gerald Palmer avait été chargé dès 1949 de renouveler totalement les gammes MG, Riley et Wolseley au sein du groupe Nuffield.

La Riley Pathfinder apparue en 1953 reprend le moteur 2,5 litres des RMB et RMF qu’elle remplace. Sa carrosserie ponton est beaucoup plus moderne mais elle perd son caractère d’exclusivité car Wolseley utilise également cette carrosserie.

La Pathfinder est un des quatre modèles étudiés et mis au point par Palmer, le second étant la variante Wolseley de la Pathfinder, le troisième étant la Wolseley 4/44 et le quatrième la variante MG de la 4/44 appelée Magnette. On note dans cette distribution par marque que Wolseley est doté du modèle de moyenne gamme (4/44) et du modèle de haut de gamme (6/90), alors que Riley doit se contenter du modèle de haut de gamme et MG du modèle de moyenne gamme. On peut donc considérer que Wolseley est privilégié par rapport à Riley et MG, à ce moment-là, sans vraiment en comprendre la raison.

L’habitacle de la Riley Pathfinder marque de notables progrès par rapport à la série RM, mais on retrouve la sellerie cuir et le bois verni sur le tableau de bord et les garnitures des contre-portes. Cet aspect cossu est encore assez rare sur les voitures européennes de cette époque.     

Riley aurait grandement bénéficié de l’apport d’une variante de MG Magnette, comme MG aurait sans doute tirer profit de l’apport d’une variante de la Riley Pathfinder. En tout cas, la Riley Pathfinder qui affichait une longueur de 4,65 m, soit à mi-chemin entre une RM 1,5 litre de 4,55 m et une RM 2,5 litres de 4,72 m, ne connut pas le succès escompté, puisqu’il s’en vendit 5 536 exemplaires entre 1953 et 1957, alors que la Wolseley 6/90 qui était dotée de la même carrosserie mais d’une calandre différente s’est écoulée à 11 852 exemplaires entre 1954 et 1959. Le prix plus élevé de la Riley a sans doute été l’une des raisons de cet insuccès.

La MG Magnette lancée en 1953 aurait pu donner naissance à une version Riley de moyenne gamme à peine modifiée qui aurait succédé avantageusement à la RM 1,5 litre. Malheureusement, cette variante ne fut jamais commercialisée, probablement pour des questions relatives au moteur Riley 1,5 litre.

En 1957, la Riley Pathfinder s’aligne sur la Wolseley 6/90 en reprenant son moteur six cylindres de 2.639 cm3 de 97 ch, en remplacement du moteur quatre cylindres 2.443 cm3 de 110 ch. Elle reçoit alors le nom de Riley 2.6. Sa vitesse maximale est un peu plus faible que celle de la Pathfinder. Elle ne dépasse pas les 155 km/h, ce qui là encore peut être considéré comme une aberration. En se débarrassant de ses particularités techniques, elle perd aussi une grande partie de sa séduction, tout en restant bien plus chère qu’une Wolseley 6/90 qui partage sa carrosserie et son moteur. La Riley est facturée 1411 £ contre 1276 £ pour la Wolseley. La Riley 2.6 n’a d’ailleurs pas dépassé les 2 000 ventes durant sa courte carrière, c’est-à-dire entre 1957 et 1959.

La Riley 2.6 apparue en 1957 reprend la carrosserie de la Pathfinder mais reçoit le moteur six cylindres 2,6 litres de la Wolseley 6/90. Cette voiture capable d’atteindre une vitesse maximale de 155 km/h sera la seule Riley à moteur six cylindres de l’après-guerre. Sa carrière sera stoppée en 1959.


1957 : Riley se démocratise avec le lancement de la 1.5


En avril 1957, Riley lance la berline compacte 1.5 qui partage sa carrosserie avec la Wolseley 1500 lancée au même moment. Chez Riley, elle peut être considérée comme l’héritière de la RM 1,5 litre supprimée en 1955. Pourtant, la 1.5 est beaucoup plus courte que la RM, 3,86 m contre 4,55 m. Et son moteur n’est pas le 1496 cm3 de la RM mais le 1.489 cm3 des Wolseley 4/50 et 15/50. Là encore, Riley perd une de ses particularités techniques en abandonnant ses propres moteurs dont les origines remontent toutefois aux années trente.

La Riley 1.5 lancée en 1957 sauve la marque d’une disparition certaine. Ce modèle, frère jumeau de la Wolseley 1500, deviendra le modèle le plus vendu de la marque, avec 39 568 exemplaires écoulés. Il renouera également avec la tradition sportive de la marque. Vitesse maximale de 133 km/h contre 123 km/h pour la Wolseley 1500.

Cette Riley 1.5 a une histoire bien particulière. Cette berline compacte ne devait pas être commercialisée sous la marque Riley, ni sous la marque Wolseley, car il s’agissait au début du projet de la remplaçante de la Morris Minor lancée en 1948. Plusieurs facteurs ont changé le destin de cette voiture. D’abord, la fusion entre le groupe Nuffield et Austin en 1952 mais également la bonne tenue des ventes de la Minor qui rendait inopportun le lancement d’une remplaçante dès le milieu des années 50. Le projet repris par Dick Burzi, chef designer chez Austin, évolue vers une berline plus haut de gamme qui sera diffusée par Riley et Wolseley. Le moteur 1.200 cm3 initialement prévu est  remplacé par le 1489 cm3 monté sur les Wolseley 4/50 et 15/50. Il développe 62 ch chez Riley, contre 43 ch chez Wolseley, ce qui donne une voiture très dynamique qui participera à de nombreuses compétitions.

L’intérieur de la Riley 1.5 montre un habitacle cossu, malgré la compacité de l’ensemble. On retrouve les spécificités des Riley et Wolseley, à savoir la sellerie cuir et le bois verni du tableau de bord et des garnitures des contre-portes. On note toutefois une réduction de la surface de bois verni sur les contre-portes

La Riley 1.5 réussit ainsi à reprendre le caractère bien trempé des berlines légères de la marque commercialisées dans les années 30. Le châssis est une simple évolution de la Morris Minor. Les différences entre les Riley 1.5 et Wolseley 1500 résident dans la face avant des deux modèles (avec une calandre spécifique pour chaque marque) et leur finition intérieure. Les carrosseries sont identiques, tout juste peut-on observer une répartition différente des chromes et des peintures. La carrière des Riley 1.5 et Wolseley 1500 prend fin en 1965. Avec 39 568 exemplaires écoulés, la Riley 1.5 est la voiture la plus vendue de toute l’histoire de la marque, mais la Wolseley 1500 s’est vendue de son côté à plus de 100 000 exemplaires


1959 : Lancement de Riley 4/68 type ADO9 dessinée par Pininfarina.


Il peut sembler incongru d’avoir remplacé la Riley RM 1,5 litre par une berline 70 cm plus courte. En réalité, la Riley 1.5 a été une véritable opération de survie pour la marque. En effet, en 1956, il ne restait plus qu’un modèle Riley en production, la Pathfinder, qui réalisait de très faibles volumes de ventes, 1500 ventes par an en moyenne. Sans la berline 1.5, la marque Riley aurait certainement disparu. Il faut donc appréhender le lancement de ce modèle comme l’opération de la dernière chance pour cette firme si mal gérée par le groupe BMC qui lui avait refusé notamment l’apport d’un modèle de gamme moyenne basé sur la MG Magnette qui aurait modifié son destin. Cette erreur stratégique sera réparée en avril 1959, lorsque apparaîtra la berline Riley 4/68. Ce nouveau modèle doté du 1489 cm3 de la Riley 1.5 reprenait la carrosserie des Austin Cambridge, Morris Oxford, Wolseley 15/60 et MG Magnette lancées entre décembre 1958 et avril 1959, référencées sous le code ADO9 et dessinées par Pininfarina.

La Riley 4/68 lancée en 1959 hérite de la carrosserie des Austin Cambridge, Morris Oxford, Wolseley 15/60 et MG Magnette dessinées par Pininfarina. Les Riley et MG ont une puissance de 62ch contre 52ch pour les autres. Cette puissance de 62ch on la retrouvait déjà sur la Riley 1.5.

La Riley 4/68 se différencie des autres berlines ADO9 par sa calandre spécifique, sa peinture bi ton et sa puissance portée à 62 ch, contre 52 ch pour les autres marques sauf la MG. La carrosserie des berlines ADO9 dessinée par Pininfarina est très conventionnelle, avec des ailes avant saillantes et des ailerons à l’arrière, un style qui sera repris par le même designer sur la future Peugeot 404 de 1960 qui parait toutefois plus élégante grâce à une ceinture de caisse plus basse et des ailerons plus discrets. La Riley 4/68 devient en 1959 le modèle haut de gamme de la marque puisque la 2.6, héritière de la Pathfinder, est supprimée la même année. Mais elle n’a plus rien de sportif. Produite dans l’usine Morris d’Oxford, comme toutes les berlines ADO9, la Riley 4/68 poursuit sa carrière jusqu’en octobre 1961, date à laquelle elle est remplacée par la 4/72 - ADO38 - qui reprend la même carrosserie mais dont l’empattement est augmenté de 2 cm et les porte-à-faux avant et arrière réduits d’une dizaine de centimètres.

La Riley 4/72 lancée en 1961 hérite des mêmes modifications que les autres berlines ADO38, à savoir un empattement allongé, des voies élargies, des porte-à-faux plus courts et surtout un moteur de 1,6 litre en remplacement du 1,5 litre, ce qui correspond à la cylindrée de la Peugeot 404 lancée en 1960 et dessinée par le même Pininfarina.

La 4/72 mesure ainsi 4,43 m au lieu de 4,52 m. En outre, les voies avant et arrière sont élargies de quelques centimètres. Les ailes arrière sont redessinées avec des ailerons plus discrets, et surtout le moteur passe de 1489 cm3 à 1622 cm3 développant une puissance de 68 ch, contre 61 ch pour les autres marques sauf la MG. En conclusion, c’est une toute nouvelle voiture, d’où sa nouvelle dénomination constructeur. La 4/72 poursuivra sa carrière sans modification jusqu’en 1969, date de l’extinction de la marque.

L’arrière de la Riley 4/72 est différent de celui des Austin Cambridge, Morris Oxford, Wolseley 15/60 et 16/60 dessinées par Pininfarina, mais il est absolument identique à celui de la MG Magnette. Il y a donc bien une ressemblance assumée par la direction du groupe BMC entre la Riley et la MG, les deux versions les plus " sportives " de la berline Farina.

Au total, la Riley 4/68 fut vendue à 10 940 ventes entre 1959 et 1961 et la Riley 4/72 à 14 151 ventes entre 1961 et 1969. Sur les 866 000 berlines « Farina » quatre cylindres vendues entre 1958 et 1971, les marques Wolseley, Riley et MG représentent 16,6% du total, dont 10,1% de Wolseley, 3,6% de Riley et 2,9% de MG. Mais au-delà des volumes de ventes, on peut s’interroger sur la pertinence d’avoir commercialisé la même voiture sous cinq marques différentes. Il est évident que cette rationalisation à outrance a fait perdre à chacune de ces marques une grande part de leur spécificité et de leur particularisme, et donc a dilué leur image auprès du public, ce qui a certainement précipité leur chute.

L’intérieur de la Riley 4/72 respire la tradition de la marque - sellerie cuir et bois verni - mais ce qui attire davantage le regard, c’est l’agencement des cadrans ronds du tableau de bord qui évoque l’univers sportif et rappelle même certaines productions transalpines


1961 : Au lieu d’une grande berline six cylindres, Riley se voit attribuer un dérivé de Mini


Alors que la marque Riley est privée d’une variante des nouvelles berlines six cylindres type AD 010 du groupe BMC lancées en 1959 et commercialisées sous les appellations Austin A99 Westminster, Wolseley 6/99 et Princess 3 litres, le constructeur décide de lui adjoindre en 1961 un petit modèle basé sur les Austin Mini Seven et Morris Mini Minor, type ADO15, conçues par l’ingénieur Alec Issigonis. Là encore, on peut s’interroger sur la pertinence d’une telle décision.

La Riley Elf lancée en 1961 partage sa carrosserie avec la Wolseley Hornet. Il s’agit du dérivé chic des Austin Mini Seven et Morris Mini Minor. Elle adopte une calandre spécifique et un petit coffre proéminent surmonté de petits ailerons. Le succès de ces petites voitures de luxe sera très mitigé

La marque Riley qui fut positionnée dans les années 50 dans le haut de gamme du groupe BMC, parfois au-dessus de Wolseley, parfois en dessous, méritait d’être dotée d’une nouvelle berline six cylindres, au même titre que Wolseley, et qui aurait été l’héritière légitime de la Riley 2.6. Au lieu de cela, on élargit la gamme vers le bas en lançant la Riley Elf, une Mini affublée d’un petit coffre proéminent surmonté d'ailerons. Ce petit modèle, frère jumeau de la Wolseley Hornet, est doté du moteur de 848 cm3 développant 37 ch de la Mini, ce qui n’a vraiment rien de sportif. Certes, ce moteur est remplacé dès mars 1963 par un 998 cm3 développant 40 ch mais la Riley Elf s’éloigne beaucoup trop de la tradition sportive de la marque. C’est la raison pour laquelle la politique de gamme concernant la marque Riley peut être jugée comme aberrante. En 1966, les Hornet et Elf perdent leurs charnières de portes extérieures et les vitres coulissantes - comme sur la Citroën Ami 6 - sont remplacées par des glaces descendantes.

La marque Riley bénéficie d'un image légèrement plus valorisante que celle de Wolseley, même si la différence est minime. La Riley Elf est par conséquent un peu mieux équipée que sa cousine Wolseley Hornet.

Les Wolseley Hornet et Riley Elf sont supprimées en 1969, date de lancement de la Mini Clubman qui officialise la création de la marque Mini. La plus courte des Riley avec 3,27 mètres, s’est vendue à 30 912 exemplaires entre 1961 et 1969, ce qui représente une part infime de l’ensemble des Mini commercialisées entre 1959 et 2000. C’est toutefois un peu mieux que la Wolseley Hornet qui s'est arrêtée à 28 455 exemplaires.


1965 : Le groupe BMC lance la Riley Kestrel qui reprend la carrosserie des Austin et Morris 1100


Le projet ADO16 d’Alec Issigonis se concrétisa en août 1962 par le lancement de la Morris 1100, puis des MG 1100, Austin 1100, Vanden Plas Princess 1100, Wolseley 1100 et Riley Kestrel. La Riley Kestrel est lancée en septembre 1965, en même temps que la Wolseley 1100, soit trois ans après la Morris 1100, ce qui peut paraître incongru.

L'illustration de cette brochure date de septembre 1968. Le Concorde, avion supersonique de conception  franco-britannique, n'a pas encore effectué son premier vol d'essai. Celui-ci n'interviendra que le 2 mars 1969. On peut s'amuser du décalage entre l'aspect rétrograde de la Riley avec sa calandre d'un autre âge et la modernité du Concorde, vrai projet d'avenir.

Elle reprend la carrosserie des autres BMC ADO16, mais elle s’en différencie par sa calandre spécifique, sa finition intérieure, son moteur 1098 cm3 développant 55 ch au lieu de 48 ch sur les Austin et Morris. Elle peut être également livrable en peinture bi ton. Cette berline compacte de 3,72 m de long prend la place chez Riley de l’ancienne 1.5 supprimée du catalogue au printemps 1965. Mais elle est bien peu sportive. En octobre 1967, la Riley Kestrel reçoit un nouveau moteur de 1.275 cm3 développant 70 ch, comme la MG 1300, contre 58 ch (puis 65 ch) pour les autres berlines ADO16. Ce modèle reste au catalogue jusqu’en juillet 1969, date de l’extinction de la marque décidée par le nouveau patron du groupe BLMC, Lord Donald Stokes, qui avait affirmé qu’avec moins de 1% du marché britannique, la marque Riley n’était plus viable. C’était peut-être vrai, mais si la stratégie de la marque avait été plus cohérente, elle aurait occupé bien plus que 1% du marché britannique.

Lord Stokes n’hésitait pourtant pas sur un ton péremptoire de déclamer dans la presse que son groupe allait redevenir le premier constructeur européen " parce qu’il était le plus fort ". On pouvait se demander à l’époque s’il s’agissait d’une simple boutade ou bien d’une prophétie sérieuse. On sait ce qu’il est advenu au cours des années suivantes …

La Riley Kestrel lancée en 1965, qui reprend le nom de célèbres modèles Riley d’avant-guerre,  partage sa carrosserie avec les Austin 1100, Morris 1100, MG 1100, Wolseley 1100, Vanden Plas Princess 1100. Seules la calandre, la finition et la possibilité d'opter pour la peinture bi-ton permettent de différencier les modèles. Appréciez ces deux mises en scène proches l'une de l'autre, pour les brochures 1968 et 1969.

Au total, les Riley Kestrel se sont vendues à 21 475 exemplaires entre 1965 et 1969, soit à peine 1% de l’ensemble des ventes des berlines ADO16, soit 2 189 312 exemplaires. Wolseley fera mieux avec 2% des ventes et MG bien mieux encore avec 7,3%. Le trio MG Riley Wolseley aura donc représenté un peu plus de 10% des ventes de berlines ADO16. Inutile de dire que le groupe espérait une proportion plus importante.


1967 : Le groupe BMC fait une croix sur d’éventuelles Riley 1800 et Riley 3000


Après avoir lancé les Mini (ADO15) en 1959 et les 1100 (ADO16) en 1962, le groupe BMC lance les 1800 (ADO17) en 1964, toujours conçues par l’ingénieur Alec Issigonis. Ces berlines de la catégorie moyenne supérieure, mais de 4,20 m de long seulement, reprennent la technique de leurs aînées, à savoir la traction avant et le moteur transversal. La carrosserie quatre portes est dotée cette fois d’une troisième vitre latérale. Cette série ADO17 est sensée remplacer les berlines " Farina " quatre cylindres lancées en 1958 et dont le style s’est rapidement démodé. Le problème est que ces nouvelles berlines ne connaîtront pas le succès escompté, ce qui permettra aux berlines " Farina " de se vendre encore pendant plusieurs années.

Alors que la Wolseley 18/85 (ADO17) apparaît en mars 1967, soit un an après la Morris 1800 et deux ans et demi après l’Austin 1800, Riley ne sort aucun modèle sur cette base. C’est un autre choix aberrant du groupe BMC que d’avoir privé la marque Riley d’un tel modèle. Dernier choix contestable, le groupe BMC ne valide pas le lancement d’une grande Riley dérivée de l’Austin 3 litres (ADO61) apparue en 1967. Alors que chez Wolseley, on construit un prototype conçu sur cette base - qui sera finalement invalidé - on ne prend même pas cette peine pour Riley qui voit donc son avenir s’assombrir d’un coup.

Contre l'avis d'Alec Issigonis, l'Austin 3 Litre a été imposée par la BMC pour succéder aux berlines " Farina ". Mais elle manque totalement de séduction faces aux Rover 3,5 P6 et à la nouvelle Jaguar XJ6. Cela sera un bide avec 9 992 voitures produites, et vendues pour l'essentiel en Grande Bretagne.

En 1968, alors que le groupe BMH (BMC + Jaguar Daimler) fusionne avec Leyland (Rover, Triumph) pour créer le groupe BLMC (British Leyland Motor Corporation), la décision est prise de liquider la marque Riley en juillet 1969. Les derniers modèles vendus sur stock seront commercialisés jusqu’en 1970.

Texte : Jean-Michel Prillieux
Reproduction interdite, merci.

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