Genève 1966

Genève compte pour un Salon au moins aussi important que ceux organisés par les pays constructeurs (Italie, France, Allemagne, Grande-Bretagne), ceci en raison d'une part de sa situation géographique au coeur de l'Europe, d'autre part du fait que la Suisse est un pays sans industrie automobile, dans lequel tous les constructeurs se trouvent sur le même pied d'égalité, ce qui favorise une libre et saine concurrence. Les grandes marques ne s'y trompent pas, et fréquemment par le passé ce Salon a été choisi pour dévoiler des modèles majeurs qui ont fait date. Ce fut le cas des Simca 1300/1500 et Mercedes 230 SL en 1963, Opel Kapitän et BMW 1600 en 1964, ou Renault 16 et Lancia Fulvia Coupé en 1965. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Salon de Genève n'a cessé de croître en taille, multipliant sa surface d'exposition et le nombre d'exposants par près de quatre, et le nombre de visiteurs par 2,3, pour atteindre 426 000 entrées en 1965.


En novembre 1965, au Salon de Turin, on a pu voir un châssis Lamborghini équipé d'un V12 monté transversalement à l'arrière. Dans la continuité, Bertone et Lamborghini exposent à Genève la sensationnelle Miura P 400 GT sur le stand du carrossier. D'une beauté confondante et parfaitement proportionné dans sa teinte orange, ce bolide que personne n'attendait, a immédiatement été au centre des conversations. Des rafales de flash ont illuminé la voiture du 10 au 20 mars. Sans difficulté, elle a volé la vedette à toutes les autres nouveautés du Salon, en synthétisant l'ensemble des techniques d'avant-garde mises au point dans le domaine de la voiture sportive. Ferruccio Lamborghini et Nuccio Bertone pris eux aussi sous les feux de la rampe ont reçu les félicitations de la profession. Chez Ferrari et Fiat, on est resté interloqué par tant d'audace. Les équipes de Maranello, sans en avoir l'air, ont tenté de percer les mystères de la nouvelle venue, même si les détails essentiels, ils le savent, ne sont pas visibles. Leur réaction face à la nouvelle Lamborghini n'a servi qu'à souligner la grandeur de la Miura. Ferrari a pris un coup de vieux avec l'implantation classique de ses moteurs avant.

Lamborghini Miura P 400 GT, Ferruccio Lamborghini et Nuccio Bertone

Dans la stratégie commerciale des constructeurs, il faut souvent rechercher les motivations auprès de la concurrence. Le lancement en 1964 par Ferrari de la 330 GT 2 + 2, qui bénéficie d'une habitabilité décente pour quatre personnes, a sans doute précipité les événements chez Lamborghini. Tandis que Bertone s'est réservé la primeur de la Miura, la 400 GT 2 + 2 a constitué la principale attraction du stand Lamborghini. Le pavillon est rehaussé pour pouvoir accueillir en dépannage deux passagers à l'arrière. Cela n'en fait pas une familiale, car les assises sont coincées entre les passages de roues, et elles sont séparées par le tunnel médian de l'arbre de transmission.

La 400 GT 2 + 2 reprend les lignes de la 350 GT, mais s'en distingue par plusieurs détails, notamment les doubles optiques rondes plus efficaces que les phares ovales de son prédécesseur. Les lignes arrière de la 400 GT sont plus fuyantes que celles de la 350 GT, en raison du réaménagement de l'habitacle. La planche de bord comporte une visière antireflets, alors que sur la console centrale, les instruments de mesure s'incrustent dans une planchette en bois clair. Le V12 de 3 463 cm3 et 270 ch Din prend du volume. Sa cylindrée est portée à 3 930 cm3 par augmentation de l'alésage, et sa puissance à 330 ch Din.

Lamborghini 400 GT

Alfa Romeo en collaboration avec Pininfarina expose le Spider 1600 sur base Giulia. Celui-ci pourrait être fabriqué en série pour remplacer le spider Giulietta. Son moteur de 1,6 litre développe 109 ch Din. Les formes extérieures sont très arrondies, et l'avant en particulier n'est pas sans rappeler celui du modèle expérimental Super Flow conçu par le même carrossier, et présenté au Salon de Turin il y a dix ans, en avril 1956 .... Il ne manque plus qu'un nom à cette dernière production, et Alfa Romeo a à cet effet lancé un concours international. Toute personne intéressée est invitée à retirer une carte sur le stand du constructeur ou auprès d'un agent de la marque, puis à l'adresser avec ses suggestions dans un délai de deux mois. L'heureux vainqueur remportera l'un des premiers modèles à sortir de chaîne.

Alfa Romeo Spider 1600

La Giulia Sprint GT Veloce de 125 ch s'intercale dans la gamme Alfa Romeo entre la Giulietta Sprint GT de 121 ch et la Giulia GTA de 133 ch. Elle reste esthétiquement très proche de la Sprint GT, et s'en distingue par sa calandre noire à trois barrettes horizontales, par le trèfle vert sur fond blanc en médaillon fixé sur les montants de custode, et par le monogramme Veloce sur le panneau arrière. La voiture est équipée de nouveaux sièges plus enveloppants, et la planche de bord est habillée d'un revêtement d'apparence bois. L'éventail des teintes de carrosserie a pris de l'ampleur, avec de nouvelles couleurs plus vives.

Alfa Romeo Spider 1600

L'Alfa Romeo Giulia 1300 TI, version plus poussée de la Giulia 1300 présentée en mai 1964, fait officiellement son apparition à Genève. Son quatre cylindres à double ACT de 1290 cm3 développe 82 ch Din, contre 78 ch Din pour la 1300. Ce moteur est servi par une boîte de vitesses dotée d'un cinquième rapport. LA 1300 TI atteint 160 km/h. Elle se distingue de la version normale par des butoirs souples accolés aux pare-chocs. L'équipement de bord est plus complet, et la finition plus soignée.

Alfa Romeo Giulia 1300 TI

La Fiat 110 R (pour rinnovata ou renouvelée en français) succède à la Fiat 1100 D apparue au Salon de Turin 1962, qui utilisait comme base architecturale le modèle 1100 produit depuis 1953 à près de deux millions d'exemplaires. Elle en conserve les caractéristiques mécaniques essentielles, sous un habillage aux lignes plus fluides et modernisées. Une large calandre embellie par des baguettes chromées horizontales enveloppent la partie inférieure des phares. Ce dessin n'est pas sans rappeler celui des plus grandes 1300-1500. Le capot moteur présente une ligne plus plongeante grâce à la réduction du système d'alimentation par carburateur horizontal. La volonté de renoncer aux ailes prolongées avec des ailerons intégrant les optiques, solution effectivement désormais dépassée, se traduit par un nouveau dessin très carré du coffre arrière, en décalage avec le reste de la carrosserie. Le couvercle est rehaussé de 8 cm, et le volume du coffre progresse de 20 %. Seule la face supérieure de la malle s'ouvre, quand, sur la 1100 D, cette ouverture arrivait jusqu'au pare-chocs.

Fiat 1100 R

La commande de vitesse n'est plus sur la colonne de direction, mais au plancher. Le tableau de bord est repensé, et il s'inspire de celui de la 850. Le réservoir est déplacé dans l'aile droite, et la roue de secours sous le tapis du plancher de coffre. La cylindrée est ramenée de 1 221 cm3 à 1 089 cm3, pour mieux équilibrer la gamme lors de la sortie imminente de la Fiat 124, grande absente à Genève. La 1100 R affiche 55 ch SAE, contre 53 ch pour la 1100 D.

La 1100 R est secondée par un break " Familiare " , équipé d'une banquette arrière rabattable qui offre un plan de chargement continu de 1,6 m2. Des amortisseurs différents permettent de limiter leur encombrement dans le coffre à bagages, auquel on accède par un hayon arrière. Les caractéristiques techniques sont identiques à celles de la berline.

Fiat 1100 R Familiare

ASA présente la Roll-Bar 1300, qui s'appuie sur un châssis tubulaire habillé d'une carrosserie en polyester, réalisée par LMX sur un dessin de Corbetta. Comme sur la Porsche 911 Targa, la structure du toit, escamotable dans sa partie médiane, permet de transformer le coupé en un spider. Le six cylindres 1 290 cm3 à trois carburateurs développe 110 ch Din. ASA annonce une vitesse maximale de 200 km/h.

Asa 1300 Roll-Bar

OSI (Officina Stampaggi Industrial), carrosserie crée à Turin par Luigi Segre en 1960, expose un coupé Ford Taunus 20 M TS, voiture dont il reprend le six cylindres de 1 988 cm3 et 90 ch Din. On aurait pu s'attendre à un ensemble plus puissant pour une sportive. Cette automobile répond à une demande de la filiale allemande de Ford, installée à Cologne. Le dessin de la carrosserie est signé Sergio Sartorelli, qui est déjà à l'origine du style des Volkswagen Karmann Ghia de 1955 et Fiat 2300 Coupé de 1961.

De trois-quarts arrière, la chute du pavillon et les fentes d'aération qui enjolivent les panneaux de custode confèrent à ce coupé l'allure d'une vraie voiture de sport. La fine calandre, dotée de doubles optiques trahit l'origine italienne du modèle. Spacieux et lumineux, l'habitacle offre quatre places. L'OSI 20 M TS présente des dimensions assez généreuses, avec une longueur de 4,67 mètres et une hauteur de 1,81 mètre. La voiture est exposée sur le stand Ford, mais aucune décision n'a été prise concernant une éventuelle production en série. Ce coupé pourrait pourtant constituer une alternative valable à la Ford Mustang, pénalisée par une fiscalité élevée en Europe.

Osi 20 MT-S

Pour un client danois fortuné, amateur de belles italiennes, Moretti a réalisé cet exemplaire unique d'une berlinette 2 + 2, sur la base d'une Maserati 3500 achetée neuve en 1962. La carrosserie Touring du modèle d'origine a été détruite lors d'un accident. Le propriétaire de l'auto a préféré lui offrir une nouvelle carrosserie, plutôt que de la faire réparer. Le dessin est signé Dany Brawand, designer attitré du carrossier Moretti. L'arrière de type Kamm rappelle celui de l'Iso Grifo. Il s'agit de l'une des rares voitures faite à l'unité par Moretti, peu enclin à répondre aux demandes individuelles. Cette entreprise préfère en effet se consacrer à des automobiles produites en petite série, essentiellement sur base Fiat.

Maserati 3500 par Moretti

Pininfarina expose ce prototype d'un cabriolet deux places, qui s'inscrit dans la lignée des Ferrari America et Superamerica, des voitures principalement destinées au riche marché américain. L'idée est alléchante, car pour l'instant, ce sont Vignale, Ghia et Touring qui ont surtout exprimé leur talent sur ce type de Ferrari. L'équipement de l'auto, outre ses phares carénés, est complété par deux projeteurs escamotables. De grandes ouïes d'aération sont positionnées sur les flancs.

Ferrari 365 California

A partir de la Fiat 850, Moretti propose un séduisant coupé deux places dénommé Sportiva. Trois solutions mécaniques sont proposées, Fiat 850 d'origine, Fiat 850 à arbre à cames en tête, et 1000 SC (Sport Competition) de 1000 cm3 à arbres à cames en tête et un carburateur double corps Solex. La vitesse maximale de cette Moretti 1000 SC est d'environ 180 km/h. La Fiat 850 Moretti se présente au choix du client avec un toit classique, un toit ouvrant en toile dépliable, ou un " T-roof " composé de deux panneaux rigides escamotables.

Fiat 850 Moretti

OSI a conçu en 1963 un cabriolet dénommé 1200 S sur un dessin de Giovanni Michelotti. A défaut de disposer en propre d'une réseau de distribution en Europe, l'officine s'est adressée à Neckar, dont les concessionnaires connaissent bien la mécanique Fiat de l'auto. C'est dans ce cadre que l'importateur André Chardonnet l'a diffusée en France, sous le nom de Neckar St Trop, plus vendeur. Quand la voiture a été présentée dans le port varois, elle a fait scandale, car il n'était pas question de brader un nom aussi mythique, et encore moins de l'écorcher. Chardonnet a tenu bon. On retrouve cette année la St Trop à Genève avec le moteur de la nouvelle Fiat 1100 R. La calandre est redessinée, et adopte des phares rectangulaires. Le bossage de capot a disparu grâce à l'adoption de carburateurs horizontaux.

Osi Spider 1100 R

Après un premier projet sur base Fiat 2300 S exposé à Genève en 1964, Giovanni Michelotti réinterprète le même thème d'une manière totalement différente. Le design proposé est innovant, avec un mélange d'arêtes vives et de lignes tendues. Ce prototype unique dispose de phares rectangulaires qui semblent empruntés à l'Opel Kapitän, et qui sont insérés dans une face avant formée de trois grilles séparées. Les feux arrière horizontaux sont très fins. La commercialisation de cette automobile n'est pas prévue. C'est peut-être souhaitable, car on a vu Giovanni Michelotti plus inspiré.

Fiat 2300 S Michelotti

C'est au Salon de Londres en octobre 1963 qu'est apparue la Rover 2000, type P6, dont le public a salué le style novateur et la modernité technique. On pouvait par contre regretter son moteur aux performances insuffisantes. Au mois de février 1966, la Rover P6 a bénéficié de quelques modifications esthétiques. Ces changements s'accompagnent par le lancement d'une version plus puissante, la 2000 TC (Twin Carburettor). Son moteur développe 114 ch Din, grâce à l'ajout de deux carburateurs SU, et ceci sans augmentation de la consommation. Pour bien marquer sa différence, la 2000 TC arbore des badges " TC " sur le capot, les ailes avant et le coffre arrière. Evidemment, la finition et l'équipement restent au-dessus de toute critique.

Rover 2000 TC

A la demande de Giorgio Tarchini, l'importateur Jaguar en Italie du Nord, Bertone a réalisé un coupé quatre places sur la base de la berline 420, qu'il expose sur son stand à côté de la Miura. Cette voiture unique rend mémoire au fondateur de la société, un certain Ferruccio Tarchini. La " FT " conserve la calandre traditionnelle du constructeur britannique, et se distingue par son imposante surface vitrée. Son dessin est signé Marcello Gandini qui vient de remplacer Giorgetto Giugiaro à la tête du design Bertone. L'intérieur est en cuir naturel avec un tableau de bord en bois massif. Le souhait de l'importateur est de diffuser ce modèle par le biais du réseau italien de Jaguar, voire à l'étranger.

Jaguar 3,8 S FT Bertone

De la même manière que pour la BMC 1100 déclinée en versions Austin, Morris, etc ... l'Austin 1800 lancée en août 1964, et dessinée avec le concours de Pininfarina, se double à Genève d'une version Morris. La conception de l'auto est inchangée. La Morris se distingue simplement par une grille de calandre différente, et par une nouvelle planche de bord. Elle a pour mission de remplacer progressivement la berline Oxford, dont les origines remontent à 1958, et qui s'avère désormais démodée. Elle apparaît cependant moins " statutaire " que son prédécesseur.

Morris 1800

Les stylistes de la General Motors nous ont habitués, depuis plusieurs années, à des prototypes expérimentaux qualifiés de voitures de rêve. Dans cette même lignée, la filiale britannique du géant américain présente à Genève une Vauxhall sous la désignation XVR ou eXperimental Vauxhall Research. Ce prototype, dont la conception a été pilotée par Wayne Cherry, a pour but de démontrer que Vauxhall souhaite acquérir sa propre autonomie en matière de design au sein de la GM. La XVR a été mise au point par le récent Centre de conception et d'ingénierie installé à Luton. Ses formes rappellent le concept car Marko Shark II dévoilé en 1965 sous les couleurs de Chevrolet.

Vauxhall XVR

La partie supérieure de l'habitacle se soulève latéralement en deux parties comprenant le pare-brise. La sécurité est un élément déterminant sur ce prototype, avec l'adoption d'une colonne de direction absorbant l'énergie en cas d'accident. Les phares sont escamotables, et le capot avant découvre entièrement le moteur. Longue de 4,06 mètres, la XVR ne mesure que 1,03 mètre de haut. Le prototype présenté à Genève est entièrement fonctionnel. " La XVR, sans compromis dans le traitement de son style, montre la tendance future du design automobile mondial ", a déclaré à Genève le directeur du design de Vauxhall, David Jones.

Vauxhall XVR

Au sein de la British Motor Corporation (BMC), on découvre deux nouveaux breaks 1100, l'Austin Countryman et la Morris 1100 Traveller. Les calandres des deux modèles sont différentes, mais elles apparaissent de la même manière que sur les berlines correspondantes. Comme sur la plupart des breaks de cette catégorie, l'habitacle peut se présenter sous une forme familiale avec cinq places, ou sous celle d'un break à deux places avec la banquette arrière rabattue. Combinés avec cette banquette arrière, les sièges avant inclinés au maximum transforment l'ensemble en couchettes.

Morris 1100 Traveller

Rolls-Royce expose les conduites intérieures à deux portes Rolls-Royce Silver Shadow et Bentley T, carrossées par H.J. Mulliner Park Ward. Ces deux automobiles qui se différencient essentiellement par le dessin de leur calandre, ne sont que des variantes à deux portes des berlines dévoilées à l'occasion du dernier Salon de Paris. Si les dimensions de base restent les mêmes que celles des berlines, les formes arrière sont complètement redessinées, avec un décrochement marqué de la ceinture de caisse. Le résultat est élégant, et métamorphose la voiture. A 137 046 francs, la Bentley est très sensiblement moins chère que la Rolls-Royce, affichée dans l'Hexagone à 137 886 francs.

 Rolls-Royce Silver Shadow deux portes

L'idée d'une Jaguar E familiale remonte au printemps 1961, quand le modèle a été lancé aux Etats-Unis. Le constructeur s'est rendu compte qu'en n'offrant que deux places, la type E renonçait à toute une partie du marché américain, celui des gros coupés quatre places type Buick Riviera ou Ford Thunderbird qui se vendent fort bien. Mais à Browns Lane, on semblait hésiter à toucher un dessin si réussi. Et les moyens manquaient pour un tel développement.

La récente fusion de Jaguar avec la British Motors Holding semble avoir redonné des ailes au constructeur. La voiture devait être présentée à Earls Courts fin 1965, mais les difficultés de mise au point et les conflits sociaux du dernier trimestre en ont décidé autrement. C'est ainsi que Jaguar dévoile à Genève sa version 2 + 2 de la Type E, appelée à relancer l'intérêt du public pour ce modèle. La notion de 2 + 2 ne correspondant pas à quatre vraies places. En effet, excepté des enfants, il n'est pas question de loger un adulte derrière le conducteur si ce dernier veut conserver une position de conduite acceptable.

Jaguar Type E 2 + 2

Si la ligne conserve le même aspect général, il ne faut pas d'y tromper. En effet, toute la partie située en arrière du pare-brise est plus massive, ce qui se traduit notamment par un pavillon de plus grande surface et des portières plus longues : 1,04 mètre contre 0,82 mètre. La hauteur passe de 1,22 à 1,27 mètre, et la longueur de 4,57 à 4,68 mètres. L'empattement gagne 23 cm. Les voies sont inchangées. Le 6 cylindres en ligne de 4 325 cm3 développe 265 ch, suffisants pour atteindre 233 km/h. Comme sur un break, la banquette arrière est rabattable. Ce coupé sera vendu 47 500 francs en France.

Jaguar Type E 2 + 2

E.D. Abbott est une entreprise britannique de carrosserie basée à Farnham dans le Surrey, créée en 1929 par Edward Dixon Abbot. Depuis 1931, elle est régulièrement présente au Salon de Londres. Le carrossier est un spécialiste des petites séries ou des modèles uniques qu'il réalise pour nombre de constructeurs britannique : Lanchester, Sunbeam-Talbot, Jowett, etc ... Dans les années 50, l'affaire a pris de l'importance quand elle a commencé à produire des versions breaks des Ford britanniques. Dans la continuité de ses précédents travaux sur base Zephyr et Zodiac, E.D. Abbott présente à Genève un Corsair GT.

Ford Corsair GT par Abbott-Farnham

Après la Seconde Guerre, les constructeurs français d'automobiles de prestige se sont engagés dans une bien mauvaise voie. Ce qui était actuel sur le plan technique en 1935 était devenu obsolète à la fin des années 40. Plusieurs carrossiers ont tenté de survivre en proposant des caisses pseudo-modernes sur de pesants châssis. Henri Chapron, installé à Levallois, est parvenu contrairement à nombre de ses confrères à conserver un certain équilibre dans ses affaires dans cet environnement obsolescent. La naissance de la Citroën DS en 1955 a réellement constitué une bouée de sauvetage pour le carrossier. En ce mois de mars 1966, Henri Chapron défend à Genève les couleurs françaises avec son coach Le Léman, une dénomination de circonstance. Basé sur une Citroën DS 21, cette deux portes 2 + 2 places exhibe de fins montants de pavillon, ainsi que des roues à rayons. Les flancs arrière sans fin et aux traits tirés contrastent curieusement avec les arrondis de la face avant.

Citroën DS 21 Le Léman par Chapron

La marque tchèque Skoda présente la 1000 MBX à deux portes, directement dérivée de la berline quatre portes 1000 MB, elle-même commercialisée depuis septembre 1964. Pour cette nouvelle Skoda, les stylistes ont redessiné le pavillon en le dotant d'une lunette arrière inédite. Le montant de porte central a disparu. La puissance de la MBX est de 52 ch, contre 48 pour la MB. La MBX et MB héritent d'une nouvelle prise d'air latérale arrière plus sobre.

Skoda 1000 MBX

La carrossier suisse Ghia Aigle est installé à Aigle dans le canton de Vaud. Malgré son nom, il est financièrement indépendant de Ghia en Italie. Son dirigeant, Pierre Paul Filippi, a obtenu le droit d'utiliser la marque Ghia, à condition de s'engager à solliciter la maison turinoise pour l'étude de ses productions. En 1944, Pietro Frua a fondé la Carrozzeria qui porte son nom. En 1957, Ghia lui a confié la direction de son design. Ce passage a été de courte durée, puisqu'en 1959, Frua a décidé de retrouver son autonomie, en ouvrant le Studio Technico Pietro Frua. Cette année, à Genève, pour le compte de Ghia Aigle avec qui il entretient toujours des relations, Pietro Frua a reconsidéré l'esthétique de la Jaguar E, avec un avant raccourci doté d'un original pare-chocs faisant office de calandre, et d'un arrière équipé de feux intégrés à des pare-chocs redessinés. Cette étude démontre qu'il est difficile de toucher à un chef d'oeuvre du design automobile sans se fourvoyer.

Jaguar E par Ital Suisse

Le 9 septembre 1965, la presse automobile avait été conviée par Volkswagen à la présentation d'un nouveau modèle, mieux d'une nouvelle marque. Le nom d'Audi était de nouveau sur le devant de la scène après plus d'un quart de siècle d'absence. La nouvelle Audi était tout simplement une DKW F 102 dont on avait redessiné la calandre, et dans laquelle on avait monté un moteur inédit à quatre temps de 1 696 cm3 et 72 ch développé par Mercedes. L'Audi était à ce moment-là disponible en deux variantes, deux portes et quatre portes. Le constructeur allemand présente au Salon de Genève une troisième version sous la forme d'un break trois portes dénommé Variant. Celui-ci dispose de six glaces, d'un hayon, et propose une banquette arrière, qui une fois rabattue permet d'accéder à une surface utile de 2 m2. La découpe du hayon a imposé une disposition verticale des feux. Aux places arrière, les deux premières vitres font office de déflecteurs, les deux autres restant fixes.

Audi Variant

Depuis 1948, le carrossier suisse Graber achète régulièrement des châssis à Alvis pour les habiller de ses dernières créations. Exposées au Salon de Genève, elles ont toujours eu une longueur d'avance en matière de style sur ce qui se fait chez Alvis. Poursuivant cette longue tradition, le carrossier suisse est encore présent cette année au bord du lac Léman. Le coupé déjà présenté l'année dernière nous revient en 1966 avec le même 6 cylindres en ligne de 2 993 cm3, mais alimenté cette fois par trois carburateurs SU. Sa puissance est de 153 ch Din. Le dessin de la poupe a été légèrement remanié. Cette Alvis habillée par Graber est aussi proposée en cabriolet.

Alvis Graber

En juin 1965, coup de théâtre, Rover a racheté les automobiles Alvis. Les amateurs n'ont pas fait mystère de leur inquiétude pour la survie de la marque britannique. Dans le cadre du prolongement des activités unissant Alvis et Graber, cette nouvelle réalisation du carrossier de Wichtrach est un cabriolet deux portes établi sur la base de la Rover 2000. Sans renoncer au dessin original, ce prototype bénéficie d'un habitacle remanié, avec un volant bois, et un revêtement inédit des sièges, ici séparés à l'arrière. Aucune production même en petite série n'est annoncée dans l'immédiat. Graber aura-t-il un rôle à jour dans la relance d'Alvis ?

Rover 2000 Cabriolet Graber

Les constructeurs savent que l'étude et la mise au point d'une nouvelle automobile constitue un risque financier. C'est la raison pour laquelle, lorsqu'il arrive qu'un modèle de base soit particulièrement bien accueilli par la clientèle, on s'efforce de construire autour de celui-ci des dérivés plus puissants ou plus dépouillés, afin de toucher à moindres frais une vaste couche d'acheteurs potentiels. En effet, l'outillage nécessaire à l'emboutissage d'une nouvelle carrosserie impose l'engagement de sommes considérables. Mieux vaut l'amortir sur de grandes séries. Sur cette caisse qui est désormais familière, on a vu d'abord le 1500, puis les 1800/1800 TI, et enfin la 1600 qui remplace la 1500. La BMW 2000 présentée en janvier fait sa première apparition officielle à Genève. Sa puissance est de 100 ch Din. Elle se distingue par ses phares rectangulaires à l'avant. Par ailleurs, le groupement des feux arrière forme un rectangle plus imposant que sur les modèles antérieurs.

BMW 2000

La BMW 2000 est désormais secondée par une version 2000 TI, dotée de deux carburateurs Solex à double corps, alors que la première n'utilise qu'un carburateur simple corps. La puissance de la TI est de 120 ch Din. Elle atteint 180 km/h, contre 168 km/h pour la 2000. Visuellement, la 2000 TI reste identique à la 1800, notamment pour ce qui est des phares avant ronds, et du bloc optique arrière. Le constructeur bavarois s'est hélas arrêté à une motorisation 4 cylindres. Le 6 cylindres est tellement plus tentant, mais aussi tellement plus cher. La 2000 TI est facturée 21 500 francs en France.

BMW 2000 TI

Autre nouveauté chez BMW, la 1600 en deux portes (ou 1600-2), avec une carrosserie totalement inédite, à tendance sportive. Cette 1600-2 est équipée du même 4 cylindres 1 573 cm3 que la berline quatre portes, mais sa puissance passe de 83 à 85 ch Din, et la vitesse de pointe de 150 à 160 km/h. Bien que l'allure générale de la berline 1600 à quatre portes soit conservée, les dimensions de la deux portes sont moindres. L'empattement perd 5 cm, la longueur 27 cm, la largeur 12 cm et la hauteur 4 cm. Le poids à vide passe de 1 050 kg à 940 kg. Grâce à sa vaste surface vitrée et à sa ceinture de caisse basse, la " petite " BMW bénéficie d'une visibilité exceptionnelle. Une dépense de 13 880 francs s'impose pour accéder à l'univers BMW.

BMW 1600-2

La troisième nouveauté sur le stand Bertone - après la Miura et la Jaguar FT - est un roadster sur base Porsche 911, que le carrossier destine à une petite série pour le marché américain. Un accord pour sa distribution a été signé entre le carrossier italien et l'importateur Porsche en Californie. Après avoir fait le constat que le cabriolet 356 n'a pas été remplacé, celui-ci a voulu combler ce vide. Le dessin de ce prototype n'a plus rien à voir avec celui de la 911. Il évoque plutôt les lignes du spider Fiat 850. La carrosserie est dotée de doubles phares rétractables à l'avant. Le coffre à bagages à l'avant est particulièrement vaste pour sa catégorie.

Porsche 911 Roadster par Bertone

Saab présente la Sonett II, qui dérive du prototype MFI-13 réalisé en 1965. Il s'agit d'un petit coupé deux portes à toit fixe, équipé d'une grande bulle à l'arrière. Il mesure 3,77 mètres de long, 1,44 mètre de large et 1,16 mètre de haut. La carrosserie est en fibre de verre, et la partie avant bascule d'un seul bloc comme sur la Jaguar E, permettant l'accès au trois cylindres deux temps 841 cm3, emprunté à la Saab 96 Monte-Carlo, qui développe ici 60 ch Din. L'alimentation est dévolue à trois carburateurs Solex, qui ont nécessité l'apparition d'un bossage sur le capot. Le levier de commande de changement de vitesses est au volant. L'accès à la malle arrière se fait par une trappe basculante, comme sur une Mini. Les bagages restent visibles sous la lunette arrière. L'esthétique très personnelle de la Sonett II n'a pas manqué d'animer les conversations.

Saab Sonett II

Les constructeurs japonais qui n'ont pas de passé automobile conséquent, et peu d'expérience en matière de style, font volontiers appel aux grandes maisons de carrosserie italienne pour imaginer leurs futurs modèles, surtout quand ils visent l'exportation. La preuve est de nouveau faite ave Ghia - et son nouveau designer maison, Giorgetto Giugiaro - qui a dessiné pour Isuzu un élégant coupé deux portes quatre places dans un style fastback sur la base de la Bellett 1600 GT. Les sièges arrière peuvent basculer afin de disposer d'une importante surface de chargement. L'Isuzu 117 mesure 4,30 mètres de long et 1,27 mètre de haut.

Isuzu 117 Coupé Bertone

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