Pichon Parat
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La presse automobile (l'AAT) commence à s'intéresser aux réalisations de Pichon Parat. Copyright 1951 Bernard Pichon et André Parat se consacrent désormais essentiellement à la transformation de voitures françaises. Leur affaire prend de l'ampleur, ils louent pour la première fois un emplacement au Grand Palais en octobre 1951, où ils présentent une version trois volumes de la Vedette, plus aboutie que le modèle illustré dans la presse l'année précédente, de même qu'un coupé Renault 4 CV, luxueux d'aspect. Un peu perdu dans le salon parisien, le stand serait à peu près passé inaperçu s'il n'avait pas eu la chance d'être voisin de l'immense emplacement réservé à la Régie.
Coupé Renault 4 CV par Pichon Parat. Copyright La berline Vedette de Pichon Parat se singularise évidemment par son coffre apparent, mais aussi par sa lunette arrière panoramique. La vitre des portes arrière est redessinée. Avec la 4 CV, les deux compères n'ignorent pourtant pas que sur un véhicule aussi populaire, leur marge bénéficiaire ne peut être que plus réduite. La version Sport de la 4 CV du millésime 1952 coûte 472 000 francs, et la transformation est facturée 220 000 francs par Pichon Parat.
Salon de Paris 1951, le stand de Pichon Parat jouxte celui de SIATA. Copyright
La berline Ford Vedette de série avec son dos rond. Copyright
La berline Ford Vedette présentée par Pichon Parat. Copyright
Pichon Parat propose la même lunette arrière panoramique sur le coupé Vedette. Copyright André Parat Bernard Pichon s'offrent quelques encarts publicitaires dans la presse automobile pour faire parler de leur petite entreprise. Celle-ci opte pour le statut de Société en Nom Collectif au nom de Pichon & Parat à dater du 25 février 1952. Elle est installée au 39 rue Mocquesouris à Sens, là où Pichon a commencé ses activités de tôlier soudeur carrossier en 1947.
Extrait de l'Automobile N° 66 d'octobre 1951. Deux versions de la Vedette sont présentées. Une seule sera effectivement commercialisée (teinte foncée à droite). Copyright
Publicité parue dans l'Auto Journal n° 47 du 1er février 1952. Copyright
Extrait de l'AAT d'octobre 1951. La Vedette n' a jamais été distribuée sous cette forme. Copyright
A gauche, Jean Saulnier, ami et coéquipier en rallyes de Bernard Pichon, à droite sur la photo. Copyright 1952 Au printemps 1952, le carrossier Pichon Parat propose une nouvelle version de sa Vedette trois volumes. Les ailerons arrière pointus s'accommodent assez mal au style tout en rondeur de la voiture.
Pichon Parat berline Vedette. Copyright
Publicité parue dans l'Auto Journal du 1er avril 1952. Copyright Le break Vedette adopte pour sa part des formes arrière plus anguleuses que sur la version de 1951, ce qui permet d'augmenter l'espace utile. Plus rare encore est la berline découvrable.
La Vedette découvrable de Pichon Parat au concours d'élégance d'Enghien en juin 1952. Copyright
Cette autre variante de la berline Vedette arbore d'imposants ailerons et une large lunette arrière. Elle remporte la coupe offerte par l'Automobile Club d'Ile de France à Enghien en juin 1952. Copyright
Quelques mois plus tard, Ford présente sa Vedette 53 trois volumes. Copyright La Vedette commence à prendre de l'âge et il paraît pertinent de penser à sa succession dans les ateliers de Sens. Il s'en est tout de même écoulé environ 300 unités, toutes formes de carrosseries confondues. Il est temps, car Ford France prévoit pour 1953 de renouveler le dessin de son unique modèle, et cela risque de faire de l'ombre aux productions artisanales de Pichon Parat. C'est ainsi que durant l'été 1952, Pichon Parat présente un cabriolet Frégate. Il est le premier à y songer, avant l'Ondine réalisée par Ghia pour Renault et dévoilée à Paris en octobre 1952, mais aussi avant la version de Letourneur-et-Marchand et celle encore plus confidentielle de Mignot et Billebault, toutes deux disponibles à partir de 1954.
L'avant projet du cabriolet Frégate par Pichon Parat. Copyright Le 2 octobre, jour d'ouverture du Salon de Paris, la version définitive du cabriolet Frégate par Pichon Parat fait honneur au stand du carrossier. Par rapport à la première photo prise durant l'été, elle se singularise par sa calandre en forme d'écusson, sa prise d'air aménagée sur le capot, les nombreux chromes qui décorent les flancs et les ailes. Un examen attentif du pare-brise et des portières révèle le caractère un peu rudimentaire de la découpe. Le carrossier n'a pas allongé les portes, ce qui nuit quelque peu à l'équilibre d'ensemble. Hélas, à Sens, on ne donne pas de suite commerciale à ce projet, et l'on préfère se consacrer pleinement dès l'année suivante à l'habillage des châssis de Panhard Dyna et Junior. Le constructeur de la Porte d'Ivry est réputé très ouvert aux idées proposées par les artisans, carrossiers et préparateurs, de l'automobile.
Le cabriolet Renault Frégate de Pichon Parat sur les bords de l'Yonne. Copyright
Le cabriolet Renault Frégate de Pichon Parat lors d'un concours d'élégance. Copyright
Le cabriolet Renault Frégate de Pichon Parat au Salon de Paris en octobre 1952. Copyright Après le coupé du Salon de Paris 1951, Pichon Parat s'intéresse de nouveau à la 4 CV, mais avec une proposition plus accessible au grand public. Une adaptation peu coûteuse permet aux propriétaires de 4 CV de gagner en visibilité et en luminosité intérieure. Il s'agit d'une formule également idéale pour l'apprentissage de la conduite.
Publicité issue de l'Auto Journal du 1er avril 1952. Copyright Pichon Parat réalise en 1952 une carrosserie spéciale sur la base d'une Citroën 15/6 de 1949. Le commanditaire d'origine bretonne s'appelle De Kerpezdron, et habite dans les Yvelines à La-Celle-Saint-Cloud. L'intérieur est revu avec l'adoption d'un levier de vitesses au volant et d'un équipement radio Philips. A l'extérieur, les phares avant sont intégrés dans les ailes. Des ouïes d'aération sont ajoutées sur la face avant. Les ailes arrière semblent empruntées à une Renault Frégate. Le reste de la carrosserie présente un aspect un peu lourd et empatté, et n'apporte pas grand-chose au dessin pur de la 15/6. Seuls le pavillon et les portes arrière restent d'origine.
La 15/6 revue par Pichon Parat - Dessin réalisé par IA Les affaires demeurent précaires. C'est Pichon qui achète les bases à crédit, et les deux hommes se dépêchent de les transformer et de les vendre avant d'avoir à payer les traites ! 1953 Début 1953, Pichon Parat offre un toit à la Dyna Junior.
Pichon Parat Junior dotée d'un toit. Copyright
Communiqué paru le 15 mars 1953 dans l'Auto Journal. Copyright
La Panhard Dyna telle que proposée par son constructeur. Copyright Bernard Pichon a toujours été attiré par la course automobile. Il participe ainsi à quelques compétitions comme le Liège-Rome-Liège ou les Mille Miglia avec des autos de sa conception. Pichon entraîne parfois Parat, moins sportif dans l'âme. C'est de cette attirance pour des voitures à tendance sportive que voit le jour la Dolomites, présentée au printemps 1953. Sa ligne reflète le talent de Pichon, tandis que la carrosserie tout en courbes illustre parfaitement l'habileté de Parat. La base peut être soit la Dyna, soit la Junior, au choix du client.
Cet extrait de l'AAT d'octobre 1953 provient d'un article consacré aux tendances techniques. Copyright
Pichon Parat Dolomites, notez la roue de secours qui fait office de pare-chocs. Copyright La mécanique du quai d'Ivry, 750 ou 850 cm3 (50 ch), est habillée d'une robe en duraluminium très profilée. L'économie de poids est poussée à l'extrême. De ce fait, les Dolomites ne pèsent que 510 kg. L'habitacle, qui comporte deux sièges baquets, offre un volume assez vaste. Compte tenu de sa faible hauteur, 1,19 mètre, le centre de gravité de la voiture se trouve abaissé au maximum et sa tenue de route en est toute naturellement améliorée. André Parat racontait cette anecdote intervenue lors de la livraison de la première Dolomites. " C'était un client de Paris qui avait acheté sur dessin la première de la série. Nous acheminions la voiture par la route lorsque soudain le capot moteur s'est ouvert et nous l'avons perdu. Impossible de le retrouver malgré nos recherches à quatre pattes dans un champ de luzerne. Nous avons donc repris la route jusqu'à ce que Bernard, voulant aérer l'habitacle, baisse la vitre. La pression qui s'ensuivit nous délesta d'une vitre de custode ... il n'était évidemment pas possible de livrer une voiture en pièces détachées, et nous avons fait demi-tour ! "
Publicité pour la Dolomites parue dans l'Automobile N° 99 de juillet 1954. Copyright
La Dolomites au Salon de Paris 1954. Copyright La Dolomites fait l'objet d'une série d'environ 60 exemplaires, et demeure au programme de Pichon Parat jusqu'en 1956. Pendant des années, on la voit engagée dans plusieurs rallyes régionaux, mais aussi sur les circuits où elle se retrouve en concurrence avec les redoutables DB et Monopole, toutes animées par une mécanique Panhard.
La Dolomites séduit les conducteurs sportifs, qui n'hésitent pas l'engager dans diverses compétitions. Son poids réduit et sa caisse profilée lui valent de brillantes performances. Copyright Pichon Parat est devenu en quelques années un nom connu et reconnu. La jeunesse de son équipe est un atout dans un monde de carrossiers peuplé de " vieilles barbes ". A eux deux, Bernard et André sont moins âgés que le plus jeune de leurs concurrents ! 1954 Au Salon de Paris 1954, à côté de la Dolomites, le public découvre une Salmson 2300 Sport largement retouchée. Réalisée en aluminium, la voiture pèse 1 000 kg, contre 1 230 pour la version usine. Cette voiture est la propriété du rallyman René Cotton.
Salmson 2300 S de série. Copyright
La Dolomites et le coupé Salmson 2300 Sport revu par Pichon Parat au Salon de Paris de 1954. Copyright
Gros plan sur le coupé Salmson 2300 Sport habillé à Sens au Salon de Paris de 1954. Copyright
La Panhard Dolomites et la Salmson sont à l'honneur dans le compte rendu du Salon de Paris de l'AAT consacré aux voitures françaises, dans le numéro de novembre 1954. Copyright
" Pichon Parat, un des rares carrossiers français travaillant pour la compétition, a légèrement habillé (960 kg) la mécanique de la Salmson 2,3 litres ". Source : l'Auto Journal n° 113 Cette première version à large orifice central avant ne donne pas entière satisfaction à son propriétaire, en raison de problèmes de refroidissement. Le dessin de l'entrée d'air est donc repris après le salon dans un style assez sommaire, afin d'en accroître l'efficacité. La voiture est alors immatriculée 1265 DL 75. René Cotton s'illustre à son volant au Monte-Carlo, à la Coupe des Alpes, au Liège-Rome-Liège ou encore sur le Lyon-Charbonnières. Abandonnée au début des années 60, elle finit sa carrière à la fourrière avant d'être détruite.
La 1265 DL 75 est immatriculée au nom de son constructeur Salmson. Copyright Pichon Parat réalise une autre version pour un pilote connu sous le nom de Vincent sur un châssis raccourci, qui voit son empattement passer de 2,68 mètres à 2,35 mètres.
La version courte de la Salmson 2300 Sport pour le pilote Vincent. Copyright On retrouvait la voiture de Vincent à la fin des années 50. Pichon et Parat diffuse la photo suivante, avec un court texte manuscrit inscrit au dos du document : " Cette voiture est une des dernières sorties d'usine (1956), carrosserie alu créée par Pichon Parat, bleue ile de France, kilométrage 26000 km, Boîte Borgward de compétition, 4 vitesses mécanique, Roues et tambours de frein Rudge, Vitesse 200 Kms, Prix 7500 NF demandé par notre client, en résumé voiture spéciale qui mérite l'attention d'un amateur ". On peut supposer que son premier propriétaire a confié la revente de sa voiture au carrossier de Sens. Depuis, celle-ci à totalement disparu.
Pichon Parat propose cette voiture à la revente à la fin des années 50, notez le bouchon de réservoir à ouverture rapide. Copyright 1955 Pichon Parat présente au Salon de Paris 1955 le coupé à portes-papillon Izoard. L'idée semble empruntée à la toute récente Mercedes 300 SL. Une plate-forme de 4 CV reçoit un treillis tubulaire, sur lequel sont appliqués les panneaux de carrosserie en duraluminium. Les plans pour ce type de réalisation sont réduits au minimum, et la mise en forme des lignes doit plus au coup d'œil du styliste et à l'habileté du carrossier qu'à une véritable définition préalable des cotes et des volumes. Chez Pichon Parat, la part de l'instinct et de l'intuition est toujours prépondérante. Izoard fait référence au col du même nom, situé dans les Hautes-Alpes, un haut lieu du Tour de France cycliste ! La presse automobile évoque à l'époque la production de 25 exemplaires (d'autres sources plus vraisemblables font état d'un nombre bien inférieur, seulement 4 ou 5 voitures) jusqu'en 1956, à un prix initial de 979 000 francs (une 4 CV Sport type 1062 coûte à titre de comparaison 474 200 francs). La carrosserie seule pour l'amateur disposant déjà d'une 4 CV est vendue 545 000 francs. Il est possible d'utiliser l'une ou l'autre des motorisations de la Régie, soit le 1062 (747 cm3, 22 ch), soit le 1063 (747 cm3 de 35 ch). La voiture de Pichon Parat pèse 532 kg, soit environ 80 kg de moins qu'une 4 CV en sortie d'usine.
Izoard réalisée par Pichon Parat sur plateforme Renault 4 CV. Copyright Un journaliste de l'Automobile visite la maison Pichon Parat, et en fait un compte rendu dans le N° 119 de mars 1956. Au sujet de l'Izoard, il écrit : " La 4 CV Izoard a réellement une ligne séduisante ... Afin de permettre un meilleur accès à l'intérieur de la voiture, les portes s'ouvrent de bas en haut ; on remarque, à l'avant, partiellement masquées par des phares antibrouillard, deux prises d'air qui assurent le refroidissement des freins avant. Le refroidissement du moteur est obtenu par un volet, réglable par le conducteur, et qui permet de doser l'entrée d'air à un venturi conique débouchant devant le radiateur. A l'arrière, de larges sorties permettent l'évacuation de l'air, évitant ainsi tout " bourrage " sous le capot ... La Berlinette Izoard est construite à partir du soubassement d'origine Renault 4 CV. Son montage est effectué d'après les mêmes principes que la voiture de série. Les éléments, portes, capots avant et arrière, sont en duraluminium. Un faisceau tubulaire renforce la plateforme et la caisse qu'il rend pratiquement indéformable ... Les portes s'ouvrent largement, découvrant un habitacle intelligemment aménagé. Les garnitures intérieures sont de qualité et entrent pour un grand part dans l'impression de clarté qui se dégage de cette voiture. Tous les accessoires (tableau de bord, chauffage, etc ...) sont ceux d'origine. L'assemblage de cette voiture peut s'effectuer suivant plusieurs modalités : soit que le client fasse effectuer à Sens le montage complet de la Berlinette, y compris la partie mécanique, soit que Pichon Parat réalisent la coque nue sur laquelle le sportif fera monter la mécanique de son choix. " D'une manière générale, la presse se montre assez unanime vis à vis de cette production artisanale. En dehors des fameuses portes papillon, l'Izoard possède un style qui lui est propre, et son aspect n'a rien à envier aux meilleures réalisations italiennes.
Extrait de l'AAT de novembre 1954
Extrait de l'Auto Journal du 1er novembre 1954, compte rendu du Salon de Paris Une quinzaine d'ouvriers, tous formés par la maison, et cela est un des mérites d'André Parat, participent aux créations. Ceux qui ne supportent pas les conditions de travail assez particulières (une maison de fous !) quittent l'entreprise après quelques mois, d'autres profitent d'une plus longue expérience pour ensuite lancer leur propre affaire. La plupart ne sont pas insensibles à la forte personnalité d'André Parat.
André Parat, le deuxième personnage en partant de la gauche, et Bernard Pichon tout à droite. Copyright
L'Izoard est produite de façon très artisanale. Copyright
Une Izoard sur le Tour de Corse 1956. Copyright En dehors de ces productions régulières (Dolomites et Izoard), Pichon Parat peut répondre à diverses demandes individuelles, comme l'allégement de voitures par l'utilisation du duraluminium sur des pièces non structurelles. Le carrossier le fait par exemple sur des Peugeot 203 engagées en rallye. Il fabrique aussi les barquettes Talbot engagées au Mans en 1956.
Cette barquette Talbot est produite dans les ateliers Pichon Parat de Sens. Copyright 1956
Bernard Pichon et André Parat, extrait de Moteurs, N° 12, 2ème semestre 1957 Pichon Parat participe pour la sixième fois au Salon de Paris, où il expose deux nouveautés. Il s'agit d'abord d'un élégant cabriolet sur base 4 CV, prolongement de l'Izoard, mais sans toit et sans portes papillon. Son coût élevé en limite la diffusion.
Pichon Parat, cabriolet sur base 4 CV. Copyright La seconde voiture est un curieux coupé Simca Aronde, aux formes originales, notamment avec son pare-brise panoramique et ses lignes arrière concaves. Ce coupé a les honneurs de la couverture du mensuel l'Automobile dans son numéro 128 de décembre 1956. En pages intérieures, on peut lire le commentaire suivant : " Malgré la crise, les carrossiers français ne renoncent pas à aller de l'avant. Pichon Parat vient de réaliser ce coupé de luxe sur une plateforme d'Aronde 57. La suspension spéciale est très douce. Un collecteur spécial avec carburateur Solex ou Zenith double corps permet au moteur de développer 65 CV. La consommation est de 8,5 litres au régime de 130 et de 10 litres en course. Cette voiture couvre le kilomètre départ arrêté en 38 secondes. La vitesse maxima se situe à 160 chrono. Poids en ordre de marche : 750 kg. "
Pichon Parat, Simca Aronde Coupé. Copyright Ce coupé Simca tombe hélas assez mal, à une époque où la firme récemment installée à Poissy a déjà opté pour la Plein Ciel, dont la fabrication est assurée par Facel Metallon. Le PDG de Simca, Henri Théodore Pigozzi, n'est par ailleurs pas à cette époque particulièrement coopératif avec les carrossiers encore en activité. Les discussions menées entre l'entreprise de Sens et Simca aboutissent ... à une absence de réponse, négative ou positive. Finalement, cette voiture ne dépasse pas le stade du modèle unique. Elle aurait été détruite lors d'un accident de la circulation en 1968, aux mains de son dernier propriétaire.
Extrait de l'AAT de novembre 1956, après une visite au Grand Palais. Copyright
La Simca Plein Ciel produite chez Facel Metallon. Copyright 1957 Les carrosseries réalisées à Sens se distinguent par leur légèreté et tranchent nettement avec les productions des derniers grands carrossiers de l'ancienne école. Cette renommée, qui fait rapidement le tour du milieu automobile, de même que leur réputation de travailler vite avec des moyens limités, vaut aux deux jeunes associés le privilège de voir l'Amérique débarquer dans leur atelier. L'un des plus grands stylistes de l'époque, Raymond Loewy, bien que d'origine française, dirige depuis quelques années le style Studebaker tout en supervisant son bureau de design industriel. Ce bureau est consulté pour diverses créations, allant du logo Shell au paquet de cigarettes Lucky Strike.
Raymond Loewy. Copyright Il semble que Raymond Loewy cherche à l'époque à s'affranchir un peu des lourdeurs des systèmes d'étude américains, qui imposent des investissements considérables et des temps de réalisation peu compressibles, pour des projets plus personnels de prototypes construits à l'unité ou des essais de style. Il se tourne pour cela vers la France où il a des affinités personnelles et dont il connaît la longue tradition de carrosserie.
Extrait de l'AAT de novembre 1956, Bernard Pichon et Raymond Loewy Ce qui le séduit chez Pichon Parat, c'est la simplicité de leur méthode de travail. Les deux amis n'utilisent pas de plan ni de technique avancée. Lorsqu'ils envisagent une création sur un modèle donné, ils travaillent d'après des photos qu'ils retouchent. Une fois la ligne fixée, la maquette est directement réalisée grandeur nature, avec du fer plat et du fil de fer, au jugé, sans cotes ni mesures. Avec Loewy, Pichon et Parat modifient leur manière de faire empirique, pour s'initier à la maquette en tranches régulières. Ils surnomment Raymond Loewy " Monsieur Inch ", car il leur fournit toujours des plans en pouces, données que les deux compères sont obligés de reconvertir avant de commencer à travailler. Le premier projet confié par Loewy est la réalisation d'un coupé BMW 507 revu et corrigé par ses soins. La principale difficulté pour le carrossier de Sens est l'obligation d'élaborer un pare-brise à double courbure, inédit en France. Avec un moule en plâtre et plusieurs essais, il parvient à obtenir une pièce à peu près convenable. Les formes de ce coupé 507 annoncent déjà le style de la future Studebaker Avanti de 1962.
BMW 507 revue par Raymond Loewy. Copyright Laura Gordin, dans son ouvrage consacré à la vie de Raymond Loewy (Flammarion, 2003, collection Grandes Biographies), relate ce premier contact entre Loewy et Bernard Pichon et André Parat. " C'est au Salon de l'Auto à Paris qu'il les a dénichés, entre un coupé Simca et un cabriolet noir et blanc sur un châssis de Renault 4 CV, les deux modèles étant façonnés de leurs mains. Et Loewy de leur lancer cette question en forme de défi " pouvez-vous habiller une voiture selon mes plans ? ". Bernard Pichon, le principal interlocuteur du maître, n'a alors que 33 ans. Ses genoux s'entrechoquent, son coeur bat la chamade. Ses lèvres, heureusement, remuent en pilotage automatique pour lancer un " certainement " plein d'assurance. Trois semaines plus tard, voilà le jeune Français dans les bureaux de Loewy à New York, d'où il reviendra la tête débordant de souvenirs éblouis, avec, dans ses bagages, vingt kilos de croquis, directives et plans qui serviront de fil conducteur pour sculpter la BMW (507) revue par Loewy ".
BMW 507 par Raymond Loewy. Copyright
Raymond Loewy pose en juin 1957 près du coupé BMW 507 que Pichon Parat vient de réaliser. La carrosserie en duraluminium s'appuie sur une armature tubulaire en acier. L'ensemble pèse 1300 kg. Copyright L'Action Automobile et Touristique de juillet 1957 donne une autre version de l'origine de la rencontre entre Loewy et Pichon Parat, dans un long article consacré à la BMW 507 habillée à Sens : " Nous avons déjà dit à plusieurs reprises comment Raymond Loewy, le plus célèbre styliste du monde, avait décidé, l'an dernier, de réaliser une voiture en France, sa patrie d'origine, en créant sur une mécanique de chez nous une carrosserie aux lignes originales qui ne rappelleraient ni l'Amérique, ni l'Italie. Sur nos conseils, il avait pris contact avec deux très jeunes carrossiers, Pichon et Parat, de Sens, puis avait cherché à obtenir une mécanique DS Citroën, qu'il voulait d'ailleurs simplement acheter, comme un client ordinaire. Mais il était dit que le Salon de Paris 1958 ne nous permettrait pas d'admirer une création entièrement française, la maison du quai de Javel ne comprenant absolument pas l'intérêt qu'elle aurait eu à encourager cette réalisation de recherche qui n'aurait rien enlevé à la DS normale ... Une fois de plus, nous avions manqué une occasion ! Raymond Loewy, tout en maintenant sa décision de faire construire sa " voiture de rêve " en France et par des Français, dut à regret acheter un châssis et une mécanique allemande BMW, qui vint se faire habiller dans l'usine champêtre de Pichon Parat .... "
Loewy surveille les travaux chez Pichon Parat. Copyright Raymond Loewy s'exprime ainsi : " ... je tiens absolument à ce que vous disiez tout le bien que je pense des jeunes Pichon et Parat : ce fut un plaisir de travailler avec eux, car non seulement ils sont ingénieux et enthousiastes, mais ils ont dû encore prendre souvent d'importantes initiatives pendant que j'étais en Amérique. Ils l'ont toujours fait avec un goût très sûr, ce qui prouve qu'ils sont des carrossiers complets ". Un troisième article de Fernand Bucchianeri dans le numéro 12 du 2ème trimestre 1957 de Moteurs raconte la rencontre de Loewy et de Pichon à Paris, et son voyage aux Etats-Unis. Le journaliste évoque aussi d'une manière plus générale les réalisations du carrossier. En voici des extraits : " Relier Paris New York en avion est devenu un déplacement habituel pour bon nombre d'industriels français. Mais pour un jeune carrossier de Sens, n'employant qu'une dizaine de compagnons, ce voyage, offert gratuitement par Raymond Loewy, devient alors la réalisation d'un rêve. Aujourd'hui, pour Bernard Pichon, ce rêve n'est plus qu'un souvenir ... " C'est trop beau pour être vrai " pense Bernard Pichon en regardant s'éloigner la silhouette sportive de Raymond Loewy, qui disparaît rapidement dans la foule du dernier Salon de Paris. La conversation entre le styliste réputé et le jeune carrossier n'a duré que quelques minutes, mais elle pouvait orienter toute une vie. Surtout celle d'un jeune homme de 34 ans, travaillant sans relâche pour acquérir une renommée internationale dans l'ingrat domaine de la carrosserie. - " Pouvez vous habiller une
voiture selon mes plans " ? lui avait demandé Raymond Loewy. " Certainement "
avait répondu Pichon. Pichon a la tête solide, mais la verrière du Grand Palais et le lustre géant semblent tourner autour de lui. Durant deux mois, Pichon s'efforce à ne plus penser à cette entrevue demeurée jusqu'ici sans réponse et qui lui fait dire à Parat, son fidèle associé et ami de toujours : " Croire à la possibilité de ce voyage, c'est croire au Père Noël. J'ai passé l'âge ". Pourtant deux jours avant la nuit tant attendue par les enfants sages, la réponse arrive enfin d'Amérique. Elle est favorable. Le 9 janvier, Bernard s'envole d'Orly. Tandis que les moteurs ronronnent dans les étoiles, bien calé dans son fauteuil, Pichon se remémore le livre de Raymond Loewy " La laideur se vend mal ", où l'auteur avoue à pleines pages ses débuts difficiles de dessinateur français aux USA, au lendemain des tranchées de Verdun. Yeux mi-clos, Bernard songe : " Cet homme se souvient. En m'invitant, il veut remercier le destin qu'il a forcé en embellissant les objets de notre vie courante ". De Loewy, en fait, il sait peu de chose, la profession de styliste étant si peu répandue chez nous. Dès son arrivée à New York, il comprend aussitôt que le nom de Loewy est devenu un label de bon goût. Dans le bar où le conduit, dès sa descente d'avion, le représentant de son hôte, il dénombre une quantité d'objets portant sa signature : bouteilles, réfrigérateur, vitrines, téléphone, assiettes, cendriers, paquets de cigarettes, etc ... Durant trois semaines, la liste des articles dessinés par Loewy s'allongera démesurément avec des voitures, des stylos, des stands d'exposition, des aspirateurs, des chemins de fer, des avions, des bateaux, des buildings, etc ... Au gré de ses découvertes, chaque fois, Bernard, dont la modestie est bien connue, ne pourra s'empêcher de se dire à lui-même " Loewy n'a pas besoin de mes services. S'il m'a fait venir ici, c'est pour faire plaisir à un jeune compatriote lui rappelant ses débuts ".
Bernard Pichon et Loewy. Source : Moteurs, N° 12, 2ème semestre 1957 ... Au cours d'entretiens commerciaux, il est étonné par l'hospitalité qu'il reçoit dans les bureaux, où les conversations, empreintes de la plus grande courtoisie, ne sont jamais interrompues par le téléphone ... " On a l'impression que la personne vous recevant est là pour vous ", assure Pichon qui précise " Jamais la désagréable sensation d'être de trop ". ... " A ma grande déception, je n'en ai visité aucun (NDRL : de carrossier américain) pour la simple raison qu'il n'y en a pas. Ou plutôt si, Loewy m'a assuré qu'il ne connaissait qu'un seul carrossier, caché quelque part dans un lointain Etat dont j'ai oublié le nom. Hormis la grande série et les importations italiennes, la carrosserie particulière est ignorée en Amérique ... faute d'ouvriers spécialisés ! " ... S'adapter, Bernard Pichon saurait le faire, lui qui, en raison d'une jeunesse rendue difficile par la guerre et l'occupation (il avait 16 ans en 1939) a dû faire de nombreux métiers : transporteur, pompiste ! Il a même déchargé des camions aux Halles avant de pouvoir enfin s'engager dans la rude bataille du débarquement en Normandie. Mais le métier qui anime tous ses actes et toutes ses pensées, il l'exerce depuis 1950, date à laquelle il a acheté une Vedette. Il se proposait depuis deux ans déjà de la convertir en coupé. Parat, son ami de toujours (de deux semaines plus jeune que lui), écoute le projet de Bernard sans l'interrompre : "On coupe la voiture en deux et on refait l'arrière. C'est possible, n'est-ce pas ? ". Parat hoche la tête et répond simplement " Bien sûr, pourquoi pas ". Depuis le début de cette association, sept ans se sont écoulés et Pichon attend toujours le mot " impossible " que ne parvient pas à prononcer Parat. ... Mais aussi des créations remarquées. Non seulement parce qu'elles émanent d'un des rares carrossiers français sachant oser et faire jeune, mais parce qu'elles peuvent soutenir la comparaison avec les créations italiennes. La ligne Pichon Parat existe. Souple, légère, rationnelle et bien dessinée, elle s'impose. Pichon dessine, Parat coupe et met en forme. Un tandem jeune s'efforçant de maintenir le flambeau d'une profession qui, il n'y a pas si longtemps encore, était synonyme de bon goût français ... Pichon et Parat, champions de l'allègement et de la transformation, sont dans la bonne voie. Le choix de l'illustre Raymond Leowy constitue déjà une récompense bien méritée. Récompense qui commença cependant par de nombreuses punitions, quand, à l'école communale de Sens, le bon maître Rochessat infligeait des verbes et des lignes ... à l'élève Pichon qui durant les cours dessinait inlassablement des voitures inspirées de la Cord. " Je vous surprends en flagrant délit de Pichonette " s'indignait le vieux maître d'école. Cette maladie est devenue chronique et Pichon dessine toujours des voitures. Même en pensée. "
La BMW 507 sur le stand Pichon Parat en 1957. Le carrossier de Sens affirme sa position en s'affichant près de Pinin-Farina, Facel Vega, Talbot ou Letourneur & Marchand. Copyright Cette année 1957 est riche en nouveautés sur le stand Pichon Parat au Grand Palais. En dehors de la BMW 507, les deux associés présentent également un coupé Peugeot 403 au pavillon surbaissé sans montant latéral, doté d'un pare-brise et d'une lunette arrière panoramiques. Les portes avant gagnent quelques centimètres en longueur. L'ensemble ne parait pas très équilibré sur le plan du style. Mais cette étude réalisée à la hâte ne tient pas compte d'une contrainte majeure. Sur la 403, le pied milieu participe de la structure même de la voiture, et son absence est source de complications. Il est en effet devenu difficile d'ouvrir la porte car la carrosserie plie. On n'ose même pas imaginer ce que cela peut donner avec quatre passagers à bord. Aucune suite n'est donnée à ce projet, et le coupé 403 est détruit après son exposition à Paris.
Ce coupé 403 présenté à Paris en 1957 ne dépasse pas le stade du prototype unique. Copyright
Il est photographié ici avec quelques nuances (teinte, calandre ...) - Copyright C'est aussi à Paris en 1957 que l'on aperçoit premier break quatre portes sur base Dyna Panhard. Très élégant, il offre un choix supplémentaire face à l'unique berline du catalogue. L'habitacle d'origine est intégralement conservé, y compris les portes arrière de série. La modification touche les ailes arrière, le pavillon, et le montage d'un hayon provenant de la Peugeot 403 Familiale. Celui-ci est modifié à Sens, en deux parties, l'inférieure s'abaissant pour former un plateau de chargement.
Le hayon du break Panhard est emprunté à la Peugeot 403 familiale. Copyright Différentes versions de ce break sont commercialisées, avec des variantes qui concernent les vitres latérales arrière, les feux, et la forme du pare-chocs AR. Seuls les plus mordus peuvent se rendre à Sens pour transformer à grands frais leur auto, pour 289 000 francs, qu'il convient d'ajouter (par exemple) aux 724 000 francs d'une Dyna Grand Luxe. Ce break Dyna Panhard aurait été fabriqué à une centaine d'exemplaires.
Pichon Parat a présenté son premier break Panhard en 1956, celui-ci date de 1958. Copyright
Cet article de l'AAT d'octobre 1957 rappelle la déchéance de la carrosserie française face à l'Italie, tout en mettant en avant les réalisations des derniers survivants pratiquant cet art : Letourneur et Marchand, Chapron et ... Pichon Parat. Bernard Pichon ramène de son voyage aux Etats-Unis une idée qui fait fureur là-bas : le karting. Ce petit bolide est totalement inconnu en France. En 1957, le premier kart Pichon Parat est fabriqué, à partir d'une structure tubulaire faite maison, de roues de Vespa et d'un moteur de tronçonneuse. Le principe évolue, et bientôt les karts assemblés à Sens adoptent des moteurs deux temps de motoculteurs ou de motocyclettes, le plus souvent "optimisés ". Les Pipat-kart de Pichon Parat sont expédiés en quantité à travers la France, avec ou sans moteur.
Pipat-Kart fabriqué à Sens par Pichon Parat. Copyright En 1957, ce qui tient lieu d'usine Pichon Parat est une suite de bâtiments rustiques autour d'une grande cour pavée, avec quelques espaces verts où picorent trois ou quatre poules. Cela tient plus d'une ferme que d'un atelier professionnel, et c'est avec angoisse que Pichon et Parat reçoivent pour la première fois à Sens Raymond Loewy. Dans leurs échanges de correspondances avant la visite, le designer américain désigne les installations de Sens en parlant de " the factory ".
" L'usine " Pichon et Parat ! Le contraste entre cette ancienne ferme à l'allure très médiévale qui fait office d'atelier et les voitures stylisées qui en sortent ne manque pas de piquant. Copyright
Le gabarit de l'Izoard, stocké dans des conditions bien précaires au fond du jardin ! Copyright 1958 Pichon Parat demeure fidèle au Salon de Paris, même s'il ne dispose pas de la même surface de stand que ses " confrères " Chapron et Pinin Farina qui l'entourent en cette année 1958. Il présente une nouvelle version du break Dyna Panhard, affublée de visières de phares d'un goût discutable et d'une petite calandre ovale.
Pour le Salon 1958, Pichon Parat ose cette face avant qui ne laisse pas indifférent. Cet exemplaire est probablement resté unique. Copyright L'autre voiture sur le stand est un cabriolet Dyna Panhard, baptisé " Bordeaux ", qui se singularise par des phares surmontés par ce qui ressemble à une véritable casquette, mais aussi par une calandre dotée d'une généreuse surface grillagée qui se prolonge jusqu'aux passages de roues, et par de petits ailerons arrière ! Cette création originale est le fruit d'une coopération entre Pichon Parat et le carrossier bordelais Vivez. Dessinée par Bernard Pichon, la " Bordeaux " aurait été produite en une dizaine d'exemplaires sous licence par Vivez.
Casquettes et moustache pour la " Bordeaux " par Vivez. Copyright
Vue plus générale du stand Pichon Parat à Paris en 1958. Copyright 1959 Bernard Pichon commence à la fin des années 50 à prendre ses distances avec l'entreprise. Au Salon de Paris, il assure le service minimum en saluant ses collaborateurs en début de journée, puis s'éclipse. Trois voitures différentes sont exposées sur le stand Pichon Parat : la Cadillac imaginée par Raymond Loewy, une Vespa en tenue de plage, et un cabriolet Panhard. Après la BMW 507, Raymond Loewy, satisfait de la rapidité et de la qualité du travail de Pichon Parat, a confié au carrossier un nouveau projet sur une base Cadillac. Son histoire fait naître un sourire sur le visage d'André Parat lorsqu'il en évoque sa conception : " Loewy avait ramené des USA une monumentale Cadillac neuve en 1959, et voulait que nous la modifions suivant ses idées. Nous avons passé un week-end dans sa maison de campagne de la vallée de Chevreuse, à travailler sur la voiture. Le temps ne nous permettant pas de réaliser une maquette, nous avons enrubanné avec du papier les parties à changer, et Loewy a griffonné au feutre les lignes qu'il envisageait. Ce fut de la création en direct, à même la voiture, avec nous qui lui faisions parfois modifier son trait en fonction de divers impératifs techniques. Il est reparti après trois jours en nous laissant une Cadillac surchargée de plusieurs couches de papiers collés sur la caisse, et notre courage pour attaquer la réalisation. A son retour quelques semaines après, la voiture était prête. Il ne fit faire que quelques modifications mineures avant de la récupérer. "
La Cadillac transformée pour Loewy en impose par ses volumes, à défaut de le faire par son élégance. Copyright
Extrait de l'AAT d'octobre 1959 : " La Cadillac Loewy dessinée par l'esthéticien Raymond Loewy, se caractérise par la sobriété, la souplesse et l'élégance de ses lignes. Elle est, de l'avant comme de l'arrière, plaisante à regarder et s'impose par sa distinction ". Copyright
La même voiture, en 2010, lors d'une vente aux enchères. Elle atteint lle prix de 161 700 $. Copyright La Vespa aménagée en voiture de plage représente une opportunité d'atteindre un public plus large. Elle est dotée de sièges en osier ou en fils de plastique, très à la mode durant les années 60. Le carrossier est parvenu à créer un objet séduisant en quelques coups de crayon. Mais seulement quelques unités sont produites, une dizaine tout au plus, de 1959 à 1961.
La Vespa 400 transformée en voiture de plage en 1959 par Pichon Parat. Copyright
Extrait de l'AAT de septembre 1959
Extrait de l'AAT de novembre 1959, la mignonne se fait appeler ici Esterel
Au Salon de Paris de 1959, la Vespa transformée en voiture de plage par Pichon Parat paraît bien ridicule à côté de l'immense Cadillac. Copyright Pour la dernière fois, Pichon Parat présente une carrosserie spéciale sur une base Panhard Dyna à moteur Tigre. La plateforme est raccourcie de 31 cm. Avec un poids de 620 kg, ce cabriolet peut atteindre près de 140 km/h.
Ce cabriolet Panhard PL 17 à la face torturée était exposé au Salon de Paris 1959. Copyright 1960 à 1964 La voiture de plage sur base Vespa 400 n'ayant pas le succès escompté, et les petites sportives personnalisées des années 50 étant un peu passées de mode, l'entreprise Pichon Parat est contrainte de se tourner vers des travaux moins valorisants de tôlerie ou d'aménagement. Plus discrètement, elle est aussi sollicitée par différents constructeurs pour élaborer des prototypes.
Bernard Pichon et Virgile Conrero, extrait de l'AAT de novembre 1959. Copyright
Prototype d'une Avanti familiale réalisé en 1961 à Sens pour Raymond Loewey. Son profil est asymétrique, avec quatre portes côté conducteur et seulement deux côté passager. Copyright Courant 1960, Bernard Pichon quitte l'entreprise, engagé par Anthony Lago (qui décède en décembre 1960). Parat continue seul l'activé. En 1962, il devient inspecteur commercial au sein de la division travaux publics de Fiat. Il ne manque jamais l'occasion de fournir du travail à Parat, dès lors qu'un souci de carrosserie survient à un engin de chantier ! Curieusement, l'entreprise conserve l'appellation Pichon Parat. L'activité continue à Sens, mais sous la seule autorité d'André Parat.
Panhard PL 17 Ambulance par Pichon Parat. Copyright Parat construit la voiture vedette du film " La Belle Américaine ", qui est projeté en salle en 1961. Ce travail est réalisé à la demande de Robert Dhéry, qui habite à ... Héry, près de Sens. La voiture prise pour base est modifiée pour que l'on ne puisse pas en reconnaître la marque, et elle est également équipée de gadgets spéciaux.
La Belle Américaine de Robert Dhéry. Copyright Toujours pour le cinéma, c'est à Sens qu'est construite la Jaguar E du " Petit Baigneur ", film de 1968, où l'on voit Louis de Funès et la troupe des Branquignols, dirigés par Robert Dhéry. C'est la fameuse scène où le capot s'allonge, s'allonge ... de 97 cm. 1964 Les deux compères ne se perdent pas de vue. Il leur arrive encore de concevoir ensemble quelques modèles originaux dérivés de la série. Ainsi, fin 1964, bien avant Citroën, ils présentent une DS 19 à quatre phares. Placés dans des boîtiers Cibié de Panhard 24 - Bernard Pichon entretient de bonnes relations avec la famille Cibié -, ceux-ci s'intègrent parfaitement dans la ligne générale de la voiture. Le remplacement de l'aile ne nécessite qu'une journée d'immobilisation chez le carrossier. Environ 300 montages sont ainsi effectués. La version quatre phares réalisée par Citroën et s'inspirant des travaux de Pichon Parat n'est présentée que trois ans plus tard Porte de Versailles, en 1967.
Extrait de l'Auto Journal du 24 décembre 1964. Copyright Ce modèle sert de base à l'étude du nouveau coupé présenté en 1965, dans une teinte bordeaux et gris.
La version définitive du coupé DS par Pichon Parat. Copyright Hélas, la clientèle ne se bouscule pas, sans doute effrayée par le niveau des prix, et/ou par l'esthétique assez particulière de ce coupé DS. Il est difficile de rivaliser avec les créations de Chapron sur la même base. Dans un autre domaine, le service compétition de Citroën sollicite Pichon Parat pour la réalisation de coupés raccourcis sur base DS, destinés à être utilisés en rallyes. Au milieu des années 60, Parat s'intéresse avec l'appui de Panhard à l'usine de l'équipementier automobile Monopole Poissy installée ... à Poissy. Cette marque est réputée pour son engagement en compétition avec des automobiles de sa fabrication, et pour son étroite collaboration avec le constructeur de la porte d'Ivry. Mais passer de ses ateliers de Sens à une installation aussi conséquente en région parisienne effraye sans doute Parat, et l'affaire ne se fait pas. 1965 Nous avons déjà évoqué la BMW 507 et la Cadillac habillées par Pichon Parat sur des idées de Raymond Loewy. Le designer américain sollicite de nouveau le carrossier de Sens pour transformer sa Jaguar E personnelle. La face avant de celle-ci est raccourcie d'environ 25 centimètres et se retrouve munie d'une calandre carrée de grande dimension avec quatre phares, les mêmes que ceux montés sur la DS. Les passages de roues sont élargis pour dynamiser le profil. Les ailes arrière sont redessinées, afin d'intégrer une vitre de custode de forme triangulaire et des feux de Chevrolet Corvair.
Le maître aime à se montrer avec ses oeuvres. Copyright
La Jaguar E ne gagne pas vraiment en élégance en passant par le crayon de Raymond Loewy. Copyright Parat impressionne Loewy par sa capacité à mettre en œuvre rapidement les idées qu'il lui soumet. A cette époque, le designer américain travaille sur le programme Apollo pour le compte de la Nasa. Le carrossier français aurait pu lui rendre bien des services en se rendant aux Etats-Unis et en travaillant pour lui, mais il refuse de perdre son indépendance. L'idée même de quitter la France et ses bonnes tables lui est insupportable. Dans le même esprit de liberté, il refuse de se mettre à la disposition d'Enzo Ferrari qui cherche un atelier efficace dans l'Est de la France. A défaut de ces collaborations prestigieuses, Parat diversifie ses activités en étant distributeur pour le constructeur de caravanes Sterckeman. 1966 Pichon Parat profite de l'implantation de BMW France à Brumath près de Strasbourg où sont réceptionnées les voitures, pour nouer quelques liens avec le constructeur munichois. C'est ainsi que le carrossier de Sens présente lors de l'inauguration des locaux de BMW un break qui vient compléter l'offre du constructeur. C'est BMW qui passe à Pichon Parat cette commande d'une petite série, qui ne peut que procurer un peu d'oxygène aux finances du carrossier, et donner, si cela est encore nécessaire, encore plus de crédibilité à ses travaux grâce à cette demande émanant d'une maison aussi réputée que BMW. Luxueusement aménagé sur base BMW 1800 ou 2000, le prix élevé de ce break, deux fois celui d'un break 404 Super Luxe, ne peut cependant qu'en limiter la diffusion.
BMW 2000 Break par Pichon Parat. Copyright
Extrait de l'Auto Journal N° 415 du 16 novembre 1966 C'est André Parat et son équipe qui se chargent de la fabrication des carrosseries des Matra 620, lors de la première tentative de la marque de Romorantin avec ce prototype aux 24 Heures du Mans de 1966. La rapidité d'exécution, de même que la légèreté des carrosseries, séduit les commanditaires. 1971 Parat collabore au développement final de la Ligier JS2 qui est au point techniquement, avec son moteur d'origine Maserati fourni par Citroën, et un habillage réalisé par Frua. Il reste un problème à résoudre pour une voiture qui a vocation au " grand tourisme " : le rangement des bagages. À Vichy, on connaît les capacités d'André Parat à apporter des réponses rapides à des problèmes qui paraissent complexes de prime abord. L'atelier de Sens, après avoir veillé à ne pas gêner l'accessibilité mécanique, imagine le dessin d'un carter de protection, à partir duquel on confectionne chez Ligier une coque en fibre de verre. Le carrossier en profite pour retoucher légèrement la face avant, désormais plus fine que la proposition initiale de Frua.
Ligier JS2. Copyright 1971/73 L'entreprise déménage Route de Lyon à Sens le 1er janvier 1971. En 1973, André Parat cesse toute activité d'achat et de vente d'occasions, pour se concentrer sur ses métiers de base, la chaudronnerie et la réparation automobile. 1977 Depuis plus d'une dizaine d'années, Pichon Parat se fait fort discret. Le carrossier présente pourtant au printemps 1977 un break Peugeot 604, qui n'est produit qu'en deux exemplaires, dont l'un est utilisé par le pilote Bernard Consten. Celui-ci est un ami de longue date de Bernard Pichon. Ils se sont rencontrés au sein de l'Écurie automobile Paris-Ile-de-France, et ont eu à de multiples reprises l'occasion de courir ensemble. Alors qu'ils passent en même temps un week-end en Normandie, Pichon et Consten découvrent une berline Peugeot 604, quasiment neuve, mais accidentée à l'arrière. Le premier évoque l'idée de concevoir un break à partir de cette grande Peugeot, et le second, séduit par ce projet, s'empresse d'acheter la voiture. Mais aussi simple que puisse paraître l'idée sur le papier, une difficulté majeure reste à surmonter. Sur la 604, le réservoir d'essence est placé derrière les sièges passagers, et constitue un obstacle pour obtenir une surface de chargement plane. Un réservoir de petite taille est donc conçu, à l'autonomie hélas très limitée. Ensuite, il ne reste plus qu'à trouver les amortisseurs capables d'assurer une bonne tenue de route à la 604 ainsi lestée d'un sac à dos. Là encore, ce n'est pas chose aisée. Le magazine L'Automobile le présente ainsi dans son N° 372 de juin 1977 : " Pichon Parat, carrossiers à Sens, c'est pour beaucoup d'entre nous, un peu d'histoire ancienne, et pourtant leurs activités dans le domaine de la transformation de carrosserie se sont arrêtées en 1962, ce qui ne fait guère que 15 ans. Un de leurs amis, Bernard Consten, en l'occurrence, leur a confié une berline 604 et nos deux larrons en ont profité pour revenir, incidemment, à leurs premières amours. Ils ont réalisé une sorte de compromis break-berline tout en conservant le même encombrement que la voiture de série. La pavillon a été rallongé et ils ont adapté le hayon arrière du break 504 en l'élargissant et en le dotant d'une lunette plus grande. La plupart des éléments utilisés sont d'ailleurs des pièces d'origine Peugeot modifiées. La banquette arrière, elle aussi d'origine, a cependant reçu une articulation spéciale pour pouvoir se rabattre. "
Peugeot 604 Break par Pichon Parat. Copyright Jusqu'en 1980, André Parat propose d'autres conversions en break de la Renault 30 et de la BMW Série 7.
BMW Série 7 Break par Pichon Parat. Copyright 1979/1995 L'entreprise est radiée des registres officiels le 30 novembre 1983. Bernard Pichon décède le 19 juin 1979 à l'Hôpital Ambroise Paré de Boulogne Billancourt à seulement 56 ans. Son ami André Parat est victime d'un accident de la route le 24 novembre 1995. Sources : - Rétromania N° 64 d'octobre 1999, par Dominique Pagneux (avec son
autorisation)
Bien que l'on évoque encore en 1980 la carrosserie Pichon Parat, le nom de Bernard Pichon a effectivement disparu de l'entête des courriers. |