Prince, Nissan lui doit beaucoup


Prince Motor Company était un constructeur automobile japonais créé en 1952 à partir de vestiges d’un ancien fabricant d’avions de guerre qui fut contraint d’abandonner cette production sur ordre des Etats-Unis peu après la défaite japonaise de 1945. La firme Prince se consacra principalement à la fabrication de voitures de luxe avant d’être absorbée en 1966 par Nissan.  


Les origines de Prince


Tachikawa Aircraft Company était un fabricant d’avions pour l’armée japonaise avant et pendant la Seconde Guerre Mondiale, notamment connu pour ses Ki-36, Ki-55 et Ki-74. Cette société est dissoute après la guerre, car les Américains avaient ordonné aux Japonais vaincus de ne plus produire d’avions de guerre. Tachikawa Aircraft Company a alors pris le nom de Fuji Precision Industries et décida de se lancer dans la production automobile. Il ne faut pas confondre cette société avec la compagnie Fuji Heavy Industries qui créa la marque Subaru en 1954 et qui était elle-même issue d’un autre fabricant d’avions de guerre, Nakajima Aircraft Company dont le nom devint Fuji Sangyo Company juste après la guerre.

Tachikawa et Nakajima avaient dû changer leur nom au lendemain des hostilités car ils avaient été fortement impliqués dans l’effort de guerre japonais et après la défaite, il était nécessaire de faire profil bas. Seul Mitsubishi, pourtant très impliqué lui aussi avec ses fameux avions de chasse Zéro, est parvenu à conserver son nom après la guerre, ce qui a probablement dû irriter l’état major américain …

Fuji Precision Industries conçoit une voiture électrique dès 1946, qui est baptisée Tama, du nom de la région d'origine de l'entreprise. Ce modèle sera fabriqué en petite série, mais le plus important est que l’entreprise changera plusieurs fois de nom à cause de ce modèle. En 1947, elle est renommée Tokyo Electric Car Company, puis elle devient Tama Electric Car Company en 1949, puis Tama Motor Company en 1951 et enfin Prince Motor Company en 1952.

Les performances de la Tama ES-47 sont très limitées, à peine 35 km/h en vitesse de pointe, avec une autonomie d'environ 65 km.

L’histoire ne s’arrête pas là, puisque le nom de la société change encore en 1954 pour redevenir Fuji Precision Industries. Enfin, en 1961, son nom redevient Prince Motor Company, appellation qui ne changera plus jusqu’à sa fusion avec Nissan. Ces changements de noms successifs n’ont pas eu un réel impact sur la carrière des voitures Prince, car jusqu’au début des années 60, l’industrie automobile japonaise est encore balbutiante. Seulement 165 000 voitures sortent des usines situées au Japon en 1960, contre 596 000 en Italie, 1 116 000 en France, 1 353 000 en Angleterre, 1 817 000 en Allemagne et 6 701 000 aux Etats-Unis. Le Japon fait juste un peu mieux que la Suède ou l’Espagne, mais moins bien que le Canada (245 000 voitures).

La production japonaise est alors menée par Toyota et Nissan, suivis de Mazda, Hino et Subaru. Prince est un nain comparé à ces cinq constructeurs, moins de 10 000 voitures produites en 1960, soit le niveau d’un Mitsubishi, d’un Suzuki ou d’un Isuzu. Honda n’existe pas encore. Le nom Prince proviendrait de l'investiture officielle en 1952 du prince Akihito en tant que prince héritier. Akihito deviendra empereur du Japon en 1989, après la mort de son père Hirohito.  


1952 : Prince Sedan


Le premier modèle lancé sous la marque Prince est la berline quatre portes au nom simplissime de Sedan - berline en anglais - dévoilée en 1952. Elle mesure 4,29 mètres de long sur 1,59 mètre de large. Sa silhouette trois volumes de style ponton assez moderne pour l’époque évoque une Ford Customline en réduction, avec une touche de Ford Consul britannique et de Ford Taunus allemande. La marque japonaise a donc regardé du côté des vainqueurs du Japon pour créer sa première voiture ! Comme pour l’industrie automobile en Russie, l’industrie automobile japonaise cible au début principalement les administrations et autres organismes d’Etat, même si depuis 1949 le gouvernement japonais par l’intermédiaire du MITI - Ministry of International Trade and Industry -veut développer à grande échelle l’industrie automobile locale afin que la population puisse à l’instar des autres pays développés utiliser ce moyen de transport moderne et synonyme de liberté.

A partir de 1950, plusieurs constructeurs japonais se lancent donc à petits pas dans cette industrie encore très marginale sur le continent asiatique avant-guerre, et certains décident de passer des accords de licence avec des constructeurs étrangers, comme Mitsubishi avec l’américain Kaiser (Henry J) en 1951, Hino avec le français Renault (4CV) en 1953, Nissan avec le britannique Austin (A50) en 1956 ou Isuzu avec le britannique Hillman (Minx) en 1956.

La firme Prince entend de son côté créer ses propres voitures à destination d’une clientèle triée sur le volet. Il ne s’agit encore vraiment d’une voiture de luxe, mais plutôt d’une voiture robuste et confortable, dotée d’une bonne habitabilité. Evidemment, la firme a abandonné ses errements dans le véhicule électrique et adopte pour sa Sedan un moteur essence, notamment parce que le prix de l’essence a beaucoup baissé en ce début des années 50, même au Japon, alors que celui des batteries a été multiplié par dix durant cette période.

La production des modèles Tama électriques a donc été stoppée en 1951. Le moteur de la Prince Sedan est un quatre cylindres de 1,5 litre dérivé du moteur 1,1 litre de la Peugeot 202, modèle que possédait Shojiro Ishibashi, le fondateur de Bridgestone et propriétaire de Tama Motors et de Fuji Precision. Ce moteur constamment amélioré sera produit jusqu’en 1968 sur la version de base de la Prince Skyline S50. Il équipera même certains modèles Subaru de première génération.


Evolutions de la Prince Sedan


La Prince Sedan (type AISH-1) est donc dotée d’un moteur de 1482 cm3 de 45 ch qui équipe également un utilitaire de la marque (type AFTF-1). Cette première version de la Sedan est remplacée dès 1953 par la berline type AISH-2 qui est un peu plus large (1,65 mètre) et un peu plus haute (1,63 mètre), en conformité avec les changements de la législature japonaise à la fin de 1952 qui ont permis la production de voitures particulières légèrement plus grandes. En même temps, la voiture qui mesure toujours 4,29 mètres de long, adopte des roues plus petites, de 15 pouces au lieu de 16. Le moteur et la transmission sont inchangés par rapport au modèle précédent.

La Prince Sedan lancée en 1952 (ici en version AISH-2) est une berline japonaise de moyenne gamme supérieure, ce qui était une rareté à cette époque, puisque la plupart des constructeurs nippons planchaient alors sur des voitures de faible cylindrée à fort potentiel de ventes. Son style s’inspire des voitures américaines contemporaines.

La berline type AISH-2 est remplacée en novembre 1954 par la berline type AISH-3 qui conserve la même carrosserie mais avec une nouvelle calandre et une décoration latérale différente. Le moteur reste le même. Ce modèle est produit pendant trois mois seulement car la berline type AISH-4 lui succède dès février 1955. Celle-ci reprend la carrosserie précédente mais voit sa puissance augmentée à 52 ch, permettant d’atteindre 115 km/h contre 105 km/h auparavant. En octobre 1955, la berline type AISH-5 lui succède, avec certaines modifications d’ordre esthétique, comme une nouvelle calandre intégrant un V moulé dans la barre centrale et une nouvelle décoration latérale, avec une option peinture bicolore qui correspond bien à la mode de l’époque venue des Etats-Unis, mais que l’on a vu se répandre un peu partout en Europe, comme sur les Simca Versailles et Régence par exemple. La Prince Sedan peut même recevoir des pneus à flancs blancs à partir de ce millésime. Le constructeur lance la même année un pick-up et un fourgon de livraison dérivés de la berline.

En octobre 1956, apparaît le dernier modèle de cette famille née en 1952, la berline type AISH-6 qui reprend la carrosserie précédente, mais avec une nouvelle décoration latérale et une peinture bicolore dont les tons sont inversés, la couleur dominante étant sur la partie supérieure de la voiture et la partie contrastée sur le bas, à l'opposé de celle du modèle précédent. Surtout, la puissance de son moteur 1,5 litre est portée à 60 ch, ce qui autorise une vitesse maximale de 125 km/h. Les variantes commerciales ont également été modifiées et rebaptisées AIPC-2 et AIVE-2. Un modèle de haut de gamme à suspension avant indépendante, l'AMSH-2, était également commercialisé dans la foulée. En avril 1957, la Prince Sedan est remplacée par la Skyline (type ALSI). 


1957 : Prince Skyline


La Prince Skyline (type ALSI-1) dévoilée en avril 1957 est présentée comme une berline de luxe, héritière des Sedan produites entre 1952 et 1957. Elle reprend le moteur 1,5 litre de 60 ch de la série précédente, mais sa carrosserie de 4,38 mètres de long et 1,68 mètre de large est totalement redessinée, dans le style des Simca Versailles de 1954 et Ford Zephyr de 1955 (ces deux modèles étant du même designer), avec des ailerons en pointe et une lunette arrière panoramique, héritage des voitures américaines du milieu des années 50. La carrosserie est bicolore et la large calandre grillagée, inspirée par la Chevrolet 1957, est surplombée de deux doubles phares, ce qui situe véritablement la voiture dans le haut de gamme. La décoration latérale est elle aussi inspirée des voitures américaines de cette époque, reprise notamment chez Rootes et chez Simca au même moment. Une version Deluxe lancée l’année suivante évoque même une Simca Chambord en réduction.

La Prince Skyline lancée en 1957 renforce son côté " voiture de luxe " tout en s’inspirant ouvertement de la mode américaine du milieu des années 50 (ailerons, peinture bicolore, baguettes latérales, pare-brise et lunette arrière panoramique) .

La Skyline a donné naissance en avril 1959 au pick-up à double cabine ALPE et à la camionnette de livraison ALVE, tous deux commercialisés sous le nom de Skyway. Ces modèles prennent la succession des anciens modèles types AIPC-2 et AIVE-2. En octobre 1959, apparaît la Skyline type ALSI-2 dont la puissance est portée à 70 ch, ce qui permet une vitesse maximale de 135 km/h. En mai 1961, la Prince Skyline troque son vieux moteur de 1,5 litre dérivé de celui de la Peugeot 202 contre un moderne 1,9 litre de 80 ch issu de la Prince Gloria. A cette occasion, elle est rebaptisée Skyline BLSI-3 et permet à la voiture de se situer au niveau de la concurrence, en terme de performances. Les utilitaires Skyway bénéficient du même moteur.

En septembre 1962, la Skyline (type S21) est restylée à l’avant et à l’arrière, la longueur totale de la voiture passant à 4,48 mètres. Au même moment, la camionnette trois portes est remplacée par un break cinq portes, plus en phase avec le statut de voiture de luxe. Par contre, le pick-up reste inchangé. La carrière de la première génération de Skyline prend fin en 1963 après 33 759 exemplaires produits depuis 1957.


1959 : Prince Gloria


La Prince Gloria lancée en février 1959 reprend la carrosserie de la Skyline lancée deux ans plus tôt, mais plus surchargée au niveau de la décoration et adoptant un nouveau moteur de 1,9 litre développant 80 ch, qui sera d’ailleurs monté sur la Skyline à partir de 1961. Conservant les dimensions de la Skyline (4,38 mètres de long), la Gloria se veut plus statutaire, et dans la production japonaise, on ne peut que lui opposer la Toyota Crown dont les origines remontent à 1955. Evidemment, à cette époque, le Japon n’exporte pratiquement pas de voiture et la concurrence ne peut venir que de rares voitures américaines plus modernes et plus puissantes qu’affectionnent tout particulièrement les Américains encore en poste au Japon. Cette concurrence joue nettement en défaveur des produits japonais mais dix ans suffiront pour combler ce retard.

La Prince Gloria lancée en 1959 reprend la carrosserie de la Skyline mais avec une décoration plus surchargée et un équipement plus complet. Malheureusement, son style est déjà très démodé au début des années 60.

Malgré un niveau d’équipement supérieur à celui de la Skyline, la Prince Gloria ornée de ses lettres dorées un peu partout, ne remporte pas le succès espéré par le constructeur. Le modèle est donc restylé dès février 1960, avec une partie avant et une partie arrière redessinées, qui portent la longueur totale à 4,48 mètres. En février 1961, le moteur 1,9 litre voit sa puissance portée à 94 ch. Le modèle termine sa carrière commerciale en 1963, comme la Skyline, alors que Toyota venait de sortir l’année précédente une berline Crown totalement renouvelée qui démodait d’un coup les Prince Skyline et Gloria au design des années 50.


1961 : Prince Skyline Sport


Conscient que ses berlines offraient en 1960 un design de voitures américaines du milieu des années 50, alors que les constructeurs américains renouvelaient leurs modèles tous les deux ans voire tous les ans, la firme Prince passa commande chez un styliste italien renommé, Giovanni Michelotti, pour dessiner et réaliser un coupé de standing basé sur la berline Skyline 1,9 litre dans sa version 94 ch. Ce sera le coupé Skyline Sport (type BLRA-3). D’un dessin très fluide et élégant, ce coupé de 4,65 mètres de long vendu à un prix dissuasif rappelle les coupés Lancia et Ferrari de cette époque, avec un soupçon de Peugeot 404 coupé. Doté d’une calandre genre Lancia et de quatre phares placés en oblique, rappelant les Lincoln Continental 1957-1960, les Buick 1958-1960 ou les Chrysler 1960-1962, le coupé Skyline Sport se différenciait nettement des berlines Skyline et Gloria, démodant d’un coup cette production, avant le coup de grâce donné par la Toyota Crown 1962.

Le coupé Prince Skyline dessiné par Giovanni Michelotti est fabriqué en très peu d’exemplaires entre 1961 et 1963, mais il redore l’image de la marque qui en a vraiment bien besoin à cette époque.

Malgré cet effet apparemment contre-productif, le coupé de Michelotti permettait d’une part d’annoncer les futures berlines Prince encore en préparation et d’autre part de préfigurer la future gamme sportive des Skyline GTR. Seulement quelques centaines d’exemplaires de la Skyline Sport ont été fabriqués, mais ces modèles ont refait parler de la marque qui en avait bien besoin, car ses faibles volumes de ventes ne permettaient pas d’être réellement optimiste quant à son avenir.


 1962 : nouvelle Prince Gloria


En octobre 1962, apparaît la nouvelle Prince Gloria (type S40) dont la carrosserie s’inspire manifestement des Buick 1959. D’abord équipée du 1,9 litre de 94 ch de la précédente génération, la Prince Gloria est dès juin 1963 proposée avec un tout nouveau six cylindres de 2 litres (type S41) développant 106 ch puis en mai 1964 avec le même moteur dont la cylindrée est portée à 2,5 litres (type S44) et la puissance à 134 ch, ce qui permet à la voiture d’atteindre 155 km/h. Ce modèle est l’un des tout premiers au Japon à dépasser la cylindrée de 2 litres, ce qui a définitivement placé la marque Prince tout en haut de la hiérarchie des marques automobiles japonaises.

La nouvelle génération de Prince Gloria lancée en 1962 s’inspire encore des voitures américaines, en l’occurrence des Buick 1959. C’est avec la Toyota Crown la seule voiture japonaise de haut de gamme de cette époque.

Ces berlines ont été les premières de la marque à être exportées. Longue de 4,65 mètre et large de 1,70 mètre, la Prince Gloria était alors la voiture la plus huppée de la production japonaise, utilisée par les directeurs d’entreprise notamment. Très typée américaine, elle se différencie nettement de la Toyota Crown 1,9 litre lancée la même année dotée d’une carrosserie certes plus banale mais pas moins jolie. Malheureusement pour la Gloria, la Crown va pouvoir compter en 1964 sur sa version Eight motorisée par un V8 de 115 ch, en 1965 sur sa version six cylindres de 2 litres de 105 ch et en 1966 sur sa version six cylindres de 2,3 litres de 115 ch pour s’accaparer peu à peu du marché du haut de gamme japonais, phénomène qui s’amplifiera avec le lancement de la Toyota Century en 1967. C’est en 1967 également que sortira la troisième génération de la Gloria, avec un style toujours très américain, s’inspirant cette fois des Pontiac et Ford contemporaines. Mais la voiture sera lancée sous la marque Nissan, car la firme Prince est absorbée par Nissan en 1966.

Lors de la fusion Prince / Nissan en 1966, la troisième génération de Gloria est presque prête. Vu les investissements déjà consentis, il n'est pas question d'abandonner ce modèle, qui est commercialisé en avril 1967 sous le nom de Nissan Gloria.


1963 : nouvelle Prince Skyline


En septembre 1963, soit un an après la nouvelle Gloria, apparaît la nouvelle Prince Skyline (type S50). Différence fondamentale, ce modèle n’a plus rien à voir avec la Gloria. Seul point commun notable, les quatre phares à l’avant qui informent sur le statut de la voiture. La carrosserie de la Skyline de style parallélépipédique est à l’opposé de la Gloria au style volontairement baroque. On peut trouver ici ou là une influence européenne, principalement britannique, mais la Skyline étonne surtout par son long capot et ses lignes rigides. Comme la Gloria, elle est disponible en version break.

La nouvelle génération de Prince Skyline lancée en 1963 est très différente de la Gloria lancée l’année précédente, si différente que l’on pourrait croire à une voiture d’une autre marque.

En fait, la Skyline est maintenant située dans un segment inférieur, puisqu’elle est dotée de l’ancien moteur 1,5 litre des premières berlines Prince développant désormais 70 ch, et il faudra attendre 1964 pour voir apparaître la Skyline 2000 GT (S54) dotée du moteur six cylindres de 2 litres de 105 ch apparu en juin 1963 sur la Gloria (S41). Le long capot de la voiture avait permis cette installation. Vu les dimensions compactes de l’engin (4,30 mètres de long), la Skyline 2000 GT devient un modèle à tendance sportive qui aura une longue descendance … sous la marque Nissan.

Pour loger un six cylindres dans la Prince Skyline 2000 GT, il a fallu allonger l'empattement de 20 cm essentiellement au profit du compartiment moteur, la longueur totale de la voiture passant de 4,10 mètres à 4,30 mètres.

La firme Prince dispose alors d’une gamme de deux voitures différentes (Skyline et Gloria) dont l’une intègre une version sportive supplémentaire (2000 GT). Notons que la firme Prince proposera à partir de 1965 une version 123 ch de sa Skyline 2000 GT qui connaîtra le succès sur les différents circuits internationaux. Cette génération de Skyline quatre et six cylindres restera la voiture la plus produite de la marque (114 238 ventes) et sera remplacée en 1968 par une nouvelle génération commercialisée sous la marque Nissan, celle-ci ayant absorbé la firme Prince en 1966. Entre 1966 et 1968, le modèle est vendu en tant que Nissan Prince Skyline, comme la Gloria est vendue en tant que Nissan Prince Gloria.


1966 : Nissan Prince Royal


Au début des années 60, l'Agence de la maison impériale cherchait un constructeur automobile japonais pour réaliser une voiture appropriée pour l'empereur du Japon. En septembre 1965, la firme Prince, qui était reconnue comme une marque de voitures de luxe, annonça qu'elle fournirait deux véhicules à l'empereur. Le premier serait prêt en 1966, l'autre en 1967. Mais en 1966, la firme Prince est rachetée par Nissan, et la voiture destinée à l’empereur devient la Nissan Prince Royal, une limousine à six glaces latérales de 6,15 mètres de long imaginée par la firme Prince dans un style américano-russe, intégrant une large calandre bordée par deux doubles phares verticaux, inspirés par les Cadillac 1964-1968. La Prince Motor Company entretenait auparavant une relation établie avec l'Agence de la maison impériale, lorsqu'ils avaient offert la première Prince Gloria au prince héritier Akihito comme cadeau de mariage en 1959, et un cadeau antérieur destiné au prince héritier appelé Prince Sedan en 1954.

La limousine Prince Royal prévue pour l’empereur du Japon Soi-même devient Nissan Prince Royal en 1966 lors de sa présentation officielle. Nissan a en effet pris le contrôle de la firme Prince cette année-là.

La Nissan Prince Royal est le deuxième véhicule d'après-guerre construit au Japon à utiliser un moteur V8, le premier étant la Toyota Crown Eight en 1964. Mais le V8 Prince est beaucoup plus gros et beaucoup plus puissant, puisque sa cylindrée est de 6437 cm3 et sa puissance de 260 ch, juste suffisante pour mener un engin pesant près de 3,2 tonnes. La transmission automatique est d’origine américaine (GM) car les fabricants japonais n'avaient pas encore développé une transmission capable de faire face au couple monstrueux du moteur V8 construit par Prince.

L'intérieur de la limousine comprend huit sièges passagers répartis sur trois rangées. Les deux sièges arrière centraux sont rabattables. Entre les sièges centraux se trouve un bar à boissons, comme sur une Mercedes 600 Pullman. Les sièges arrière sont recouverts d'une sellerie 100 % laine souple, tandis que le conducteur a des sièges en cuir. On retrouve cette disposition sur certaines limousines britanniques contemporaines. Les vitres sont équipées de rideaux et de double vitrage, pour une protection de sécurité supplémentaire. Un téléphone est utilisé pour communiquer avec le conducteur. Les 5 exemplaires produits par Nissan ont été retirés du service en 2006, lorsque la Toyota Century Royal a été présentée à l’empereur pour les remplacer. Les véhicules précédents utilisés pour transporter les empereurs japonais étaient une Mercedes Grosser 770 utilisée dans les années 30 et une Rolls-Royce Phantom V utilisée dans les années 60.


Conséquences du rachat de Prince par Nissan


L'absorption de Prince par Nissan en 1966 va beaucoup apporter à ce dernier. Les ingénieurs de Prince, pour la plupart issus du monde de l’aviation, ont amenés avec eux le procédé de la structure monocoque, l’utilisation de l’alliage léger, leur connaissance en matière de moteur hautes performances et leur expérience d’une vingtaine d’années de l’application de ces technologies. En fait, en 1966, la firme Prince est considérée comme le constructeur automobile le plus en avance de son époque au Japon, grâce au talent de ses ingénieurs. Cet apport a profondément changé la manière de concevoir une automobile chez Nissan. Toutes ces qualités se retrouveront dans le coupé 240 Z dont la conception fait preuve d’ingéniosité et que Nissan aurait mis des années à réaliser par lui-même. Mais l’apport en terme de modèles est bien plus conséquent. Un pick-up basé sur la Prince Skyline fut lancé en 1965, sous l’appellation Miler, qui succédait aux anciens pick-up Skyway. Cette série fut poursuivie après l’absorption de Prince par Nissan, et on peut affirmer que les pick-up Nissan d’aujourd’hui sont les lointains descendants de ces pick-up de marque Prince.

Le Miler est un utilitaire de taille moyenne construit par Prince à partir de 1965. Après la fusion de Nissan et de Prince, il est resté en production pendant quatre ans, alors que les concessionnaires Prince ont été intégrés à l'organisation de Nissan sous le nom de Nissan Prince Store.

Egalement, le Prince Homy, minibus pouvant transporter quinze passagers, est l’ancêtre des monospaces Nissan dont le plus connu est le Caravan. Ajoutons que la Skyline aura sa propre interprétation chez Nissan qui sera appelée Laurel. Décision hardie ! Autre détail intéressant, peu avant son rachat par Nissan, la firme Prince avait envisagé de lancer un modèle plus compact pour élargir sa gamme vers le bas, attirer une nouvelle clientèle et concurrencer les Toyota Corolla et Nissan Sunny qui seront lancées toutes les deux en 1966. Le modèle de dimensions réduites en préparation abandonnait le statut de voiture de luxe mais il innovait techniquement puisqu’il s’agissait d’une traction avant. A l’époque, il n’y avait pas de modèle à traction avant produite au Japon puisque la première voiture de ce type sortira en 1966, il s’agit de la Subaru 1000, une berline à quatre portes de 3,93 mètres de long. Le projet de la berline compacte à traction avant de Prince fut repris par Nissan en 1966 lors du rachat de la marque et finalisé par lui jusqu’à son lancement effectif en 1970. Baptisée Datsun Cherry, cette voiture faisait un peu double emploi avec la Sunny, notamment parce que leurs dimensions étaient proches et qu’elles partageaient le même moteur de 988 cm3 mais il s’agit en réalité de deux voitures complémentaires sur le même segment.

La Datsun Cherry du groupe Nissan lancée en 1970 est en fait issue d’un projet de voiture compacte à traction avant imaginé par la firme Prince avant son absorption par Nissan en 1966.

La Sunny était plus classique, aussi bien techniquement (propulsion) qu’esthétiquement, alors que la Cherry était plus délurée, avec un style plus jeune et plus audacieux et bien sûr la traction avant qui imposait un autre mode de conduite. Certes, les générations suivantes de Cherry rentrèrent progressivement dans le rang, mais la première génération connut un succès inattendu, notamment en Europe où ses ventes étaient supérieures à celles de la Sunny. Nissan avait bien fait de reprendre à son compte le projet de la petite berline de Prince. La famille des Cherry survécut jusqu’en 1986, et c’est la Micra qui lui succéda. De son côté, la famille des Sunny survécut jusqu’en 2006. Elle éclata ensuite en plusieurs gammes, connues notamment sous les noms de Nissan Almera, Nissan Sentra, Nissan Tsuru et Nissan Pulsar.

Il est regrettable que Nissan n’ait pas conservé le nom de Sunny jusqu’à aujourd’hui car Toyota utilise le nom de Corolla depuis 1966 sans discontinuer. Pourquoi abandonner un nom connu dans le monde entier et attribué à un modèle vendu à plusieurs dizaines de millions d’exemplaires ? La stratégie de Nissan devint de plus en plus confuse au cours des années. Sa politique de gamme tentaculaire inspirée directement de celle de son concurrent Toyota et la mauvaise gestion de l’entreprise l’amenèrent devant de graves difficultés financières dans les années 90, qui provoquèrent en 1999 son rachat partiel par Renault qui lui imposa une méthode drastique de réduction des coûts, en la personne de Carlos Ghosn, qui devint le maître tout-puissant de Nissan entre 2000 et 2018, et lui redonna progressivement tout son éclat. Depuis son départ forcé, l’entreprise japonaise semble connaître de nouveau un passage à vide …


Epilogue


Que sont devenues les appellations Skyline et Gloria ? La Nissan Skyline existe toujours, vendue à l’extérieur du Japon sous la marque Infiniti que Nissan avait créée en 1989, pour concurrencer la marque Lexus de Toyota. Dommage que Nissan n’ait pas alors repris le nom Prince pour cette nouvelle gamme de voitures de haut de gamme : un des nombreux points critiquables de la gestion et de la politique de gamme du constructeur japonais. La Skyline 2000 GT a eu également une nombreuse descendance chez Nissan qui se présente aujourd’hui sous l’appellation GTR et qui demeure le véhicule le plus sportif de la gamme Nissan. Quant à l’appellation Gloria, elle subsista chez Nissan jusqu’en 2004, avec sa sœur jumelle la Nissan Cedric à partir de 1971, puis ces deux modèles furent remplacés par la Fuga qui elle aussi est vendue sous la marque Infiniti à l’extérieur du Japon.

Texte : Jean-Michel Prillieux
Reproduction interdite, merci.

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