Kaiser, l'outsider


Kaiser était une marque automobile américaine fondée en 1945 et qui a disparu en Amérique du Nord en 1970 et en Amérique du Sud en 1980. Elle est surtout connue pour avoir racheté la marque Jeep en 1954, marque qui deviendra le plus important constructeur de 4 x 4 dans le monde. 


Les origines de Kaiser


La firme américaine Kaiser, fondée par Henry John Kaiser, était à l’origine un constructeur de bateaux de la côte Ouest des Etats-Unis, qui s’enrichit pendant la guerre, grâce à la fabrication des célèbres " Liberty Ships " que l’on a pu notamment voir débarquer sur les plages de Normandie en juin 1944. En juillet 1945, Kaiser s’associe avec Frazer pour construire une nouvelle automobile, créant ainsi la Kaiser-Frazer Corporation. Joseph Washington Frazer était en effet à la recherche d’un associé disposant d’un important capital pour fabriquer sa première voiture dans l’usine Graham-Paige de Detroit qu’il avait rachetée en 1944.

Henry John Kaiser (1882/1967) était un Industriel américain, fondateur de plus de 100 entreprises dans divers domaines (aluminium, acier, cimenterie ...). Pendant la Seconde Guerre mondiale, il dirigea sept chantiers navals qui avait adopté le principe de la production à la chaîne pour construire les fameux Liberty Ships en seulement 4 1/2 jours. A la fin de la guerre, ses chantiers avaient produit 1 490 navires pour le gouvernement américain.

La Kaiser présentée en 1946, qui partageait sa carrosserie ponton de 5,15 mètres de long avec la Frazer, était la voiture la plus moderne sur le marché à l’époque. L’étude de ce tout nouveau modèle au style pur avait été entrepris durant la guerre. Sa carrosserie dessinée par le designer Howard Darrin, sera copiée aussi bien par les constructeurs américains qu’européens. La Kaiser était moins chère que la Frazer, avec une présentation moins recherchée. La calandre des deux modèles était légèrement différente. Le moteur était dans les deux cas un six cylindres de 3707 cm3 développant 100 ch dérivé du moteur Continental des dernières Graham-Paige, qui autorisait une vitesse maximale de 133 km/h.

La production de la voiture s’effectuait dans l’usine de Willow Run appartenant à Kaiser et non pas comme prévu initialement dans l’ancienne usine Graham-Paige de Detroit, propriété de Frazer. Ce site de Willow Run - situé à 27 kilomètres de Detroit - avait été une usine de fabrication de bombardiers pendant la guerre. Transformée pour la production d’automobiles, elle pouvait produire jusqu’à 200 000 voitures par an.  

Willow Run était une usine de fabrication dans le Michigan, construite de 1940 à 1942 par Ford, puis louée au gouvernement américain pour y produire du matériel aéronautique, notamment le fameux bombardier B-14 Liberator, dont la production s'est poursuivie jusqu'en mai 1945. L'usine fut rachetée en 1953 par la General Motors.


1946 : Première berline Kaiser


Proposée initialement en berline, la Kaiser - comme la Frazer - fut bientôt disponible en version quatre portes décapotable et même en version cinq portes, le hayon arrière s’ouvrant en deux parties, vers le haut et vers le bas, comme sur les rares breaks de l’époque. Elle fut même proposée dans une version quatre portes hardtop, anticipant la mode de ce type de carrosserie au cours des années 50. Le succès de ces nouvelles voitures fut immédiat car 137 359 exemplaires furent produits pour les deux marques en 1947 (70 574 Kaiser et 66 785 Frazer) et légèrement plus en 1948 (91 851 Kaiser et 48 431 Frazer).

La Kaiser lancée en 1946 est une grande berline de 5,15 mètres de long, dont la carrosserie est semblable à celle de la Frazer lancée la même année. Les deux modèles à carrosserie ponton sont très modernes pour l’époque et démodent très vite les productions de GM, Ford et Chrysler.

Mais les nouveaux modèles d’après-guerre des Big Three (GM, Ford, Chrysler) devant être présentés fin 1948, Joseph W. Frazer demanda à son associé une révision complète des lignes de la Kaiser-Frazer pour 1949. Celui-ci refusa de remplacer si rapidement ce modèle qu’il ne jugeait pas encore démodé, et proposa un simple restyling qui fut d’ailleurs réalisé fin 1948, avec une nouvelle calandre et de nouveaux feux arrière. Frazer quitta alors la société avec fracas. Le déclin de la firme était ainsi amorcé.

Le niveau de production pour 1949 fut décevant avec un peu plus de 100 000 unités pour les deux marques, et seulement 19 000 en 1950. Environ 81 % portaient l'écusson Kaiser, et le solde celui de Frazer. Les stocks de voitures invendues représentaient alors 20 % de la production en 1949, ce qui obligea le constructeur à les commercialiser pour le millésime 1950. La remplaçante de la Kaiser- Frazer apparut finalement à la fin de l’année 1950. La firme avait déjà réalisé des études de futures Frazer sur la base de la nouvelle carrosserie, mais Joseph W. Frazer ayant quitté le groupe, Henry J. Kaiser décida de supprimer la marque Frazer fin 1950, et la nouvelle voiture ne sortit que sous la marque Kaiser.


1950 : Seconde berline Kaiser


La nouvelle berline Kaiser lancée fin 1950, baptisée Vagabond, Manhattan et Dragon, ne ressemblait à aucune autre voiture avec sa ceinture de caisse surbaissée et sa surface vitrée exceptionnelle. Elle s’étirait sur une longueur de 5,36 mètres, et son moteur était toujours le bon vieux six cylindres de 3,7 litres monté sur les dernières Graham-Paige, qui développait maintenant 118 ch et même 140 ch avec un compresseur centrifuge McCulloch qui n’était mis en action que lorsque la pédale d’accélérateur était enfoncée.

La Kaiser lancée en 1950 reprend le moteur de la série précédente mais sa carrosserie est très différente et étonne par sa faible hauteur et sa vaste surface vitrée. Le pare-brise creusé en son milieu est aussi une spécificité du modèle. Le style de la calandre sera repris et développé par Simca sur son modèle Aronde Elysée lancé en 1955.

La nouvelle berline Kaiser fit exploser les ventes de la marque en 1951 : près de 139 452 voitures produites, un nombre sans aucune commune mesure avec celui de 1950. De la dix-septième place des constructeurs américains, Kaiser passa à la douzième. On revenait au niveau des années 1947 et 1948. Malheureusement, les ventes s’effondrèrent en 1952 (près de 32 000 unités) et 1953 (près de 28 000 unités). Cette année-là, la berline Kaiser reçoit une nouvelle calandre inspirée de celle du concept car Buick XP-300. Les phares aussi, couplés avec les clignotants, reprennent trait pour trait le dessin de ceux du prototype de la General Motors. Enfin, les feux arrière sont redessinés et agrandis.  

La Kaiser reçoit une nouvelle partie avant en 1953 (calandre et phares) directement inspirée par le concept-car Buick XP-300 dévoilé en 1951 par le groupe General Motors. Ce modèle connaîtra une seconde vie en Argentine sous le nom Carabela de 1954 à 1962.

Mais cette évolution esthétique ne change rien au destin de la berline Kaiser. En 1954, alors que 8 539 voitures seulement sont produites, Kaiser décide de cesser la production automobile en Amérique du Nord, et s’associe à Willys, le constructeur de la célèbre Jeep, pour former le groupe Kaiser-Willys. Au total, la production des Kaiser a atteint environ 465 000 unités de 1946 à 1954. La Kaiser 1950 émigre en 1956 en Argentine où elle est produite dans l’usine Kaiser locale jusqu’en 1962, sous le nom de Carabela.

Après que Kaiser ait suspendu la production de sa berline Manhattan aux Etats Unis en 1954, l'outillage fut transféré vers l'Argentine. A cette occasion, un nouveau constructeur automobile vit le jour sous le nom d'IKA, pour Industrias Kaiser Argentina. Faiblement taxé par rapport aux importations étrangères, la Carabela y rencontra un certains succès. Les mécaniques étaient d'origine Willys. 10 283 exemplaires furent produits jusqu'en 1962.


1951 : Accord avec Mitsubishi 


En 1951, Kaiser passe un accord avec le constructeur japonais Mitsubishi et construit une usine à Kawasaki pour la production du modèle Henry J qu’il venait de lancer aux Etats-Unis quelques mois plus tôt. Ce modèle est vendu principalement aux soldats américains en poste au Japon à cette époque. L’usine Mitsubishi produira ce modèle en faibles quantités jusqu’en 1954, date à laquelle elle se met à produire des Jeep sous licence, la marque Jeep étant passée sous le contrôle de Kaiser quelques mois plus tôt. La Jeep produite par Mitsubishi de 1954 à 1998 est l’ancêtre du Mitsubishi Pajero qui a été fabriqué de 1981 à 2018.   

En 1951, Mitsubishi entame l'assemblage et la vente de la Henry J. Il s'agit d'un modèle économique américain conçu par le groupe Kaiser-Frazer Corporation, dont la production a commencé aux Etats-Unis en juillet 1950. La désignation Henri J fait référence au dirigeant de la compagnie, Henri J. Kaiser.


1953 : Kaiser-Darrin


Howard Darrin qui avait dessiné les Kaiser 1946 et 1950, ainsi que la compacte Henry J, avait imaginé en 1952 un roadster deux places sur la base de la berline Kaiser à châssis raccourci. Il persuada Henry J. Kaiser de le commercialiser au prix de 3 670 dollars, alors que la gamme des berlines débutait à 2 315 dollars (Carolina) pour finir à 3 925 dollars (Dragon). Malgré ce prix compétitif, seulement 435 exemplaires de ce roadster ont trouvé preneur entre 1953 et 1954. Le modèle réalisé en fibre de verre était bien dessiné, avec son long capot se terminant par une petite calandre en forme de cœur, son astucieux système de capote et ses deux portes coulissantes. Dotée d’un moteur six cylindres à compresseur, elle pouvait atteindre 160 km/h.

La Kaiser Darrin lancée en 1953 est un roadster deux places à portes coulissantes produit à 435 exemplaires durant le millésime 1954. Il connaîtra une seconde vie en 1955 avec un moteur V8 Cadillac et sous le nom Darrin.

Fin 1954, Howard Darrin acheta une centaine de roadsters invendus pour les vendre dans son magasin de Los Angeles en 1955, après l’arrêt de production des voitures Kaiser. Ces voitures, vendues au prix de 4 350 dollars, étaient équipées d’un moteur V8 Cadillac, qui pouvait les propulser à 225 km/h. Elles sont aujourd’hui rarissimes. 


1959 : Accord avec Renault


On a vu que la berline Kaiser 1950 a connu une seconde vie en Argentine, grâce à la fabrication du modèle Carabela effectuée sur le site de Industrias Kaiser Argentina S.A. à Cordoba. Rebaptisée IKA en 1958, cette firme passe un accord avec Renault en 1959 pour fabriquer la Dauphine en Argentine, prélude d’une association plus profonde entre les deux constructeurs, concrétisée par la création d’IKA Renault quelques années plus tard.

Le 27 novembre 1959, Industrias Kaiser Argentina (IKA) et la Régie Renault concluaient un accord de fabrication de la Dauphine. Le 12 juin 1960, la première Dauphine argentine voyait le jour. 97 209 Dauphine furent produites jusqu'en 1970.

Pour remplacer la Carabela, la Rambler du groupe AMC (American Motors Corporation) est fabriquée chez IKA Renault à partir de 1962, en vertu d’accords entre IKA Renault et AMC. A cette époque, la Rambler d’AMC est également fabriquée en Belgique - à Vilvoorde - et commercialisée en Europe sous le nom de Rambler Renault, suite à des accords entre Renault et AMC. Ce modèle était sensé succéder à la Renault Frégate (1951-1960) car le constructeur français n’avait pas prévu de remplaçante pour ce modèle de haut de gamme. Il faudra attendre 1965 et le lancement de la Renault 16 pour que la Frégate ait une descendance française. Les accords entre Renault et AMC deviennent alors caducs.

Voiture mondiale avant l'heure, la Rambler a été produite aux Etats-Unis, en Argentine, au Mexique, en Australie, en Amérique du Sud, en Belgique, etc ...

En même temps, la Rambler fabriquée par IKA Renault est remplacée en 1966 par une toute nouvelle voiture, l’IKA Torino, qui est concoctée par Renault à partir de la Rambler et dont le design est signé Pininfarina. Le nom de la voiture indique d’ailleurs que son dessin est dû au talent d’un artiste italien ... En 1980, alors que disparaissait la Torino, après quatorze ans de bons et loyaux services, IKA Renault est rebaptisée Renault Argentina. Ce changement de nom officialisait le rachat à 100 % de l’entreprise par Renault en 1975. Il officialisait aussi la disparition en Amérique du Sud de la marque Kaiser symbolisée par la lettre K du nom IKA. 

La Torino succédait en 1966 à l'IKA Carabela. Elle fut construite jusqu'en 1982 sous licence American Motors, sur la base d'une Rambler American. Son dessin d'inspiration européenne (et pour cause, Pininfarina était passé par là) était spécifique à ce modèle argentin. Disponible en coach deux portes ou en berline quatre portes, la Torino était un modèle très populaire dans son pays d'adoption.


La fin de Kaiser en Amérique du Nord


L'entreprise Kaiser Willys créée en 1954 par la fusion des deux firmes se spécialise à partir de 1955 dans la production de véhicules dérivés des Jeep. En 1962, apparaît la Wagoneer, gros break à quatre roues motrices, qui sera épaulée par la Cherokee en 1973, puis par la Grand Cherokee. La firme Kaiser Willys rebaptisée Kaiser Jeep en 1963 est rachetée en 1970 par le groupe AMC, et sera alors rebaptisée simplement Jeep, provoquant de facto la disparition de la marque Kaiser. Intégrée dans le groupe Chrysler en 1987, la firme Jeep est aujourd’hui très prospère dans la catégorie des SUV (Sport Utility Vehicles), produisant chaque année plus d’un million de véhicules au sein du groupe Stellantis. 

Kaiser Jeep lance en novembre 1963 un nouveau véhicule baptisé Wagonner. La carrosserie signée Brooks Stevens rompt nettement avec les formes habituelles des 4 x 4, pour lesquels la Jeep a pourtant créé une esthétique de référence.

Texte : Jean-Michel Prillieux
Reproduction interdite, merci.

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