Bond, my name is bond


Bond était une marque automobile britannique spécialisée dans la fabrication de véhicules à trois roues. Créée en 1949, elle connaîtra une carrière commerciale modeste, à l’ombre de son concurrent Reliant qui finira par la racheter en 1969 avant de la supprimer définitivement en 1974.


Les débuts de la marque Bond


La naissance de la marque Bond à Preston dans le Lancashire au Royaume-Uni résulte de la rencontre d’un financier, Charles Reginald Gray, et d’un concepteur de voiturettes à trois roues, Lawrence Bond. De cette association naît en 1949 la Bond Minicar Mark A fabriquée initialement par une compagnie nommée Sharp’s Commercials Ltd. Il s’agissait d’une voiturette découverte à trois roues en matière synthétique directement concurrente des petites Reliant contemporaines. Cette catégorie de véhicules bénéficiait au Royaume-Uni de certains avantages (taxes à l’achat réduites de moitié, assurances moins élevées), à l’instar des cyclecars en France entre 1920 et 1925 ou des " midgets " au Japon à partir des années 50.

La première voiturette Bond lancée en 1949 s’appelle logiquement Minicar. C’est un minuscule cabriolet deux places à trois roues, une à l’avant, deux à l’arrière, doté d’un moteur de motocyclette.

La Bond Minicar Mark A se présente sous la forme d’un minuscule cabriolet à deux places de 2,69 mètres de long doté d’un moteur monocylindre Villiers de 122 cm3 puis de 197 cm3 à partir de décembre 1949 permettant une vitesse maximale de 70 km/h. L’ensemble ne dépasse pas 150 kilos sur la balance. Le modèle très spartiate reçoit un accueil mitigé, avec 1 973 ventes entre 1949 et 1951.


L’évolution de la Bond Minicar


La Bond Minicar Mark A est remplacée par la Mark B en 1951. La Mark A s’appellera ainsi seulement à partir du lancement de la Mark B. La Bond Minicar Mark B est une simple évolution de la Mark A allongée de 8 centimètres. Le moteur reste le 197 cm3 vu sur les dernières Mark A. Les ventes se maintiennent à un niveau très bas : 1 414 exemplaires entre 1951 et 1952, dont plus de 300 versions utilitaires, le plus souvent des pick-up, à destination des artisans et des agriculteurs.

En 1952, la Bond Minicar Mark C succède à la Mark B, sous une carrosserie entièrement nouvelle et en vérité beaucoup plus attrayante. Longue de 3 mètres, elle pèse 210 kilos et elle est toujours dotée du monocylindre Villiers de 197 cm3 mais son aspect évoque désormais une véritable petite voiture découvrable et non plus une baignoire vaguement carrossée. La demande sera cette fois un peu plus conséquente, avec 6 399 ventes enregistrées entre 1952 et 1956, soit 1 600 unités par an contre 1 400 pour la Mark B et 1 000 pour la Mark A. La Mark D lancée en 1956 succède à la Mark C sous une carrosserie identique qui est alors appréciée de la clientèle. Son moteur est toutefois un peu plus puissant ce qui permet d’atteindre cette fois une vitesse de pointe de 82 km/h. Ce modèle s’écoule à 3 761 unités entre 1956 et 1958, soit 1 880 par an, le meilleur résultat enregistré par le constructeur depuis sa création en 1949. En 1956, apparaît la Minicar Mark E qui succède à la Mark D, sous une carrosserie monocoque de style ponton (une première chez le constructeur) plus longue de 35 centimètres, la longueur totale atteignant désormais 3,35 mètres. Le moteur est inchangé mais le poids du véhicule atteint 305 kilos, ce qui limite les performances qui repassent en dessous des 80 km/h. Malgré une réelle montée en gamme et des équipements plus nombreux, le modèle ne rencontre pas le succès, puisque 1 189 unités sont écoulées entre 1956 et 1958, soit 600 par an seulement, le plus mauvais score de la marque depuis 1949.

La Bond Minicar de 1956/57  évoque vraiment l’univers de la bande dessinée. L’aspect amusant de l’ensemble est peut-être la première des qualités de la voiture, certains détracteurs diront même la seule.

En 1958, apparaît la Minicar Mark F qui succède à la Mark E. Elle en reprend la carrosserie de 3,35 mètre mais d’importants changements voient le jour par rapport à la série précédente, car elle peut accueillir quatre passagers sous un toit en dur, une première chez le constructeur. Son moteur aussi est nouveau, il s’agit d’un monocylindre de 247 cm3 permettant d’atteindre la vitesse maximale de 90 km/h. Cette fois, les ventes remontent en flèche puisque l’on en dénombre 6 493 entre 1958 et 1963, soit 1 300 unités par an. En 1961, apparaît la Minicar Mark G qui conserve le moteur de 247 cm3 mais propose plusieurs carrosseries différentes, telles que berline, break, camionnette, découvrable. La Minicar Mark G s’écoule à 3 253 exemplaires entre 1961 et 1966, soit 650 unités par an.

Ce rythme de production trop faible et chaotique ne permet pas à la marque Bond d’être réellement rentable et viable à long terme, surtout comparé à sa concurrente Reliant. De 1949 à 1966, Bond a fabriqué 24 482 exemplaires de sa Minicar, soit 1 440 unités par an en moyenne, ce qui en fait un constructeur marginal sur le marché britannique, sans pour autant réaliser un gros chiffre d’affaires comme les marques de luxe alors fort nombreuses au Royaume-Uni. En outre, le marché des minicars décroît rapidement en Europe, dès le début des années 60, notamment en raison de la baisse des taxes sur les voitures de tourisme à quatre roues et de la hausse générale du niveau de vie des européens qui leur permet d’accéder directement au marché des vraies voitures, comme les Austin Mini et Morris Mini par exemple. Beaucoup de constructeurs spécialisés dans les minicars disparaissent à cette époque, notamment en Allemagne.

La Bond Minicar de 1958 adopte enfin le style ponton et sa carrosserie allongée avec un toit en dur permet d’accueillir quatre passagers dans des conditions de confort plutôt limitées.


1963 : Bond Equipe


Bond décide alors de se diversifier et à la fois de monter en gamme en lançant un véhicule classique à quatre roues. Dévoilé en 1963, ce modèle baptisé Equipe se présente sous la forme d’un coupé deux portes dérivé de la Triumph Herald commercialisée depuis 1959, dont elle reprend le châssis et le moteur. La carrosserie elle-même s’inspire étroitement de la voiture dessinée par Michelotti. L’arrière de la Bond Equipe est toutefois traité dans le style fastback, très différent du modèle d’origine. L’Equipe dotée initialement d’un 1147 cm3 puis d’un 1296 cm3 connaîtra seulement un succès d’estime, avec 2 956 exemplaires vendus de 1963 à 1970, soit 425 unités par an en moyenne.

La Bond Equipe lancée en 1963 est la première voiture à quatre roues de la marque. Mais le constructeur n’est pas parti d’une feuille blanche, puisque ce modèle est tout simplement une Triumph Herald recarrossée par Bond.

En 1967, le modèle est doublé d’une version entièrement redessinée, dotée de quatre phares ronds et d’un moteur 2 litres à six cylindres d’origine Triumph, celui monté dans la Vitesse. Mais ce coupé de 4,06 mètre de long ne connaîtra pas plus de succès, avec 1 432 ventes entre 1967 et 1970, soit 475 unités par an en moyenne. Pourtant, la Bond Equipe 2 litres GT reste le modèle le plus réussi et le plus rapide de la marque (160 km/h), mais l’image du constructeur ne se prêtait pas vraiment à cette réalisation bourgeoise et sportive. Un convertible lancé sur le tard ne changera pas le destin de la voiture.

La Bond Equipe GT lancée en 1967 est la première (et la seule) six cylindres de la marque. Elle reprend en effet châssis et moteur de la Triumph Vitesse 2 litres six cylindres. Son style est très différent de l’Equipe de 1963.


 1965 : Bond 875


En 1965, deux ans après le lancement de son coupé Equipe à quatre roues dérivé de la Triumph Herald, Bond revient à ses anciennes amours - malgré une conjoncture plutôt défavorable à la commercialisation de ce type d’engins - en dévoilant la remplaçante des Minicar à trois roues qui ont été proposées depuis 1949 par la firme de Preston. Le nouveau modèle long de 2,95 mètre est une évolution esthétique des anciennes Minicar. Son moteur est un 875 cm3 de 34 ch d’origine Rootes (monté sur l’Hillman Imp van) qui permet d’atteindre une vitesse maximale de 122 km/h. Le modèle de 400 kilos proposé en break deux portes et en camionnette deux portes n’est pas un succès, puisque seulement 3 431 exemplaires ont été vendus entre 1965 et 1970, soit 700 unités par an en moyenne. La Bond 875 (nom correspondant à la cylindrée du moteur) a-t-il été le modèle de trop pour le constructeur ? Oui et non, car ce modèle aura une descendance, il s’agit de la Bond Bug lancée en 1970.

La Bond 875 lancée en 1965 est l’héritière des Minicar. Son moteur provient de l’Hillman Imp. La carrosserie se veut plus moderne et plus cossue. Elle se rapproche d’ailleurs du style des Reliant. Un appel du pied ?


1970 : Bond Bug 


L’échec commercial de la 875 et du coupé Equipe va entraîner de sérieuses difficultés financières qui vont déboucher sur le rachat de Bond par son concurrent Reliant en février 1969. La première décision concerne la fermeture de l’usine de Preston et le rapatriement de la production Bond vers l’usine Reliant de Tamworth (Staffordshire/Royaume-Uni). La seconde décision concerne l’abandon du coupé Equipe et le remplacement de la 875 par un engin d’aspect futuriste afin de le différencier nettement des véhicules à trois roues de marque Reliant. Reliant décide en effet de positionner Bond comme une marque premium (terme non encore usité à l'époque) au sein du groupe Reliant Bond. Le véhicule à trois roues basé sur la Reliant Regal et dessiné par Tom Karen du studio Ogle Design adopte une ligne en coin très originale avec un cockpit qui bascule entièrement vers l’avant. Il est baptisé Bug, dont l’origine est à rechercher du côté des Buggies à moteur Volkswagen, alors très en vogue sur les côtes californiennes mais pas seulement. Longue de 2,80 mètres, la Bond Bug est dotée d’un moteur Reliant quatre cylindres de 700 cm3 de 29 ch permettant d’atteindre 122 km/h qui sera rapidement remplacé par un 750 cm3 de 34 ch permettant d’atteindre 126 km/h.

La Bond Bug lancée en 1970 revient sur le marché des petits véhicules trois roues pourtant en net déclin. Ce modèle à l’aspect futuriste est une initiative de Reliant qui a racheté la marque Bond en 1969. Le modèle vendu au prix d’une BLMC Mini sera abandonné dès 1974.

Souvent peinte en couleur orange vif, la Bond Bug est fabriquée non pas dans l’usine Bond de Preston qui cesse toute activité à ce moment-là, mais dans l’usine Reliant de Tamworth. Le modèle qui pèse 400 kilos sur la balance ne connaîtra finalement pas le succès, malgré un design à couper le souffle, puisque seulement 2 270 exemplaires seront produits entre 1970 et 1974, soit 570 unités par an en moyenne. Le modèle est en effet vendu pratiquement au prix d’une Mini du groupe BLMC, ce qui ne facilite pas sa diffusion. Alors que toute la production automobile mondiale est affectée par le choc pétrolier d’octobre 1973, Reliant décide de supprimer la marque Bond en 1974 et de concentrer sa production sur ses propres modèles.

Texte : Jean-Michel Prillieux
Reproduction interdite, merci.

Voir aussi : http://leroux.andre.free.fr/ukbond.htm

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