Projet 4435 / Opel

Le projet 4435 fut étudié à l'initiative de Heuliez, qui voyait là une occasion unique de poursuivre son partenariat avec Opel, après l'arrêt programmé de la Tigra TwinTop en 2009. En dehors de sa caution morale, le constructeur allemand fournissait au carrossier de Cerizay la base et les éléments de conception de la Corsa de quatrième génération, mais c'est Heuliez qui assurait le financement de la pré-étude.

Rappelons que la TwinTop fut élaborée sur une base de Corsa de troisième génération. La quatrième génération de ce modèle à succès était annoncée à l'horizon 2007. Avec ce nouveau projet de cabriolet quatre places, Heuliez se faisait fort d'innover, et surtout de répondre à la principale critique dont faisait l'objet la TwinTop, la présence de seulement deux places assises. Clairement, à Cerizay, on avait déjà conscience que l'aboutissement ou non de cette étude conditionnait l'avenir de l'entreprise et de ses salariés. Cela semblait être l'opération de la dernière chance. 


L'Opel Tigra telle qu'elle fut commercialisée en 2007, sans version découvrable au catalogue


Proposition de style réalisées sous l'autorité de Niels Loeb, un des responsables du style Opel.

Le système Rétrac Top 5 utilisé dans le cadre de cette étude présentait quelques particularités. Précisons certains aspects techniques pour nos lecteurs les plus avertis : les montants de la lunette arrière se désolidarisaient de la vitre dans le mouvement. Une fois le toit plié dans le coffre, les deux montants pénétraient plus en avant que la vitre vers l'avant du véhicule en se glissant dans les panneaux de coté des places arrière. Cela permettait de conserver la géométrie du bloc arrière, et surtout de conserver les éléments d'origine de la voiture, tels que les feux arrière et le bouclier, ce qui ne pouvait qu'influencer favorablement sur les coûts d'étude et de production. Outre les quatre places assises, ce système favorisait la facilité de chargement du coffre, grâce au volume offert. Ouf !


RétracTop 5

Opel hésita face à la nouvelle proposition de Heuliez. L'opération Tigra TwinTop ne fut pas vraiment un bide total, mais les ventes demeurèrent bien en deçà des objectifs initiaux. Le constructeur de Rüsselsheim redoutait le même échec avec cette nouvelle voiture, d'autant plus qu'au sein de sa gamme, depuis 2006, il répondait déjà à une partie des attentes de sa clientèle avec l'Astra TwinTop, développée par ailleurs en partenariat avec le fabricant allemand de toit rétractable Car Top System.


L'Opel Astra TwinTop développée en partenariat avec le fabricant allemand Car Top System

Le manque d'enthousiasme des allemands fut assez vite perçu lors de la construction du démonstrateur à Cerizay. Une partie des dirigeants d'Opel ne semblait plus croire à ce marché. Pour avoir une chance d'aboutir, on sentait bien qu'il allait falloir leur forcer un peu la main. 

En 2000, la General Motors nouait une alliance avec Fiat. L'italien cédait 20 % de son capital, en échange de 6,1 % de celui de la GM. Dans ce contexte, pour mettre tous les atouts de son côté, Heuliez proposait à l'alliance FIAT / GM non pas un, mais deux cabriolets CC, l'un sur base Corsa, l'autre sur base Punto, les deux voitures partageant peu ou prou la même plate-forme. Ainsi, les investissements auraient pu se trouver mutualisés, et la plupart des équipements utilisés sur l'une et l'autre des plates-formes. Les adaptations pour passer de l'Opel à la Fiat étaient mineures. Qui plus est, si les deux dossiers avaient abouti, cela aurait constitué un bonus extraordinaire pour Heuliez, avec des volumes de production plus conséquents.


L'étude de style menée par Heuliez pour une Punto de type CC

Le démonstrateur fut présenté au staff de Fiat, groupe dirigé depuis 2005 par Sergio Marchionne. Fiat fit ensuite plus ou moins lanterner Heuliez et demanda au carrossier plusieurs itérations de prix et de style. Afin de faire tomber le prix au plus bas, une version d'un toit repliable à la main fut même envisagée. Finalement, Fiat renonçait, et Opel dans la foulée mi-2006.

C'est à ce moment là que chez Heuliez on a commencé à percevoir que le compte à rebours était enclenché, et même si l'on n'osait pas se l'avouer, qu'une aventure industrielle vieille de bientôt un siècle était sur le point de s'achever. 

Une ultime tentative de relance du projet fut tentée auprès d'Opel fin 2007, prévoyant cette fois une date de sortie commune à celle de la version restylée de la Corsa de quatrième génération prévue pour 2010. Cette dernière proposition n'aboutira pas non plus.

Avant de prendre le chemin du musée, la maquette de démonstration subira un restyling du masque avant en janvier 2008, pour lui donner une image plus neutre en gommant le Blitz Opel de la calandre, remplacé par le logo maison, un capot plus plongeant, et des optiques de taille moindre. Cette maquette fonctionnelle du Retrac Top 5 sera présentée ainsi sur le stand Heuliez lors du salon de Genève 2008, dans un box privé à l'abri des regards du grand public. Son accès était en effet limité à quelques prospects ciblés.


Avant et après le restlyling de début 2008


L'assemblage de la caisse est réalisé. Les deux autres CC, Micra et 206, sont placés à côté pour obtenir les premiers éléments de comparaison visuelle.

La voiture est dans la phase où le toit est ajusté sur la caisse. Les éléments du mécanisme de toit sont en cours de montage et d'ajustage.

La voiture rentre dans la cabine de peinture.

Comme chez tout industriel qui se respecte (et oui, cela semble être le cas à peu près partout), des travaux de finition ou de modification se font à la dernière minute directement dans la salle de présentation, ce qui laisse aussi supposer d'un timing très court sur cette phase de pré-projet. 

La voiture est fin prête pour une présentation aux " décideurs " de chez Opel.

Cet objet qui ne pouvait évidemment pas rouler de manière autonome paraissait bien isolé et anonyme le 7 octobre 2012 au milieu d'une vente qui rassemblait plusieurs dizaines d'automobiles. Dans une telle abondance, il aurait été bien illusoire de vouloir raconter au chaland la somme de travail qu'avait représenté cette auto, et à quel point son éventuelle industrialisation aurait pu préserver pour quelques années encore l'avenir du site de Cerizay. Cette " chose " à priori sans histoire ne pouvaient donc intéresser qu'une minuscule poignée d'amateurs particulièrement éclairés. Ils s'en trouva heureusement un au sein de l'association Deux Sèvres Auto Mémoire, en la personne de son président, qui fit l'acquisition de ce morceau d'histoire pour 248 euros, frais et taxes compris !


La maquette du projet 4435 vendue le 7 octobre 2012 à Cerizay

Ces cinq photos illustrent la décomposition des phases d'ouverture du toit rétractable.

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