Opel Tigra TwinTop

Les petites séries ont longtemps posé de gros problèmes aux grands constructeurs, car malgré les faibles quantités de voitures à produire, elles étaient une entrave chez des industriels plus habitués et mieux structurés pour affronter de fortes cadences. Elle généraient des temps morts qui avaient une influence négative sur les prix de revient. Une entreprise de taille moyenne, plus souple dans son organisation, était alors plus apte à assurer à moindre coût ce type de production marginale (malheureusement pour les carrossiers, ces dernières années, les constructeurs se sont adaptés à ces petites séries, en les intégrant sur leurs chaînes).

C'est dans ce contexte qu'Heuliez évoquait publiquement au salon de Genève 2003 le projet de développement d'un coupé roadster sportif et compact pour l'allemand Opel, équipé d'un toit rétractable. Le modèle définitif était exposé un an plus tard au salon de Genève 2004.

Une trentaine de mois de course chez Heuliez avaient précédé cette naissance, depuis les premiers contacts établis lors du salon de Genève en mars 2001. A l'époque, la Peugeot 206 CC débutait tout juste sa carrière. Il s'agissait d'une record de durée pour Opel dans la gestion de ce type de projet, battant la précédente performance pour une nouvelle voiture (il s'agissait de l'Opel Astra de troisième génération) de 15 jours.


Les premières propositions d'Heuliez. Le style Corsa est encore très présent. Les premiers contacts entre Heuliez et Opel eurent lieu lors du Salon de Genève en mars 2001.


Juillet 2002, nous sommes à vingt mois de la présentation à Genève. Le style de celle qui se fera appeler Tigra Twin Top est presque définitif. Seuls les feux et le volume des passages de roues ont été remodelés en septembre pour donner un aspect plus ramassé à l'auto. A Cerizay, certaines études d'outillages furent modifiées au dernier moment afin de satisfaire à ces changements.


Le style extérieur de l'Opel Tigra tel qu'il fut arrêté le 13 septembre 2002. Ces rough sont signés Holger Weyer, " chief designer " chez Opel. A noter sur l'illustration ci-dessus la présence du troisième feu stop dans le blitz. Une proposition non retenue par Opel qui voyait d'un mauvais oeil son logo positionné dans le rouge. Que les finances de la marque soient critiques à cette époque n'avait pas besoin d'être souligné par la présence de l'éclair Opel dans un feu stop sur une de leur autos.


Autres rough de Holger Weyer pour le style intérieur.


L'Auto Journal, toujours à l'affût de la bonne information dans son édition du 28 novembre 2002.

La production en série débutait officiellement le 1er juin 2004. Heuliez s'attaquait aux 154 214 exemplaires à produire sur 4 ans et demi, selon les termes du contrat initial.

Ce lancement fut un véritable succès pour Heuliez en général, et pour Paul Quéveau en particulier, le fil de Gérard Quéveau, qui parvint à convaincre le constructeur allemand d'engager les études puis la production dans les Deux Sèvres de la nouvelle Opel TwinTop. L'industriel français avait réussi à faire la différence par rapport à ses rivaux Karmann, ATS , Pininfarina ou Bertone, mis en concurrence sur ce projet.

L'usine recevait le moteur accompagné de ses transmissions. La production du véhicule chez Heuliez intégrait les phases suivantes :

- l'emboutissage de toutes les pièces de carrosserie spécifiques,
- l'assemblage de la caisse en blanc dans un atelier robotisé,
- la cataphorèse et la peinture de la caisse,
- le montage final du véhicule complet, ainsi que le montage du module toit
.. plus coffre sur une ligne spécifique,
- les essais et contrôles qualité.

La tâche était autrement plus complète que d'assembler des modules de 206 CC, et donc plus rémunératrice pour Heuliez.


Cette Tigra TwinTop destinée au marché britannique y était vendue sous la marque Vauxhall.


La TwinTop, avec l'écusson Holden, pour le marché Australien

La TwinTop fut le premier véhicule (et le dernier ...) à porter la signature d'Heuliez sous la forme de son nouveau logo, intégré ici sur les répétiteurs d'ailes. La carriole qui avait symbolisé l'entreprise depuis ses débuts avait laissé la place à une roue stylisée sur laquelle venait s'inscrire la lettre H. La présence du logo Heuliez sur la carrosserie de la TwinTop était un bel hommage rendu au travail du constructeur de Cerizay, à l'image de ce que faisait Renault avec Karmann sur sa Mégane.

A ses débuts en 2004, la TwinTop était produite à une cadence de 200 voitures par jour. Neuf jours séparaient l'enregistrement d'une commande chez un concessionnaire et la sortie de la voiture de la chaîne de montage.


Dans les ateliers de Cerizay


Appréciez la dimension artistique d'une carcasse automobile. A Cerizay le 7 octobre 2012 - © ALR


Les camions porte voitures tournaient à plein régime au départ de Cerizay

Malgré un bel optimisme de rigueur, et afin d'ajuster l'offre à la demande, ou plus clairement pour faire face à l'échec commercial de la petite Opel qui ne manquait pourtant pas de charme, les cadences furent ramenées à 100 exemplaires par jour début 2006, puis à 50 en fin 2006. La dernière Twin Top à sortir de production en septembre 2009 portait le numéro 90874. Moins de 60 % du programme initial avait été produit.

Chiffres de production de la TwinTop, 2004 : 14 904 exemplaires, 2005 : 37 690 exemplaires, 2006 : 14 470 exemplaires, 2007 : 11 770 exemplaires, 2008 : 8 840 exemplaires.


En dehors de la série, Heuliez tenta quelques escapades plus ou moins audacieuses ...

Cette teinte spécifique orange pearl fut proposée à Opel en 2007. Les experts de chez Heuliez avait préalablement étudié l'application de ce type de peinture dans leurs installations de production. Mais faute d'un accord du client pour présenter ce coloris au catalogue, cette auto demeura unique. Souvenons nous qu'à l'époque, Ford proposait ce type de teinte sur la méchante Focus RS.

Gérard Quéveau était un passionné d'aviation, et s'inspira de la décoration d'un avion de chasse (notez le tigre à la base de la dérive) pour habiller ce modèle unique de Tigra qui fut utilisé par l'usine jusqu'à la fin de la période " Groupe Henri Heuliez ". Sur la dernière photo (prise sur le parking à l'entrée de l'usine, notez devant la voiture la plaque où l'on devine le nom de Quéveau), seul le toit avait reçu la décoration.

Non, il ne s'agit pas d'une commande de la DDE des Deux Sèvres, mais de celle qu'un concessionnaire Opel allemand passa en 2007 pour fêter l'anniversaire de sa concession. Ces Tigra étaient d'une teinte conventionnelle référencée RAL2004.

En partenariat avec l'équipementier Normand Sealynx, fournisseur du système d'étanchéité de la Tigra, cette version spéciale fut présentée au salon de Genève 2008. Le coffre et le toit étaient équipés d'un système de sécurité anti-pincement, que l'on trouve habituellement sur les lèves vitres électriques de porte et les vitres de toit ouvrant. Malgré la masse des éléments en mouvement, ni une paille, ni un gobelet plastiques n'étaient écrasés ! Opel ne donna pas le feu vert pour industrialiser ce système. La teinte blanche nacrée était tout à fait originale, n'ayant jamais figurée au catalogue. Après le salon, la voiture fut reconfigurée avec une fonctionnalité de toit ouvrant conventionnelle, puis revendue en occasion. Ainsi, son actuelle propriétaire, peut être sans le savoir, roule dans un modèle unique.


L'usine de Cerizay prévoyait dès mai 2006 de supprimer plus de 500 postes en production sur un effectif total de 1700 personnes. Ce plan social était le troisième chez le constructeur et équipementier des Deux Sèvres, après ceux de 1998 et 2001, consécutifs à l'arrêt de la production des véhicules électriques et des versions breaks pour Citroën. Evidemment, plus le nombre de voitures produites baissait, plus l'inquiétude augmentait auprès du personnel. Heuliez ne fut pas retenu pour la fabrication de l'Opel Astra TwinTop apparue en début d'année 2006. Celle ci était assemblée au sein de l'usine Opel d'Anvers en Belgique.


L'une des dernières Tigra produite à Cerizay.


La Tigra s'en va ... mais ne fut jamais remplacée.


La dernière Tigra Twin Top à sortir de production le 9 septembre 2009 était un modèle 1,4 litre essence à boîte manuelle, destiné au marché allemand.


Une petite partie de l'équipe pose avec une fierté légitime devant l'ultime Tigra Twin Top.


Même dans un moment aussi douloureux, les salariés osèrent un clin d'oeil avec cette voiture balai.


La ligne de montage vide ... la petite mort de l'entreprise, certainement un ressentiment très fort pour tous les salariés impliqués dans cette aventure industrielle. Le rail du convoyeur aérien et le tapis roulant à palettes au sol ont porté et supporté les voitures produites à partir du break BX. Les balancelles jaunes ne furent adoptées qu'à partir du break Xantia. Elles ne porteront plus jamais d'autos. Elle ont été ferraillées en 2011.


Les trois dernières voitures fabriquées par Heuliez quittent l'usine le 13 octobre 2009.


Heuliez imagina au moins trois alternatives possibles à la Tigra TwinTop. Il s'agissait d'une part d'un petit break sportif, d'une version de loisirs type pick-up, et d'une  évolution à quatre places à toit rétractable. Cette dernière étude, la plus aboutie des trois, fut menée très tôt dans la carrière de la voiture, car il s'agissait dès 2004 de prévoir le coup d'après, afin d'assurer une continuité de l'activité à Cerizay.


Heuliez imagina différentes solutions, comme cette ébauche d'un petit break sportif - © ALR


L'étude de ce pick-up Opel Tigra fut menée jusqu'à la réalisation d'une maquette - © ALR

Avec ce projet 4435, il s'agissait de remédier au principal défaut de la TwinTop, la présence de deux places assises seulement. Cette maquette à l'échelle 1 d'une version quatre places adultes fut soumise sans succès à Opel. Elle fut bradée dans l'indifférence quasi générale, sous le regard ému de son concepteur, lors de la vente de Cerizay du 7 octobre 2012. L'association Deux Sèvres Auto Mémoire, par le biais de son président, en fit l'acquisition pour un prix dérisoire au regard de la somme de travail engagée pour la réaliser.


Maquette de démonstration d'une évolution possible en 4 places assises de l'Opel Tigra - Photo VD

Ces solutions de la dernière chance ne furent hélas pas retenues par le constructeur allemand dont la maison mère, la General Motors, se débattait alors dans d'importantes difficultés financières. A l'exception de la Friendly (actuelle Mia), la Tigra Twin Top à quatre places peut être considérée comme la dernière étude intégralement menée par les hommes d'Heuliez.

Les stylistes de Cerizay imaginèrent, au moins sur le papier, d'autres variantes possibles de la Tigra, façon SUV ou  Coupé.

L'arrêt des relations avec Opel imposa à Heuliez de se remettre en question. Une prise de participation majoritaire de l'indien Argentum Motors dans le capital du carrossier devait bouleverser la donne courant 2008. Mais le projet ne fit hélas pas long feu ...

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