Claude Lobo

Claude Lobo - France - 1943/2011


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Claude Lobo voit le jour à Paris en 1943. Formé au collège technique Diderot puis à l'Ecole des arts appliqués Duperré, il débute son parcours professionnel chez Arthur Martin. En 1964, sitôt son service militaire accompli au sein de l'armée de l'air, il rejoint Simca à Argenteuil pour collaborer à l'élaboration de la future 1100. La firme se démarque alors par son département de style, unique en France car structuré selon le modèle des studios américains. Cette organisation, où l'esthétique s'affranchit de la tutelle directe de l'ingénierie, séduit de nombreux jeunes talents.

Il intègre Ford à Cologne en 1966, précisément au moment où le constructeur fusionne ses branches allemande et britannique pour fonder Ford Europe. Durant trois décennies, il gravit les échelons au sein du groupe, et occupe divers postes à responsabilités. Son expertise s'oriente d'abord vers les petites voitures et les séries spéciales en 1973, bifurque vers le design intérieur des poids lourds en 1978, pour enfin revenir aux segments des citadines et des berlines moyennes dès 1983.

En marge de ses activités de designer, Claude Lobo s'impose dès le début des années 1970 comme un pilote de course émérite. Son palmarès s'orne d'une victoire au Marathon de la Route en 1971 sur Ford Capri RS, ainsi que d'un succès aux 24 Heures du Nürburgring en 1974 au volant d'une Escort RS 2000 officielle, partagée avec Hans-Joachim Stuck. Cette expérience de la compétition lui confère une crédibilité précieuse pour valider les orientations esthétiques et techniques des futurs modèles de série.


1987

En 1987, Claude Lobo prend la direction du département chargé du design, des projets et de la recherche. Sous son impulsion, Ford bascule dans l’ère de la conception assistée par ordinateur, s'inscrivant dans un mouvement mondial où les constructeurs s'approprient un outil informatique alors en pleine expansion. Cette mutation technologique transforme radicalement la genèse des véhicules. Grâce aux simulations numériques, les concepteurs anticipent désormais les contraintes techniques bien avant l'assemblage des premiers prototypes physiques. Une telle approche modernise les cycles de développement tout en réduisant considérablement les coûts de production.


1994

Claude Lobo s'installe aux Etats-Unis afin de prendre la direction du design avancé du groupe, avec pour mission de renouveler l'identité visuelle des marques Ford, Lincoln et Mercury. Sous son impulsion, son équipe insuffle une orientation radicale à la stratégie esthétique de l'entreprise. Tandis que le courant du biodesign connaît son apogée, le directeur choisit la rupture en imposant le New Edge Design. Ce style propre à la firme américaine privilégie une alliance entre des surfaces tendues et des intersections nettes, ce qui crée des lignes de force marquées ainsi que des angles vifs. L'objectif consiste à conférer à la voiture un aspect à la fois technique, précis et robuste, tout en jouant sur les contrastes entre des formes organiques et des arêtes tranchantes. Cette approche facilite également l'assemblage industriel, car elle permet de mieux dissimuler les jeux de carrosserie entre les différents panneaux. Claude Lobo prend ainsi le contre-pied des silhouettes fluides, un mouvement dont le constructeur fut pourtant l'un des pionniers à travers les lignes de la Sierra.


1995, Ford GT 90 Concept

Dévoilée au Salon de Détroit en janvier 1995, la Ford GT90 voit le jour après seulement six mois de développement. Véritable héritière spirituelle de la légendaire GT40 des années 1960, elle inaugure la philosophie stylistique New Edge Design du constructeur. Sa carrosserie en fibre de carbone d'un blanc immaculé affiche des lignes tranchantes où pullulent les motifs triangulaires, des optiques jusqu'aux sorties d'échappement. Une vaste coupole vitrée enveloppe l'habitacle et offre une visibilité panoramique, tout en intégrant des portières qui empiètent sur le pavillon en hommage direct à son ancêtre. A l'arrière, un aileron actif se déploie pour stabiliser cette machine dont le moteur V12 quadriturbo développe 720 ch.

Ford GT 90 Concept, 1995 - Source : https://en.wheelsage.org


1996, Lincoln Sentinel

Présenté au Salon de l’auto de Détroit en janvier 1996, le concept Lincoln Sentinel tente de réconcilier l'héritage prestigieux de la marque avec les promesses du nouveau millénaire. Fruit d'une collaboration entre les talents de Ford et de sa division de luxe, ce concept car impose d'emblée un minimalisme sculptural et une prestance unique. Les designers puisent leur inspiration dans la Continental de 1961, tout en s'appuyant sur les lignes d'une Facel Vega Facel II qui aurait servie de modèle. La silhouette se définit par des traits tranchants qui parcourent toute la longueur, instaurant un équilibre entre fluidité et agressivité. Cette épuration atteint son paroxysme grâce à la suppression des poignées de porte et des piliers centraux, ce qui transforme la carrosserie en un fuselage ininterrompu. La calandre bénéficie d'une réinterprétation moderne, tandis qu'à l'arrière, les optiques verticales se fondent dans les arêtes des ailes pour parfaire la netteté de la poupe.

Lincoln Sentinel, 1995 - Source : https://en.wheelsage.org


1996, Ford Indigo Concept

Lors de ce même Salon de Détroit 1996, Ford dévoile l’Indigo, un concept-car évoquant une monoplace de Formule Indy qui aurait été adaptée à la route. Son patronyme constitue un jeu de mots sur l’expression " Indy-Go ", soulignant d'emblée son tempérament sportif. Sous la direction de Claude Lobo, la silhouette adopte un style à roues découvertes où de fins garde-boue survolent seuls les pneumatiques Goodyear, mettant ainsi en valeur la sophistication des suspensions. La carrosserie, façonnée en fibre de carbone et matériaux composites, arbore un museau effilé qui se prolonge vers un aileron avant suspendu intégrant des clignotants à LED.

Ford Indigo Concept, 1996 - Source : https://en.wheelsage.org

L’innovation esthétique la plus marquante réside dans l’intégration de l’éclairage. En raison de la finesse extrême de la proue, les designers ont installé les projecteurs principaux directement dans les boîtiers des rétroviseurs extérieurs. A l’arrière, un imposant appendice aérodynamique sculpté à même la structure accueille un tube néon qui fait office de feu stop sur toute sa largeur. Des portières en élytre dévoilent un habitacle dépouillé et radical. Les sièges baquets profonds ainsi que le volant doté de commandes pour le passage des rapports transportent le conducteur dans l'univers de la course. Enfin, le moteur V12 de 6,0 litres sert d'élément porteur au châssis, à l'instar d'une véritable machine de compétition. Cette architecture garantit une rigidité exceptionnelle et une légèreté permettant à l'engin de franchir la barre des 100 km/h en moins de quatre secondes.

Ford Indigo Concept, 1996 - Source : https://en.wheelsage.org


1996, Ford Synergie Concept

Troisième concept-car du groupe Ford présenté en janvier 1996 à Détroit, la Synergy s'inscrit dans un programme gouvernemental sur le véhicule du futur mené conjointement avec General Motors et Chrysler. Sous la direction de Claude Lobo, cette étude de style s'efforce de concilier l'aérodynamisme d'un avion de chasse avec le confort d'un salon familial. La silhouette, extrêmement fluide, privilégie une réduction maximale de la traînée pour n'afficher qu'un coefficient de pénétration dans l'air de 0,20. Cette carrosserie en aluminium de seulement une tonne présente une face avant plongeante et dépourvue de calandre, flanquée de deux ailes verticales qui optimisent le flux d'air. Tandis que l'arrière adopte une forme de goutte d'eau inspirée des années 1930, d'immenses surfaces vitrées s'étirent vers la proue pour offrir une visibilité panoramique.

Ford Synergy 2010,1996 - Copyright


1996, Ford Ka

Alors que les citadines connaissent un essor fulgurant en Europe, Ford s'octroie une part du marché en créant un modèle inédit qui ne remplace aucun véhicule existant. Claude Lobo, chargé du projet, refuse de suivre la silhouette monocorps de la Renault Twingo et s'attache à conserver l'audace du concept-car Ka présenté à Genève en 1994. Sous sa supervision, la Ka devient la première application en série du New Edge Design. Cette identité visuelle se traduit ici par une silhouette ovoïde compacte où le capot et le pavillon bombés contrastent avec une chute de toit abrupte. L'esthétique repose par ailleurs sur des optiques effilées en amande s'intégrant à la courbure du capot et sur des feux triangulaires qui marquent la poupe. Un autre trait distinctif réside dans les imposants passages de roues en plastique sombre. Ces protections robustes se prolongent jusqu'aux boucliers enveloppants, divisés en trois sections afin de minimiser les coûts de réparation en cas de choc urbain.

Ford KA, 1996 - Source : https://en.wheelsage.org


 1997, Ford Puma

En 1997, Claude Lobo décline pour la première fois la Fiesta en une variante coupé baptisée Ford Puma. Ce modèle s'appuie sur le concept car Lynx de Ghia, présenté l'année précédente, pour proposer une carrosserie compacte de type 2+2 places. La voiture se distingue par une interprétation adoucie du New Edge Design, définie par un arc de toit fuyant. A l'avant, des phares en amande s'étirent loin sur le capot et intègrent des projecteurs tridimensionnels. A l'arrière, les blocs optiques s'insèrent dans la chute de reins pour créer une continuité visuelle. Cette astuce, complétée par des vitres latérales elliptiques, confère un volume important à la poupe tout en masquant habilement les dimensions réduites de ce coupé.

Ford Puma, 1997 - Source : https://en.wheelsage.org


1997, Mercury MC4

La Mercury MC4, révélée au Salon de Détroit 1997, se présente comme un coupé familial reposant sur un châssis de Ford Thunderbird. Ce concept car mise sur une gestion innovante des ouvertures pour se distinguer. Les portières avant, volontairement courtes pour faciliter le stationnement, s'accompagnent de petits ouvrants arrière à ouverture antagoniste. En l'absence de montant central, cette configuration libère totalement l'accès à l'habitacle. A la poupe, le coffre délaisse le traditionnel hayon pour une solution inspirée de la De Tomaso Mangusta. Deux panneaux vitrés en ailes de mouette s'articulent autour d'une colonne vertébrale centrale, permettant d'accéder aux bagages par les côtés. La modernité de ce coupé s'exprime également par l'abandon des rétroviseurs classiques au profit de caméras vidéo discrètes dont les images s'affichent dans le cockpit. Enfin, des vitrages triangulaires acérés protègent des optiques avant au xénon.

Mercury MC4 Concept, 1997 - Copyright


1998, Ford Focus

Remplacer un modèle solidement établi constitue un défi immense que Claude Lobo relève avec audace lors de la conception de la Ford Focus. Succédant à l'Escort après trois décennies de succès ininterrompus, cette nouvelle venue porte haut les couleurs du New Edge Design. Son dessin se distingue par des arches de roues proéminentes et des intersections graphiques tranchées entre les différents panneaux de carrosserie, créant une silhouette en rupture totale avec le passé. L'un des traits les plus marquants de cette esthétique réside dans l'intégration des feux arrière en hauteur, directement au sein des montants C. Ce choix, loin d'être uniquement visuel, permet de protéger les optiques des petits chocs urbains tout en améliorant la visibilité globale de la voiture. Tandis que certains journalistes rejettent avec vigueur ce style inédit, d'autres saluent l'effort du constructeur pour embrasser pleinement la modernité.

Ford Focus, 1998 - Source : https://en.wheelsage.org

1999, Ford Cougar

Commercialisée en Europe à la fin de l'année 1998, la Ford Cougar s'impose comme l'héritière spirituelle de la Capri, disparue douze ans plus tôt. Elle succède plus directement à la Probe qui, malgré sa réussite aux Etats-Unis, subit un échec sur le Vieux Continent entre 1994 et 1998 en raison d'un manque de caractère et d'une image trop floue. Pour inverser la tendance, ce nouveau coupé se fait l'ambassadeur du New Edge Design. Ses blocs optiques étirés sculptent les ailes avant tandis que la découpe du hayon cisèle avec précision les feux arrière. Pourtant, cette esthétique audacieuse ne suffit pas à séduire le public européen. Les chiffres de vente demeurent confidentiels, notamment en France où seulement 3 232 exemplaires trouvent preneur en quatre ans, un score dérisoire face aux 49 927 unités de sa principale concurrente, la Peugeot 406 Coupé. Face à ce désamour persistant, la carrière de la Cougar tourne court et la voiture se retire du marché européen en août 2002.

Ford Cougar, 1998 - Source : https://en.wheelsage.org


1997

Claude Lobo regagne l'Europe pour prendre la direction du design. Il succède à Fritz Mayhew, lequel avait remplacé Uwe Bahnsen à ce poste. Le New Edge Design inspire peu la concurrence et ne perdure que quelques années au sein de la gamme Ford. Si la Mondeo de 2000 adopte encore ces lignes ciselées, la Focus de 2004 adoucit déjà le style.

1999

Il se retire de la vie active à seulement 56 ans, après avoir accompli une mission majeure, réinventer l'identité visuelle de la marque à travers le New Edge Design. Ayant gravi tous les échelons, de simple styliste à directeur du design pour Ford Europe, il estime avoir bouclé la boucle grâce aux succès de la Ka et de la Focus. Au-delà de cette réussite professionnelle, ce départ précoce répond à un besoin viscéral d'indépendance. Personnalité haute en couleur et peu encline aux lourdeurs administratives des grandes corporations, l'homme souhaite se libérer des contraintes industrielles pour se consacrer pleinement à ses passions personnelles.

2000

A l'initiative du concours d'élégance d'Automobiles Classiques à Bergerac, en Dordogne, il orchestre cet événement jusqu'en 2007. Cette manifestation s'impose comme un rendez-vous incontournable du calendrier pour les collectionneurs et les stylistes. Témoignant de la reconnaissance de ses pairs pour son œuvre, de grandes figures du milieu telles que Patrick Le Quément, Jean-Pierre Ploué, Chris Bangle ou Harmut Warkuss s'y pressent avec enthousiasme.

2011

Décès le 3 juin.

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