Gérard Godfroy



Gérard Godfroy - France, Petit Quevilly - 1946


Formation

Diplômé de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Rouen


1968

Après l'armée, en 1968, il poursuit les études qu'il avait entamé aux beaux-arts. Les premiers buggys font leur apparition en France. Un ami, Richard Vergnot, souhaite en construire un. Ils élaborent ensemble plusieurs projets. En modifiant une Volkswagen, ils créent le Baja, présenté au Salon de la voiture de course en 1971, et produit à 200 exemplaires.

1972

Il fait la connaissance d'un jeune industriel spécialisé dans le polyester, Michel Cattoire. Celui-ci vient de fonder Strakit. Gérard Godfroy prend de nouveau sa planche à dessin. Après trois mois de travail, le Bugster voit le jour en janvier 1972. La première année, près de 300 kits sont vendus en France, en Belgique et en Suisse. Après avoir subi un crash test, le véhicule est homologué.


Strakit Bugster

1976

Gérard Godfroy cherche à rentrer chez un grand constructeur. Gérard Welter chez Peugeot répond favorablement à ses propositions de service. Il est recruté comme styliste à La Garenne Colombes. Il y travaille sur quelques aspects de la future 505, mais surtout sur le projet M24, la future 205. Il y consacre deux années. A son sujet, il se confie : " De toute ma vie, c'est le programme qui m'a le plus passionné, parce que réaliser une petite voiture bon marché qui soit un super produit, un beau produit, représente un vrai défi " (source : Venturi, les plus belles GT à la française, chez ETAI).

Il quitte Peugeot en février 1978.

1978

Il rentre chez Heuliez, où les travaux sont nombreux et variés. Il participe au dessin de la future Alpine GTA. Il y rencontre Claude Poiraud, responsable de fabrication.


A l'issue de l'étude de plusieurs maquettes, c'est le thème proposé par Gérard Godfroy qui est retenu pour la réalisation de l'Alpine GTA de 1985.

1983

Souhaitant retrouver son indépendance, il quitte Heuliez.
De mai 1983 à septembre 1984, il reste dans l'ombre.

1984

La Ventury fait son apparition au Salon de Paris sur le stand Godfroy. Elle a été conçue par Gérard Godfroy et Claude Poiraud, qui à cette époque est encore salarié chez Heuliez. 

La MVS Venturi le fait mieux connaître du grand public.


Venturi Coupé 200 CV

1985

Dans son numéro 491 du 3 octobre 1985, Auto Hebdo consacre un article de quatre pages à Gérard Godfroy. Extraits :

" Gérard Godfroy est un homme qui cultive les paradoxes, souvent involontairement. Malgré une taille qui impose le respect, il semble réservé. Second paradoxe, il n'est pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour se rendre compte que notre homme est marié avec le talent. Pourtant, les deux grands moments qu'il a vécus dans les bureaux de styles français n'ont pas duré éternellement ... indépendamment de sa volonté.

A 39 ans, il se lance corps et âme avec son compagnon Claude Poiraud dans l'aventure de la Ventury, cette " GT " française, qu'ils nous ont présentée tout deux lors du dernier Salon de Paris ... La Ventury, c'est donc une part importante du futur de Godfroy, encore qu'en tant que responsable du style de cette " GT ", son travail arrive presque à terme ... Gérard Godfroy parle de son métier en laissant parfois transparaître dans ses yeux et dans sa voix une touche d'amertume. Car il ne faut pas se faire d'illusions, la vie de designer n'est pas forcément meilleure qu'une autre, il est avant tout question de rapports humains ...

... Vivant sur le peu que lui a rapporté son aventure Bugster, ses crayons, ses feutres et son talent ne chôment pas. Renault 16 break, restyling de Citroën DS apparaissent en 73/74. Où ça ? Dans son dossier qu'il n'ose pas encore montrer aux " grands bureaux de style français " car il ne pense pas être au niveau des tout meilleurs. Pourtant, il réalisera ensuite combien il eut tort de tarder ainsi, gâchant certainement quelques bonnes années de sa carrière ...

... Le grand jour arrive enfin au début de 1976. Il faut dire que Godfroy s'était décidé quelques mois auparavant à envoyer des dossiers à de nombreux responsables de bureaux de style. C'est Peugeot qui répond favorablement le premier. Le rêve prend forme et se matérialise par une arrivée chez ce constructeur en février 1976. Gérard aura mis du temps, mais son talent est enfin reconnu ...

... A l'époque, l'équipe de style Peugeot est déjà dirigée par Gérard Welter. Alors qu'il vient de franchir la porte d'entrée du bureau de style, Welter lui propose de redessiner les " Peugeot qui ne vous plaisent pas ". La 104 sera la première victime de Godfroy ...

... Il a quitté la maison au Lion depuis la mi-1978. Sa démission étonne, d'autant plus " qu'on ne démissionne pas de chez Peugeot " ... Que pouvait-il penser lorsqu'il prit la direction " Exit " de chez Peugeot ? Lui qui avait tout fait pour arriver à ses fins, se sabordait-il ? Heureusement, son talent qui avait été reconnu chez Peugeot l'est également chez Heuliez. Ce sera la deuxième grande période de sa carrière. Il siègera chez la carrossier styliste français cinq années durant, de 78 à 83.

Avant d'y être embauché, Godfroy avait proposé ses services à d'autres constructeurs français et étrangers. Chaque fois, il avait reçu une réponse négative comme, par exemple, chez Citroën. L'anecdote est d'autant plus savoureuse que l'un de ses premiers travaux chez Heuliez fut de replâtrer la Visa bouledogue.

Godfroy entre chez Heuliez à une époque où ce carrossier au bureau de style conséquent ne manque pas de travail. On l'a vu, Visa II est née chez Heuliez, mais elle n'a pas été la seule réalisation de l'équipe dont faisait partie Godfroy. Il est un projet plus actuel auquel il participa : l'Alpine (NDLR : V6 GT, Turbo) ... La maquette de Godfroy servira de base d'exécution ...

... Ce sera l'un des derniers travaux chez Heuliez, car le centre de style  a évolué vers une optique légèrement différente au départ de Yves Dubernard. Mais bien avant son départ, Godfroy rencontre Claude Poiraud, le deuxième homme du projet Ventury. Ce projet naît dans leur tête, et pour la première fois depuis qu'il est officiellement styliste, Gérard Godfroy va pouvoir s'exprimer plus librement et laisser libre cours à son imagination pour un coupé GT qui doit entrer en commercialisation ".


1992

Stéphane Ratel, directeur de Venturi, présente à ses amis son projet d'un " Gentleman Drivers Trophy ". Son idée est de vendre à des pilotes amateurs des Venturi qui pourront courir sur circuit le week-end. Toute la logistique, y compris le transport des voitures, sera assurée par le constructeur. Il demande à Gérard Godfroy de dessiner une nouvelle version dérivée de la Venturi de série, mais présentant une allure plus agressive. Le designer répond à cette commande, même si ce type de transformation ne correspond pas exactement à sa vision d'une automobile sportive. La 400 GT apparaît en effet passablement caricaturée, avec des ailes gonflées et un aileron arrière façon F 40.  


Venturi 400 GT

1994

En octobre 1994, Hubert O'Neill, PDG de Venturi, présente l'Atlantique 300, un modèle que peu d'observateurs attendaient de si tôt. Ce coupé doit remplacer la version initiale dessinée il y a plus de dix ans. On retrouve dans les formes de la carrosserie entièrement nouvelle la patte du designer Gérard Godfroy. Les lignes générales sont adoucies. Les vitres de portes ne comportent plus de cadre. De nouveaux phares rétractables sont installés et le bouclier intègre des longues portées. Les feux arrière sont empruntés à la Ford Sierra. Des entrées d'air latérales et de nouvelles jantes à bâtons apportent une touche finale à ce dessin très réussi.


Venturi Atlantique 300

1990

Gérard Godfroy est partie prenante dans le projet Hobbycar B612. Ce véhicule amphibie produit à Thenay dans le Loir-et-Cher sera vendu à environ 60 exemplaires. Des problèmes chroniques de qualité dus à une mise au point insuffisante affecteront sa courte carrière.


Hobbycar B612

1994

Il dessine le monospace Hobbycar Passport. La voiture est plébiscitée par la presse automobile et l'on évoque déjà une production annuelle de 300 à 400 voitures. Hélas, Hobbycar fait faillite, et le seul exemplaire fabriqué est celui présenté au Salon de Paris en 1994. On retiendra de ce prototype les grandes portières à la cinématique originale qui s'ouvrent vers l'avant et l'arrière sans dépasser les pare-chocs.


Hobbycar Passport

En dehors de l'activité automobile, Gérard Godfroy continue d'exercer ses talents dans le design de différents produits.

2019

L'homme est à la retraite depuis quelques années. Son nom connu essentiellement des initiés réapparaît dans la presse. Avec son ami de trente ans, Christophe Bihr, dirigeant de la société Automotive, un carrossier installé au Mans, spécialiste dans la fabrication de prototypes pour la course, le cinéma ou la publicité, il s'est lancé dès 2012 dans la conception sur la base d'une berline DS d'un coupé original. 

Henri Chapron était déjà dans les années 60 le spécialiste des transformations sur base DS. L'entreprise de Levallois a ainsi produit de nombreux cabriolets, de série pour Citroën, ou de manière plus artisanale à partir de ses propres dessins. Des coupés DS ont aussi vu le jour, sous les désignations Le Paris, Le Dandy, Concorde ou Le Leman.

C'est donc avec une certaine humilité que Gérard Godfroy s'est attaqué à l'oeuvre de Flaminio Bertoni. A propos de cette voiture, il a confié à Jean-Claude Amilhat pour le mensuel Auto Rétro : " J'avais pour objectif de rééquilibrer les volumes et de rendre le profil plus homogène que le cabriolet dont l'arrière est à mon sens trop long et trop plat ". Le résultat de sept années de travail a été présenté en 2019 sous le nom de Grand Palais. C'est dans ce lieux prestigieux que fut dévoilée la DS en 1955.


Citroën DS Grand Palais

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