Peugeot D3A, D4A, D4B


D3A

La 203 est présentée au Salon de Paris 1948. Dès lors, Peugeot arrête la production du modèle précédent, la 202, et de son moteur. D'un côté, Chenard et Walcker se retrouve sans moteur pour son fourgon 1500 kg, de l'autre Peugeot refuse de lui fournir sur la durée celui de la 203. Parallèlement, la firme de Sochaux a pour ambition de prendre sa part du gâteau sur le marché des utilitaires légers, où son modèle Q3A, hérité du DMA né en 1941, peine à s'imposer.


Peugeot Q3A

Un accord avec Chausson, propriétaire de Chenard et Walcker, permet aux différentes parties de s'y retrouver. Après une série d'une cinquantaine de fourgons  Chenard et Walcker type CP3 équipés du moteur de la 203 et produits en octobre 1950, la marque de Gennevilliers disparaît purement et simplement.

Le Chenard et Walcker CP3 devient de fait le Peugeot D3A, avec un moteur de 203, 4 cylindres de 1290 cm3. Sa production débute en octobre 1950. Les emplois sont préservés rue du Moulin-de-la-Tour, et Peugeot inscrit à moindres frais un nouveau modèle à son catalogue. Chenard et Walcker devient en quelque sorte un sous-traitant comme un autre. Peugeot n'a pas eu à consacrer une part importante de ses ressources pour développer ce nouvel utilitaire, qui ont été plus utiles à l'élargissement de la gamme 203.

La caisse Chenard et Walcker est conservée, avec son fameux " nez de cochon ". Toute mention Chenard et Walcker disparaît, au profit des sigles Peugeot. La charge utile est ramenée à 1400 kg, ce qui permet au D3A de rester dans la catégorie des camionnettes, véhicules qui peuvent être conduits par le plus grand nombre . Sa production est assurée à la fois chez Chausson à Gennevilliers et chez Peugeot à la Garenne-Colombes.

Même si la version la plus vendue est le fourgon tôlé, Peugeot offre la possibilité d'opter pour différentes carrosseries : fourgon vitré, minibus, car scolaire, boutique itinérante, bétaillère et ambulance. L'absence de porte latérale est un des points faibles du D3A. L'artisan qui souhaite charger son plancher de sacs de ciment en équilibrant la charge doit se livrer à un peu de gymnastique !


Fourgon, car 14 places, fourgon à glaces latérales, ambulance ... l'offre du D3A est diversifiée

Alors que le Peugeot D3A est un 7 CV Fiscaux, les utilitaires Renault sont des 11 et 14 CV, tandis que le Citroën type H avec son moteur de Traction est un 11 CV. L'agrément de conduite de ces modèles est supérieur. La puissance réelle du D3A est volontairement limitée à 32 ch, au lieu de 42 ch sur la 203. Un régulateur limite le régime à cette valeur. C'est un choix assumé par Peugeot, qui permet au moteur de ne pas s'épuiser à la tâche, mais sa puissance est globalement jugée trop faible. Le conducteur doit par ailleurs se satisfaire d'une boîte à trois rapports. Les reprises et la nervosité sont des plus limitées. La vitesse maximum en charge ne dépasse pas les 75 km/h. La consommation n'en est pas pour autant moindre, avec environ de 14 litres aux 100 km en charge, à peine mieux à vide.


Les premiers D3A ne disposent que d'une place chauffeur, qui bascule pour accéder à la batterie

Le D3A est commercialisé jusqu'au millésime 1955, à environ 18 400 exemplaires. Les modèles de cette dernière année se distinguent par le remplacement de l'épaisse lame chromée de pare-chocs par deux baguettes du même métal, mais plus fines.


L'épaisse lame chromée de 1954 est remplacée à partir de 1955 par deux baguettes plus fines

Bernard Carat soumet au banc d'essai de l'Auto Journal le D3A dans le numéro 128 du 15 juin 1955, peu avant qu'il ne soit remplacé par le D4A à moteur 403. Il conclut ainsi son essai : " Grâce à son excellente suspension, capable de supporter une charge élevée, la Peugeot pourrait intéresser un grand nombre d'utilisateurs. Malheureusement, son moteur trop faible et sa mauvaise boîte de vitesses ne permettent pas d'en faire un véhicule routier pouvant rouler à des vitesses intéressantes ... C'est pourquoi l'adoption du nouveau moteur 403 sur le 1400 kg ne pourrait être considérée comme un avantage décisif que si les performances s'en trouvent sensiblement améliorées ".

Le mensuel l'Automobile se livre au même type d'essai dans son numéro 113 de septembre 1955, et l'appréciation de ses journalistes est assez proche : " Vaste et bien fini, plus silencieux que ses concurrents, le 1400 kg Peugeot s'affirme économique si l'on tient compte de la charge qui met le prix du kilo transporté à 0,74 francs aux 100 km, ce qui est peu à 51,726 km/h de moyenne, mais pourrait être abaissé avec une boîte 4 vitesses et un moteur plus puissant. Le 1400 kg pèche par sa mollesse et l'absence de porte latérale. Ces défauts majeurs sont d'ailleurs éliminés par la pose sur le même ensemble, maintenant décidée chez Peugeot, d'un moteur 1500 cm3, doté d'une boîte 4 vitesses et d'une coque agrémentée d'une porte latérale tant souhaitée. La comparaison vaudra, alors, d'être faite. " 


D4A, 1956 à 1960

Peugeot présente sa nouvelle 403 le 20 avril 1955 au Palais de Chaillot à Paris. Elle permet à son constructeur de proposer une seconde berline, plus moderne d'aspect que la 203, qui poursuit parallèlement sa carrière. Avec 8 CV fiscaux, la 403 se situe un cran au-dessus de son aînée.

Pour le millésime 1956, le D3A abandonne son moteur de 203, pour celui plus généreux de la 403 : un 1468 cm3. Il devient ainsi D4A, et gagne par ailleurs comme annoncé par la presse une boîte à quatre rapports, dérivée de celle qui équipe la 403.


A la fin des années 50, les photos remplacent les illustrations dans les brochures - catalogue 1958

Le D4A qu'il faut lui aussi ménager ne dispose que de 45 ch SAE, contre 58 sur la berline 403. La vitesse maximale ne progresse guère. Une portière latérale est désormais disponible en option, ce qui facilite évidemment les chargements et les opérations en ville, en particulier lorsque l'on stationne entre deux voitures. Pour le reste, le D4A a toutes les apparences du DA3. D'ailleurs, la brochure publicitaire du D4A reprend les mêmes illustrations que celle du D3A. Le D4A est également proposé à partir de millésime 1960 avec un moteur diesel 1816 cm3, 7 CV fiscaux,  de chez Indenor, une filiale de Peugeot installée près de Lille.


Le Fourgon tôlé D4A peut comporter sur commande une porte latérale coulissante, large de 68 cm


D4B, 1961 à 1965

La nouvelle et pimpante Estafette de la Régie dévoilée en septembre 1959 donne " un coup de vieux " au D4A. Peugeot se doit de réagir, dans l'immédiat avec les moyens du bord. Le D4B, disponible en janvier 1960, dernier rejeton d'une famille née en 1946 chez Chenard et Walcker, a fait l'objet de diverses améliorations techniques sur les organes de transmission et le freinage. Le rayon de braquage est réduit. Le chauffage et le dégivrage sont disponibles en option.

Pour le millésime 1961, le " Peugeot " sur la face avant, en lettres arrondies sur une plaque chromée, est simplement remplacé par le nom du constructeur, avec des caractères plus rectilignes, sans enjolivures. Pour le millésime 1962, les flèches clignotantes d'une autre époque sont remplacées par des feux clignotants disposés à l'avant et à l'arrière.


A gauche l'ancien sigle jusqu'en 60, à droite le nouveau à partir de 61. On note aussi sur la photo de droite la présence de feux clignotants, ce qui identifie un modèle à partir du millésime 62.

Pour le millésime 1964, le nombre d'ouïes d'aération sur le capot moteur passent de 30 à 25 ! Enfin, pour le millésime 1965, le D4B renonce à l'écusson du lion Peugeot positionné sur le haut de la calandre. Environ 58 000 exemplaires des D4A/D4B ont été assemblés jusqu'en mai 1965. La longue carrière de son successeur, le J7 va pouvoir démarrer.


Minicar pour le transport de personnes sur base D4B. Vu le nombre d'ouïes d'aération et la présence d'un lion Peugeot sur le haut de la calandre, il s'agit d'un D4B du millésime 1964.


Les brochures D3A, D3B et D4B

Les brochures concernant le D3A semblent se limiter à des feuillets recto verso en noir et blanc jusqu'en 1953. Mais quand l'offre et la demande de véhicules se rééquilibrent, Peugeot éprouve le besoin de mieux mettre en avant les mérites de ses utilitaires. Pour vendre, il faut désormais charmer le prospect. De 1954 à 1965, les D3A, D4A et D4B sont présentés, en fonction des années, dans des brochures de 6 à 10 pages. Il ne s'agit pas de brochures spécifiques (sauf en 1960), mais de publications qui renseignent sur l'ensemble des utilitaires de la marque.


L'accent est porté en 1954 sur les utilitaires 203. Le D3A est au second plan


Couleurs vives pour cette scène de gare en 1955




Les utilitaires Peugeot s'adressent aux entrepreneurs, brochures 1959 et 1960

Dans ces brochures, le D3A/D4A est accompagné par les utilitaires 203 de 1954 à 1956, par les utilitaires 203 et 403 de 1957 à 1959. L'année 1960 fait exception à la règle, avec deux publications, une première concernant de D4A, et une seconde les utilitaires 403. Ce sont ensuite exclusivement les utilitaires 403 qui accompagnent le D4B de 1961 à 1965.

Les brochures sont agrémentées par des dessins d'illustrateurs jusqu'en 1957. Ceux-ci ne signent pas leur travail, sauf en 1957, avec une couverture signée R. Géri. La photo prend le relais à partir de 1958. A compter de 1963, l'effort publicitaire est moindre, avec jusqu'en 1965 des dépliants monochromes.


On réduit la voilure chez Peugeot à partir de 1963, avec des brochures monochromes


Sources :
- Les Fourgons " Nez de cochon " de mon père, par Patrice Negro, ETAI, 2011
- Voitures breaks et utilitaires de collection, Patrick Lesueur, ETAI, 2008
- L'Automobile numéro 113, 1955
- L'Auto Journal numéro 128, 1955
- Archives Michel Guivarch

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