Peugeot 202

La berline 202 est présentée officiellement le 2 mars 1938. Elle adopte le fameux style " fuseau Sochaux " initié sur les 302 et 402 à partir de 1935. Cette voiture économique, moins chère qu'une Simca Huit et plus polyvalente qu'une Renault Juvaquatre, permet à Peugeot de toucher une catégorie sociale moins fortunée, celle des employés. Avec elle, la marque sochalienne se hisse avant-guerre à la deuxième place des constructeurs français de voitures de tourisme, derrière Citroën, mais devant Renault. 

Depuis la série 01, Peugeot étudie ses modèles bien en amont pour pouvoir en dériver le moment venu des versions utilitaires. Ce fut aussi le cas pour les premières 402 et 302. Fidèle à son habitude, le constructeur propose ses dérivés utilitaires 202 U à partir de septembre 1938. Il s'agit des versions fourgon métallique (type T2L), camionnette bâchée (T2T) et châssis-cabine (T2C). Le 4 cylindres 1133 cm3 les équipant développe 30 ch, et autorise une vitesse de pointe proche de 90 km/h.

L'intérêt du public et des professionnels demeure assez limité pour le fourgon métallique. Même si son élégance fait l'unanimité, il n'en est pas de même pour sa charge utile limitée à 500 kg. Renault ne fait guère mieux, loin d'en faut, puisque sa fourgonnette Juvaquatre ne peut accueillir que 300 kg de marchandises.


Le fourgon métallique, produit avant-guerre à 753 exemplaires en version 500 kg


Peugeot 202 fourgon métallique, 1939


649 exemplaires de la camionnette bâchée 500 kg sont produits avant-guerre


La version châssis-cabine assemblée à 721 exemplaires avant-guerre


Peugeot sait répondre aux demandes de nombreux professionnels, avec des carrosseries hors-série : boulangère, plateau miroitier, petit car pour écoles, plateau à ridelles, bétaillères, ambulances ...

Au début de l'été 1939, la version commerciale - familiale est la quatrième et dernière carrosserie créée avant la guerre. Elle existe en deux types : 4 places type G2 ou 6 places type G2F. Cette dernière dispose de deux places supplémentaires sur un strapontin arrière fixé face à la route, et préfigure à bien des égards les familiales qui vont éclore dans les années  50 et 60, tant chez Peugeot (203/403/404/504) que chez les concurrents. La carrière de ce modèle pourtant novateur est particulièrement brève, puisque sa production prend fin en septembre 1939. Quelques utilitaires 202 seront encore assemblés pendant la guerre, jusqu'en juillet 1943.


Peugeot 202 commerciale - familiale, 1939


Peugeot 202 Commerciale Familiale, type G2F et G2. La charge utile est de 500 kg.


Pendant la guerre, les usines Peugeot sont occupées par les Allemands. En 1944, face à l'avance des troupes alliées, l'occupant décide de démonter la plupart des machines, et de les acheminer en Allemagne. Patiemment, une partie de ce matériel sera récupéré après le conflit, parfois très loin de ses bases. D'autres machines sont achetées. La production des Peugeot reprend au ralenti dès le printemps 1945.

Au Salon de Paris en octobre 1946, un nouveau break de chasse de 500 kg de charge utile, mi-bois mi-métal, qui adopte l'appellation officielle de limousine commerciale (type G2Y) et officieuse de Canadienne remplace l'éphémère commerciale - familiale de 1939. On retient sa ressemblance flatteuse avec les mythiques woodies américains, mais avec des proportions plus modestes. A mi-chemin entre la camionnette et la voiture de tourisme, la limousine commerciale est chère : 237 500 francs contre 147 100 pour la berline de base ou 165 300 francs pour le cabriolet. Sa carrosserie est fragile et nécessite un entretien suivi et coûteux, ce qui contribue à en limiter la diffusion. Faute de capacités industrielles suffisantes à Sochaux, la production de sa carrosserie est sous traitée auprès de la SIOP, société qui a pris la succession de Rosengart.


La limousine commerciale, façon woodies US, produite à 3540 exemplaires

La fabrication de l'élégant fourgon métallique dans sa version 1939 n'est pas reprise à la fin de la guerre. Un fourgon tôlé (type L2) aux lignes extrêmement fonctionnelles lui succède en mars 1947. Il se voit attribuer le sobriquet de " paquet de tabac " (en référence au fameux paquet de tabac gris). Il est plus large, plus haut, et d'une charge utile de 700 kg (contre 500 kg pour l'ancien fourgon métallique). Parallèlement, Peugeot propose de nouveau sa camionnette bâchée ainsi qu'une ambulance.


Trois utilitaires 202 en 1948/49: limousine commerciale, fourgon tôlé et camionnette bâchée


La 202 " paquet de tabac " est produite à 3443 exemplaires par Peugeot à La Garenne, et 75 par Surirey à Flers

La camionnette bâchée dont la charge utile est passée de 500 à 800 kg connaît immédiatement le succès, tant elle répond par sa polyvalence aux attentes d'une clientèle plus vaste, qu'il s'agisse des agriculteurs, maraîchers, commerçants, et de toutes les professions liées au bâtiment en cette période de reconstruction : plombiers, électriciens, maçons, etc ... C'est aussi la bonne à tout faire dans une multitude d'entreprises. Sa robustesse et son confort d'utilisation contribuent à son succès.

Cette seule version représente plus de 50 % de la production de tous les utilitaires 202. Peugeot profite d'une concurrence française quasi inexistante. Citroën et Renault sont absents sur ce créneau. Seul Simca propose depuis 1946 une camionnette bâchée aux capacités limitées, avec 500 kg de charge utile, qui ne peut pas se prévaloir des mêmes qualités que la voiture de Sochaux.


La  camionnette bâchée produite à 649 exemplaires avant-guerre, et 17704 exemplaires après-guerre

Enfin, Peugeot propose une ambulance (type S2Z). Le constructeur qui n'a pas les moyens de produire seul cette version fait appel au spécialiste de ce type de transformation, le carrossier Surirey installé à Flers. Celui-ci propose une version deux brancards. 104 exemplaires sont assemblés dans l'Orne.

Peugeot La Garenne, site spécialisé dans les petites séries, fabrique pour sa part 282 autres ambulances, dans une version à un seul brancard. Ces véhicules de secours tombent à point nommé pour renouveler le parc motorisé des hôpitaux, mis à mal pendant les hostilités.


Ambulance Peugeot 202 par Surirey

Les derniers utilitaires 202 quittent les ateliers de Peugeot en décembre 1949. Environ 33 000 exemplaires ont été produits avant et après-guerre. Nombre d'entre eux vont traverser les années 50 et 60 sans le moindre problème aux mains de leur deuxième ou troisième propriétaire. La mécanique 202 est bien connue des garagistes de l'Hexagone qui savent en prolonger l'existence, et selon les besoins un carrossier ou un menuisier suffisamment adroit est capable de rhabiller un de ces utilitaires fatigué. Cette résistance à un usage intensif va contribuer à asseoir un peu plus l'image de sérieux et de robustesse de Peugeot. La 203 succède à la 202 au Salon de Paris 1948. Il ne s'agit pour l'instant que d'une berline. Les premiers utilitaires 202 ne seront disponibles qu'à partir de 1954.

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