Turin 1969

A l'extérieur du Salon, des grévistes sont tenus à distance par des cordons de policiers. Face aux résultats vertigineux de Fiat, ils exigent leur part du gâteau. Giovanni Agnelli (49 ans) qui vient de tenir sa conférence de presse annuelle devant 500 journalistes ne les entend guère. Chez Lancia, on annonce avec une forme de regret le mariage de raison avec Fiat. Une page vient de se tourner. Encore une fois, ce sont les carrossiers qui font l'actualité, car en dehors de la Fiat 124 Coupé " phase 2 " et de l'Autobianchi A112, les vraies nouveautés sont rares. Après la fermeture du Salon, le monde des artisans de l'automobile italienne est endeuillé par l'annonce du décès d'Alfredo Vignale, à seulement 56 ans. Fiat reste le leader incontesté dans son pays, et assure à lui seul 82,8 % de la production nationale. Alfa Romeo , Autobianchi, Innocenti et Lancia se partagent 17 %. Il reste 0,2 % pour le quatuor constitué par Ferrari, Maserati, Lamborghini et Iso.


Giovanni Agnelli

Avec l'A112, Autobianchi tourne définitivement la page de la Bianchina et de ses dérivés. La nouvelle venue s'affiche comme étant en mesure de concurrencer la fameuse Mini sur le marché des compactes urbaines. Elle peut accueillir quatre passagers dans une carrosserie moderne et élégante. Son étude a été menée parallèlement à celle de la Fiat 128. Mais son moteur est une variante de celui équipant la 850. Avec 903 cm3, il développe 44 ch Din, et cela permet à la petite italienne d'atteindre une vitesse de pointe de plus de 140 km/h.


Autobianchi A 112

Le Coupé Fiat exposé à Turin se distingue de la génération précédente (la première) par des évolutions sur le plan esthétique et mécanique. La face avant a été redessinée par le Centro Stile Fiat, et il accueille désormais une calandre plus haute, régulière sur toute sa largeur, équipée de quatre phares de mêmes dimensions. A l'arrière, les feux sont agrandis. Un nouveau moteur 1600 dérivé de la 125 Spécial vient s'ajouter au 1400 existant. Ce groupe est aussi disponible sur le cabriolet.


Fiat 124 Coupé

Peu après le lancement de la berline Fiat 128 en mai 1969, son complément indispensable, le break, est présenté à Turin. La banquette arrière une fois repliée permet de bénéficier d'une longueur de chargement de 1,25 mètre. L'absence de seuil à l'arrière facilité les opérations.


Fiat 128 Break

Le V6 de 1967 cm3 et 160 ch des coupé et cabriolet Fiat Dino nés en 1967 laisse sa place à un nouveau bloc en fonte de 2418 cm3 de 180 ch. La puissance est désormais distribuée de façon plus linéaire. Pour répondre à ces chevaux supplémentaires, les organes de transmission ont été renforcés. Sur le plan esthétique, on remarque l'apparition d'une calandre noire opaque et de nouvelles jantes. La planche de bord est remaniée, tant dans la disposition des instruments de contrôle que dans celle des différentes commandes. 


Fiat Dino Coupé

La Junior Zagato reprend la mécanique de la 1300 Junior (103 ch SAE) tout en offrant des lignes bien plus agressives. Très courte, avec un empattement réduit de 10 cm, elle n'offre que deux places. L'arrière est tronqué, et laisse apparaître un becquet intégré au dessin de la carrosserie. L'avant, très plongeant, s'arrête sur un plan vertical qui intègre la calandre. La grille Alfa Romeo a été découpée au centre de la feuille de plexiglass qui couvre la face avant. Par rapport à la 1300 Junior, la vitesse maximum passe de 170 à 175 km/h.


Alfa Romeo GT 1300 Zagato

Sans être plus court que précédemment, le spider Alfa Romeo vient d'abandonner ses lignes arrière fuyantes au profit d'un pan coupé. Plus aérodynamique, ce nouveau dessin permet aussi d'augmenter le volume du coffre à bagages. Les autres évolutions sont plus discrètes (poignées d'ouverture des portières, prise d'air avant, caoutchouc sur les pare-chocs ...). Les performances et les prix demeurent ceux des anciens modèles.


Alfa Romeo Spider

Le stand Ferrari ne propose rien qui puisse attirer l'oeil. Il en est de même chez Maserati qui se contente des belles Ghibli et Indy désormais classiques. Même Lamborghini se repose sur ses fameuses Miura, Espada et Islero. Peu de choses à signaler chez les trois " plus de 200 km à l'heure " qui s'abritent derrière leurs fabuleuses mécaniques 12 cylindres.


Lamborghini Espaga

Giorgetto Giugiaro, après avoir laissé sa griffe chez la plupart des grands carrossiers italiens, a lancé en 1968 sa propre affaire sous le nom d'Ital Design. Il propose un concept car doté d'une mécanique Abarth 1600 Balbiero. L'engin au design élégant mais finalement plutôt sage est assez proche d'un coupé de série. On remarque surtout  l'importance des surfaces vitrées et l'arrière tronqué. La hauteur n'est que de 110 cm. Le moteur est positionné en porte-à-faux arrière. Abarth a commandé cette étude à Ital Design avec l'espoir de produire ce coupé en petite série avec un moteur Fiat de moyenne cylindrée amélioré par ses soins.


Abarth 1600

L'Iguana d'Ital Design, tout comme la Carabo présentée à Paris en 1968 et la 33 exposée sur ce même Salon de Turin par Pininfarina, prend pour base la mécanique de l'Alfa Romeo 33. Par rapport à la Manta de 1968, Giugiaro a abandonné la recherche poussée de formes mono volume pour revenir ici à un concept de GT plus conventionnel. Longue de 4,07 mètres pour une hauteur de 1,05 mètre, cet Iguane peut atteindre 330 km /h. Signalons que ce prototype est capable de rejoindre son stand, non pas poussé comme la plupart des modèles d'exposition, mais bel et bien entraîné par son moteur.


Alfa Romeo 33 Iguana Ital Design

Inspiré par la Citroën Méhari, Pininfarina présente ce modèle réalisé à partir d'un châssis de Fiat 128 raccourci de 32 cm au niveau de l'empattement. Il conserve sa mécanique 1116 cm3. La Teen-ager se présente complètement ouverte, sans porte, mais avec un pare-brise rabattable. Son seul luxe réside dans la présence d'une radio avec enregistreur et d'un appareil émetteur et récepteur du type Talkie Walkie.


Fiat 128 Teen-Ager par Pininfarina

Pininfarina présente par ailleurs sa propre interprétation sur le châssis de l'Alfa Romeo 33. Elle ressemble à s'y méprendre à la carrosserie qui avait habillé pour le Salon de Genève 1968 la Ferrari 250 P/5. Son dessin est signé Leonardo Fioravanti.


Alfa Romeo 33 par Pininfarina

Spécialisé dans les carrosseries spéciales sur mécanique Fiat, Moretti s'est intéressé cette année à la 128. Les lignes de ce coupé se caractérisent par un avant plat et un arrière effilé. Son dessin n'a rien à voir celui du modèle qui lui sert de base. Deux versions sont proposées : un coupé classique et une version targa avec toit amovible en deux parties. Si la mécanique de série n'a pas été retouchée, par contre l'aménagement  intérieur a été totalement reconsidéré. 


Fiat 128 Moretti

Face au succès rencontré par son coupé Grand Prix, Lombardi vient d'en extrapoler une version " targa ", selon un principe récemment initié par Porsche sur sa 911. Le volume de l'habitacle est bien marqué par la présence d'un grand arceau de teinte grise, derrière lequel se positionne une lunette arrière verticale et descendante.


Lombardi Monza

Eurostyle, nouvelle entreprise de carrosserie déjà présente à Turin l'an passé, revient en 1969 avec les deux mêmes études réalisées sur une base de Fiat  125, mais l'une et l'autre ont bénéficié d'importantes modifications sur leur partie frontale. Bien que le travail de recherche soit évident, ces deux créations ne suscitent guère d'enthousiasme particulier, ni chez les professionnels, ni auprès des particuliers. Sur une base Fiat 128, Savio ne se montre pas plus inspiré avec ce coupé très classique.


Fiat 128 par Savio

Le retour de Tom Tjaarda à la carrosserie Ghia en tant que responsable du style est marqué par la présentation de nouveaux prototypes de salon, dont cette bien tardive proposition sur un châssis Flaminia, dénommée Marica. C'est un rayon de soleil qui apparaît chez un Lancia en pleine tourmente. Le constructeur est lourdement endetté, la Flaminia ne se vend plus, et la Flavia peine à séduire, les stocks s'accumulent. L'entreprise vient d'être déclarée en faillite durant l'été, et à Turin on annonce son alliance de raison avec Fiat.


Au premier plan, la Marica sur le stand Ghia

Alessandro Sessano a voulu réaliser un véhicule " apte à améliorer et typer l'objet automobile ". Il en a confié la réalisation à Fissore. Le coupé qui en résulte ne manque pas d'intérêt avec son allure de petit break de chasse. Il ne mesure que 3 mètres de long et 1,12 de large. Le châssis est celui de la Fiat 500, tandis que le moteur est le 650 cm3 Fiat qui donne son appellation à la voiture. Après que Nardi ait revu ce groupe, il développe 30 ch, autorisant une vitesse maximum de 135 km/h.


Fissore Mongho 650

L'Urbanina (petite citadine en français) est mue par un moteur électrique. Sa calandre proéminente n'a donc qu'une vocation purement décorative, puisque aucun refroidissement n'est évidemment nécessaire.


Urbanina Berlinette

Attilio et Domenico Giannini bénéficient depuis les années 30 d'une belle réputation dans la transformation et la préparation des moteurs Fiat. Sur une base de 500, il expose ce curieux coupé aux lignes particulières hardies. Le 650 cm3 développe 45 ch. L'empattement et les voies sont inchangés. La hauteur est de ... 85 cm, et la longueur ne dépasse que de 45 cm celle de la Fiat 500. Le cockpit formé d'un seul bloc translucide coiffe l'habitacle dépourvu de portières. Ce petit bolide qui fait largement appel à la matière plastique ne pèse que 400 kg.


Fiat 500 par Giannini

A cause de difficultés financières, Vignale vient de procéder à un rapprochement avec la carrosserie Ghia. Dans cette conjoncture défavorable les activités de ce carrossier se limitent à la présentation d'un seul modèle, le coupé Fiat 850 Dart. Les phares et la lunette arrière à lamelles s'inspirent sans retenue des idées développées par Marcello Gandini pour Bertone sur la Lamborghini Miura.


Vignale Dart

C'est l'importateur italien de Volvo, Motoauto, qui est à l'origine de la 2000 GTZ. Celui-ci, lassé de voir Lancia et Alfa Romeo monopoliser le marché des voitures de sport, et constatant que Volvo n'a rien prévu pour remplacer la P1800 en fin de carrière, commande une étude de coupé 2 + 2 sur base Volvo 140 à Zagato C'est la première fois que celui-ci travaille sur une voiture du constructeur suédois.


Volvo GT Zagato

La Zanzara (moustique en italien) est une nouveauté à Turin. L'idée de cet engin de loisirs a germé dans l'esprit d'Ercole Spada, designer chez Zagato depuis 1960. On trouve à la base un châssis et un moteur de Fiat 500. La caisse, réalisée en trois parties distinctes, pourra par la suite être modifiée selon les goûts du propriétaire par le changement des ensembles avant ou arrière. Ce véhicule aussi bien destiné " à l'idylle romantique qu'à la contestation " roule à 110 km/h.


Zagato Zanzara

Bertone expose la Fiat 128 Shopping, un coupé 4 places qui bénéficie d'un excellent rapport habitabilité / encombrement (ndlr : un Avantime avant l'heure). La ligne du pare-brise est dans la continuité du court capot moteur, offrant une carrosserie d'un seul volume. Les surfaces vitrées sont particulièrement généreuses. Une partie du panneau arrière est amovible, et peut se transformer en petit caddy de supermarché. Il peut être remis à sa place avec son chargement. Accessoirement, il peut aussi servir de voiture pour enfants.


Fiat 128 Shopping Bertone

La Runabout est une étude de style signée Marcello Gandini pour Bertone. Il s'agit d'une petite barquette à deux places, avec un grand roll-bar, un saute-vent et un arrière tronqué. Les optiques sont placées à la hauteur du pilote juste derrière sa tête. Le châssis est celui de la Fiat 128. Pour que nul ne se méprenne sur ses intentions, Bertone n'a placé qu'une boussole au tableau de bord.


Bertone Runabout

Nous terminons notre visite à Turin par un retour sur le stand Pininfarina. Le carrossier a disposé du premier châssis 512 Ferrari et, sur la base de cette prestigieuse mécanique, il a conçu un engin particulièrement impressionnant. Son profil a été déterminé après des recherches sur l'aérodynamisme réalisées en collaboration avec l'Ecole Polytechnique de Turin. La surface vitrée n'est constituée que d'un seul élément, un vaste pare-brise qui recouvre l'habitacle. Cette voiture purement expérimentale est dotée d'un V12 de 4993 cm3 dont la puissance est estimée à 550 ch. Le moteur est alimenté en air par de larges prises latérales placées dans les portières. La force de sa mécanique, sa descendance directe d'une voiture de course, et l'émotion visuelle qu'elle déclenche ont fait de la Ferrari 512 S Berlinetta Spéciale Pininfarina l'une des principales attractions de ce salon de Turin 1969.


Ferrari 512 S Berlinetta Spéciale Pininfarina

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