Anatole Lapine

Anatole " Tony " Lapine - Lettonie (ex URSS) - 1930 / 2012


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Anatole Lapine naît le 23 mai 1930 à Riga, en Lettonie. En 1941, il se replie avec ses parents à Poznań, en Pologne, puis rejoint l'Allemagne en 1945 pour s'installer près de Hambourg. Une fois la guerre terminée, le jeune homme entre en apprentissage chez Daimler-Benz en 1948. Il y perfectionne sa pratique de la mécanique tout en réparant divers véhicules, bien que l'absence de permis lui interdise encore de les conduire. Il complète cette expérience sur le terrain par des études théoriques à la Berufliche Schule Fahrzeugtechnik de Hambourg, établissement spécialisé dans l'ingénierie automobile.

Extrait d'Auto Hebdo n° 575 du 27 mai 1987 : " ... J'ai grandi pendant la Seconde Guerre mondiale, j'avais 15 ans quand la guerre s'est terminée et je me rappelle les Volkswagen amphibies de 1944. J'ai tout de suite été attiré par les autos, par la magie des boutons, des pédales, du levier que l'on actionne pour mettre en contact des engrenages et faire bouger un engin. Ensuite, il y a eu les voitures des Américains qui ont débarqué en Europe, ces Studebaker, Hudson, Ford, Lincoln et Cadillac que l'on croisait dans les rues. Elles étaient incroyables dans ce paysage de l'Europe d'après-guerre. Dans ma Lettonie natale, il n'y avait que 4 000 voitures pour 2 millions de personnes ... "

1951

En 1951, la famille émigre aux Etats-Unis et s'établit à Lincoln, dans le Nebraska. Anatole Lapine travaille alors comme mécanicien à l'entretien des locomotives et des chasse-neiges, mais il souhaite quitter rapidement les Grandes Plaines du Midwest.


1952

Dès 1952, il gagne Detroit pour rejoindre le groupe General Motors, engagé au sein de la division Fisher Body dédiée à la carrosserie. Il attire l'attention de Bill Mitchell, bras droit de Harley Earl à la direction du style du premier constructeur mondial. Lorsque Mitchell prend la tête du design en 1958 à la suite du départ d'Earl, la trajectoire d'Anatole Lapine conserve tout son dynamisme. Son nouveau responsable l'invite à intégrer le Studio X, une unité de conception ultra-secrète où naissent les prototypes d'étude. Du jour au lendemain, il se retrouve au cœur d'un environnement très créatif et collabore étroitement avec Larry Shinoda sur divers modèles d'essai.

Chevrolet CERV I, monoplace à moteur central, 1960 - Source : https://en.wheelsage.org

Chevrolet Monza GT, coupé expérimental à moteur central, 1962 - Copyright

Chevrolet CERV II, voiture de course à quatre roues motrices, 1964 - Source : https://en.wheelsage.org

Au sein de ce studio, Anatole Lapine met à profit ses compétences combinées de mécanicien et de styliste. Il participe au programme de la Corvette de 1963 en travaillant sur l'aérodynamique, l'intégration mécanique et les versions d'essai haute performance, notamment la Corvette Grand Sport de 1962 mise au point avec Zora Arkus-Duntov. C'est, avec Bill Mitchell, un fervent défenseur du principe de la Split Window, la lunette arrière en deux parties.

Chevrolet Corvette Sting Ray, 1963. Copyright


1965

La direction de Detroit l'envoie en Allemagne chez Opel en 1965. Intégré au nouveau centre de style de Rüsselsheim sous la houlette de Clare MacKichan, il apporte une culture du design américain à la filiale germanique afin de moderniser son image. Sa mission consiste à prouver qu'une voiture européenne peut être aussi désirable qu'un modèle d'outre-Atlantique.

Il marque de son empreinte la Rekord C lancée en 1966 et la Commodore A commercialisée à partir de 1967. En parallèle du dessin de l'Opel GT de série finalisé par Erhard Schnell, Lapine conçoit des déclinaisons sportives pour la compétition, dont en 1968/69 l'imposante Rekord C Schwarze Witwe, pilotée notamment par Erich Bitter et par le très jeune Niki Lauda. Il participe ensuite à l'élaboration du prototype Opel CD, véritable coupé d'exception dévoilé au Salon de Francfort en septembre 1969. Cette série de créations audacieuses attire l'attention de Porsche, qui le recrute la même année pour prendre la tête de son bureau de style.

Opel Commodore A - Source : https://en.wheelsage.org

 


1969

Anatole Lapine rejoint Porsche le 15 avril 1969 pour intégrer le département style de la marque, alors basé à Zuffenhausen, avant l'inauguration du centre de style de Weissach en 1971. Il travaille d'abord aux côtés de Ferdinand Alexander Porsche, le créateur de la 911. La véritable transition s'opère en 1972, lors de la restructuration juridique de l'entreprise en société anonyme (AG), qui écarte la famille Porsche des postes de gestion directe. C'est à ce moment que F. A. Porsche quitte l'entreprise pour fonder le Porsche Design Studio, transmettant officiellement la direction totale du style à Anatole Lapine, qui va façonner l'esthétique de la marque pendant deux décennies.

Anatole Lapine, le deuxième personnage à partir de la gauche. Copyright


1972

La Porsche 911 Carrera RS 2.7 fait sa première apparition publique en octobre 1972 lors du Salon de l'automobile de Paris. Développée sur la base d'un châssis allégé et d'un moteur six-cylindres à plat de 2,7 litres développant 210 ch, cette déclinaison radicale vise une homologation en compétition. Pour satisfaire au règlement du Groupe 4 de la FIA, le constructeur de Stuttgart prévoit une production initiale limitée à cinq cents exemplaires. Sur le plan aérodynamique, la voiture innove en adoptant de série un imposant capot arrière surmonté d'un becquet intégré, rapidement surnommé queue de canard ou Ducktail en raison de sa silhouette relevée. Cet appendice stabilise le train arrière à haute vitesse en réduisant la portance sans altérer la finesse globale de la carrosserie, tout en créant une zone de surpression qui optimise l'alimentation en air frais de la grille moteur. Devant l'engouement suscité par le modèle, Porsche prolonge sa fabrication jusqu'à dépasser les mille cinq cents unités, ouvrant ainsi la voie à son homologation en Groupe 3.

Porsche 911 Carrera RS 2.7, env. 1973 - Source : https://en.wheelsage.org

Anatole Lapine adapte la silhouette originelle de Butzi Porsche aux nouvelles contraintes sécuritaires, en particulier celles du marché américain. Sous sa direction, la Série G voit le jour lors du Salon de Francfort 1973 et se distingue immédiatement par ses pare-chocs à soufflets. Loin de subir ces appendices comme une verrue esthétique, à l’image de MG qui optera un an plus tard pour des éléments en polyuréthane noir, le designer parvient à les intégrer harmonieusement à la ligne globale. Cette prouesse stylistique permet d'ailleurs à cette version de se maintenir au catalogue durant quinze ans. Amateur d'art et de contrastes, il insuffle également à l'univers de la 911 des livrées psychédéliques, des intérieurs en velours Pascha ou en tartan, tout en imposant le concept novateur du Black Look (absence de chrome).

Porsche 911 " G series " (1974/1977) - Source : https://en.wheelsage.org

Anatole Lapine supervise le développement de la 911 Turbo, type 930, lancée en 1975. Sur ce modèle, il affine le concept de l'aileron arrière pour répondre aux contraintes thermiques et aérodynamiques du nouveau moteur turbocompressé. Cette pièce, surnommée Whale Tail ou queue de baleine, se distingue radicalement du Ducktail de la Carrera RS 2.7 de 1973. Alors que son prédécesseur n'est qu'une simple extension verticale du capot, le Whale Tail s'étale horizontalement pour offrir une surface d'appui bien plus importante, stabilisant ainsi le train arrière à haute vitesse. Les bords de l'aileron sont entourés d'une large lèvre en caoutchouc noir qui remonte légèrement, une astuce technique qui permet à la fois d'optimiser le flux d'air et de répondre aux nouvelles normes de sécurité concernant les chocs piétons. Cet élément devient si caractéristique qu'il définit la silhouette de la Turbo pour toute une génération.

Porsche 911 Turbo, 1975 - Source : https://en.wheelsage.org

Anatole Lapine s'impose finalement comme un conservateur malgré lui. Tandis que la direction de Porsche projette d'abandonner la 911, le designer s'obstine à la perfectionner avec une rigueur technique exemplaire. Par ce travail acharné, il assure la pérennité du modèle et supervise les recherches aérodynamiques qui préfigurent la génération 964 de 1988. Son action démontre avec éclat que le concept originel peut encore être modernisé sans trahir son identité profonde.

Porsche 911 Carrera 4 Coupe " 964 ", 1988 - Source : https://en.wheelsage.org


1977

Dévoilée au Salon de Genève en 1977, la Porsche 928 marque une rupture significative dans l'histoire de la firme de Stuttgart. Sous la direction stylistique d'Anatole Lapine, ce nouveau vaisseau amiral porte l'ambition de succéder à la mythique 911 en proposant une GT de luxe plus moderne et sécurisante. La silhouette se distingue par des boucliers en polyuréthane déformables qui s'intègrent si parfaitement à la carrosserie qu'ils éliminent toute cassure visuelle. Ses optiques circulaires, escamotables, épousent la courbure du capot au repos avant de se dresser face à la route une fois sollicitées. En s'affranchissant des angles saillants et des artifices stylistiques de son époque, la 928 impose une esthétique avant-gardiste.

Porsche 928 - Source : https://en.wheelsage.org

Sous son long capot, la 928 dissimule un bloc V8 inédit à refroidissement liquide. Cette architecture déroute les puristes de la marque, farouches défenseurs du moteur arrière refroidi par air. Pourtant, le coupé décroche le titre de voiture européenne de l'année en 1978, une distinction exceptionnelle pour une sportive de ce rang. Malgré l'accueil initial réservé des passionnés, la 928 traverse les décennies avec élégance. Sa carrière s'étire jusqu'en 1995, date à laquelle sa production s'achève sur un total de 61 056 exemplaires.

Anatole Lapine. Copyright


Extrait d'Auto Hebdo n° 564 du 11 mars 1987 :

" Anatole Lapine a sous ses ordres une quarantaine de personnes dont 15 stylistes ... Chacun a son mot à dire et Lapine, qui joue le rôle de chef d'orchestre, dirige ses hommes avec la tendre autorité d'un papa-poule. On dessine à Weissach (le centre style) des autos et bien d'autres choses. Porsche fait partie des clients de Lapine et agit en tant que tel. Ses commandes portent aussi bien sur une étude complète qu'un restyling ou la création d'un nouveau logo ... Il y a les clients extérieurs les plus divers. Le cockpit de l'Airbus est lui aussi signé Porsche. 65 à 70 % des créations du centre de style de Weissach concernent l'automobile et seulement une bonne moitié de ce pourcentage s'applique aux produits de la maison ... "

Anatole Lapine, 1987. Source : Auto Hebdo n° 564 du 11 mars 1987


1989

Anatole Lapine quitte Porsche. Harm Lagaay le remplace.

2012

Décès d'Anatole Lapine le 29 avril à l'âge de 81 ans.

Anatole Lapine. Source : http://rennlis.com


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