Salon de l'Auto-journal

C'est devenu un incontournable, et tout amateur d'automobile se doit de conserver d'une année sur l'autre cette publication, qui constitue depuis 1951 une référence incontestée. Les plus acharnés chercheront à remonter dans le temps, et avec un peu de patience et quelques moyens, finiront par se constituer une collection complète, les premières éditions s'avérant les plus difficiles à retrouver.


De 1951 à 1964, format 235 x 310

Le N° 1 de l'Auto-journal est daté 15 janvier 1950. Le premier album " Le Salon de l'Automobile " de l'Auto-journal paraît le 20 septembre 1951 sur 84 pages. Dans les kiosques, il s'intercale entre les numéros 38 et 39 du bimensuel.

Faute de pouvoir vous présenter par le détail cette première édition, nous débutons cette étude par une description plus détaillée de l'édition de septembre 1952, présentée comme un supplément à l'Auto-journal N° 61. L'équipe de journalistes, anonyme pour l'instant puisqu'elle signe " la rédaction ",  met déjà en avant son objectivité, ce qui jusqu'à cette époque n'était pas une évidence dans le petit monde de la presse automobile. Mais c'est le principe sur lequel s'appuie cette nouvelle publication, son credo.

Sur 58 des 82 pages de cette deuxième édition sont présentés les essais des automobiles françaises : Citroën 2 CV, Rosengart Ariette, Renault 4 CV, Panhard Dyna 130, Simca Aronde, Peugeot 203, Citroën 11 CV Traction, Renault Frégate, Ford Vedette, Hotchkiss Grégoire et Ford Comète. Quatre pages sont consacrées aux essais de chacune de ces voitures. Les autres automobiles, celles de prestige (Talbot, Delahaye ...), les cabriolets et les utilitaires légers, font l'objet de développements moins détaillés sur un demi ou un quart de page par véhicule. Les sept dernières pages sont réservées à un panorama des automobiles étrangères qui doivent être présentées au Salon de Paris en octobre. Ce numéro comporte par ailleurs un sommaire, seize pages de publicité, et le détail des tarifs pour les voitures françaises, depuis la 2 CV à 341 870 francs jusqu'au châssis de la Talbot Lago Grand Sport à 2 133 175 francs. 

L'édition de 1953 voit sa pagination augmenter à 100 pages, et sa couverture adopter la couleur avec une fort belle illustration de Géo Ham. Un sujet de quatre pages est consacré à " la voiture de l'avenir ", où l'on retrouve pêle-mêle la Socema Grégoire, la Chevrolet Corvette, la Wimille ou la Le Sabre. Les bancs d'essais, un des piliers éditorial de l'Auto-journal, s'intéressent aussi désormais aux voitures étrangères : Kaiser Manhattan, Aston Martin DB2 ou Porsche 1.5 litre Super. Quelques paragraphes traitent de voitures plus marginales, comme les DB, De Rovin, Delahaye 235, Salmson 13 CV, Gordini, Cunningham, Muntz Jet, Pegaso, Jaguar XK 120, etc ... Douze pages sont consacrées aux breaks Panhard Dyna, Simca Châtelaine, Peugeot 203, Ford Abeille, Renault Javaquatre et Prairie. Les huit dernières pages présentent sommairement la production étrangère. Ce sujet reste encore très marginal, faute d'ouverture des frontières. 

En 1954, comme l'année précédente, la couverture possède un certain charme avec une vraie recherche graphique, même si elle est signée par un inconnu, R. Réhault (ne manquez pas de réagir si vous connaissez cet illustrateur). Cette quatrième parution gagne quatre pages. Parmi les sujets traités, on y découvre une étude sur la physionomie de l'acheteur en 1955 par type de modèle : 4 CV, 2 CV, Dyna, Traction 11 CV, Aronde et 203. Sur trois pages, l'Auto-journal tente de répondre à la question suivante : " où en est la carrosserie française ? ". A cette époque, plusieurs carrossiers sont sur le point de disparaître ou de s'orienter vers d'autres activités commme Franay, Guilloré, Figoni, Saoutchik, Antem ... tandis que d'autres vont encore vivre ou survivre quelques temps : Chapron, Pichon Parat ou Facel. Huit pages sont consacrées à une description de huit moteurs de voitures françaises. Pour Renault, Citroën, Peugeot, Simca, Ford, Panhard, l'Auto-journal présente la liste des succursales et concessionnaires en France. Parmi les bancs d'essais qui font désormais la réputation de la publication, les voitures de prestige sont encore à l'honneur : Comète Monte Carlo, Salmson 2300 S, Talbot Grand Sport. Une douzaine de pages sont consacrées aux breaks français. Enfin, quinze voitures étrangères font l'objet d'un résumé de banc d'essai. Les constructeurs Mercedes, Opel, Porsche, Ford UK, Vauxhall, Aston Martin, Triumph, Alfa Romeo, Fiat, Lancia, Chevrolet, Ford US et Studebaker y sont représentés. 

C

L'édition de 1955  débute par un développement sur quatre pages sur la situation générale des cinq grands constructeurs français - Panhard est encore considéré comme étant de cette famille - à la veille du Salon. Puis trois pages sont destinées aux " petits ", entendez les constructeurs de microvoitures comme Isetta Velam, Inter et Galy. Sur ce créneau de marché prometteur dans l'immédiat après-guerre, de nombreux " petits " ont déjà quitté la scène, après quelques furtives apparitions le temps d'un ou de deux Salons. On peut citer les Dolo, Boitel, Julien, Deshaies, Reyonnah ... Cette édition 1955 innove en présentant les voitures françaises par catégories : 2 et 4 CV (" et ", car elles ne sont que deux ...), 5 à 7 CV, 8 à 13 CV et les voitures " hors série ", ce qui facilite les comparaisons. Les " hors série " ont pour nom Salmson 2300 S, Simca Coupé, Talbot 4,5 L et Facel Vega. Sur un autre créneau de marché, les trois représentants français de la catégorie utilitaire ont le droit chacun à deux pages. On y retrouve le Renault 1000 kg, le Citroën 1200 kg type H, et le Peugeot 1400 kg, ex Chenard & Walker. Divers autres sujets font l'objet de quelques pages : le référendum organisé par l'AJ, le prix de revient kilométrique, les pur-sang (190 SL, Type D, Osca, Ferrari ...), et enfin la production étrangère, décrite par le biais de résumés de bancs d'essais pour quelques modèles, puis de manière plus synthétique pour les autres.

Peu de changements dans l'édition 1956 : un reportage sur la voiture à turbine, et pour le reste une présentation à laquelle les lecteurs de cette publication annuelle sont désormais habitués. Il y a de nouveau 100 pages de lecture au programme. En 1957, on retrouve les traditionnels bancs d'essais de l'Auto-journal réservés aux voitures françaises, puis ceux des utilitaires. Les voitures étrangères sont très sommairement présentées sur 20 pages en fin d'édition, par catégorie fiscale, au travers d'une mise en page un peu brouillonne.

La formule est inchangée en 1958. En 1959, deux pages étaient consacrées aux " voitures pour salons ", que l'on ne qualifie pas encore de " concept car ". Mais ce sont surtout les quarante dernières pages qui font la différence par rapport aux précédentes éditions. Les voitures étrangères y sont  présentées, cette fois avec des photos plus grandes, mais surtout un texte d'accompagnement, ce qui rend enfin cette partie du magazine vraiment attrayante. 

En 1960, c'est désormais 50/50 ! La moitié du numéro est consacrée aux voitures françaises, l'autre aux voitures étrangères. Pour l'instant, à l'Auto-journal, on s'en tient aux marques principales, importées ou non en France. L'édition 1961 passe à 112 pages, dont seulement 40 pour les voitures françaises. Depuis 1953, on continue d'apprécier l'effort réalisé par cette publication pour proposer des pages de couverture toujours aussi attrayantes. Le temps qui passe ne fait qu'accentuer leur charme.

Superbe couverture de nouveau en 1962. La formule est inchangée, et ce sont toujours comme en 1961 des petits dessins de profil qui permettent de faire connaissance avec les voitures étrangères. Toujours 112 pages au programme. L'édition 1963 se distingue par son dos carré et ses 116 pages. René Bellu nous propose une illustration de ce qui va devenir deux ans plus tard la Renault 16. L'intéressé prend désormais en main le devenir de cette édition annuelle.

Après Géo Ham en 1953, un autre grand illustrateur signe la couverture de 1964 : René Ravault. Le dos carré est de rigueur comme l'année précédent. Cette année, ce sont 148 pages qui soutiennent ce panorama de l'automobile, qui se veut d'un millésime à l'autre de plus en plus complet.


De 1965 à 1974, format 270 x 360

Le numéro " Le Salon de l'Auto " 1965 de l'Auto-journal adopte un nouveau et grand format de 270 x 260 mm, qu'il va conserver dix ans. Cette première nouvelle édition compte 132 pages, dont une soixantaine consacrées aux grandes marques françaises. Cette partie du magazine offre d'abord une vision panoramique des différentes gammes, avant de proposer les désormais fameux résumés des bancs d'essais. Puis plusieurs sujets de nature différente sont abordés : les véhicules tout-terrain, la technique 65-66, les voitures de ceux qui nous gouvernent, les dimensions des breaks, le sport automobile, les voitures d'hier. Les 55 dernières pages sont consacrées aux productions étrangères, avec un classement par pays. Le texte d'accompagnement est assez précis. Le principe du dos carré est abandonné.

L'édition 1966 compte toujours 132 pages. La couleur fait timidement son apparition dans les pages intérieures. Pour le reste, la forme reste assez similaire à celle de 1965, avec un éclectisme des sujets traités en dehors de l'inventaire des automobiles en lui-même : les nouveautés techniques, les breaks français, le sport automobile, les voitures de demain. On apprécie spécialement les trois pages couleurs consacrées aux carrosseries spéciales réalisées par Osi, Vignale, Frua, Pininfarina, Bertone, Ghia et Zagato. Les productions étrangères prennent de plus en plus de place. Pour la première fois, les petits constructeurs plus marginaux sont mentionnés. Autre nouveauté utile pour ceux qui veulent en savoir plus sur une auto, mais aussi pour les collectionneurs de catalogues, les adresses  postales des constructeurs ou importateurs sont clairement indiquées.

En 1967, le Salon de l'Auto de l'Auto-journal adopte une maquette encore mieux structurée. La couleur gagne une nouvelle fois du terrain. Les constructeurs sont présentés par pays, puis par ordre alphabétique au sein de chaque pays. Les commentaires et les caractéristiques sont plus détaillés que jamais. Chaque marque est séparée de la suivante par une bande noire dans laquelle s'inscrivent le nom et l'adresse du constructeur ou de l'importateur. Les automobiles des pays " divers "sont regroupées en fin de catalogue. Les réalisations des plus prestigieux carrossiers italiens sont de nouveau mises en avant. Avec cette édition 1967, l'Auto-journal prend une longueur d'avance qu'il gardera longtemps sur ce que peuvent proposer les titres concurrents. L'amateur trouve toutes les informations qu'il recherche sur tel ou tel modèle. D'une année sur l'autre, il va pouvoir comprendre l'évolution de l'articulation des gammes. Aujourd'hui encore, il s'agit d'une bible pour ceux qui s'intéressent à l'histoire automobile. Une étape quantitative et qualitative a été franchie par l'Auto-journal.

Le nombre de pages ne cesse de progresser. En 1969, le Salon de l'Auto de l'Auto-journal atteint 196 pages. La couleur gagne de nouveau de la place. Quand la gamme d'un constructeur s'étoffe, la publication suit le rythme. Les neuf pages sur les carrossiers sont un régal. Les productions des " petits pays " sont analysées avec force détails, qu'il s'agisse de l'Afrique du Sud, de l'Australie, du Brésil ...

A partir de 1970, le principe du dos carré est de nouveau et définitivement adopté. La pagination est de 220 pages de 1970 à 1972, puis de 228 pages en 1973 et 1974. Gilles Guérithault, directeur de rédaction, signe l'éditorial à partir de 1971.


De 1975 à 1980, format 255 x 340

Le format est modifié à partir de 1975. Le nombre de pages varie entre 204 et 236 selon les années, et compte même 280 pages en 1980. Gilles Guerithault signe toujours l'éditorial et René Bellu dirige la réalisation de cet annuel attendu au mois de septembre dans les kiosques.

Le Salon de l'Auto-journal est concurrencé à partir de 1979 par un autre annuel assez proche dans l'esprit et dans la forme, intitulé " toutes les voitures du monde ", édité par l'autre grand titre de la presse automobile française, " l'Automobile ". 


De 1981 à nos jours, format 255 x 340

Sans vouloir faire de la nostalgie à deux balles, force est de reconnaître qu'à partir de 1981, le Salon de l'Auto-journal perd un peu de sa superbe. Les pages de couvertures soignées des années 50 à 70 sont un lointain souvenir. Le concept s'est banalisé. Le format se réduit, la taille des photos aussi. On s'y perd un peu dans les années. Le numéro de 1981 s'appelle encore " Salon 81 ", mais l'édition de 1982 devient " Toutes les voitures du monde 1983 ". Celui de 1984 est présenté sous le titre " Salon 84 modèles 85 ", quand celui de 1985 redevient " Salon 85 ", etc ... Le numéro spécial 1994 (la mention figure sur le dos du magazine) s'appelle " Salon 95 ", mais le suivant, le numéro spécial ... 1996 prend la dénomination" Salon 96 ". Allez vous y retrouver ! Ce n'est qu'à partir de 1997 que la situation se normalise.

Quelques pages noir et blanc font de la résistance jusqu'en 1989. Les bancs d'essais sont présents jusqu'en 1990. Gilles Guérithault signe son dernier éditorial dans le numéro de 1992, même si son nom figure au titre de " conseiller " jusqu'en 1995. Celui de René Bellu à la direction de cet annuel apparaît aussi pour la dernière fois en 1992. Une nouvelle génération de rédacteurs arrive.

Le paysage automobile évolue, et le Salon de l'Auto de l'Auto-journal aussi. Des pays autrefois secondaires deviennent majeurs dans la production automobile (Espagne, Corée, République Tchèque ...), et leurs constructeurs gagnent leur place dans le classement des grands producteurs. La pagination ne cesse de progresser, pour dépasser les 400 pages à partir de 2006, quatre fois plus que durant les premières années. Evidemment, la maquette s'est modernisée. Mais la taille de la police s'est réduite et le lecteur n'y gagne par forcément en lisibilité. La qualité du papier utilisé n'apporte plus le même agrément de toucher et de lecture qu'auparavant.  Malgré tout, le Salon de l'Auto de l'Auto-journal demeure après plus de 60 ans d'existence un incontournable, que tous les amateurs, même ceux qui ne lisent pas régulièrement le bimensuel, s'arrachent dès sa parution.

Si vous souhaitez constituer une collection complète, les numéros les plus rares sont de manière assez évidente les plus anciens, surtout ceux des toutes premières années. Un exemplaire de 1951 peut se négocier aux environs de 35 euros. Les numéros depuis le milieu des années 50 jusqu'en 1965 sont affichés le plus souvent à partir de 15 euros. Après ces années, en prenant votre temps, vous trouverez votre bonheur pour une dizaine d'euros par numéro. A partir des années 80, cette publication est disponible en abondance. Dépensez 5 euros au maximum et moins encore à partir des années 2000. Acquérir une collection complète en une seule fois, n'y rêvez pas trop, c'est rarissime et pas forcément plus économique qu'un achat pièce par pièce. 

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