Porsche 924

1. Le contexte économique

Au milieu des années 70, les dirigeants de Porsche s'interrogeaient sur l'avenir de leur gamme automobile. Le contexte économique était peu favorable aux voitures de sport surpuissantes après le premier choc pétrolier. Le marché américain déployait toute une armada de normes antipollution. La gamme 914/916 lancée en association avec Volkswagen n'avait pas réussi à s'imposer, et sa production allait être arrêtée en 1975. Il était aussi très dangereux pour Porsche de se limiter à un modèle unique, la 911, aussi mythique (déjà !) soit-il.


Porsche 914

Le constructeur allemand décidait de partir d'une feuille blanche pour concevoir celles qui allaient devenir les Porsche 924 et 928. Ce nouveau départ devait par la suite lui permettre d'adapter ses produits aux évolutions des contraintes du marché.

2. Une offre adaptée

La 924 dévoilée en novembre 1975 marquait un virage dans l'histoire de Porsche. Elle abandonnait en effet le moteur arrière refroidi à air situé entre les roues motrices, au profit d'un 4 cylindres refroidi à eau positionné sus le capot avant.


Porsche 924

Son dessin était l'oeuvre de Harm Lagaay, collaborateur puis futur successeur d'Anatole Lapine. Il se distinguait par des lignes très fluides, des phares rétractables et un original hayon arrière à bulle. Ce projet mi-Volkswagen, mi-Porsche allait devenir à son terme un projet 100 % Porsche. Volkswagen ne croyait plus à la voiture de sport dans le contexte de morosité d'alors. Et surtout, Porsche souhaitait faire de la nouvelle 924 son modèle d'entrée de gamme.


La 924 au coeur de la circulation allemande des années 70

3. Le groupe VAG est sollicité

Mais la firme de Stuttgart fut tout de même obligée de faire appel aux services du groupe VAG, ses usines n'ayant pas les capacités de production nécessaires. La 924 était donc assemblée dans l'ancienne usine NSU de Neckarsulm, sous le contrôle des ingénieurs Porsche qui veillaient au respect des normes de qualité maison. Surtout, le 4 cylindres 1984 cm 3 de 125 ch était d'origine Audi, puisqu'il était une évolution du moteur de l'Audi 100. L'association de ce moteur et d'une carrosserie aérodynamique permettait à la 924 d'atteindre 200 km/h.

4. Un accueil favorable

Si les clients fidèles de Porsche semblaient sceptiques, la presse était globalement enthousiaste à l'issue des premiers essais. Le grand public manifestait pour sa part un certain intérêt pour cette Porsche démocratique, moins pointue à conduire, plus pratique grâce à son hayon, plus habitable, plus économique à l'entretien, et nettement moins chère à l'achat que sa grande soeur la 911. La 924 s'exportait bien, en particulier au Etats Unis, où elle devait rapidement faire face à une concurrente japonaise, la Mazda RX 7, qui ne s'était pas privé de s'inspirer de la voiture allemande.


Porsche 924 version US, reconnaissable à ses feux latéraux

5. La qualité Porsche

Le grand nombre de pièces communes avec les modèles de Volkswagen et la production de masse permettaient à Porsche de proposer sa 924 à un prix compétitif. L'habitacle demeurait toutefois bien fidèle à l'esprit du constructeur de Stuttgart. L'assemblage était aux normes de Porsche. Tous les organes délicats étaient protégés, gainés. L'étude de la voiture fut menée pour anticiper l'imprévisible. L'impression était la même au niveau de la carrosserie. La peinture ne présentait aucun défaut.

6. Les évolutions

La 924 de 1975 ne cessa de se bonifier d'année en année, et connut différentes évolutions, soit sous forme de séries limitées, soit par des augmentations de performances ou des changements d'aspect. La 924 Turbo de 170 ch (177 ch à partir de 1980) se joignait à la 924 atmosphérique en 1978. Sa production totale fut de 12 664 exemplaires jusqu'en 1982.


924 Turbo

En 1985, la 924 des débuts était remplacée par une nouvelle 924 S. La S était équipée du 2,5 litres atmosphérique de la nouvelle 944. Forte de 150 ch (puis 160 ch en 1987), elle se distinguait grâce à ses jantes à cinq trous. Production : 16 669 exemplaires.


924 S, avec ses jantes à cinq trous façon " cadran de téléphone "


924 S

7. Les séries limitées

1976 : 924 Martini

Première série limitée sur base 924, la Martini, d'un couleur unique blanche avec des bandes décoratives latérales aux couleurs de Martini, célébrait les victoires des Porsche 935 et 936 en Championnat du Monde en 1969, 71, 71 et 76. Elle fut commercialisée entre 1976 et 1978 à 3000 exemplaires, dont les 2/3 pour les USA et le tiers restant pour l'Europe.  Sa mécanique était celle de la 924 atmosphérique (125 ch).


Porsche 924 Martini

1978 : Limited Edition

Ce modèle fut exclusivement diffusé aux Etats Unis 1978. Il était doté de jantes spéciales, d'anti-brouillard, d'un équipement audio de bon niveau et d'un habillage spécifique de l'habitacle.


Porsche 924 Limited Edition

1979 : 924 Sebring

Cette autre série limitée, la 924 Sebring, fut commercialisée sur le marché américain en 1979. Elle célébrait les succès de la marque allemande sur ce circuit. Par rapport à la 924 de série, les modifications étaient principalement d'ordre cosmétique. Des bandes décoratives ornaient la carrosserie de couleur rouge orange. Sa production fut de 1400 exemplaires.

1980 : 924 Le Mans

Le constructeur allemand avait déjà pris le départ des 24 Heures du Mans vingt huit fois en 1980. Cinq fois, la marque avait gagné la célèbre course d'endurance, sans compter les victoires par catégories et les victoires à l'indice. En 1979, les voitures allemandes avaient démontré leur fiabilité en se classant  1ère, 2ème, 3ème et 4ème, dix Porsche se classant parmi les 15 premières.

En 1980, Porsche programmait trois 924 Carrera GT (voir ci-après) dans la catégorie " Grand Tourisme Prototype de moins de 3000 cm3 ", et fêtait cet évènement en commercialisant avant même l'édition de la course Mancelle une série limitée, la 924 Le Mans. Le constructeur ne fut pas déçu, puisque les trois Carrera GT se classèrent aux 6ème, 12ème et 13ème places.

Cette version Le Mans vendue à 1030 exemplaires reprenait la mécanique du modèle de base, à savoir le 1984 cm3 de 125 ch. Techniquement, la 924 Le Mans était équipée de suspensions de conception plus sportive. Elle était peinte en blanc alpin, avec une bande à trois couleurs supportant la mention Le Mans Ses roues étaient pourvues de jantes à rayons en alliage léger. Un étroit becquet à l'arrière emprunté à la 924 Turbo  permettait de réduire le coefficient de résistance à l'air.


924 Le Mans

8. Haute performance

1981 : 924 Carrera GT

En 1981, la 934 Carrera GT, basée sur la 924 Turbo, constituait une version nettement plus virile de la 924. Présentée sous forme de prototype au salon de Francfort en 1979, elle fut produite à 406 exemplaires afin de satisfaire aux exigences d'une homologation en groupe 4 (minimum 400 unités). La Carrera GT disposait de 210 ch, soit 40 ch de plus que la Turbo, grâce à quelques améliorations mécaniques (échangeur air/air, nouvel allumage, taux de compression augmenté).  L'habitacle était celui de la 924 Turbo de série


Porsche 924 Carrera GT

924 Carrera GTS et GTR

La 924 Carrera GT fut déclinée en 1981 dans une version Carrera GTS de 245 ch produite à 50 exemplaires. La GTS était destinée à la compétition, mais demeurait homologable sur route. La face avant se distinguait notamment par ses feux fixes cachés sous une glace transparente, tandis que l'habitacle était franchement dépouillé et se passait d'insonorisant.


Porsche 924 GTS

Ultime 924, la Carrera GTR de 375 ch (17 unités produites) était une véritable bête de course. Par rapport à la GTS, ses ailes étaient encore plus volumineuses, ses aérations plus larges, et sa monte pneumatique supérieure. Les freins étaient ceux de la 935 de course !


Porsche 924 GTR

9. Epilogue

De 1976 à 1988, un total de 151 711 Porsche 924 toutes versions confondues virent le jour. Au salon de Francfort en 1981, Porsche avait présenté la 944, extrapolation plus musclée de la 924. La 944 allait progressivement remplacer la 924. Mais ceci est une autre histoire ...


Porsche 944

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