Cadillac Séville

La flambée des cours du pétrole après le premier choc pétrolier oblige les grands constructeurs américains à revoir leurs gammes, en proposant des modèles plus compacts à côté de leurs " full size ". Cadillac n'échappe pas à la règle. Il n'est en effet pas question de voir la fidèle clientèle s'enfuir vers les concessionnaires de voitures européennes de luxe, tels Mercedes, BMW ou Jaguar. Les " big three " (GM, Ford, Chrysler) s'alignent dès lors sur les nouvelles normes gouvernementales qui, au titre de la réduction des émissions polluantes, prévoient de pénaliser financièrement les constructeurs ne répondant pas à certains critères.

Cadillac, fabricant d'automobiles de luxe " à l'américaine ", même s'il est moins exposé que ses concurrents, en raison de sa position dominante sur le marché, doit pour ne pas se laisser distancer proposer à sa clientèle un véhicule plus économique à l'usage et moins gourmand en carburant que ses habituels paquebots. Bien qu'il ait été un temps envisagé de nommer la petite Cadillac du nom de La Salle abandonné depuis 1940, c'est finalement l'appellation Séville qui est retenue. La première Séville est présentée le 22 avril 1975. Cette désignation a déjà été utilisée sur l'Eldorado Séville produite de 1956 à 1960. Ce n'est absolument pas une voiture au rabais, mais une vraie automobile très raffinée et luxueusement équipée. Son design est inédit et se veut valorisant pour l'acheteur.


Cadillac Séville, 1975 à 1979

Ce type d'automobile compacte à l'échelle américaine ne correspond pas aux habitudes de Cadillac. Après avoir songé à utiliser une base d'Opel Diplomat, les ingénieurs de Cadillac ont bâti la Séville sur un châssis commun avec les Oldsmobile Omega et Chevrolet Nova. Cadillac souhaite clairement installer la Séville au sommet de sa gamme. Elle coûte lors de sa présentation 40 % de  plus qu'une Sedan De Ville. Pourtant la Séville est plus légère de 450 kg et plus courte de 70 centimètres que son aînée. Cette forme de snobisme à l'envers attire les acheteurs chez les dealers de la marque, où elle est disponible à partir du 1er mai 1975.


La Cadillac Séville est affichée à un prix 40 % supérieur à celui de la Sedan De Ville

La Séville doit à la fois séduire un public plus jeune et ne pas faire fuir la clientèle plus conservatrice. Si d'un point de vue technique, elle ne parvient pas à la hauteur des concurrentes européennes, elle se démarque par l'élégance et la sobriété de ses lignes, et par son confort de roulement. Le V8 d'origine Oldsmobile développe 180 ch. Cette première génération de Séville est en phase avec son époque et rencontre le succès. Le fait qu'elle ne ressemble pas aux autres Cadillac a sans contribué à attirer l'intérêt d'une frange d'acheteurs jusque-là séduits uniquement par les productions européennes plus exotiques. Rouler en Cadillac Séville est devenu aussi valorisant que de s'afficher au volant d'une BMW ou d'une Mercedes. 

La deuxième génération de Cadillac Séville dévoilée au mois de septembre 1979 s'inspire des créations britanniques des années 50. Dans le cas présent, le constructeur américain a puisé ses idées dans un passé et une histoire qui ne lui appartiennent pas.


Cadillac Séville, 1980 à 1985

En effet, ce type de lignes dites " London Look " était plutôt en vogue sur les Daimler, Rolls Royce ou Bentley d'après-guerre, le plus souvent produites par de prestigieux carrossiers comme James Young, Hooper ou Freestone & Webb. Le dessin de la Séville est donc basé sur le principe d'un long capot moteur et d'un arrière court en pente douce doté d'une malle à bagages proéminente. La réussite du mariage de l'ancien et du moderne est un travail d'équilibriste. Le risque de tomber dans la maladresse et le mauvais goût est important. Ces lignes réellement originales contournent avec une pointe d'ironie l'influence du design latin sur les productions américaines. Si cela n'avait pas été la General Motors, on aurait parlé de gag.

Dans le cas présent, Wayne Cady, responsable de ces lignes, s'en est tiré avec les honneurs. Il a été supervisé dans son entreprise par Bill Mitchell (qui prendra sa retraite en 1977). Le patron du style de la GM a souhaité avec ce modèle marquer ses adieux à la scène. Il avait déjà envisagé d'adopter le " London look" sur la Séville de première génération, qui avait hérité finalement d'un design plus consensuel. Cette Séville ne fait pourtant pas l'unanimité, ni au sein de la General Motors, ni auprès de la clientèle de la marque. Les uns et les autres s'accordent à la trouver trop déroutante, et c'est effectivement l'une des Cadillac les plus originales de tous les temps. Après avoir défrayé la chronique, sa carrière va demeurer en demi-teinte.


Cadillac Séville, 1980 à 1985

Cette Séville a été régulièrement importée en France, mais à un prix assez dissuasif, supérieur à celui d'une berline Jaguar 12 cylindres, d'une Mercedes 500 ou d'une BMW Série 7. Certains acheteurs ont apprécié la qualité de son équipement, son confort, sa douceur de fonctionnement, mais ils ont composé avec une consommation de carburant élevée, la grosse vignette, et des performances moyennes pour une voiture de cette catégorie. Elle sera produite à 199 155 exemplaires jusqu'en 1985.

Cadillac présente un 1986 une troisième génération de Séville, qui se distingue par sa lunette arrière verticale, façon Volvo 760. La quatrième et dernière génération est disponible à partir de 1992, mais son style assez banal, très " international ", va décevoir les amoureux de belles américaines.


Cadillac Séville, 1986 à 1991


Cadillac Séville, 1992 à 2004

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