Citroën Acadiane

La berline Citroën Dyane est présentée au Salon de Francfort en 1967. Sa vocation est de remplacer à moyen terme la vieillissante 2 CV. Mais elle peinera à s'imposer. Déjà à cette époque " le minimum automobile " des années 50 dont elle assure la continuité n'est plus de mise. Le niveau de vie des Français s'est grandement amélioré en deux décennies. La Dyane doit aussi faire face aux attaques de la Renault 4 plus moderne et plus performante. Enfin, une large frange de la population reste attachée à la 2 CV, devenue une icône, et il n'est donc pas question pour l'instant pour Citroën de l'enterrer.

La suite de l'histoire est connue. En 1970, la 2 CV retrouve une seconde jeunesse avec les versions 2 CV 4 et 2 CV 6, dotées de moteurs plus performants et de teintes chatoyantes. La berline Dyane qui a peu évolué s'incline en juillet 1983, sept ans avant la 2 CV ! Quel retournement de situation pour cette auto qui n'a jamais vraiment convaincu les citroënistes purs et durs, et qui voulait devenir calife à la place du calife. Celle qui va lui succéder, la Visa, sera encore plus controversée.


Citroën 250

Mais la Dyane dont les premières esquisses sont dues à Louis Bionier n'a pas dit son dernier mot. La 2 CV Fourgonnette est commercialisée sous de nouvelles désignations depuis 1971 : 250 (435 cm3, anciennement AZU) et 400 (602 cm3, anciennement AK). Sa production cesse en fin d'année 1977. Environ 1,25 million d'exemplaires ont vu le jour depuis 1951. Passée de mode, son volume de chargement est aussi moindre que celui de ses concurrentes plus récentes, en particulier la Renault 4 F6 de 1975. Pour remédier à ces inconvénients, l'Acadiane lui succède officiellement le 8 mars 1978. Il ne faut pas chercher dans ce nom un lien quelconque avec l'Acadie, ancienne colonie française fondée au Canada, mais plus simplement une contraction des lettres AK et de Dyane.


Le creux sur les portes avant permet de rigidifier les tôles d'une finesse insigne

L'Acadiane conserve la même architecture que la 2 CV Fourgonnette. Citroën semble considérer qu'il suffit de faire évoluer son produit en le maintenant dans la lignée de base pour conserver ses parts de marché. L'avant du type 2 CV est remplacé par celui de la Dyane, plus contemporain. Il est coiffé d'une capucine qui facilite la pénétration dans l'air. La partie fourgon présente des lignes plus douces et plus arrondies que sur la 2 CV.

La charge utilise passe de 400 à 480 kg.  Par rapport à la berline Dyane, l'empattement est allongé de 13,5 cm et le porte-à-faux arrière de 2 cm. Ses cotes généreuses lui permettent d'afficher un volume utile de 2,27 m3 contre 2,10 m3 pour la 2 CV.  L'Acadiane bénéficie dès ses débuts de freins avant à disques, qui sont associés à des tambours à l'arrière.

L'éternel bicylindre à 602 cm3 de la Dyane est conservé. Il délivre la modeste puissance de 31 ch Din en début de carrière, puissance ramenée ensuite à 29 ch Din sans perte de performances. La vitesse de 90 km/h est atteinte sans difficulté, mais il faut faire preuve d'un peu de patience et bénéficier d'un bon vent pour espérer taquiner les 100 km/h.


Dimensions de l'AK 400, puis de l'Acadiane


Avec 1,615 mètre, l'Acadiane offre presque 15 cm de longueur utile en plus que la 2 CV

Par rapport à la 2 CV, le confort de la cabine est amélioré. Celle-ci offre une meilleure visibilité bien appréciée en ville grâce au pare-brise et aux vitres latérales plus grands. Le conducteur et son passager sont installés sur des sièges résistants en skaï noir qui peuvent coulisser. La nouvelle planche de bord type Dyane est plus agréable à contempler. Le volant d'une rusticité à toute épreuve est toutefois emprunté à la 2 CV Spéciale.

L'Acadiane dispose de glaces latérales descendantes. Pourquoi ce luxe alors qu'il est inconnu sur la berline ? Cela tient au fait que cet utilitaire léger est assemblé dans l'usine Citroën de Vigo en Espagne, sur la même chaîne que la Dyane espagnole, qui elle contrairement à son homologue française est équipée de ces glaces descendantes. 

L'Acadiane comme son aînée la 2 CV Fourgonnette répond aux attentes de nombreux artisans et petits commerçants. Sa suspension souple et l'adhérence de son train avant - qualités déjà reconnues de sa devancière - la font apprécier du monde rural et de ses agriculteurs. Elle passe partout et emporte tout, qu'il s'agisse de petits outillages, de colis à livrer ou des chiens pour partir à la chasse. En jaune c'est  la voiture du facteur, et en bleu celle des agents EDF. Dans la gamme régulière, trois couleurs sont systématiquement proposées, avec des changements de teintes selon les millésimes.

L'Acadiane peut être adaptée au GPL à partir de juillet 1980. Au chapitre des raretés, mentionnons l'existence d'une Acadiane Mixta à quatre places, produite à environ 2 000 exemplaires à Vigo, équipée de vitres latérales plus longues et d'une banquette arrière de série. Quelques exemplaires sont diffusés dans les pays limitrophes de la France, comme la Belgique, la Suisse, l'Allemagne ou le Luxembourg. Par ailleurs, quelques pick-up bâchés sont fabriqués à partir de 1982 par ENAC, filiale de Citroën.


Citroën Acadiane Mixta


Cimos Dak

L'assemblage de la 2 CV commence en 1960 en Yougoslavie, celui de la Dyane en 1968. La première s'éclipse prématurément en 1975 au profit de sa grande soeur. La filiale de Citroën, la Cimos, est à ce moment-là en plein marasme financier. A défaut de produite l'Acadiane sur place, celle-ci est importée. La modernisation des installations et un marché plus porteur permettent enfin d'envisager la production locale d'un véhicule utilitaire léger à partir de 1980.

Mais les dirigeants de Javel ne souhaitent pas que l'Acadiane soit assemblée en Yougoslavie. Les ingénieurs de Cimos conçoivent alors une version spécifique. A la différence de sa soeur de Vigo, La Cimos Dak conserve l'empattement de la berline. La partie avant possède un toit embouti différemment, tandis que le fourgon arrière est d'un dessin spécifique. Les doubles portes battantes arrière sont remplacées par un hayon. Cimos adjoint un pick-up baptisé Geri. Déjà démodés lors de leur présentation, ces utilitaires ne connaissent qu'une diffusion modeste, environ 2 500 DAK et 900 Geri.


Cimos Dak


Cimos Geri


La commercialisation en France en 1984 de la Citroën C15 porte un coup aux ventes de l'Acadiane, mais l'une ne remplace pas encore l'autre. L'Acadiane est assemblée à 36 054 exemplaires en 1982. Mais ce nombre chute à moins de 9 000 unités par an à partir de 1985. Elle quitte discrètement la scène en juillet 1987, après une production totale de 253 393 exemplaires. L'Acadiane fut le dernier utilitaire à utiliser le bicylindre maison refroidi par air. La C15 lui préfèrera des mécaniques plus modernes issues du groupe PSA

Un dépliant publicitaire spécifique de huit pages est diffusé pour le millésime 1978. Puis de 1979 à 1984, l'Acadiane est associée dans les publications maison aux autres utilitaires. Il s'agit selon les années des LN et LNA Entreprise, Visa Entreprise, GSA Entreprise, Méhari, type H 1000 et 1600 et C35. Enfin, un dépliant de quatre pages, quasiment identique d'une année sur l'autre, présente l'Acadiane de 1985 à 1987.


La même mise en scène fut utilisée sur les brochures des AM 1985/86/87

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