Renault Fourgonnette R4

La Juvaquatre et ses dérivés utilitaires occupent le terrain durant les années 50, avant de s'incliner en mars 1961. Au Salon de Paris, en octobre 1961, la Régie présente sa remplaçante, la Renault 4, à la fois dans ses versions berline cinq portes et utilitaire. Cette dernière semble s'inspirer dans l'esprit de la Fourgonnette 2 CV, modèle à succès pour Citroën depuis 1950. Cependant, l'aspect extérieur de la Renault s'avère bien plus contemporain.


Le modèle original

La commercialisation de la Fourgonnette R4 est effective en décembre 1961. Elle dispose d'une charge utile de 300 kg, d'une surface de 1,50 m2 et d'un appréciable volume de chargement de 1,88 m3, grâce notamment à son plancher plat surbaissé et à sa roue de secours installée sous le plancher. A l'arrière, une large porte de service s'ouvre de droite à gauche vers le trottoir, avec un arrêt pour la maintenir ouverte pendant les opérations de chargement ou de déchargement.


Renault annonce par voie de presse " la Fourgonnette " que vous attendiez ! (mai 1962)

Dans sa version initiale, la R4 Fourgonnette est un engin strictement utilitaire. Elle ne dispose que d'un seul siège pour le conducteur (le siège passager est une option), son équipement est réduit, une teinte unique dite " gris templier " est disponible avec des pare-chocs tubulaires de la même couleur ... Renault tente pourtant de mettre en avant les quelques équipements dont dispose l'auto : un siège souple, de la place pour les jambes, des pédales suspendues, un volant anti-chocs, un tableau de bord anti-reflets, une vaste tablette de chargement, un chauffage efficace, ou une découpe incurvée de la glace avant qui permet de passer la tête pour surveiller les manoeuvres ....


Un seul siège conducteur, un équipement réduit, une seule teinte gris templier au catalogue ... La Fourgonnette R4 s'adresse avant tout aux professionnels.

Son moteur est le 747 cm3 hérité de la 4 CV. " Modernisé et rajeuni " selon la brochure publicitaire. Il ne demande " qu'un peu d'essence ", avec une consommation annoncée de 5,9 litres aux 100 km. Il ne nécessite pas de graissage et la vidange ne doit être réalisée que tous les 5000 km. Les trois rapports de boîte permettent à la Fourgonnette R4 d'atteindre assez rapidement sa vitesse de pointe de 95 km/h.

La Fourgonnette R4 est dotée de pneus 145 x 300, plus larges que ceux de la version tourisme. Elle utilise le même châssis plate-forme que la berline, mais les barres de torsion des suspensions arrière sont renforcées. Ce dispositif conjugué avec une garde au sol élevée lui permet de circuler sans difficulté sur les chemins de campagne et à travers champs. Il autorise le transport d'objets fragiles sans risque de casse et sans faire appel à d'importantes protections. La Fourgonnette R4 est aussi parfaitement à l'aise en ville, où elle se faufile partout avec son rayon de braquage réduit et sa direction douce, même si sa puissance de 27,6 ch SAE (24 ch Din) compensée par un poids plume de 575 kg reste mesurée. 

Compte tenu de sa mission, le toit de la Fourgonnette R4 est surélevé vers l'arrière, et une trappe - le fameux girafon - est aménagée au-dessus de la porte arrière. Elle offre la possibilité d'emporter des objets encombrants : échelle, arbuste, grand tapis ou ... girafe empaillée. La publicité ne manque pas d'exploiter cette appellation amusante. La Fourgonnette R4 offre à son conducteur une bien meilleure visibilité que sa concurrente directe de chez Citroën.


La 4 Fourgonnette R4 pose devant l'affiche qui lui est consacrée


La Fourgonnette R4 est adaptée à tous les chemins et à tous les usages

Autre avantage par rapport à la 2 CV : ses panneaux extérieurs plats offrent un espace idéal pour les inscriptions publicitaires, ce qui n'est pas le cas pour la 2 CV dont les flancs supérieurs sont encore réalisés en tôle ondulée. Renault tente par tous les moyens de séduire les professionnels. Les concessionnaires vont jusqu'à leur proposer un " prêt essai " de plusieurs heures, afin qu'ils puissent tester la voiture en conditions réelles d'utilisation.

La montée en cadence est régulière sur le site de l'Ile Seguin. 1028 exemplaires sont fabriqués en février 1962, 2412 en avril, 3649 en octobre ... La moyenne mensuelle est proche des 3000 voitures, quand celle de l'Estafette produite parallèlement est de 1800 unités. Plusieurs grandes entreprises se montrent intéressées par la Fourgonnette R4. Elles apprécient notamment ses lignes valorisantes pour son image. Les PTT sont l'un des premiers gros clients de la Régie, et longtemps dans les campagnes, on attendra avec impatience la 4L du facteur, identifiable à sa sonorité. Cette administration ne délaissera pas pour autant la 2 CV.


Une première commande de 50 Fourgonnette est passée par les PTT pour la distribution du courrier dans Paris.

D'autres grandes entreprises font appel à la Fourgonnette R4. On a en mémoire l'important parc utilisé par les monteurs EDF. Autre exemple : sur le tarmac des grands aéroports français, nombreuses sont à cette époque les Fourgonnette de la section " fret aérien " de la compagnie nationale Air France. Plusieurs sociétés privées font aussi appel à Renault pour renouveler leur flotte d'utilitaires. La Régie va très vite exploiter ce succès dans sa communication publicitaire, par le biais de partenariats avec lesdites sociétés.

Pschitt est un exemple parmi d'autres. Cette boisson gazeuse aromatisée bien connue a été créée en 1954 par le groupe Perrier Vittel. Ce groupe industriel produit aussi des bonbons, et dès 1962, c'est l'une des premières grandes entreprises à adopter le nouvel utilitaire léger Renault. Les produits de la marque sont livrés aux détaillants par des " prospecteurs vendeurs livreurs " équipés de Fourgonnette R4, décorées aux couleurs de la société.


La Fourgonnette R4, adaptée pour démarcher et livrer ses clients

Ces publicités ambulantes vont faire partie du paysage français, et ainsi favoriser la notoriété des Renault et de son client. La Régie pousse le bouchon encore plus loin en associant son image à celle du limonadier, à l'occasion d'une campagne publicitaire originale. En effet, en mai et juin 1962, les deux partenaires organisent un grand concours Renault 4 Fourgonnette / Pschitt bonbons, doté de 25 000 prix d'une valeur totale de 120 000 nouveaux francs, sous forme de bons d'achat aux Galeries Lafayette. Ce concours s'adresse aux jeunes âgés de 6 à 18 ans. Le partenariat sera poursuivi durant l'année 1963 par le biais d'annonces dans la presse.


L'affiche du concours Pschitt réalisé en partenariat avec Renault


Les évolutions

Les évolutions de la Renault Fourgonnette R4 seront parallèles à celles de la berline. Nous retraçons ici les principaux évènements qui ont marqué la vie au final assez paisible de la Fourgonnette. 

En 1963, son moteur 747 cm3, comme celui des berlines, gagnent 4,4 ch SAE, (32 ch) ce qui permet à l'utilitaire de passer d'une vitesse de pointe de 95 à 105 km/h.

En 1965, une nouvelle variante vient compléter la gamme : la Fourgonnette vitrée, qui offre une certaine polyvalence grâce à la présence d'une banquette arrière optionnelle. Ses nouvelles glaces latérales s'ouvrent en coulissant. On retrouve les mêmes arguments publicitaires qu'à l'époque des dérivés utilitaires de la Juvaquatre : " Le travail fini, la Fourgonnette R4 vitrée prend la route buissonnière. Sa large banquette arrière dépliée, elle devient la véritable petite familiale idéale ... ".


La version vitrée est utilisable au travail, puis par la famille une fois la banquette dépliée

En mars 1966, la charge utilise passe de 300 à 350 kg.

A partir de 1968, Renault propose en France en option une motorisation un peu plus vaillante. Il s'agit d'un 845 cm3 de 32 ch SAE.

Pour le millésime 1969, la Renault 4 Fourgonnette adopte une nouvelle calandre encadrant les projecteurs. Cet équipement est déjà disponible sur la berline depuis 1968.


Tôlée ou vitrée, la Fourgonnette s'offre à partir de 1969 la même calandre que la berline

Pour  le millésime 1971, la cylindrée du moteur 4 CV passe de 747 à 782 cm3 par augmentation de l'alésage. La puissance réelle demeure inchangée à 27 ch Din.

Le 1er octobre 1971, la Régie propose une version surélevée dont la charge utile atteint désormais 400 kg. La hauteur intérieure passe de 115 à 131 cm. Cette version est produite en Espagne par FASA Renault. Elle n'est disponible qu'en version 845 cm3 de 5 CV.


Fourgonnette normale et Fourgonnette surélevée

Preuve de son succès, les versions de la Renault 4 couvrent en 1974 pas moins de 49,5 % du marché des véhicules utilitaires de moins de 500 kg de charge utile. Désormais, la Fourgonnette vitrée est considérée comme une voiture particulière. Par conséquent, elle est dotée de ceintures de sécurité fixes à l'avant, et de points d'ancrage de ceintures à l'arrière.

Pour le millésime 1975, la Renault 4 change totalement de visage, tant en version berline que Fourgonnette. La calandre arrondie en métal est abandonnée au profit d'une autre plus moderne d'aspect en plastique ABS de couleur noire.

En mai 1975, Renault complète son offre avec une version longue de la Fourgonnette, tôlée ou vitrée. L'empattement est plus long de 12 cm, et la partie arrière de 8 cm. La longueur hors-tout passe donc de 3,65 à 3,85 mètres. Le gain en hauteur est de 5 cm. Le volume total est porté de 1,88 m3 à 2,25 m3, et la charge utile de 355 à 400 kg pour la version tôlée, et de 395 à 440 kg pour la version vitrée.

Le dessin de l'ensemble est plus carré, avec des feux arrière redessinés. La Fourgonnette longue gagne en utilité, mais perd un peu de son charme désuet. Pour entraîner ce surplus de poids, on l'équipe du même moteur 6 CV fiscaux, 1108 cm3 et 34 ch Din, que la Renault 6 L.

En 1978, la Fourgonnette longue prend l'appellation F6, alors que la " normale " se nomme désormais F4. Le choix des motorisations demeure inchangé, 782 cm3 de 27 ch Din ou 845 cm3 de 34 ch Din pour la Renault 4 F4, et 1108 cm3 de 34 ch Din pour la 4 F6.


Renault 4 F6

La version Pick-up née pour le millésime 1979 et uniquement disponible avec le 1108 cm3 va connaître une diffusion assez confidentielle. Ce modèle est assemblé chez Teilhol (qui produit également la Renault Rodéo) sur la base de la version F6. Contre un supplément, l'acquéreur peut opter pour une bâche et ses arceaux qui viennent s'adapter aux ridelles du plateau. De manière classique sur ce type de carrosserie, une cloison munie d'une vitre sépare la cabine du plateau de charge, capable de supporter 465 kg de marchandises.


Renault 4 Pick Up

En 1983, la Fourgonnette F4 abandonne définitivement le moteur 4 CV de 782 cm3, et ne dispose donc plus que du 5 CV. La Fourgonnette F6 (tôlée et vitrée) est arrêtée en novembre 1985, et la Fourgonnette vitrée F4 en juin 1986. Pour 1987, la gamme utilitaire ne comporte plus que la Fourgonnette F4 tôlée, qui est elle-même définitivement abandonnée à l'issue du millésime 1988. La Renault Express présentée en 1985 prend peu à peu le relais.

Toutes versions et tous pays confondus, la Fourgonnette R4 a été produite à 2 049 348 exemplaires, répandus sur 32 millésimes.  Cela fait d'elle l'utilitaire français le plus répandu au monde, titre qu'elle risque de conserver longtemps si l'on tient compte du renouvellement plus rapide des gammes modernes.

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