Railton

Cette marque fut créée en 1933 par Noël Macklin et L.A. Cushman, anciens dirigeants d'Invicta. D'ailleurs, Railton s'installa dans l'usine Invicta de Cobham dans le Surrey, après que cette société ait déménagé ses activités à Chelsea. Railton empruntait son nom au conseiller technique de la firme, Reid Railton. Le personnage bénéficiait déjà d'une certaine notoriété grâce à ses voitures de record, ce choix n'était donc pas neutre, on s'en doute.

La Railton représentait en Europe la première tentative de fabrication d'une voiture de grand tourisme utilisant des composants mécaniques d'origine américaine. En effet, Railton se fournissait auprès de Hudson pour ce qui était du châssis, du huit cylindres en ligne Terraplane de 4010 cm3, de l'embrayage et de la boîte de vitesses. En 1935, le châssis et le moteur Terraplane étaient remplacés par ceux de la Hudson Eight.


Hudson Terraplane, 1933

La production des carrosseries était sous-traitée auprès de différentes entreprises spécialisées. Evidemment, l'aspect de la carrosserie, de la sellerie et des instruments de bord était d'inspiration anglo-saxonne.

Le tarif des Railton demeurait inférieur à celui des concurrentes Alvis ou Talbot par exemple, du fait de coûts d'outillages forcément réduits. Ces prix compétitifs alliés à des performances exceptionnelles facilitèrent les ventes vers une clientèle soucieuse de se démarquer de l'image corsetée des classiques britanniques, tout en bénéficiant du confort d'une mécanique au couple généreux et à la souplesse exceptionnelle. Au total, 1379 Railton 8 cylindres furent fabriquées. Railton vendait 224 voitures en 1934, 377 en 1935, son niveau maximal, avant de décliner.

Une version plus modeste dotée d'un six cylindres Hudson de 2723 cm3, la 16.9, complétait l'offre à partir de 1937. Seuls 81 exemplaires furent construits, soit en berline soit en coupé. Etant donné les rapports étroits qui existaient entre Hudson et Railton, les améliorations techniques de ces dernières étaient celles adoptées par la firme américaine. Une Railton encore plus petite, la 10 HP, réalisée sur la base d'un châssis Standard, rejoignait  la gamme en 1938. 51 exemplaires furent assemblés, 37 coupés et 14 berlines. 


Reid Railton, 1895/1977

D'année en année, les Railton avaient tendance à prendre du poids. Hors à ce moment-là, une dangereuse rivale fit son apparition, la 2 1/2 L SS Jaguar de William Lyons. Cette automobile 100 % britannique fit de l'ombre aux Railton. Elle était à la fois plus élégante et moins coûteuse. Sa puissance fiscale était moindre, et sa mécanique plus économe en carburant que le 8 cylindres américain.

En 1939, Railton orientait son activité vers la construction de canots de course, et cédait ses droits de fabrication automobile à la filiale londonienne du constructeur américain Hudson. Cette dernière proposa après-guerre d'autres modèles à huit cylindres, mais qui ne connurent que peu de succès, en raison d'une conception désuète qui ne cadrait pas avec un tarif prohibitif. La production des Railton Hudson cessait définitivement en 1953.

Il faudra attendre 1989 pour voir de nouveau le nom de Railton réapparaître sur le capot d'une automobile, à l'initiative de William Towns, designer indépendant depuis 1977, bien connu pour avoir dessiné entre autres la Rover BRM à turbine de 1964, la Minissima de la British Leyland en 1972, la berline Lagonda de 1976, la Hustler ou l'Aston Martin Bulldog de 1979. La nouvelle Railton Motor Company, installée dans le Warwickshire, entendait bien reprendre sa place sur le marché des voitures de luxe.


Railton F28 Fairmile

La nouvelle Railton, officiellement disponible à partir de 1991, prenait la forme d'un immense cabriolet au dessin minimaliste tout en courbes, construit sur une base Jaguar de XJS V12. Le dessin de William Towns était à mille lieues de celui de la Lagonda du même designer, et le moins que l'on puisse dire est qu'il était sujet à controverse.

La carrosserie en aluminium ne laissait en rien deviner l'identité du châssis. La Railton était déclinée en deux versions, dont les noms évoquaient les grandes heures de la marque : l'une appelé F28 Fairmile était la variante sportive qui se distinguait par ses roues de plus grande taille et une monte pneumatique particulièrement généreuse, l'autre, la F29 Clarement, du nom d'un cabriolet Railton des années 30, arborait des caches intégraux sur les roues arrière.

De nombreux éléments d'origine Jaguar étaient conservés, seule la sellerie pouvait donner l'illusion de l'exclusivité. L'équipement de base était conséquent pour l'époque : ABS, régulateur de vitesse, verrouillage centralisé, direction assistée, boîte de vitesses automatique, sièges à réglage électrique, climatisation ... 

Le prix de vente, qui correspondait à plus de deux fois celui d'une XJS d'usine, laissait perplexe. Un dérivé équipé d'un V12 de 6 litres développé par Lister fut un temps envisagé, mais face au peu d'enthousiasme suscité par la version initiale, ce projet resta dans les cartons. En 1994, le financier qui soutenait l'affaire préféra jeter l'éponge. Railton mourait une seconde fois.

Même s'il ne fut jamais envisagé de produire la Railton à plus de cinquante exemplaires, la réalité fut ne peut plus cruelle. Seules trois voitures auront été produites en définitive, la F28 Fairmille rouge présentée en 1989, et deux cabriolets F29 Claremoont, l'un rouge, l'autre bleu métallisé. Cette dernière demeura  la propriété de William Towns jusqu'à la fin de sa vie en 1993, avant de connaître les affres des salles de ventes.


Railton F29 Claremont

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