Lotus Elite


Lotus Elite

La notoriété de Lotus était à son paroxysme en ce début des années 70, après deux titres successifs de champion du monde constructeur de Formule 1 en 1972 et 1973, ceci après les quatre titres remportés en 1963, 1965, 1968 et 1970. L'entreprise profitait évidemment de cette excellente image pour assurer le succès commercial de ses voitures " de route ".

Colin Chapman, le boss, souhaitait désormais monter nettement en gamme, en s'inscrivant sur le même créneau que Ferrari ou Maserati. Mais il n'en avait pas vraiment les moyens financiers. Le constructeur anglais décidait donc de s'en tenir à des solutions plus raisonnables. Cela passait notamment par le maintien de mécaniques 4 cylindres sur ses voitures, et par l'utilisation de la matière synthétique pour les carrosseries.

Les Lotus de l'époque étaient très typées années 60 et commençaient à dater avec leurs formes arrondies. L'Elite, présentée en mai 1974, renouvelait complètement le style maison. Elle affichait des lignes anguleuses et acérées, devenues à la mode à partir de la seconde moitié des années 70. En comparaison, l'Elan +2, à laquelle elle succédait, prenait alors un " coup de vieux ".


Lotus Elan +2

L'Elite de 1974 n'avait évidemment plus aucun rapport avec le modèle du même nom commercialisé entre 1958 et 1963. Sa carrosserie, bien que d'inspiration italienne, avait été imaginée par les stylistes de l'usine. Le dessin de l'habitacle, moderne pour l'époque, était l'oeuvre de Giugiaro, patron d'Ital Design. Giugiaro n'était pas un inconnu pour Colis Chapman et ses ingénieurs. Il était en effet l'auteur pour Lotus du concept car de la future Esprit, dévoilé dès 1972. 


Le concept car de la future Lotus Esprit en 1972

L'Elite était devenue une sportive bourgeoise, plus grande, plus massive que les anciennes Lotus, capable d'accueillir quatre personnes, et dotée d'une carrosserie à l'allure de break sportif (elle ne mesurait que 1,21 mètre de hauteur), avec un hayon qui semblait s'inspirer de ce qu'avait présenté AMC en 1970 sur la Gremlin.


L'idée du hayon arrière fut elle empruntée à l'AMC Gremlin contemporaine ?

Le moteur " maison ", un quatre cylindres de 1973 cm3, développait 160 ch Din pour un poids à vide de 1050 kg seulement. Cette mécanique était déjà utilisée depuis 1972 (les mauvaises langues diront testée afin d'élimer les défauts de jeunesse) sur les Jensen Healey puis Jensen GT. La Lotus Elite était capable d'un honorable 210 km/h.


La Lotus Elite et la Jensen Healey (arrière plan) était équipées du même moteur

Une première série fut commercialisée de 1974 à 1980. Sa diffusion demeura limitée - 2398 exemplaires - en raison notamment d'un prix de vente élevé pour sa catégorie. L'Elite était affichée en France à partir de 180 576 francs en 1980, tarif à comparer aux 88 000 francs requis pour un coupé 504 doté d'un 6 cylindres ou aux 175 000 francs d'une BMW 635 CSi de 228 ch Din.  On le voit, le prix de l'Elite la classait parmi les voitures de grand luxe, sans en posséder ni le nombre de cylindre, ni la puissance, ni le luxe de présentation, ni la finition.


Lotus Elite


12 cylindres contre 4 cylindres, la lutte était inégale, mais dans l'esprit, la Lotus Elite s'inspirait de la Lamborghini Espada, produite de 1968 à 1978.

Paradoxalement, l'Elite n'était pas un vrai break de chasse, puisqu'elle se singularisait par une absence totale de modularité. Ses sièges arrière étaient fixes, et une vitre séparait l'habitacle du coffre à bagages.

La Lotus Elite a rapidement souffert d'une image de voiture peu fiable. Bien que brillamment conçue, la qualité de fabrication n'était pas sans reproche, et les premiers propriétaires essuyèrent les plâtres d'une technique insuffisamment éprouvée. Certains éléments de l'habitacle avaient une fâcheuse tendance à se démonter ou à se dévisser, les boiseries paraissaient fausses comparées à celle d'une Jaguar par exemple  ...

Une part non négligeable de la clientèle Lotus était heurtée, voir carrément rebutée par le style innovant de l'Elite. C'est la raison pour laquelle son constructeur proposait à partir d'octobre 1975 un second modèle, l'Eclat, une Elite dotée d'une partie arrière aux formes en pente douce plus conventionnelles 


Lotus Eclat

La seconde série de l'Elite fut commercialisée de 1980 à 1982. La cylindrée atteignait 2174 cm3 sans que la puissance n'augmente de manière significative. Le confort de conduite se trouvait amélioré grâce à un couple plus élevé. Visuellement, la seconde série était identifiable à la présence d'un spoiler avant. Sa diffusion fut des plus restreinte avec seulement 133 voitures vendues. Son dessin très typé seventies avait rapidement vieilli.


La seconde série était identifiable à la présence d'un spoiler avant

L'Elite ne fut pas remplacée dans la gamme Lotus, et seule l'Excel (une Eclat remise au goût du jour) et l'Esprit permettaient à  Lotus de maintenir ses positions sur le marché de la voiture sportive de luxe, jusqu'en 1992 pour la première, et jusqu'à l'aube du 21ème siècle pour la seconde.

Les Lotus Elite et Eclat/Excel furent comme une parenthèse dans l'histoire de la marque, qui après ces deux modèles et une furtive Elan de deuxième génération, tomba quasiment dans la monoculture avec son Esprit. Dans les années 2000, comme durant les années 60, Lotus renouait avec un certain succès grâce à de petites sportives légères et spartiates, les Elise, Exige et Europa.

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