Juin 1960

" Mustapha " de Bob Azzam reste près de quatre mois en tête des ventes de disques en France, de mars à juillet 1960


En France et dans le monde

5 juin : Norodom Sihanouk devient chef de l'Etat au Cambodge - 6 juin : l'organisme " American Heart Association " écrit dans un rapport que les études statistiques permettent de faire le lien entre le tabagisme et les décès liés aux maladies coronariennes - 6 juin : Jim Clark dispute son premier Grand Prix de Formule 1 sur le circuit de Zandvoort aux Pays-Bas au volant d'une Lotus-Climax - 14 juin : Discours du président de la République Charles de Gaulle sur la politique algérienne et l'indépendance des TOM - 15 juin : Naissance de Michèle Laroque - 19 juin : Deux pilotes meurent sur le GP de Belgique. Alan Stacey est touché au visage par un oiseau, et Chris Bristow est victime d'un accrochage avec Willy Mairesse - 20 juin : Le Mali et le Sénégal gagnent leur indépendance vis à vis de la France. 22 juin - Premier vol du Boeing 707 - 26 juin : Paul Frère et Olivier Gendebien remportent les 24 Heures du Mans sur Ferrari - 30 juin : Le Congo belge obtient son indépendance.


La presse spécialisée


N° 170, juin 1960


N° 248, 15 juin 1960


2ème trimestre 1960

La Peugeot 404 lancée en mai fait la couverture de l'Automobile, ainsi que celle de l'Auto Journal dans son édition du 15 juin. Pierre Boutin et Stanisla Motte, vainqueurs du Rallye Lyon Charbonnières Stuttgart sur Porsche 356, sont en couverture du trimestriel Moteurs.


Brèves automobiles

Depuis avril, la vitesse maximale sur les routes est fixée à 100 km/h.

Cinq années se sont écoulées depuis que la Direction Générale de Peugeot a posé le problème à résoudre. Il s'agissait de proposer une voiture offrant le même volume intérieur que la 403, tout en étant plus basse, avec un capot légèrement plongeant, une puissance accrue, un rapport de compression autorisant l'emploi de carburant ordinaire, etc ... En septembre 1957, les ingénieurs d'études pouvaient rouler dans le premier prototype. Dès cette première sortie, ils ont eu la certitude d'avoir conçu une voiture dont le comportement répondait au problème posé. Pourquoi, à partir de ces premiers essais un délai de plus de deux ans et demi a-t-il été nécessaire avant la commercialisation du modèle ? Ce délai était indispensable pour la mise au point de la voiture et pour préparer la lancement de la fabrication. Le problème n'est évidemment pas le même quand on vise les 500 unités par jour et plus, que lorsqu'il s'agit d'une production en petite série. Le succès de la 404 avec 2 885 374 exemplaires produits toutes carrosseries confondues jusqu'en 1975 (valeur incluant les camionnettes produites jusqu'en 1988) a surpassé celui de la Peugeot 403 et ses 1 214 121 unités de 1955 à 1966.

Peugeot 404

La nouvelle formule de l'Auto Journal avec ses 32 pages en couleur est un événement dont on parle dans les milieux spécialisés, tant en France qu'à l'étranger. Effectivement, c'est la première fois au monde qu'une machine permet de sortir un journal grand format avec de la couleur au recto et au verso. Ce tour de force a pu être réalisé au sein de l'imprimerie Georges Lang, sur une rotative offset Marinoni. Ce sont 18 000 exemplaires de l'A.J. qui sont imprimés chaque heure. Fin 1969, L'Auto-Journal abandonnera le format journal (d'où son nom) pour celui du magazine. À partir du milieu des années 1980, l'A.J. rentre progressivement dans le rang, voire se banalise, après le départ à la retraite de ses plus grandes signatures, en particulier celles qui ont lancé le journal. 

C'est dans un décor archaïque qu'une poignée d'hommes au service de René Bonnet, animés par le génie de la mécanique, ne désespèrent pas de tenir en échec les grosses usines qui, à l'étranger, fourbissent des armes formidables pour l'épreuve du Mans. On peut se demander si la course française sera encore réduite pour de longues années aux barouds d'honneur. Le Mans, qu'on le veuille ou non, est la course au sommet. Sur le plan humain, elle confronte les meilleurs pilotes du monde. Sur le plan matériel, elle apporte toujours du neuf. Banc d'essai par excellence, une victoire aux 24 Heures du Mans consacre une marque et lui garantit une large diffusion sur tous les marchés.

De petites moyens pour de grandes ambitions chez René Bonnet

Outre Le Mans, René Bonnet a participé aux différentes épreuves des années passées avec des voitures découvertes du type " barquette ". Cette année, le code sportif international exige un pare-brise protégeant efficacement la tête du pilote contre les intempéries. Le règlement requiert une hauteur de 80 cm au-dessus du siège du conducteur. Dans ce cas, la voiture ouverte, préférée jusqu'à présent pour sa moindre surface frontale opposée au vent, perd de son intérêt. Il est bien plus intéressant de remplir le vide laissé derrière le pare-brise par une carrosserie fermée, et ce afin d'éviter la formation de tourbillons. Bonnet a donc réalisé des voitures du type coupé à deux places, dont l'esthétique est peut-être discutable, mais qui sont certainement les plus fonctionnelles. Endetté par la mévente de ses automobiles de tourisme, René Bonnet met la clé sous la porte en 1964, et cède l'entreprise à son principal actionnaire, Matra. Il décède en 1983 à l'âge de 78 ans.

René Bonnet

Fiat lance un nouveau modèle, une version break de la petite 500, baptisée Giardiniera (la jardinière). La petite Topolino a aussi été proposée aussi une version de ce type de 1937 à 1955. Fiat renouvelle aujourd'hui cette opération, mais dans des conditions beaucoup plus favorables en raison de l'existence du marché commun. Déjà la 500, vendue moins cher que la 2 CV, fait une percée significative en France. La Giardiniera est une quatre places. L'augmentation de poids - 555 kg contre 500 kg pour la berline - et la charge utile autorisée de 200 kg plus le conducteur, ont amené les techniciens de Fiat à doter le moteur de quelques chevaux supplémentaires. Avec ses 21,5 ch SAE, la Giardiniera aurait une vitesse de pointe légèrement supérieure à 95 km/h. La Giardiniera sera produite jusqu'en 1977 à environ 170 000 exemplaires, en conservant durant sa vie ses fameuses portes suicides.

Fiat 500 Giardiniera

L'aviateur ou le yachtman arrivé à destination se trouve automatiquement dépourvu de moyen de locomotion. Afin de rendre à l'usager une autonomie qui lui est chère, les 2tablissements O.L.D. présentent un petit scooter léger et pliant qui trouvera place dans une carlingue d'avion ou dans la cale d'un bateau, ou tout bonnement à l'intérieur d'un coffre d'automobile. Le Miniscoot possède un châssis en tube d'acier qui reçoit un moteur Manurhin 75 cm3 à variateur. L'ensemble pèse 45 kg. Etant donné son poids et ses dimensions, ce scooter peut escalader toutes les côtes. C'est un véhicule d'appoint qui peut aussi servir pour les chantiers et les usines. De nos jours, avec l'éclosion des moteurs électriques, de nombreux constructeurs proposent des scooters pliables animés par cette énergie.

Le Miniscoot, le dépannage à portée de main

A quelques exceptions près, la construction automobile est devenue une affaire de grande série. La structure des voitures ayant évolué, on peut s'expliquer, du moins en partie, que les grands carrossiers français n'aient pu subsister. Chapron continue seul aujourd'hui cette tradition. L'automobile s'est démocratisée. Nous n'en sommes plus à l'époque où le carrossier exécutait une carrosserie spéciale à la commande. Certains le font encore, en Italie notamment, mais de plus en plus rarement. Pinin Farina, Bertone, Vignale, Michelotti par exemple font de la carrosserie spéciale en petite ou moyenne série. Mais il s'agit de modèles d'exception. Pour l'automobiliste moyen, qui entend marquer sa voiture d'une empreinte personnelle, il reste la ressource des accessoiristes, des peintres et autres marchands d'enjoliveurs. La gamme des produits utilisant le chrome avec surabondance, permet à chacun de s'évader de l'uniformité de la grande masse. Et si cette ressource s'avère insuffisante, il reste les embellissements intérieurs, du tigre en peluche au cendrier plaqué. La recherche trop poussée de l'originalité en automobile comme en d'autres domaines se traduit bien souvent par un manque flagrant de mesure et de sens esthétique.

Une Austin Seven décore avec goût.

Dans une suite d'articles, l'Auto Journal alertait dès 1959 l'opinion publique, et rompait pour la première fois la conspiration du silence sur un des fléaux du 20ème siècle, la pollution de l'air. Sans doute les Parisiens savaient-ils depuis longtemps qu'ils avaient les poumons noirs. Sans doute les architectes de la ville de Paris connaissaient-ils la véritable cause de la lèpre des pierres dont meurent nos plus beaux monuments. Les ingénieurs paysagistes de la région parisienne n'avaient aucune illusion ; si certains arbres de l'agglomération présentent les symptômes de la dégénérescence, une seul raison : l'air est devenu un égout. Chiffres à l'appui, l'A.J. a dénoncé les effets agressifs pour la santé, et sans doute à longue échéance, mortels, d'une atmosphère contaminée. Pour la première fois, un ministre de la Santé, Bernard Chenot, a déclaré publiquement qu'il est décidé à agir, et non plus à limiter l'action de ses services à l'inventaire des agents de la pollution de l'air. Les mesures à prendre se heurteront sans aucun doute à des oppositions de l'Intérieur, des Travaux Publics, de surtout de l'Industrie et du Commerce. Le Ministre est passé outre en présentant un projet de loi-cadre pour réduire cette pollution atmosphérique.

Extrait d'une publicité BP

Les carrossiers français sont en difficulté. Les grands constructeurs nationaux ne veulent plus livrer de plateforme aux artisans. La condescendance des " grands " se borne à faire parvenir aux carrossiers des voitures toutes finies, avec une remise n'atteignant pas celle des concessionnaires En France, lorsqu'une voiture doit recevoir une carrosserie spéciale, le châssis muni de sa mécanique est expédié chez le carrossier, qui conserve l'ensemble durant un délai variable, avant de livrer à son client le modèle fini. En Italie, seul le châssis est envoyé au carrossier, qui le munit simplement de roulettes pour faciliter sa manutention, avant le renvoi de l'ensemble toujours sans mécanique au constructeur, qui la monte ultérieurement. Ainsi sont évités les frais de protection de la mécanique, et surtout aucun capital n'est immobilisé chez le carrossier. Cette différence de procédé est très significative quant aux résultats obtenus, en fin de compte, par chacun des pays. La première raison du déclin de la carrosserie française, c'est d'abord cet état de fait. Aucun constructeur n'a cru aux voitures spéciales de petite cylindrée. Un carrossier qui réussirait actuellement à sortir un modèle original se verrait automatiquement refuser la distribution commerciale par les concessionnaires de la marque. Ce fut le cas pour la Mouette de Chapron. Seule exception à cette règle stupide : Panhard qui autorise ses concessionnaires à vendre le coach DB.

Enzo Ferrari présente à Jean Bernardet de l'Automobile sa Ferrari 850. Le Commendatore affirme avoir transposé dans cette voiture tout ce que la compétition lui a enseigné depuis le début de sa carrière. La voiture affiche 75 ch, soit à peu de chose près la même puissance qu'une bonne berline de 2 litres. Bonnet comme Rédélé sont déjà heureux quand ils obtiennent 55 ch avec leurs moteurs de 850 cm3. A l'accélération, le Ferrari 850 est brillante, mais aussi particulièrement confortable, avec une largeur au coude de 1,32 mètre, soit ce qu'offre la banquette arrière d'une Aronde. Enzo Ferrari affirme avoir conçu cette automobile pour ceux qui aiment conduire. Quant à savoir qui va la construire, le Commendatore affirme qu'il n'a pas l'intention de s'en occuper. Il a déjà assez à faire avec ses propres fabrications. Mais s'il se trouve un constructeur désireux de la commercialiser, toutes les études seront mises à sa disposition. Il faudra envisager une production d'au moins 3 000 exemplaires pour maintenir un prix de vente accessible. La suite de cette aventure vous est racontée ici : http://leroux.andre.free.fr/jmpasa.htm

La carrosserie provisoire de la Ferrari 850 est dérivée d'un coupé Fiat, mais le châssis créé par Giotto Bizzarrini est signé Ferrari.

A 27 ans, Mickey Thompson est déjà un vétéran de la vitesse. Il a couru pendant des années sur les lacs asséchés de Californie, sur les pistes salées de Bonneville. Il est une figure prédominante de la course de vitesse. Le rêve de toute sa vie a été de devenir l'homme le plus rapide sur terre, et maintenant le rêve approche de la réalité. Thompson s'est approché de son but avec méthode, efficience et rapidité. En 1958, il a dessiné et construit une nouvelle machine de course sur laquelle il a monté deux gros moteurs Chrysler V8 modifiés, de façon à produire plus de 800 CV chacun. Il chargea George Hill de dessiner une carrosserie aérodynamique. Thompson emmena sa nouvelle machine à Bonneville, en août dernier, et fit tressaillir le monde de la course avec une vitesse de pointe de 471 km/h. La plus grande vitesse atteinte jusqu'alors par une voiture de fabrication américaine était de 428 km/h. Son engin se conduisit parfaitement, confirmant les qualités de son châssis et de sa carrosserie. Thompson était prêt à se lancer à l'assaut du record du Britannique John Cobb : 634,8 km/h.

La voiture Challenger I de Mickey Thomson sur la poiste du Lac Salé de Bonneville

Son premier problème qui parut insurmontable pendant des mois fut de trouver une manufacture américaine disposée à fournir des pneus adaptés à la vitesse prévue, soit 700 km/h. Il arriva à convaincre Goodyear. Celui-ci attela une équipe d'ingénieurs spécialisés à la tâche. Le problème des pneus fut résolu fin 1958. Thompson avait terminé la caisse de la nouvelle voiture et la plus grande partie du châssis vers le mois de février 1959. La puissance est fournie par quatre gros moteurs Pontiac V8. George Hill travailla à l'enveloppe aérodynamique. Thompson commença ses essais. A mi-course et à plus de 570 à l'heure, il eut des ennuis, plus avec sa forme physique qu'avec sa mécanique. Il perdait alors quelque peu le contrôle de sa voiture, et celle-ci se trouvait légèrement en perdition. Thompson perdait en outre son masque à oxygène et s'évanouissait. Par bonheur, l'aventure se terminait sans autres dommages graves. Quelques jours plus tard, il devait renouveler sa tentative, mais la saison des pluies intervint, mettant un terme à toute tentative valable. L'assaut américain contre le record de la plus grande vitesse en automobile s'est ainsi trouvé remis de plusieurs mois. Ce n'est qu'au milieu de cette année 1960 que Thompson reprendra ses tentatives. Fort toutefois des vitesses qu'il a pu réaliser déjà, Thompson est optimiste sur l'issue de ses prochains assauts contre le record. Dragsters, buggys, midgets, 4x4, off-shores, endurance, Carrera Panamerica ... Mickey Thompson a participé à plus de 10 000 courses et remporté 500 victoires. Il meurt en 1988, à l'âge de 60 ans, assassiné lors d'un règlement de compte suite à un différent dans ses affaires.

Mickey Thompson fait ses essais afin que les aménagements nécessaires soit réalisés dans son poste de pilotage.

Pendant la guerre, les aviateurs américains qui s'ennuyaient sur leurs immenses pistes de ciment, cherchèrent à se distraire en organisant des courses autres que les courses à pied. Comme ils disposaient de petits moteurs de démarreurs et de roulettes de queues, ils en équipèrent de simples châssis en tubes de leur fabrication. Des courses s'organisèrent sur tous les terrains, puis des épreuves furent disputées entre régiments. Le karting était né. Après la guerre, des fanatiques continuèrent à pratiquer ce sport, mais, n'ayant pas sous la main, comme nous en Europe, toute une gamme de moteurs de petite cylindrée, ils se tournèrent vers les seules mécaniques existant en Amérique, celles des scies et des tondeuses à gazon qu'ils transformèrent : des clubs se formèrent un peu partout, des pistes poussèrent comme des champignons sur tous les parkings, et des centaines de milliers de jeunes et de moins jeunes firent ronfler les petits " moulins " de leurs karts. Il est normal que ce sport trouve des adeptes en France, pays de l'automobile, des bricoleurs, et qui possède une gamme très variée de petits moteurs. Différents constructeurs vendent désormais des modèles tout montés, avec des moteurs de diverses marques : Manurhin, Rexo, Ydral, Yap, Money Goyon ... Des normes de véhicules, une réglementation et des classes sont nées, sous l'égide du Comité National de Karting.

Le karting du début des années 60 reste un engin rudimentaire sans grande protection

Enlevé " in extremis " par le jeune Mc Laren, 22 ans, le septième GP d'Argentine se déroula dans une ambiance extraordinaire de " corrida " devant plus de 100 000 spectateurs, et cette course fut certainement l'une des plus intéressantes de ces dernières années. En effet, pour la première fois depuis fort longtemps, cinq marques de voitures, BRM, Cooper, Ferrari, Lotus et Cooper-Maserati, étaient vraiment dans le coup, c'est-à-dire qu'elles étaient pratiquement à égalité et, par conséquent, chacune étant capable d'enlever la première place ! Bruce McLaren, né en 1937 en Nouvelle-Zélande, a couru le championnat du monde de Formule 1, disputant 98 GP. Il a également fondé l'écurie McLaren, devenue l'une des plus prestigieuses de l'histoire du sport automobile. Il est mort le 2 juin 1970 sur le circuit de Goodwood.

Le Dr Fernandez Aguirre remet au bord de la piscine la très belle coupe de l'ACA qu'il dirige à Mc Laren.

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