ZAZ, le bas de gamme de la production soviétique


ZAZ était une marque ukrainienne qui a produit de petites voitures destinées à la population la moins aisée de l’Union Soviétique, pour laquelle les Moskvitch et les Volga étaient trop chères. Ses meilleures années ont été les années 80, puis le déclin commence au début des années 90. La chute des ventes s’accentue au milieu des années 90 et la marque ZAZ disparaît en 1998, alors que son usine passe sous le contrôle du coréen Daewoo puis d’AvtoVAZ.


Les origines de ZAZ


Fondée en 1908, donc avant la chute du tsarisme en Russie, l’usine ukrainienne qui s’appellera ZAZ (Usine d’automobiles de Zaporojie) en 1956, était au départ une usine qui fabriquait du matériel agricole à destination de l’Empire russe dans lequel faisait alors partie l’Ukraine. Dans les années 50, la Moskvitch et la Volga sont les voitures les plus vendues en Union Soviétique, mais leur prix les mettent hors de portée pour la plus grande partie de la population. Au milieu des années 50, le bureau d’études de Moskvitch travaille donc sur une petite voiture qui pourrait être vendue à un prix bien inférieur que la Moskvitch 402 lancée en 1956 et qui pourrait attirer une nouvelle frange de clientèle. En 1957, un prototype est dévoilé, qui porte le nom de MZMA 444 et qui est équipé d’un moteur bicylindre de 650 cm3 développant 17,5 ch. L’année suivante, le modèle est amélioré et sa puissance passe à 18 ch. Un prospectus présentant le projet est même présenté lors de l’Exposition Internationale de Bruxelles en 1958 (dont le clou de l’exposition est l’Atomium). En 1959, les autorités soviétiques, conscients d’un manque de capacités dans l’usine MZMA de Moscou qui fabrique déjà les Moskvitch, décident que la production de la nouvelle petite voiture sera effectuée dans l’usine Kommunar de Zaporojie en Ukraine, qui fabriquait alors des moissonneuses-batteuses. La voiture prend ainsi le nom de Zaporojets, même si sa conception vient de chez Moskvitch, et elle est dévoilée officiellement en 1959.


1959 : ZAZ 965


La Zaporojets ou ZAZ 965 est une petite berline deux portes inspirée fortement de la Fiat 600 lancée en Italie en 1955. Elle est donc dotée d’un moteur arrière, comme la Fiat, et ses dimensions (3,33 mètres de longueur, 1,39 mètre de largeur) sont proches de la voiture italienne. A cette époque, la Fiat 600 connaît un énorme succès en Italie et elle est en train de motoriser une bonne partie de la population qui n’avait encore jamais opté pour ce mode de transport. Beaucoup à l’époque - surtout les plus jeunes - roulaient en deux roues, souvent de marque Vespa ou Lambretta. A la fin de l’année 1959, 730 000 Fiat 600 sont sorties de l’usine italienne de Mirafiori, et les autorités soviétiques pensent que la nouvelle Zaporojets peut connaître un pareil destin. Le moteur de la ZAZ 965 est un 746 cm3 de 23 ch permettant d’atteindre une vitesse de 80 km/h, légèrement inférieure à celle de la Fiat 600. La production du modèle démarre en 1960. En 1962, la ZAZ 965 devient 965 A en recevant un moteur de 887 cm3 développant 27ch qui permet d’atteindre cette fois 90 km/h, soit une vitesse comparable à celle de la Fiat 600.

La ZAZ 965 lancée en 1959 mais dont la production débute en 1960 est une pâle copie de la Fiat 600 lancée en 1955. Comme elle, c’est une petite berline à moteur arrière. Elle finira sa carrière en 1969, comme la Fiat 600 en Italie.

Une tentative pour exporter le modèle en Europe de l’Ouest se soldera par un échec. Moins de 500 exemplaires seront vendus dans cette région de 1965 à 1969. Les chiffres de production des ZAZ 965 et 965 A ne sont pas connus avec précision, mais il semble que ces modèles n’ont pas réussi à motoriser en masse la population soviétique puisque certains experts évaluent cette production à moins de 100 000 par an. La production des ZAZ 965 et 965 A cesse en 1969. La même année, la production de la Fiat 600 est arrêtée en Italie.


 1966 : ZAZ 966


En 1966, la ZAZ 966 succède aux ZAZ 965 et 965 A, sous une carrosserie inspirée cette fois de la NSU Prinz IV lancée en 1961. Le moteur est toujours situé à l’arrière - comme sur la Prinz - et il s’agit toujours du 887 cm3 qui équipe la 965 A depuis 1962. La voiture a pris de l’ampleur par rapport à la 965 puisqu’elle mesure 3,73 mètres de long et 1,54 mètre de large. Plus aérodynamique et plus basse, elle est capable d’atteindre 100 km/h. En 1968, elle reçoit un quatre cylindres de 1196 cm3 développant 40 ch et autorisant une vitesse maximale de 110 km/h. Elle prend alors le nom de 966 B.

La ZAZ 966 lancée en 1966 s’inspire beaucoup de la NSU Prinz IV lancée en 1961. Elle conserve le moteur arrière (comme la Prinz) mais démode d’un coup la ZAZ 965 au niveau esthétique.

La voiture est remplacée par la ZAZ 968 en 1970 qui ressemble encore plus à la Prinz IV , en raison de l’absence de calandre. Elle reprend toutefois l’essentiel de la carrosserie de la 966 B. Seul le moteur est vraiment nouveau, il s’agit d’un 1197 cm3 développant 48 ch, ce qui autorise une vitesse maximale de 120 km/h. Le volume de production atteint 100 000 voitures par an sur le site de Zaporojie durant les années 70. En 1974, apparaît la ZAZ 968 A qui reçoit diverses améliorations techniques, notamment concernant la sécurité, ainsi qu’un intérieur modernisé. En 1979, la 968 M remplace la 968 A. La voiture reçoit divers changements d’ordre esthétique, mais la base reste la même.

La ZAZ 968 demeure une voiture relativement élégante compte tenu de ses petites dimensions. Certains peuvent même y voir une mini Chevrolet Corvair … Le constructeur ukrainien annonce une vitesse maximale de 130 km/h pour la 968 M, ce qui en fait la plus rapide des ZAZ à moteur arrière. Le volume de production du site de Zaporojie connaît alors sa plus belle période, avec des pics à près de 150 000 voitures par an dans les années 80. Au total, près de trois millions de ZAZ à moteur arrière ont été produites en Ukraine entre 1960 et 1994, date de la sortie de la dernière ZAZ 968 M.

La ZAZ 968 lancée en 1970 est une ZAZ 966 légèrement modifiée esthétiquement. La suppression de la fausse calandre la fait ressembler encore plus à la NSU Prinz IV. Cette voiture sera produite pendant vingt-quatre ans. C’est le plus grand succès de la marque.

ZAZ a par ailleurs été le maître d’œuvre d’un petit véhicule tout-terrain basé sur la ZAZ 966 et dénommé initialement ZAZ 969 mais qui prit bien vite le nom de LUAZ 969, car c’est cette marque qui entreprit la fabrication du modèle de 1969 à 1995 avec 98 000 exemplaires produits au total, principalement pour l’armée soviétique mais pas seulement. La marque LUAZ disparaît au milieu des années 90, le petit 4x4 LUAZ 969 étant remplacé par la Lada Niva, mais la production russe de 4 x 4 subsiste toujours aujourd’hui avec la marque UAZ - dont les origines remontent à 1971 - qui n’a rien à voir avec la marque LUAZ puisque celle-ci se trouve en Ukraine alors que UAZ se trouve en Russie.

La ZAZ-969 (ou LUAZ-969) est une automobile à quatre roues motrices animée par le même quatre cylindres que la ZAZ 966. Peu exporté, ce petit 4 x 4 a toutefois rencontré un certain succès en Italie, où il a notamment été commercialisé avec un moteur Ford. 


 1987 : ZAZ 1102 Tavria


En 1987, apparaît la ZAZ 1102, renommée bientôt Tavria, qui est sensée remplacer les voitures à moteur arrière que la marque fabrique depuis 1960. Projetée dès la fin des années 70, la remplaçante des 968 est une traction avant, ce qui est une vraie révolution chez ZAZ et propulse au rang d’antiquité l’ancienne Zaporojetz à moteur arrière dont les origines remontent à 1966. Dotée de trois portes, la Tavria est une berline de 3,71 mètres de long et 1,55 mètre de large, avec une calandre inclinée. La silhouette de la voiture rappelle la Talbot Sunbeam commercialisée en Europe de l’Ouest de 1977 à 1983. Déjà, en 1986, la Moskvitch 2141 Aleko rappelait fortement une autre Talbot, la 1510. Il est étonnant que les designers russes aient à l’époque jeté leur dévolu sur le design de modèles d’une marque franco-britannique qui était en train d’agoniser.

La ZAZ 1102 (Tavria) lancée en 1987 s’inspire de la Talbot Sunbeam. Il s’agit de la première traction de la marque, qui poursuivra sa carrière sous l’ère Daewoo (après 1998) mais avec un succès plus modeste que les ZAZ 968.

Equipée de moteurs 1100, 1200 et 1300, la ZAZ Tavria peut atteindre 140 km/h, 145 km/h ou 150 km/h selon le moteur. L’exportation du modèle en Europe de l’Ouest subit un nouvel échec, comme pour toutes les voitures produites en Union Soviétique, mais la Tavria se vend correctement dans son pays natal, après une petite période d’adaptation de la part des conducteurs qui doivent passer d’une propulsion à moteur arrière à une traction avant … La fin de l’ère communiste en 1991 provoque la déclaration d’indépendance de l’Ukraine. La chute de l’Union Soviétique semble avoir moins affecté la marque ZAZ que Volga ou Moskvitch, puisque la marque ukrainienne fabrique encore 133 000 voitures en 1992 et 129 000 en 1993. Cette année-là marque le lancement des versions 4 portes type 1103, 5 portes type 1105 et pick-up de la Tavria. Malheureusement, le constructeur commence à souffrir de la concurrence étrangère et le volume de production de ZAZ chute à 91 000 en 1994, 59 000 en 1995, 45 000 en 1996 et 10 000 en 1997.

La ZAZ 1103 (Slavuta) lancée en 1993 est une Tavria dotée de cinq portes. Son  succès sera encore plus modeste que celui de la Tavria, mais ce modèle poursuivra sa carrière sous l’ère Daewoo (après 1998).

Au total, la Tavria connaît curieusement un moindre succès que son ancêtre, à l’instar de l’Aleko chez Moskvitch. Il semblerait que le client russe soit très conservateur … Mais il est clair que l’ouverture massive aux importations en provenance de l’Europe de l’Ouest a joué un rôle destructeur pour les marques russes, même pour Lada qui a réussi à survivre grâce à une gamme étendue et une baisse des ventes qui pouvait être gérée drastiquement grâce au potentiel énorme de la marque au niveau industriel et commercial. Ce qui n’a pas empêché Lada de passer finalement sous le contrôle de Renault …

En 1998, la marque ZAZ au bord de la faillite passe sous le contrôle du coréen Daewoo qui produira ses propres modèles sur le site de Zaporojie, aux côtés d’une queue de série de Tavria et Slavuta (le nouveau nom de la 1103). Cette situation officialise de facto la disparition de la marque ZAZ. Racheté par GM en 2002, Daewoo se retire de l’entreprise la même année et l’usine de Zaporojie en profite pour conclure rapidement un accord avec AvtoVAZ pour pouvoir poursuivre son activité. Le site de Zaporojie va donc produire des Lada à partir de ce moment-là, jusqu’au déclenchement de la guerre civile en Ukraine en 2014.

Progressivement affectée par cette guerre civile, la production de l’usine de Zaporojie est au point mort depuis 2018. Le bilan de la marque ZAZ semble donc mitigé, puisque 4 millions de voitures sont sorties de l’usine de Zaporojie de 1960 à 1998, alors que AvtoVAZ a produit près de 20 millions de Lada entre le démarrage de l’usine de Togliatti en 1970 et 1998, soit une quantité cinq fois supérieure. ZAZ n’a donc pas vraiment motorisé en masse l’Union Soviétique et la Russie de Boris Eltsine, c’est plutôt AvtoVAZ qui a réussi cet exploit.

Texte : Jean-Michel Prillieux
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