Volga, la voiture russe par excellence


Volga était une marque de voitures russes produites par la société GAZ (Gorki Automobilnij Zavod) à Gorki, sur les rives de la Volga. La plus célèbre demeure la M24 lancée en 1967 et dont la carrière se poursuivit jusqu’en 1992, peu après la désintégration de l’Union Soviétique. Des modèles étroitement dérivés de la M24 furent encore fabriqués entre 1992 et 2010, date à laquelle disparaissait la marque Volga. GAZ fabriqua ensuite des Volkswagen pour le marché russe.


Les origines de la marque Volga


L’usine GAZ (Gorki Automobilnij Zavod) est inaugurée en 1932 à Gorki, en Russie, sur les rives de la Volga. Elle était chargée par le pouvoir communiste de produire des voitures moyennes et des camions de moyen tonnage. La première GAZ de type A lancée en 1932 ressemble comme une sœur à la Ford A produite aux Etats-Unis de 1928 à 1932, car contre toute attente, l’entreprise soviétique a conclu un accord en 1928 avec l’entreprise américaine pour produire cette voiture sous licence. La plupart des 40 000 voitures de ce type produites en Russie sont destinées à l’administration, aux responsables militaires et à des entreprises d’Etat.

Les premières automobiles Volga sont produites en Russie, à Gorki, dans l'usine créée à l'initiative du gouvernement soviétique, sous le nom de GAZ (Usine automobile de Gorky). Un accord avec Ford prévoit la construction de la Ford A sous licence. Ainsi, les premières GAZ de type A apparaissent en 1932. Ce modèle sera produit jusqu'en 1936, essentiellement avec une carrosserie torpédo, bien qu'il fut assemblé quelques carrosseries en acier à six glaces.

En 1936, GAZ abandonne la Type A pour la remplacer par la berline M1. Ce nouveau modèle est dérivé de la Ford B produite aux Etats-Unis de 1932 à 1934. Comme la GAZ Type A, la M1 dispose d’une suspension modifiée afin de s'adapter aux conditions climatiques de la Russie et de l’état des routes loin d’être parfait. Ce modèle toujours réservé à un certain public poursuit sa carrière jusqu’en 1946, et sera produit au total à 50 000 exemplaires jusqu’à cette date. Pourtant, l’accord de licence entre Ford et GAZ avait expiré en 1939, suite à la signature du pacte germano-soviétique, mais le constructeur russe passa outre et continua à produire la voiture jusqu’à la fin de la guerre.

La GAZ M1 (ou GAZ 11) lancée en 1936 est une adaptation de la Ford B produite aux Etats-Unis de 1932 à 1934. Son moteur est un quatre cylindres de 3,3 litres jusqu’en 1940 puis un six cylindres de 3,5 litres jusqu’en 1946. Le châssis a été renforcé afin de mieux s'adapter au difficile réseau routier de l'Union Soviétique

A noter que la lettre M est apposée au sigle de la GAZ en l'honneur de Viatcheslav Mikhaïlovitch Molotov, chef du gouvernement, puis ministre des affaires étrangères de l'Union Soviétique. En 1946, la GAZ M1 est remplacée par la Pobieda (Victoire en russe).


1946 : GAZ M20 Pobieda


Etudiée pendant la guerre pour succéder à la M1, la GAZ Pobieda est la première voiture de la marque réalisée entièrement en interne. Le premier prototype est achevé en novembre 1944, alors que les armées russes s’apprêtent à porter le coup de grâce au régime hitlérien. A quelques détails près, la voiture de 4,67 mètres de long est presque conforme au modèle de série. Sous le capot, on trouve un moteur quatre cylindres d’une cylindrée de 2112 cm3 développant 50 ch. Le style de la voiture s’inspire des dernières réalisations américaines et de la Volvo PV444 lancée en Suède fin 1944. Les premières voitures sont produites fin 1946, mais un manque de mise au point provoquant diverses pannes et désagréments malencontreux oblige le constructeur à ralentir puis à stopper la production en octobre 1948, alors que 1 700 exemplaires sont déjà sortis de l’usine.

La GAZ Pobieda lancée en 1946 est une sorte de grosse Peugeot 203 dotée d’un quatre cylindres de 2,1 litres. Elle fut la voiture la plus répandue en Russie dans les années 50.

Les Pobieda modifiées sortent de l’usine en novembre 1949. Désormais fiable, cette voiture deviendra la plus répandue en Russie dans les années 50. La Pobieda est surtout utilisée par les administrations, les entreprises et les taxis. Une version berline découvrable est ajoutée à la gamme, elle sera produite jusqu’en 1953. Quelques pick-up et de très rares breaks ont également existé. En 1952, le moteur gagne 2 ch, portant sa puissance à 52 ch et sa vitesse de pointe à 110 km/h (contre 105 auparavant). En 1955, la Pobieda adopte une nouvelle calandre et un nouveau tableau de bord. Le modèle est arrêté en Russie en 1957, après la production de 240 676 exemplaires. La Pobieda est fabriquée en Pologne par FSO de 1951 à 1973 pour le marché local sous l’appellation Warszawa (Varsovie).

La M20 Pobieda est à la base de nombreuses flottes automobiles, qu'il s'agisse d'entreprises, d'administrations ou de sociétés de taxis.


1955 : Volga M21


Dès novembre 1953, les ingénieurs de GAZ commencent à étudier le projet d’une remplaçante de la Pobieda. Le premier prototype débute ses essais en mars 1955 et dès l’automne suivant, la voiture est révélée au public. Elle se nomme Volga, comme le fleuve qui borde la ville de Gorki, qui fut rebaptisée Nijni Novgorod en 1991. La première Volga de type GAZ M21, inspirée par les dernières réalisations américaines, notamment la Ford Customline 1952, succède ainsi à la Pobieda type GAZ M20, et va devenir l’un des modèles les plus répandus en Union Soviétique durant une décennie. Ce modèle sera apprécié des administrations russes et des membres influents du parti communiste, mais il attirera également une clientèle établie et même quelques clients étrangers. Disponible en berline et en break, la Volga M21 est une grande berline quatre portes de 4,83 mètres de long dotée d’un gros quatre cylindres de 2445 cm3 développant 75 ch, autorisant une vitesse maximale de 135 km/h, ce qui marque un net progrès par rapport à la placide Pobieda. Toutefois les premières Volga M21 doivent se contenter jusqu’en 1957 du moteur de la Pobieda dont la puissance est portée à 65 ch.

La Volga M 21 est présentée à la presse en 1955. Elle est due au styliste Andreï Liphart, qui s'est ouvertement inspiré de la Ford Customline 1952, tant pour l'esthétique extérieure que pour l'aménagement de l'habitable, avec en particulier un compteur de vitesse identique à celui de la Ford. A l'image du continent Européen, la Volga M 21 est une grande voiture, capable d'accueillir six passagers. 

Par rapport à la Pobieda, la Volga M21 abandonne son pare-brise en deux parties et sa carrosserie est une vraie trois volumes. Elle adopte le style ponton, mais c’était déjà le cas pour la Pobieda qui est l’une des premières berlines à avoir adopté ces formes. En 1961, apparaît le break Volga M22 dérivé de la berline M21. La même année, la Volga est importée en Belgique qui en propose une version diesel à moteur Perkins de 48 ch, à une époque où seuls Mercedes et Peugeot commercialisent des voitures diesel. Cette version va représenter jusqu’à 80 % des ventes de la voiture sur le marché belge, même si la faible puissance du moteur peine à entraîner la lourde voiture russe qui ne peut dépasser les 120 km/h … En 1963, le moteur Perkins est remplacé par un 2,3 litres Rover de 65 ch, permettant une vitesse maximale de 125 km/h.

La deuxième série se distingue de la première par la présence d'une grille verticale. Celle-ci peut, en fonction des désirs et des moyens des clients, être chromée ou peinte de la couleur de la carrosserie.

Au total, l’usine de Gorki fabrique 638 875 exemplaires de la Volga M21 de 1955 à 1970, ce qui en fait le plus gros succès de l’industrie automobile russe à cette époque. Mais l’année 1970 marque l’arrivée de la marque Lada sur ce marché, qui avec son modèle dérivé de la Fiat 124, va motoriser une grande partie de l’Union Soviétique et non pas se contenter de clientèles spécifiques. La Volga ne va pourtant pas mourir, au contraire. Elle va renforcer son influence dans la partie " moyenne gamme supérieure " qui, avec l’enrichissement relatif de la population russe, va se développer sensiblement dans les années 70 et 80.

La troisième série apparaît en 1962, et bénéficie à nouveau de plusieurs retouches cosmétiques. Il s'agit du modèle qui a été le plus diffusé. Sa calandre comporte de fins fanons chromés avec de gros clignotants rectangulaires. Le petit cerf fixé sur le capot moteur des deux précédentes séries est supprimé pour des raisons de sécurité.


1967 : Volga M24


La Volga M24 apparaît en 1967. C’est une toute nouvelle berline quatre portes qui mélange les tendances américaines (Chevrolet, Rambler) et européennes (Ford Europe, Vauxhall) du début des années 60. Son arrière très long s’inspire ainsi des Vauxhall Cresta de cette époque. Son moteur de 2,5 litres est repris de la M21 mais sa puissance est portée à 95 ch, autorisant une vitesse maximale de 145 km/h. Le dessin de la voiture longue de 4,73 mètres - soit 10 centimètres de moins que la M21 - est net et élégant. L'empattement est allongé de 10 centimètres par rapport à la M21, ce qui bénéficie aux passagers assis à l’arrière. Toujours de conception rustique mais robuste voire indestructible, la Volga M24 va traverser les décennies sans grands changements esthétiques. Elle sera ainsi fabriquée jusqu’en 1992, ce qui représente une carrière commerciale longue de vingt-cinq ans.

La Volga M 24 parait déjà dépassée techniquement lors de sa présentation : motorisation peu puissante, essieu arrière rigide et ressorts à lames et freins à tambours. Esthétiquement, si elle n'a pas l'élégance de bien des productions d'Europe Occidentale, elle marque tout de même un progrès sensible par rapport à la Volga M 21 héritée du début des années cinquante, grâce à sa carrosserie moins haute de 13 centimètres et sa plus grande surface vitrée.

Le break apparaît en 1973 et une version diesel (70 ch) est de nouveau proposée. Après l’arrêt des limousines Tchaika en 1988, la Volga devient la seule voiture de haut de gamme de l’Union Soviétique, les ZIL n’étant réservées qu’à quelques hauts dignitaires du parti communiste. Au total, près de 1,48 million d’exemplaires de la Volga M24 sont produits sur le site de Gorki - soit 59 000 par an en moyenne - et c’est l’effondrement de l’Union Soviétique qui met un terme à sa carrière. Mais les Volga suivantes resteront cependant très proches de la M24, voiture indémodable par excellence.

Un break 24 (la lettre M est abandonnée au début des années 70) complète l'offre à partir de janvier 1973, six ans après la présentation de la berline.

Comme pour la M21, la M24 est importée en Belgique à partir de 1971, avec le moteur 2,5 litres dont la puissance est portée à 105 ch. Mais la version la plus vendue est la version diesel dont le moteur Rover est remplacé en 1972 par l’Indenor de 2,1 litres développant 65 ch monté sur les Peugeot 504 puis en 1980 par l’Indenor de 2,3 litres développant 70 ch monté sur les Peugeot 505. Plus de 10 000 Volga sont écoulées sur le marché belge.


1982 : Volga 3102


La Volga 3102 apparue en 1982 est une simple version plus luxueuse de la M24, étant à celle-ci ce que la Lada 2107 est à la Lada 2105 : la Volga 3102 s’en distingue par sa nouvelle calandre chromée, plus statutaire, par ses phares rectangulaires et ses nouveaux feux arrière horizontaux. Ce modèle cohabite dix ans avec la M24 mais sa carrière commerciale se prolonge jusqu’en 2010. Une soixantaine de modèles sont importés en Belgique, l’importateur belge les ayant équipés du quatre cylindres turbo-diesel d’origine Peugeot, le même moteur qu’on retrouve sur les Peugeot 505 et Talbot Tagora. En URSS, quelques modèles sont équipés du gros V8 5,5 litres de la limousine Tchaïka, et d’autres accueille même des moteurs à double piston rotatif d’origine Lada pour le compte du KGB. La Volga 3102 adopte par la suite un 2,5 litres ZMZ et un diesel d'origine Chrysler. La production de la 3102 est arrêtée début 2010, après la production de 155 850 unités depuis 1982.

la GAZ 3102, présentée en janvier 1982 au salon de Bruxelles, conserve la même cellule centrale que la 24, mais bénéficie d'un important lifting : nouvel avant et nouvel arrière, abandon des déflecteurs de vitres avant, poignées de portes redessinées, etc ...


1992 : Volga 3105


En 1992, un an après la fin du régime communiste en Russie, apparaît la remplaçante de la Volga 3102 baptisée Volga 3105. Celle-ci se présente sous la forme d’une toute nouvelle berline de 5,05 mètres de long, dotée de six glaces latérales, très moderne d’aspect, rappelant un peu les avant-gardistes Ford Taurus et Mercury Sable lancées en 1985. Il s’agit en fait de la troisième Volga entièrement nouvelle, après les M21 de 1955 et M24 de 1967. L’avant est plongeant comme sur les Austin Ambassador et les surfaces vitrées sont de grandes dimensions. L’habitacle est vaste et confortable. Le moteur est un V8 de 3,4 litres développant 170 ch qui permet à la voiture d’atteindre 200 km/h. De plus, afin d’attirer une partie de la clientèle des Tchaïka disparues en 1988, la Volga 3105 dispose de la direction assistée, de l’air climatisé, de sièges chauffants à réglage électrique, d’un verrouillage central des portes, d’une installation HIFI de haut de gamme. Elle dispose aussi d’une suspension à quatre roues indépendantes, de l’ABS, de quatre freins à disques et même de la transmission intégrale.

Alors que la production des anciens modèles dérivés de la 24 se poursuit, GAZ étudie une nouvelle voiture appelée à assurer l'avenir de l'entreprise. La 3105 exposée au salon de Bruxelles 1992 doit succéder à la 3102 et remplacer les antiques Tchaïka au sommet de la gamme GAZ. Cette carrosserie entièrement nouvelle sera boudée par le public.

Malgré ces caractéristiques plutôt flatteuses, la voiture connaît un véritable échec commercial, avec seulement 55 exemplaires vendus en deux ans. La clientèle juge la voiture trop chère et préfère la ligne archi-classique des Volga M24 et 3102. C’est la raison pour laquelle, GAZ sort en 1992 une version modernisée de ces deux anciens modèles qui est baptisée Volga 31029.


1992 : Volga 31029


Lancée en 1992, peu de temps après la Volga 3105, la Volga 31029 reprend la carrosserie des M24 et 3102 mais avec des parties avant et arrière redessinées. L’avant est plongeant avec une calandre inclinée rectangulaire et les feux arrière sont horizontaux et de plus grandes dimensions. L’intérieur est également revu, pour se rapprocher un peu du standing de la 3105. Le moteur est toujours le bon vieux quatre cylindres de 2,5 litres monté sur les M21 et M24, mais à partir de 1996, un nouveau moteur apparaît. Il s’agit d’un 2,3 litres de conception plus moderne, à injection d’essence, qui développe 145 ch et permet à la voiture d’atteindre 170 km/h, représentant un progrès significatif par rapport aux M24 et 3102. Ce moteur provient de la camionnette GAZelle lancée en 1994 par le constructeur de Gorki, ville rebaptisée Nijni-Novgorod depuis 1991.

La Volga 31029 lancée en 1992 succède à la M24, mais par la force des choses succéde également à la 3105 boudée par le public. Le modèle reprend intégralement la carrosserie de la M24 avec une nouvelle partie avant.

Le break type 31022 fait partie de l’offre et une version à transmission intégrale - encore un héritage de la 3105 - est proposée avec un nouveau moteur 2,4 litres de 105 ch. Certains modèles sont également montés avec un moteur 2,0 litres de 140 ch et d’autres avec un moteur 2,7 litres de 152 ch. Au total, la Volga 31029 se vend beaucoup mieux que la 3105, puisque la demande excède les 100 000 unités par an en Russie. Mais surtout, la 31029 permet à la marque de se débarrasser de l’image sévère qu’elle a dû endosser sous l’ère communiste pour devenir une voiture réellement populaire dans la Russie de Boris Eltsine, Président du 25 décembre 1991 au 31 décembre 1999. La Volga 31029 est remplacée par la Volga 3110 en 1997.


1997 : Volga 3110


La Volga 3110 apparaît en 1997, reprenant une nouvelle fois la partie centrale des M24, 3102 et 31029, mais les parties avant et arrière sont entièrement redessinées. Elle se différencie par ses feux arrière plus arrondis et sa calandre en deux parties, façon Lancia. Le coffre est plus haut et le capot est différent. Les moteurs retenus pour cette nouvelle génération de Volga sont le 2,5 litres bien connu et le 2,3 litres vu sur les camionnettes GAZelle et berlines 31029, mais apparaît également une version diesel 2,1 litres qui remplace les vieux moteurs Indenor d’origine française. Cette version diesel d’origine ZMZ est surtout utilisée par les compagnies de taxis qui apprécient le modèle pour sa facilité d’entretien, sa robustesse et sa bonne habitabilité.

La Volga 3110 lancée en 1997 succède à la 31029 en reprenant sa carrosserie dont seules les parties avant et arrière sont nouvelles. Les ventes commencent à baisser car la clientèle s’oriente davantage vers la concurrence étrangère.

Même si ce modèle est sans conteste le plus abouti de toutes les Volga produites jusqu’alors, la 3110 ne rencontre pas le succès escompté, puisque le volume de production du constructeur décline d’année en année. De 116 000 voitures produites en 2000, la production chute à 81 000 unités en 2001, 66 000 en 2002 et 57 000 en 2003. Cette année-là, GAZ lance avec retard la version break de la 3110 qui ne change rien au destin de la voiture qui voit sa production cesser en 2004.


1999 : Volga 3111


Deux ans seulement après le lancement de la Volga 3110 qui reprend l’essentiel d’un modèle datant des années 60 mais qui ne devait être qu’un modèle de transition, le constructeur GAZ lance la toute nouvelle berline Volga 3111 qui adopte un design très moderne et très différent de la 3110. Les lignes tout en rondeurs tranchent avec les lignes carrées de son prédécesseur. L’avant reprend la calandre genre Lancia et les phares sont en amande. Un épaulement apparaît au niveau de la porte arrière, comme sur les Ford et Vauxhall des années 70. Les vitres latérales sont de faibles dimensions. La 3111 mélange les styles à la fois moderne et néo-rétro. Ce modèle qui devait succéder à toute la lignée des Volga depuis la M24 est doté des mêmes moteurs que la 3110, à savoir le 2,3 litres essence, l’antédiluvien 2,5 litres essence et le 2,1 litres diesel. S’y ajoute un V6 essence de 3,4 litres d’origine Toyota pour tenter d’attirer la clientèle aisée plutôt disposée à acheter des Mercedes, des BMW ou des Audi.

La Volga 3111 lancée en 1999 devait succéder à toutes les Volga dérivées de la M24, mais le modèle sera boudé par le public et le constructeur devra se reconcentrer sur son modèle fétiche dont les origines remontent aux années 60. Ce second échec semble signer l’arrêt de mort de la marque à brève échéance.

Malheureusement pour le constructeur, la Volga 3111 est un échec commercial aussi cinglant que la 3105 produite entre 1992 et 1994, puisque moins de 450 exemplaires sont fabriqués entre 2000 et 2002, dont 53 en 2000, 342 en 2001 et 20 en 2002 … Les derniers exemplaires seront vendus sur stock en 2003 et 2004. Le modernisme ne réussit finalement pas à la marque Volga. Cet échec commercial va obliger le constructeur GAZ à se concentrer sur la production de la Volga traditionnelle dont les origines remontent à 1967. Mais cette stratégie contrainte par le réel condamne à mort à brève échéance la marque Volga car aucun constructeur ne peut raisonnablement penser survivre en produisant le même modèle pendant cinquante ans. Seuls Volkswagen et Morgan ont réussi cet incroyable tour de force.


2004 : Volga 31105


Suite à l’échec commercial retentissant de la 3111, le constructeur GAZ relance en 2004 une énième version légèrement modifiée de la Volga traditionnelle, qui sera d’ailleurs la dernière et qui est appelée 31105, la politique de numérotations des modèles restant toujours aussi énigmatique. Cette Volga 31105 succède à la 3110 qui ne devait être qu’un modèle de transition avant le lancement de la 3111. La 3111 ayant échoué dans la tentative de relancer l’activité de la marque, on revient à la 3110 qu’on modifie légèrement avec une nouvelle calandre et des phares en amande. Les moteurs sont repris de la 3110 mais à partir de 2006, suite à un accord avec l’américain Chrysler, les moteurs 2,3 litres et 2,5 litres essence sont remplacés par un 2,4 litres essence d’origine Chrysler.

La Volga 31105 lancée en 2004 succède à la fois aux 3110 et 3111. Elle reprend la carrosserie de la 3110 légèrement modifiée, mais la clientèle est partie ailleurs et il n’y aura plus d’autre avatar de la M24, voiture mythique par excellence, mais d’une autre époque.

On devine dès cette époque que le constructeur américain pourrait devenir le sauveur de la marque Volga qui voit ses ventes se réduire sensiblement entre 2004 et 2007, n’ayant plus qu’un modèle archaïque à proposer à la clientèle. Seules les compagnies de taxis demeurent encore fidèles à ce " dinosaure " de l’industrie automobile, mais cette clientèle ne suffit manifestement pas à la marque pour survivre. La dernière Volga 31105 quitte les lignes d’assemblage de l’usine de Nijni-Novgorod en 2009. C’est vraiment la fin d’une époque.


2007 : Volga Siber


Il y avait bien anguille sous roche, car la marque Volga dévoile en 2007 sa berline Siber qui est une Chrysler Sebring de la génération 2003-2006 à peine modifiée. La partie avant est toutefois légèrement différente avec une calandre spécifique. GAZ avait en effet racheté en 2006 la licence de fabrication des jumelles Dodge Stratus et Chrysler Sebring, pour la somme de 150 millions de dollars. Ces modèles seront remplacés aux Etats-Unis en 2006 par une toute nouvelle génération, il n’y aura donc pas de problème de doublon entre les Chrysler et les Volga, puisque ces dernières sont issues d’une génération antérieure. La Siber qui entend succéder à la toute la lignée des Volga traditionnelles est une berline de 4,84 mètres de long animée par des moteurs 2,0 litres (140 ch) et 2,4 litres (173 ch) d’origine Chrysler qui permettent à la voiture d’atteindre 200 km/h.

La Volga Siber lancée en 2007 entend relancer l’activité de la marque sur de nouvelles bases, en l’occurrence une Chrysler Sebring de 2003-2006. Cette tentative échouera lamentablement provoquant la disparition de la marque Volga en 2010.

Pour la production de ce modèle, GAZ utilise les anciennes chaînes de Chrysler, ramenées des Etats-Unis. Le modèle qui devait marquer la résurrection de Volga, avec un volume de production espéré de 40 000 unités par an, va être commercialisé malencontreusement quelques mois avant le déclenchement de la crise financière mondiale de 2008 qui va avoir un impact fortement négatif sur les ventes d’automobiles partout dans le monde. Fait aggravant, la clientèle russe reste sceptique face à cette Volga qu’elle surnomme " Chrysler-GAZ " ou " Chrysler-Volga " et la demande s’avère beaucoup moins importante que prévu. Moins de 9 000 exemplaires sortent de l’usine de Nijni-Novgorod entre 2007 et 2010, date à laquelle GAZ décide de mettre fin à la marque Volga.


Epilogue


La crise du marché russe en 2009 qui a fait chuter les ventes de 50 % toutes marques confondues n’a pas vraiment facilité les débuts de la carrière commerciale de la Siber qui voit ses ventes se réduire mois après mois. Parallèlement, la Volga 31105 traditionnelle, dont les origines remontent aux années 60, disparaît progressivement du marché russe. On peut affirmer que la marque Volga a été victime pendant quarante ans de la politique du modèle unique et à un moment donné, le modèle unique a fini par rendre l’âme. La marque Volga n’a su donner une descendance à son modèle fétiche, contrairement à Volkswagen qui est parvenu à se réinventer après la Coccinelle. Dernière représentante de la famille des Volga, la Siber met ainsi fin à la carrière d'une des plus mythiques voitures de la production russe. La disparition de la Volga en 2010 fait suite à celles des marques russes Tchaïka en 1988, ZAZ en 1998 et Moskvitch en 2001.

Cette hémorragie montre combien les marques automobiles russes étaient mal préparées à l’époque post-soviétique, leurs modèles ne pouvant supporter la concurrence avec ceux de l’Europe de l’Ouest, de l’Amérique du Nord et du Japon qui déferlèrent en Russie dans les années 1990 et 2000. Ironie de l’histoire, la crise financière de 2008 va également causer de graves problèmes au groupe Chrysler qui va se retrouver au bord de la faillite en 2009, sauvé in extremis par le géant Fiat qui va en prendre possession en 2011 pour une bouchée de pain. Aujourd’hui, l’usine GAZ de Nijni Novgorod produit des Volkswagen pour le marché russe et Lada est la seule marque russe encore en activité dans le domaine de la voiture de tourisme.


Texte : Jean-Michel Prillieux
Reproduction interdite, merci.

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