Genève 1964

Le 34ème Salon de Genève est plus celui des confirmations que de l'inédit. Aucun grand constructeur, à l'exception d'Opel, ne présente de nouveauté majeure. C'est donc, à peu de chose près, à une réédition des salons de l'automne 1963 que nous avons assisté. La croissance du marché suisse marque un léger fléchissement, mais se situe tout de même à 12,8 % au 30 septembre 1963 par rapport à l'année précédente. Les accords douaniers en vigueur entre la Suisse et la Grande-Bretagne font que chez les Helvètes les voitures britanniques sont moins taxées que les productions des pays de la CEE. Elles souffrent donc moins que les autres d'un relatif tassement. Ceci posé, il n'en demeure pas moins que cette vitrine internationale que constitue le Salon de Genève a attiré cette année des marques de 21 pays différents, et qu'une fois de plus, pour le plaisir des visiteurs, les plus petits constructeurs et les grandes maisons de la carrosserie italienne ne sont pas restés inactifs.

Giovanni Michelotti présente deux créations inédites. Il s'agit d'abord d'un coupé qui emprunte son châssis et son moteur à la Triumph Vitesse. La principale originalité de cette auto réside dans le dessin de son pare-brise qui se prolonge jusqu'au dessus de la tête du conducteur et de son passager. Le second véhicule est un coupé assez sage réalisé sur un châssis de Fiat 2300, baptisé Tigullio, du nom d'un territoire de la province de Gênes.


Michelotti Tigullio

Le constructeur Osi a vu le jour en 1960, dans une ancienne usine d'armes à feu située près des locaux de Ghia. Il est issu d'un partenariat entre Ghia et Arrigo Olivetti, héritier du fabricant de machines à écrire, et patron de Fergat, une société spécialisée dans les machines-outils et la production de jantes pour l'automobile. Osi se consacre pour l'essentiel à l'assemblage de voitures en petite série pour différents constructeurs, et Ghia est l'un de ses premiers clients. Osi expose à Genève un spider Fiat 1100 D réalisé à partir d'un dessin de Michelotti. Neckar, filiale allemande du groupe Fiat, serait sur les rangs pour le produire. 


Osi 1200 S

Ferrucio Lamborghini a présenté sa 350 GTV à la presse le 26 octobre 1963. Elle a été dessinée par Franco Scaglione. La voiture nous revient à Genève sous le nom de 350 GT, avec un nouveau visage qui semble définitif puisque dès la fin du mois de juin les premières voitures devraient quitter l'usine de Sant'Agata Bolognese. Les phares rétractables ont été abandonnés au profit de deux projecteurs ovales Cibié. L'empattement plus long offre des dimensions intérieures plus généreuses. A l'arrière, les lignes heurtées ont été remaniées en douceur au profit de l'harmonie de l'ensemble. C'est au carrossier milanais Touring que l'on doit ce remaniement. C'est d'ailleurs lui qui habillera dans les prochains mois la voiture, en lui appliquant le procédé Supperleggera. Il s'agit de recouvrir un treillis de tubes métalliques de petite section d'une fine carrosserie en aluminium. Tout en respectant le dessin de Franco Scaglione, les stylistes de Touring ont réussi à faire de la provocante proposition de Turin une GT assagie, tout aussi belle. 


Lamborghini 350 GT0

ATS (Automobili Turismo e Sport) est fondé en 1962 par des techniciens qui viennent de quitter Ferrari fin 1961, suite à un désaccord avec le Commendatore. Parmi eux figurent deux " pointures ", Carlo Chiti et Giotto Bizzarini. Ce dernier n'est autre que l'homme qui a conçu la Ferrari GTO. Depuis, de leur nouvelle collaboration est née une voiture de grand tourisme à moteur central dévoilée l'année dernière sur ce même salon. Tous les choix mécaniques sont issus de la compétition. La carrosserie classique et élégante, à défaut d'être très originale, est signée ici aussi Franco Scaglione. Grâce à son V8 de 245 ch et à son poids allégé de 750 kg, l'ATS 2500 GTS atteint 250 km/h. Esthétiquement, la version exposée cette année à Genève renonce aux imposantes moulures du capot avant.


ATS 2500 GTS

Il ne s'est pas écoulé deux mois entre la livraison de la dernière 400 Superamerica fin janvier 1964 et la présentation de la 500 Superfast au Salon de Genève, qui prolonge la lignée de Ferrari routières de grand prestige. Esthétiquement, le lien de parenté entre l'ancienne et la nouvelle saute aux yeux. L'aérodynamisme de la 500 Superfast a été étudié en soufflerie. L'importante surface vitrée assure une grande luminosité intérieure et met en valeur le luxe de l'habitacle. La voiture est animée par un V12 5 litres de 400 ch, et sa vitesse de pointe est de 280 km/h.


Ferrari 500 Superfast

Le carrossier Allemano et le préparateur Abarth n'en sont pas à leur coup d'essai. Le premier modèle de grand tourisme né de leur union a été présenté au Salon de Turin en 1959, sur une base de Fiat 1800/2100. C'était la première fois qu'Abarth, plus habitué aux petites bombinettes sur base Fiat 500, approchait ce niveau de cylindrée. Les deux associés font de nouveau parler d'eux cette année à Genève, avec cet inédit coupé 2400, mu par une mécanique d'origine Fiat 2300 Coupé.


Abarth 2400 par Allemano

Battista et Sergio Pininfarina ont souvent marqué leur attachement à la Suisse et au Salon de Genève. De nouveau, cette année, ils proposent une carrosserie spéciale sur un châssis de Fiat 2300, baptisée de manière appropriée Lausanne. Celle-ci s'inspire d'une autre réalisation de 1962 habillant un châssis et une mécanique de Chevrolet Corvair. La voiture a déjà été exposée à Turin quelques mois plus tôt.


Pininfarina Fiat 2300 Lausanne

A la demande de l'importateur Lotus en Suisse, Pietro Frua habille une Lotus Elan dans le même esprit que la Maserati Mistral dont il est également l'auteur, et qui fut exposée en 1963 à Genève. Sa production en série n'est pas envisagée. L'initiative est isolée, aucun autre carrossier ne s'étant encore intéressé à cette petite sportive anglaise.


Lotus Elan par Frua

De 1957 à 1959, Pietro Frua a dessiné plusieurs voitures pour Ghia Aigle, filiale suisse de Ghia Turin. Giovanni Michelotti était son prédécesseur à ce poste. Quand Ghia Aigle a fermé ses portes, un de ses employés, Adriano Guglielmetti, a créé sa propre société au nom d'Ital Suisse. Frua l'a suivi dans cette nouvelle aventure en lui assurant sa collaboration. Ce n'est pas la première fois qu'Ital Suisse expose à Genève, et le carrossier est venu cette année avec un cabriolet réalisé sur une base d'Opel Kadett. Celui-ci pourrait constituer une alternative crédible au spider VW Karmann Ghia.


Cabriolet Opel Kadett par Frua

La Chevrolet Corvette Rondine (prononcez Ron-di-née) a été présentée au Salon de Paris 1963. Son dessin est signé Tom Tjaarda chez Pininfarina. La version initiale est dotée d'une lunette arrière inversée. On retrouve la Rondine à Genève avec une glace arrière en plexiglas, qui lui procure un aspect plus classique, mieux équilibré.


Pininfarina Chevrolet Corvette Rondine

La troisième génération d'Austin Healey 3000, dite Mk III, est disponible depuis octobre 1963. La modification de l'arbre à cames, l'augmentation du taux de compression ont permis un gain de puissance de 18 ch (150 contre 132). L'habitacle est remanié avec l'installation d'une console qui relie le tableau de bord au tunnel de transmission, lequel est surmonté d'un accoudoir qui sépare les deux sièges avant. Toujours chez nos voisins d'outre-Manche, la Mini Cooper poursuit ses chassés-croisés de cylindrées. A côté de la 1071 cm3, on trouve une 970 cm3 (dénommée 1000) ainsi qu'une 1275 cm3, le tout dans la même carrosserie. Les 1000 et 1275 font leur première sortie officielle à Genève.


Austin Mini Cooper 1000 et 1275

La General Motors s'offre le plus grand stand du salon. Ce traitement de faveur peut s'expliquer par la présentation de la nouvelle Kapitän et de ses grandes soeurs Admiral et Diplomat. Les lignes de ces autos sont largement inspirées par les productions américaines de la GM. Les carrosseries des trois voitures se différencient par leur degré de finition, le dessin de la calandre et le pavillon façon cuir de la Diplomat. Les deux premières sont motorisées par un 2,6 litres de 100 ch, tandis que la Diplomat est propulsée par un V8 4,6 litres de 190 ch d'origine Chevrolet. Aucun essai n'était proposé ni à la presse ni au public, ce qui n'est pas dans les usages. Aussitôt, des rumeurs ont circulé concernant le manque de mise au point de la voiture ...


Opel Admiral

Après les séries 1500 et 1800, BMW propose une version intermédiaire sous la désignation 1600. Elle s'efforce de corriger tous les petits défauts de la 1500, et prend du souffle grâce à un alésage plus important, qui induit une cylindrée portée à 1573 cm3 (au lieu de 1499) et une puissance de 83 ch Din. Ces évolutions sont imperceptibles de l'extérieur, sauf à avoir l'oeil sur le monogramme à l'arrière. 


BMW 1600

Prince est une marque japonaise qui désigne les voitures fabriquées à partir de 1952 par la Nakjima Aircraft co., important industriel du secteur aéronautique. Cette appellation est un hommage au prince héritier du Japon, et elle a été intégrée à la nouvelle raison sociale de la firme, la Prince Motors Co. Le constructeur expose à Genève la Gloria, baptisée ici Mikado (et Nippon à Bruxelles en janvier), une grande berline de cinq places. Deux moteurs sont proposés, 4 cylindres 1500 cm3 ou 6 cylindres 2 litres. Ce n'est pas vraiment une nouveauté puisque la voiture a été dévoilée en septembre 1962, mais cette présence confirme les ambitions européennes de ce constructeur.


Prince Gloria

Honda officie dans les deux roues depuis 1948. En 1962, le constructeur décide de s'intéresser à l'automobile en présentant au Salon de Tokyo le cabriolet Sports 360 de 354 cm3 et 33 ch. D'emblée, Honda prévoit de le seconder avec une version un peu plus longue, équipée d'un moteur plus généreux de 492 cm2 et 40 ch. La voiture est finalisée en octobre 1963 et son moteur affiche alors ses côtes définitives : 531 cm3 pour une puissance à 44 ch au régime élevé de 8500 tours/minute (l'affichage va jusqu'à 11 000 tours !) C'est cette voiture qui est exposée à Genève.


Honda S500

Première évolution de la Renault 8 qui vient s'ajouter au modèle de base existant, la Major présentée le 21 février 1964 reprend le moteur 1108 cm3 de la Caravelle. Le confort et la finition sont grandement améliorés. Le moteur tournant moins vite que le 956 cm3 - 50 ch à 4900 tr/min contre 48 ch à 5200 tr/mn - et l'insonorisation ayant été revue, la Major est plus silencieuse.  Genève est son premier salon international.


Renault 8 Major

Sergio Aguzzoli et son associé Luigi Bertocco exposent en première mondiale l'Aguzzoli Condor. Le premier cité appartient à une riche famille de négociants en charcuterie. Il voue une passion réelle pour les automobiles de sport, jusqu'à avoir racheté une concession Alfa Romeo à Parme. Luigi Bertocco a oeuvré en tant que pilote d'essai pour Ferrari et Alfa Romeo. Le châssis tubulaire modifié d'une Alfa TZ1 est recouvert d'une coque qui ne pèse que 40 kg. La voiture en elle-même n'affiche que 560 kg à sec. La mécanique Alfa Romeo Giulia est placée en position centrale arrière. Les lignes sont signées du sculpteur et styliste Franco Reggiani. Alfa Romeo séduit par les travaux des deux compères a facilité la naissance de leur projet en assurant la fourniture des éléments mécaniques nécessaires.


Aguzzoli Condor 1300 GT

Graber est l'un des rares carrossiers suisses de réputation internationale. L'entreprise est en activité depuis 1927 à Wichtrach dans le canton de Berne. Depuis 1948, elle assure parallèlement la distribution des automobiles britanniques Alvis. Et assez logiquement, elle habille aussi les Alvis. Cette année, Graber rompt avec son classicisme habituel - grille verticale - en présentant une Alvis TE21 dotée d'une calandre ovale qui s'étire dans le sens de la largeur. Les phares superposés ne manquent pas de rappeler ceux de la Facel Vega Facel II, mais cet équipement ne lui permet pas pour autant d'afficher la même justesse de style que la voiture française.


Alvis Graber Super Cabriolet

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