Genève 1961

L'industrie automobile française se place en 1960 en deuxième position parmi les importateurs sur le marché suisse, avec 22 165 voitures, derrière l'Allemagne (45 971), mais devant l'Italie (8 240), la Grande-Bretagne (7 674) et les Etats-Unis (3 777). Le premier français est la Régie Renault avec 7 879 véhicules, suivi par Citroën (5 180), Peugeot (4 751) et Simca (1 079). La Suisse, neutre puisque n'abritant aucun constructeur national sur son sol, est le théâtre d'une sévère bagarre commerciale entre les principaux acteurs du marché.

Cette année, la France montre de nouveau son attachement à la Suisse, en présentant sa DS 19 dotée du nouveau moteur de 83 ch SAE, tandis que Peugeot, trois jours après l'ouverture, accepte de lever le secret qui entoure le futur moteur à injection qui doit équiper la 404. Celui-ci permet au 1618 cm3 de Sochaux d'offrir 85 ch SAE, contre 72 actuellement. Facel Vega, de son côté, a compris qu'il convient de faire de sa Facellia une voiture réellement sportive capable de concurrencer les modèles étrangers de la catégorie. Avec deux carburateurs double corps, la Facellia F2 fournit 126 ch SAE et dépasse les 190 km/h.


Citroën DS

Trois voitures majeures sont absentes. Il s'agit tout d'abord de la VW 1500 qui après une rapide présentation à la presse avant le Salon est retournée se cacher dans les usines de Wolfsburg d'où elle ne devrait ressortir qu'en septembre à Francfort. On attendait aussi la berline Fiat 1300/1500 qui ne sera finalement dévoilée qu'en Avril. Quand à la 3 CV Citroën, elle ne s'est fait connaître que quelques jours après la fermeture du Salon, sans raison apparente.

Au mois d'août 1959, Mercedes présentait sa nouvelle génération de berline 220. Large, longue, taillée à l'équerre, ce modèle pour le moins imposant rompait délibérément avec les galbes de sa devancière. Il a fallu attendre ce Salon de Genève 1961 pour voir apparaître le coupé, uniquement disponible en version SE. Il se distingue par l'absence de montants sur les vitres latérales et par son équipement particulièrement riche. Malgré la présence de freins à disque à l'avant et d'un levier de vitesses au plancher, ce n'est pas une voiture de sport, mais une conduite intérieure deux portes offrant quatre places confortables.


Mercedes 220 SE

Beutler a collaboré avec Porsche au début de l'aventure de la 356, en construisant les premières versions décapotables du constructeur allemand pendant l'hiver 1948/49, à une époque où ses capacités de production étaient encore inférieures à ses besoins. Depuis le carrossier suisse installé à Thoune dans le canton de Berne a exposé en 1957 et 1960 deux autres " spéciales " produites en petite série. Il nous revient cette année à Genève avec une 356 dotée de quatre vraies places assises. La plateforme d'origine est allongée de 45 cm au niveau des sièges avant. Tous les panneaux de carrosserie en aluminium - un large emploi de ce métal permet de conserver le même poids que le modèle de série - sont propres à la Beutler, de même que les glaces. Mais les pare-chocs, poignées extérieures, grille de capot moteur, feux arrière et détails d'ornementation proviennent de la Porsche 356 B.


Porsche 356 par Beutler

Depuis sa présentation en 1957, la 3500 a permis à Maserati de passer du stade d'artisan doué à celui de véritable constructeur automobile. Si la carrosserie " de série " a été dessinée chez Touring, de grandes maisons comme Allemano, Bertone ou Vignale ont aussi proposé différentes interprétations sur cette base, avec une diffusion certes plus restreinte. Frua a été le cinquième à se lancer dans l'aventure. Après un Spider en 1959, il présente cette année sur le stand Italsuisse un coupé au style très personnel, subtil mélange d'agressivité et d'élégance.  


Maserati 3500 Italsuisse par Frua

En guise d'alternative à la classique Studebaker Lark conçue aux Etats-Unis, Pietro Frua a créé pour le compte de l'importateur italien Renato Bornigia cet exercice de style baptisé Studebaker Italia. Il fait suite à une autre réalisation présentée au Salon de Turin 1960. Le carrossier Francis Lombardi installé à Vercelli en a assuré l'assemblage.


Studebaker Italia

Les ateliers Graber installés à Wichtrach près de Berne étaient dans les années trente spécialisés dans l'habillage de prestigieux châssis américains. Désormais, ils s'intéressent aux marques anglaises comme Rover ou Alvis. Ce coach Alvis combine avec goût une certaine austérité nordique et un indéniable charme transalpin. Son empattement généreux a permis l'aménagement d'une véritable banquette arrière. Contrairement aux usages chez Alvis, la calandre est positionnée à l'horizontale, ce qui apporte à ce modèle une touche de modernité.


Alvis Graber

Depuis la XK 120 de 1948, Jaguar réservait la primeur de ses nouveautés au Salon de Londres à Earls Court. Mais la dernière voiture de sport de Coventry, la Type E, n'était pas pas prête pour l'évènement d'octobre 1960. C'est donc à Genève qu'elle est officiellement lancée, dans un salon qui possède une orientation plus internationale. C'est parfait pour Jaguar qui ambitionne de diffuser sa GT bien au-delà de la Perfide Albion. L'unique Type E du stand a été envoyée juste à temps pour être exposée au bord du lac Léman. Elle y a fait l'effet d'une bombe. En effet, outre ses formes sensuelles, elle est deux à trois fois moins chère que ses concurrentes italiennes ou britanniques. Tout au plus, pour le même prix, peut-on s'offrir une simple Porsche 356 mue par un quatre cylindres à plat issu de la Coccinelle.


Williams Lyons, PDG de Jaguar, présente la Type E

Le public a été conquis. La type E a volé la vedette à toutes les autres nouveautés. Plus de 200 personnes ont signé un bon de commande sans avoir essayé l'auto, ni même savoir quand elle serait livrée. A la surprise des journalistes professionnels, le cabriolet est absent. En effet, il se tord un peu trop au gré des techniciens de l'usine, et on préfère chez Jaguar parfaire l'oeuvre avant de la lancer sur le marché.


Une simple moquette accueille la Type E pour sa première mondiale

Sans pour l'instant concurrencer Turin, Genève s'installe de plus en plus comme étant le salon des carrossiers. Bertone réplique à la Jaguar E en dévoilant sa propre interprétation d'un Aston Martin DB4 GT à la sauce spaghetti, carrossée en berlinette, légère et très fine, capable de rivaliser avec les plus belles Ferrari. C'est sa nouvelle recrue, Giorgetto Giugiaro, qui est l'auteur de cette carrosserie unique. La sûreté du trait est impressionnante, de même que la maîtrise des détails et leur intégration qui font de la Jet une vraie voiture de rêve.


Aston Martin Jet, par Giugiaro pour Bertone

Cette étude basée sur un châssis de Chrysler Valiant a été réalisée chez Ghia. Elle aurait été dessinée par Virgil Exner, responsable du bureau de style du troisième constructeur américain. Ce dernier entretient des rapports privilégiés avec le carrossier italien depuis la construction du premier show car Chrysler K-310 en 1951. Cette Valiant était déjà présente l'an dernier à Genève, mais pourvue d'une grille de calandre différente à fines lamelles horizontales.


Chrysler Valiant Ghia, en haut la version 1961, en bas celle de 1960

La Rambler American est équipée d'un six cylindres en ligne de 90 ch. Elle est présentée sur les bords du Lac Léman dans une nouvelle carrosserie cabriolet uniquement disponible en finition haut de gamme " Custom ". L'American conserve encore un reliquat de petits ailerons dans sa partie postérieure, mais le passage au style anguleux qui annonce les années 60 est déjà bien perceptible. Rambler , l'un des derniers indépendants, s'est hissé à la 4ème place des constructeurs américains en 1960, juste derrière Plymouth.


Nash Rambler

L'Osca de Zagato est typique de l'école italienne avec son pavillon plongeant et ses feux arrière circulaires placés verticalement. Deux écopes positionnées sur le toit débouchant au-dessus de la lunette facilitent l'aération de l'habitacle. Les roues fils souvent adoptées sur ce type de voiture sont ici remplacées par des jantes en alliage, agrémentées d'un enjoliveur central en métal chromé. Son moteur est un 4 cylindres Osca de 1568 cm3 alimenté par deux carburateurs Weber double corps.


Osca Zagato

Malgré l'animation exercée par quelques petits constructeurs et par les carrossiers italiens, Genève, carrefour de l'Europe, n'a pas vraiment tenu ses promesses cette année. L'indifférence des grands constructeurs qui n'ont pas présenté de nouveautés majeures en est essentiellement responsable.

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