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Paul Bouvot
Paul Bouvot - France - 1922/2000 Copyright. Ce site est gratuit et sans publicité. Je n'en retire aucun bénéfice financier. C'est le fruit d'une démarche totalement désintéressée. Si vous êtes détenteur d'un copyright non mentionné, je vous invite à me contacter. Ce fait est involontaire. Le document en question sera immédiatement retiré. Merci donc pour votre indulgence, pour ce qui n'est qu'un travail amateur. Paul Bouvot voit le jour en 1922 à Salins-les-Bains dans le Jura, d'un père garagiste agent Citroën et d'une mère couturière. Très tôt, le jeune homme est admiratif des Bugatti que possèdent ses oncles, des machines qui forgent son goût pour l'automobile d'exception. Il effectue ses études secondaires au lycée technique Hippolyte-Fontaine de Dijon. En 1938, Paul obtient son Brevet Élémentaire Industriel, une formation technique solide qui le destine initialement au concours d'entrée de l'école des Arts et Métiers. Le déclenchement du conflit et la disparition précoce de son père bouleversent alors ses projets universitaires. Pendant la guerre Il entre chez le constructeur de matériel agricole jurassien Labourier, à Mouchard. Il y travaille sur des véhicules utilitaires et agricoles jusqu'à son arrestation par les Allemands pour fait de résistance en 1944. Il est déporté à Dachau. Après la guerre Séduit par l'enthousiasme débordant et la passion du jeune étudiant, Edmond Padovani, directeur technique et pilote du constructeur de motos Terrot, choisit de lui donner sa chance en lui confiant le guidon d'une machine de compétition pour la saison 1947. Malgré cette opportunité exceptionnelle au sein de l'écurie officielle, les performances en course s'avèrent décevantes et ne débouchent sur aucun résultat probant. En 1952, il revient chez Labourier. Paul Bouvot occupe les fonctions de responsable du bureau d'études. Il met alors au point le Labourier LD15, un engin révolutionnaire qui s'impose comme le premier tracteur d'Europe doté d'un cadre en acier qui entoure littéralement la mécanique, rompant avec la conception traditionnelle des blocs moteurs porteurs. Années 1950 Dévoré par une passion automobile, Paul Bouvot entreprend de construire sa propre voiture en s'inspirant de l'excellence de constructeurs réputés tels que Ferrari. Cette ambition donne naissance à une barchetta, assemblée sur un châssis tubulaire et habillée d'une carrosserie en acier formée à la main. Bien qu'animée par un modeste moteur Simca, sa réalisation a exigé quatre années de labeur acharné. Une fois l'œuvre achevée, l'esprit du créateur fourmille déjà de nouveaux projets. Afin de financer la conception d'une berlinetta, il se résout à vendre son premier modèle. Il utilise alors sa seconde monture pour ses déplacements quotidiens jusqu'au jour où, stationnée dans un village, elle attire l'œil expert d'un ingénieur de chez Peugeot. Impressionné par la qualité du travail, ce dernier l'invite à prendre contact avec Georges Boschetti, alors directeur technique de la marque au lion.
Paul Bouvot (en blouse blanche) derrière la deuxième voiture qu'il a construite, une berlinetta en aluminium - Source : http://gtfrance.free.fr Au début des années 1950, Peugeot s’appuie sur le succès de la 203 mais prend conscience que son style doit se moderniser pour affronter la concurrence européenne. Sous l'impulsion de Jean-Pierre Peugeot et de Georges Boschetti, la direction décide de rompre avec des méthodes de création interne jugées trop conservatrices. L'objectif est d'adopter la ligne ponton, une silhouette fluide qui s'impose alors sur la scène mondiale. En choisissant de solliciter l'Italien Battista Pinin Farina dès 1951, la firme de Sochaux bouscule ses propres traditions. Cette initiative, consistant à confier le dessin d'une automobile française à un consultant étranger, apparaît à l'époque comme un pari risqué pour l'identité de la marque. La signature de ce contrat scelle pourtant une collaboration historique et instaure une méthode de travail hybride. Désormais, le bureau d'études sochalien supervise la technique ainsi que l'industrialisation, pendant que le studio turinois insuffle son expertise esthétique aux futurs modèles.
Battista Pinin Farina - Copyright Lorsqu'il intègre la maison Peugeot en septembre 1956, Paul Bouvot exerce ses fonctions sous la direction d'Henri Thomas, lequel rapporte directement à Georges Boschetti. Ce dernier voue une admiration sans limite aux réalisations du carrossier italien, un penchant qui entame parfois son impartialité lors des prises de décision. Pour Paul Bouvot, ce supérieur ne constitue guère un soutien solide, d'autant que sa mission principale consiste à arbitrer les rapports entre les stylistes de la marque et ceux de Pinin Farina. Ces relations s'avèrent d'ailleurs tendues, chaque camp protégeant jalousement ses prérogatives. Dans l'immédiat, l'ingénieur se consacre aux évolutions de la 403 tout en orchestrant les prémices de la future 404. Paul Bouvot noue une amitié sincère avec Sergio Pininfarina. Chaque fois qu'il se rend en Italie pour examiner les dernières propositions du carrossier, ce dernier l'emmène essayer les nouveaux modèles Ferrari. C'est dans ce contexte qu'il fait la connaissance d'Enzo Ferrari. Ils partagent même un trajet à bord d'une 250 GT Berlinette Tour de France en compagnie du Commendatore. Ce dernier connaît d'ailleurs fort bien la marque au lion, puisque ses propres équipes de course se déplacent alors en break Peugeot 404.
Paul Bouvot et Henri Thomas en 1959 chez Pinin Farina - Copyright Paul Bouvot mène une double existence où la rigueur industrielle côtoie la liberté du pinceau. Tout en approfondissant ses connaissances en histoire de l'art, il consolide sa maîtrise technique au sein de diverses académies de peinture. Dès les années 1950, il développe secrètement une œuvre picturale prolifique qui témoigne de sa curiosité insatiable. Cet esthète complet dépasse la simple conception de carrosseries pour transposer sa vision du mouvement et des volumes sur la toile. Son atelier devient alors un laboratoire de formes, totalement affranchi des contraintes liées à la production en série. Finalement, sa trajectoire de vie illustre la synthèse parfaite entre l'esthétique fonctionnelle de l'automobile et la pureté des arts plastiques. 1960, direction du Centre de style Peugeot La passation de pouvoir entre Henri Thomas et Paul Bouvot en 1960 marque le passage d’un classicisme hérité de l’entre-deux-guerres à une modernité influencée par l’école italienne et les contraintes de l’industrialisation de masse. Henri Thomas, figure historique entrée chez Peugeot en 1932, a imposé de 1935 à 1948 la nouvelle signature visuelle de la marque à travers le concept du " fuseau Sochaux ". Sa recherche d’une élégance aérodynamique a culminé avec la 203, mais sa méthode de travail finit par se heurter aux nouvelles exigences de renouvellement rapide du marché. Alors que la direction souhaite s’ouvrir à des collaborations externes, notamment avec le carrossier Pininfarina, Paul Bouvot prend les rênes du Centre de Style pour les vingt prochaines années. Dès sa nomination, il recrute le jeune Gérard Welter, alors âgé de seulement 18 ans, amorçant ainsi une ère nouvelle pour le design sochalien.
Paul Bouvot à bord d'une Ferrari California.
Le styliste devient
successivement le propriétaire
de plusieurs Ferrari : une 212 Inter, une 250 GT 2+2, une première California ex Delon, puis une seconde ex Vadim, et une 275 GTB. Après ces nombreuses Ferrari, Paul
Bouvot fait l'acquisition d'une Lamborghini Miura -
Source : Marc Bouvot Avril 1965, Peugeot 204 Berline Au début de l’année 1960, Peugeot lance le projet D12 avec l’ambition d’élargir sa gamme vers un modèle plus accessible et économique que la 404. L'objectif est complexe : offrir l'habitabilité d'une 403 dans un gabarit ne dépassant pas quatre mètres de long. Pour relever ce défi technique, les ingénieurs rompent avec la tradition sochalienne en se convertissant à la traction avant et au moteur transversal. Cette révolution mécanique s'accompagne d'une mutation esthétique confiée au studio Pininfarina, qui imagine une silhouette basse et étirée, en rupture totale avec les codes massifs des modèles précédents.
Belle mise en scène où l'on reconnaît à droite Paul Bouvot devant une maquette de la 204 - Copyright
On se croirait au département " art and colour " de la GM ! Paul Bouvot à droite - Copyright Le design de la future 204 puise largement son inspiration dans le concept car Cadillac Jacqueline, une création antérieure du studio italien. Cependant, le centre de style interne de Peugeot, dirigé par Paul Bouvot, joue un rôle déterminant dans l'affinage des courbes pour préserver l'identité de la marque. Dans une position délicate entre le respect dû au maître italien et la volonté de faire valoir ses propres idées, Bouvot parvient à imposer des éléments clés, notamment les optiques oblongues. Ces projecteurs avant délaissent la forme ronde traditionnelle pour s'intégrer avec fluidité à la calandre, signant ainsi l'originalité du modèle. Commercialisée en 1965, la Peugeot 204 marque l'avènement d'une véritable gamme diversifiée pour le constructeur.
Peugeot 204 berline - Source : https://fr.wheelsage.org La stratégie de Peugeot repose sur le développement d'une gamme complète déclinée à partir de la berline, incluant un coupé, un cabriolet, un break et une fourgonnette. Si le studio Pininfarina se charge d'étudier les versions utilitaires et familiales, c'est l'équipe interne de Paul Bouvot qui prend la responsabilité de dessiner les variantes de loisirs, à savoir le coupé et le cabriolet. Octobre 1966, Peugeot 204 Coupé et Cabriolet Peugeot propose pour la première fois depuis les années 1930 deux gammes distinctes de coupés et de cabriolets avec les séries 204 et 404. Tandis que ces dernières sont nées du crayon de Pininfarina, qui assure également leur assemblage jusqu'en octobre 1968, le projet 204 revient à l'équipe de Paul Bouvot. Cette direction interne supervise la conception tandis que la production est sous-traitée chez Chausson. Établis sur un empattement raccourci de 29 cm, ces deux dérivés reprennent la face avant de la berline par souci d'économie, bien que le reste de la carrosserie demeure spécifique.
Peugeot 204 Coupé - Copyright Grâce à des suspensions raffermies et des sièges abaissés, complétés par des portières allongées, le duo affiche un tempérament sportif à un tarif particulièrement attractif. Le surcoût ne dépasse en effet que de 16 % celui de la berline pour le cabriolet et de 20 % pour le coupé. Ces chiffres se révèlent bien plus compétitifs que les près de 50 % exigés pour la gamme 404, dont le processus industriel s'avère plus complexe. Le coupé 204 adopte un style fastback harmonieux malgré la contrainte d'un châssis court, offrant par la même occasion un accès pratique à un coffre relativement spacieux accessible grâce à un hayon.
Peugeot 204 Cabriolet - Copyright Paul Bouvot reçoit à titre personnel le Grand Prix de l'Art et de l'Industrie Automobile 1966 pour son dessin de la Peugeot 204 Coupé.
Paul Bouvot est l'auteur des lignes du coupé 204 - Copyright Mars 1970, Peugeot 304 Coupé et Cabriolet En mars 1970, Peugeot métamorphose les coupés et cabriolets 204 en versions 304. Si la structure demeure inchangée, la proue, la motorisation et la planche de bord proviennent désormais de la berline 304. A l'arrière, l'adoption de feux carrés en remplacement des optiques en amande constitue la seule signature visuelle du nouveau modèle. Cette mise à jour permet de prolonger la carrière de ces voitures jusqu'en juillet 1975.
Peugeot 304 Coupé - Copyright Septembre 1968, Peugeot 504 Berline Paul Bouvot supervise avec une attention particulière l'évolution du projet E14 qui va donner naissance à la future Peugeot 504. Bien que cette nouvelle berline ne remplace pas directement la 404 en raison d'un positionnement tarifaire plus élevé, entraînant une cohabitation des deux modèles sur le marché français jusqu'en 1975, l'enjeu esthétique est crucial. La direction de Sochaux garde en mémoire la carrière de la 404, dont l'image a souffert de sa trop grande ressemblance avec des productions anglaises ou italiennes issues du même studio Pininfarina. Pour éviter de renouveler une telle expérience, Paul Bouvot se porte garant de l'identité Peugeot afin que la future voiture soit unique, sans pour autant rompre la collaboration historique avec la firme de Turin.
Peugeot 504 - Source : https://fr.wheelsage.org Dès les premières maquettes à l'échelle un élaborées par Pininfarina, le profil de la berline se dessine avec des lignes horizontales qui tranchent radicalement avec la verticalité de la 404. On y découvre déjà la malle arrière à la ligne cassée, une particularité stylistique qui s'apprête à faire couler beaucoup d'encre. Dans ce processus créatif, Paul Bouvot mène une véritable bataille interne pour préserver la distinction du style sochalien face aux propositions italiennes. Si le projet global de son équipe n'est pas retenu au profit de celui de Pininfarina, il parvient néanmoins à imposer des éléments de caractère décisifs.
Peugeot 504 - Source : https://fr.wheelsage.org Alors que les dessinateurs italiens envisagent initialement des phares ronds très classiques dans l'esprit de la 204, Bouvot impose des optiques trapézoïdales, larges et expressives. Ce choix suscite l'admiration de Sergio Pininfarina qui confiera plus tard à son homologue être parvenu à recréer les yeux de Sophia Loren sur la face avant de la 504. Ce regard singulier devient la signature visuelle de la marque pour les décennies à venir, marquant durablement des modèles ultérieurs comme la 304 et la 505. Dans cette même quête d'originalité, les feux arrière proposés par Pininfarina sont remplacés par un modèle inédit imaginé chez Peugeot, rendant la voiture immédiatement identifiable entre toutes. 1980 Gérard Welter lui succède. Lorsqu'il quitte Peugeot, Paul Bouvot apparaît comme un homme usé par plus de deux décennies à gérer l’ambiguïté d'une direction privilégiant quasi systématiquement les projets de Pininfarina au détriment des siens. Son fils, Marc Bouvot, souligne d'ailleurs que sa carrière fut un mélange constant de joie et de souffrance, tant les impératifs économiques de la " commission de la hache " s'acharnaient à briser ses créations les plus audacieuses. Désormais libre, il profite de sa retraite pour s’adonner totalement à son art, partageant son temps entre son atelier parisien de la place des Ternes et sa résidence de Porticcio en Corse. Ses thèmes de prédilection, qu’il explore avec une discrétion fuyant toute mondanité, se concentrent sur les voitures, les moteurs, les trains et la figure féminine. Ses œuvres, révélées tardivement au public à partir de 1983 lors de grands rendez-vous internationaux comme la FIAC à Paris ou la Biennale de Milan, enrichissent aujourd'hui de nombreuses collections privées.
Paul Bouvot - Source : Automobiles Classiques numéro 21, 1987 2000 Décès le 2 juillet 2000
Paul Bouvot, un bugattiste invétéré - Bugatti type 35, photo prise durant les années 60 - Source Marc Bouvot. Remerciement à Marc Bouvot qui entretient avec efficacité et gentillesse la mémoire de son père. |