Arthur Blakeslee

Arthur Blakeslee - Etats-Unis


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1960, remarqué par Virgil Exner

Américain d'origine, Arthur Blakeslee place l'automobile au cœur de son existence en l'abordant sous l'angle de la création pure. Rien ne destine pourtant ce jeune homme à cet univers. Alors qu'il étudie brillamment la sculpture à l'université de Notre-Dame, dans l'Indiana, un mentor lucide le détourne des édifices religieux et des commandes privées. Son professeur lui assure qu'il ne gagnera jamais convenablement sa vie dans cette discipline et l'encourage vivement à explorer le design industriel. Le tournant décisif survient en 1960. Remarqué par Virgil Exner lors d'un programme sponsorisé par Chrysler, le jeune prodige intègre la firme. Cette collaboration avec l'un des maîtres du style outre-Atlantique constitue un atout majeur dont il tire profit pour développer son expertise.


1975, Chrysler UK

Durant les années cinquante, Simca s'impose comme le pionnier français en instaurant un département de design moderne. Cette vitalité créative repose alors sur l'influence de Mario Revelli de Beaumont, figure majeure du stylisme piémontais. Le paysage change radicalement en 1970 lorsque la marque et le constructeur britannique Rootes intègrent le groupe Chrysler. Cette union se manifeste par une uniformisation esthétique sous l'impulsion de Royden Axe. Depuis son centre de création anglais, ce dernier signe désormais les lignes de tous les modèles européens, à l'image des Hillman Avenger et Chrysler 180. Arthur Blakeslee prend le relais en 1975 et supervise les projets à l'échelle du continent. Son quartier général, situé à Whitley près de Coventry, emploie une soixantaine de collaborateurs en 1981. Au sein de ce studio où se côtoient Allemands, Français et Britanniques, la conception automobile s'affranchit désormais de toute frontière culturelle ou nationale.


1980, Talbot Tagora

L'aventure débute en 1976 avec le lancement du programme C9. L'objectif consiste à effacer l'échec de la Chrysler 180 pour s'imposer sur le marché des berlines de luxe. Sous la direction d'Arthur Blakeslee, Curt Gwin dessine une carrosserie aux lignes tendues et classiques. Ils rejettent délibérément le hayon, jugé trop roturier, pour privilégier une silhouette trois volumes plus statutaire. L'habitacle mise tout sur le volume habitable et sur une surface vitrée imposante. Le calendrier semble respecté jusqu'au rachat surprise de Chrysler Europe par PSA à l'été 1978. Ce basculement change radicalement la donne. La voiture, presque prête à être commercialisée, passe sous le contrôle du groupe français qui voit en elle une menace pour ses propres fleurons comme les 505 et 604, ou la CX. Pour protéger ses intérêts internes, la direction décide de freiner le développement et de revoir les ambitions du programme C9 à la baisse.

Talbot Tagora - Source : https://en.wheelsage.org

Une phase de transformation technique s'opère alors au détriment de la cohérence initiale. Afin de réduire les coûts, on force l'intégration de composants issus de la banque d'organes Peugeot sur un châssis qui n'est pas prévu pour les recevoir. Les trains roulants sophistiqués d'origine sont abandonnés au profit d'éléments plus étroits, ce qui dégrade l'allure générale et le comportement routier. Ces bouleversements tardifs repoussent la sortie de deux ans. La voiture, après sa présentation au Salon de Paris en octobre 1980, arrive finalement sur le marché au début de l'année 1981 sous le nom de Tagora, mais son identité hybride et ses compromis techniques de dernière minute la condamnent déjà à une existence difficile.

Talbot Tagora - Source : https://en.wheelsage.org


1987, l'arrivée en France

Arthur Blakeslee quitte l'Angleterre pour la France afin de prendre la direction du centre de style Citroën à Vélizy. Il succède à Carl Olsen, dont le départ a été acté par la direction. A ce poste, il pilote de nombreux projets stratégiques pour la marque. Sous son autorité, le design des modèles de série s'assagit et adopte des lignes plus consensuelles, voire austères. Cette évolution répond toutefois aux exigences du groupe, qui souhaite alors projeter une image de rentabilité et de sérieux avant de redevenir audacieuse. Ainsi naissent la ZX en 1991, la Xantia en 1993, la Saxo en 1996, la Xsara en 1997 et la C5 en 2000.


1991, Citroën ZX

La Citroën ZX a l'ambition de conquérir le segment des berlines compactes, comblant une absence dans l'offre produit entre l'AX et la BX. Elle est le fruit d'une collaboration entre le centre de style de Vélizy et le studio italien Bertone. Son esthétique rompt délibérément avec les angles vifs de la BX ou l'audace futuriste de la XM pour adopter des lignes sans grande originalité, visant à rassurer une clientèle européenne alors très attachée à la sobriété germanique.

Citroën ZX - Source : https://en.wheelsage.org


 1993, Citroën Xantia

Par chance, la Citroën Xantia succède à la BX avec une élégance qui réconcilie les fidèles de la marque. Fruit d'un travail mené par le centre de style maison en collaboration étroite avec Bertone, elle se distingue par un équilibre remarquable. Sa ligne troque les arêtes saillantes de sa devancière pour des galbes tendus. Les designers parviennent à dissimuler un habitacle généreux ainsi qu'un hayon pratique sous un profil évoquant presque celui d'une berline tricorps statutaire. Chaque détail, des optiques effilées à la courbure des montants arrière, contribue à optimiser son aérodynamisme.

Citroën Xantia - Source : https://en.wheelsage.org


1996, Citroën Saxo

La Citroën Saxo fait son entrée sur le marché en février 1996 avec la mission délicate de succéder à la pétillante mais frêle AX. Sa conception repose sur une stratégie industrielle au sein du groupe PSA : le partage de plateforme avec la Peugeot 106, lancée cinq ans plus tôt. Cette gémellité technique permet de diviser les coûts de développement tout en offrant deux modèles distincts. Sous la direction de Donato Coco, en charge de la gamme des " petites voitures ", l'équipe de design doit alors jongler avec des contraintes structurelles rigides, concentrant ses efforts sur les extrémités de la citadine pour créer une réelle illusion de différenciation.

Citroën Saxo - Source : https://en.wheelsage.org


1997, Citroën Xsara

La Citroën Xsara succède à la ZX en septembre 1997. Les designers ont privilégié un style tout en rondeurs et en sobriété. Ici aussi, la Xsara est dessinée pour ne froisser personne. Si ce parti pris lui permet de se fondre dans le paysage urbain, il lui vaut également d'être souvent jugée banale, voire insipide, face à des concurrentes comme la Renault Mégane ou la Volkswagen Golf qui affichent des traits plus identifiables. Cette carrosserie discrète se décline pourtant rapidement en une gamme complète pour répondre à tous les besoins du marché. Trois carrosseries sont proposées : la berline classique, le break réputé pour son volume de chargement exceptionnel, et le coupé plus dynamique qui sert de base à la version VTS de 167 ch.

Citroën Xsara - Source : https://en.wheelsage.org


2000, Citroën C5

La Citroën C5 de l’an 2000 succède à la fois à la Xantia et à la XM, mais ce passage de témoin s’accompagne d’une déception esthétique. Citroën opte pour une silhouette qui délaisse toute audace au profit d'une rondeur jugée excessivement sage. Cette morphologie s'inscrit dans le courant du biodesign, mais le résultat final manque de caractère, proposant une ligne massive qui peine à susciter l'émotion. La C5 est une berline efficace mais visuellement trop discrète pour marquer durablement les esprits.

Citroën C5 - Source : https://en.wheelsage.org


Tandis que les modèles de série conservent des lignes conventionnelles, le bureau de style multiplie les concept-cars audacieux. Les grands salons automobiles, celui de Paris en tête, offrent alors autant de tribunes pour frapper les esprits avec des créations singulières. Sous l'impulsion d'Arthur Blakeslee, les designers donnent naissance à de nombreuses études de style entre 1988 et 1999. Voici le récit de quelques-uns de ces prototypes.


1988, Citroën Activa

A défaut d'avoir eu la mainmise sur le style de la XM commercialisée en 1989, dont l'étude a été confiée à Bertone, les hommes de Citroën prennent leur revanche en présentant le concept car Activa au Salon de Paris 1988. Cette étude de style incarne une vision futuriste du haut de gamme français et se destine à promouvoir le savoir-faire technologique de la marque. Le dessin de l'Activa est signé Dan Abramson, en charge des voitures de prestige. Ce dernier a eu pour mission d'habiller la technologie de la suspension hydractive que la XM s'apprête à inaugurer.

Citroën Activa, 1988 - Source : https://en.wheelsage.org

La robe de l'Activa se distingue par un profil extrêmement fuselé et une surface vitrée généreuse qui enveloppe l'habitacle à la manière d'une bulle de chasseur à réaction. Les montants de toit fins disparaissent visuellement pour créer un effet de toit flottant, tandis que la vitre de la lunette arrière s'insère subtilement sous un becquet positionné au-dessus du bandeau des feux. L'avant est dépourvu de calandre traditionnelle pour optimiser le coefficient de traînée. L'accès à bord s'effectue sans poignées apparentes, par une simple télécommande qui commande l'ouverture antagoniste des portes, révélant un habitacle dépourvu de montant central.

Citroën Activa, 1988 - Source : https://en.wheelsage.org

A l'intérieur, on découvre un affichage tête haute projeté sur le pare-brise. Le volant à branche unique, cher à la marque, évolue ici vers une forme rectangulaire intégrant diverses commandes. Cette sophistication technique s'étend au châssis puisque, à basse vitesse, les roues arrière pivotent dans le sens opposé aux roues avant. Cette astuce offre une agilité surprenante lors des manœuvres serrées, permettant même à l'Activa de se mouvoir en crabe.

Citroën Activa, 1988 - Source : https://en.wheelsage.org


1990, Citroën Activa II

La Citroën Activa II succède au prototype de 1988 en abandonnant les lignes futuristes au profit d'une silhouette de coupé bien plus proche d'une possible industrialisation. Dan Abramson et son équipe sculptent une carrosserie ancrée dans la réalité où les portes retrouvent des poignées conventionnelles. La proue, extrêmement fine et plongeante, se prolonge vers un pare-brise généreusement incliné, tandis que les montants fins du pavillon créent une véritable verrière lumineuse. Dans cette allure fluide, les optiques de phares lisses et étirées préfigurent déjà l'identité visuelle de la future Xantia.

Citroën Activa II, 1990 - Source : https://en.wheelsage.org

L'habitacle reflète cette modernité avec une console centrale qui accueille un écran à cristaux liquides, une rareté absolue en 1990. Ce dispositif centralise les fonctions de navigation ainsi que les informations essentielles au bon fonctionnement de la voiture. Pourtant, la véritable prouesse demeure invisible. Elle se cache sous le châssis avec le système de suspension Hydractive II. Cette technologie de contrôle actif du roulis permet à la voiture de virer parfaitement à plat, garantissant une tenue de route exceptionnelle. Ce saut technologique quittera le stade du concept car pour équiper le modèle de série Xantia Activa, présenté au Mondial de l'Automobile de Paris 1994.

Citroën Activa II, 1990 - Source : https://en.wheelsage.org


1991, Citroën Citela

Lors de l'Exposition Universelle de Séville en 1991, Citroën dévoile la Citela, acronyme de CITy ELectric Automobile. Cette petite voiture électrique de quatre places affiche une silhouette monocorps extrêmement compacte de seulement 2,96 mètres. Son châssis peut recevoir d'autres carrosseries. Il se transforme en un tour de main, passant d'une citadine à un pick-up utilitaire ou à une décapotable de loisir.

Citroën Citela, 1992. Copyright

L'esthétique de la Citela privilégie la visibilité grâce à une immense surface vitrée plongeante. Cette recherche d'épure se poursuit dans l'habitacle minimaliste, largement composé de matériaux recyclables, où le tableau de bord est réduit à l'essentiel. La voie arrière est plus étroite que la voie avant, les deux roues postérieures étant quasiment jumelées. Son moteur électrique de 27 ch lui permet d'atteindre 110 km/h. Alimentée par des batteries nickel-cadmium, la Citela affiche une autonomie supérieure à 200 km, une performance exceptionnelle pour les standards de l'époque.

Citroën Citela, 1992 - Source : https://en.wheelsage.org


1994, Citroën Xanae

La Citroën Xanae surgit telle une vision futuriste du voyage en famille lors du Mondial de Paris 1994. Dessiné par l'équipe de Dan Abramson, ce concept-car répond aux exigences du département marketing, alors en quête de segments inédits. Tandis que Mark Lloyd façonne des lignes extérieures novatrices, Marc Pinson imagine un habitacle protecteur. L'engin rompt radicalement avec les silhouettes cubiques des monospaces de l'époque, un genre architectural popularisé en France par le Renault Espace dès 1984. Sa robe adopte en effet un profil monocorps particulièrement fluide dont les courbes douces et aérodynamiques préfigurent la future Xsara Picasso, qui rejoindra les concessions en décembre 1999.

Citroën Xanae, 1994 - Source : https://en.wheelsage.org

Tandis que le côté conducteur ne possède qu'une seule porte, le flanc opposé dispose de deux ouvrants antagonistes. Cette configuration originale supprime le montant central afin de libérer l'accès à bord. A l'avant, le regard du véhicule se distingue par des optiques étirées et l'absence de calandre traditionnelle. L'entrée d'air se déporte dans le bouclier pour lisser les surfaces au maximum. Dans l'habitacle, les sièges pivotent pour transformer l'espace en un véritable lieu de convivialité. L'usage de matériaux clairs, associé à une surface vitrée généreuse, amplifie la sensation de volume au sein de ce prototype parfaitement fonctionnel.

Citroën Xanae, 1994 - Source : https://en.wheelsage.org


1998, Citroën C3 Lumière

La Citroën C3 Lumière fait son apparition au Mondial de l'Automobile de Paris en 1998, s'imposant comme le prototype manifeste de la future citadine qui rejoindra la gamme en avril 2002. En adoptant cette lettre, la marque inaugure une nouvelle nomenclature destinée à structurer toute une lignée de modèles, de la C1 à la C8. Les designers privilégient ici une architecture en arche qui favorise la hauteur sous plafond et garantit une visibilité optimale. La carrosserie déploie des courbes généreuses ainsi qu’un regard expressif souligné par des optiques en amande, conférant à l'ensemble une personnalité bienveillante et ludique qui évoque, avec une nostalgie modernisée, l'héritage spirituel de la 2CV.

Citroën C3 Lumière, 1998 - Source : https://en.wheelsage.org

L'innovation majeure de ce concept réside dans sa gestion singulière de la clarté et de l'espace. L'absence de pilier central et la présence de portes à ouverture antagoniste offre une accessibilité totale vers un habitacle baigné de lumière. Ce sentiment de liberté est accentué par un toit composé de lamelles de verre translucides et escamotables, capable de transformer le véhicule en une quasi-décapotable tout en préservant une structure rigide. A l'intérieur, la planche de bord prolonge cette philosophie en jouant la carte de l'épure.

Citroën C3 Lumière, 1998 - Source : https://en.wheelsage.org


1999, Citroën Lignage

Dévoilé au Salon de Genève en 1999, le concept car Citroën Lignage préfigure avec une fidélité frappante la future C6, dont la commercialisation débutera seulement six ans plus tard, en novembre 2005. Cet exercice de style constitue la dernière création supervisée par Arthur Blakeslee. Sous l'impulsion de Jean-Martin Folz et Robert Peugeot, successeurs de Jacques Calvet, un nouvel élan souffle sur le constructeur. A cette époque, la direction de la marque prend pleinement conscience que l'élégance demeure un atout majeur pour s'imposer sur le marché. La Lignage incarne ainsi le grand retour de Citroën sur le segment des vaisseaux amiraux statutaires, laissé vacant depuis le retrait de la XM en juin 2000.

Citroën C6 Lignage, 1999 - Source : https://en.wheelsage.org

Le projet prend vie sous le crayon des designers Marc Pinson pour l'extérieur et Dan Abramson pour l'habitacle. Marc Pinson, entré au sein de la firme en 1992 et jusqu'alors spécialiste des aménagements intérieurs, saisit cette opportunité pour exprimer sa vision de la carrosserie. Dès les premières esquisses réalisées en octobre 1998, il dessine une silhouette qui s'affranchit des codes classiques de la berline tricorps. La Lignage privilégie une ligne fluide, presque monolithique.

Citroën C6 Lignage, 1999 - Source : https://en.wheelsage.org

La proue, particulièrement basse et étirée, se termine par des optiques fines se fondant dans la courbure des ailes. L'imposant porte-à-faux avant surprend. La ligne de toit trace une arche ininterrompue qui retombe avec douceur vers une poupe tronquée, signée par une lunette arrière concave. Ce choix esthétique garantit un accès optimal au coffre. A l'image d'autres études de style de la marque, l'habitacle se dispense de montant central et dispose de portes à ouverture antagoniste. L'intérieur révèle un environnement raffiné où le cuir et le bois côtoient des technologies discrètes.

Citroën C6 Lignage, 1999 - Source : https://en.wheelsage.org


1999

Arthur Blakeslee est remplacé par Jean-Pierre Ploué.
Il fait le choix de se retirer de la scène publique.

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