Bentley T, Corniche, Continental

1. Bentley T
2. Bentley T2

1. Bentley T

Présentée fin 1965, la Bentley T devient le premier modèle monocoque de la marque, suppléant le châssis et la caisse séparée. Avec ses lignes plus modernes, plus carrées et plus basses, le changement est spectaculaire. La carrosserie autoporteuse permet en effet d'abaisser le ligne générale de la voiture, qui adopte un style strictement ponton, sans fioriture. La T est plus légère que la S3, et atteint la vitesse de pointe de 190 km/h avec une version encore améliorée du moteur V8.

Esthétiquement, la Bentley T est la cousine de la Rolls-Royce Silver Shadow. La seule différence notable réside dans la calandre simplement emboutie et chromée de la Bentley, alors que la Rolls-Royce conserve sa calandre en acier inoxydable décorée de la célèbre statuette en argent. Le carnet d'utilisation est même siglé Rolls-Royce. Le prix de la Bentley est inférieur de 60 £ à celui de la Rolls-Royce. Cette différence minime incite de nombreux acheteur peu au fait du passé prestigieux de Bentley à passer commande d'une Rolls-Royce, qui est alors considérée comme La marque de prestige incontestée. Il demeure quelques rares irréductibles, férus d'histoire automobile, ou simplement attirés par la plus grande discrétion de la Bentley par rapport à la Rolls-Royce. Néanmoins, nombreux sont les observateurs à pronostiquer la mort certaine de la marque.


Bentley T

Avec cette nouvelle voiture (version Bentley et Rolls-Royce confondues) le groupe Rolls-Royce peut aborder avec sérénité les années 70. Mais la faillite de 1971, la crise énergétique de 1974 puis l'apparition de nouvelles normes de sécurité et de pollution, notamment sur l'important marché américain, obligent la firme à se remettre en question.


Bentley T

La standardisation de l'offre Bentley par rapport aux produits Rolls-Royce, et l'absence de toute action pour promouvoir le nom Bentley conduisent la marque dans une impasse. Ainsi, le niveau de production des Bentley descend bien bas durant la première moitié des seventies. La production qui était d'environ 200 unités en 1968 et 1969 est tombée à 120 voitures Bentley en 1974, 115 en 1975 et 100 en 1976. A titre de comparaison, Rolls-Royce fabrique 2900 voitures en 1974.

La Bentley est alors devenue plus une " option " qu'une marque. En cas de suppression de celle-ci, les clients auraient-ils pour autant déserté Crewe pour acheter une voiture d'une marque concurrente ? On peut en douter. Ceci démontre bien que le simple fait de conserver le nom de Bentley n'a apporté au final aucune vente additionnelle à l'usine de Crewe. Dans ces circonstances, la survie de la marque durant cette période tient du miracle. La production totale des berlines T s'élève à environ 1 712 exemplaires de 1965 à 1977, à comparer aux 16 717 Rolls-Royce Silver Shadow.

Quelques mois après la commercialisation de la Bentley T, James Young propose une Bentley reprenant les lignes de la berline, mais avec deux portes uniquement. Cette éphémère version disparaît du catalogue en 1968, après une production de quinze exemplaires. L'équivalent Rolls-Royce est produit à trente cinq exemplaires. Cet échec peut s'expliquer aisément : les lignes du coupé ne sont pas vraiment différentes de celles de la berline, et les tarifs dissuasifs de James Young ne justifient pas dans le cas présent une telle dépense.

Dans un registre similaire, mais à une échelle de prix bien différente, Jaguar propose avec un peu plus de réussite entre 1975 et 1977 sa XJ en version coupé.

3. Bentley T2

En 1977, la Bentley T2 est lancée. Elle bénéficie d'une climatisation totalement automatique, d'une nouvelle direction assistée améliorant la conduite, de suspensions repensées, d'un spoiler sous les nouveaux pare-chocs avant, d'un tableau de bord redessiné, d'un régulateur de vitesse, etc ... Elle est fabriquée jusqu’en 1980 à 568 exemplaires, dont 558 en version standard (équivalent de la Rolls-Royce Silver Shadow) et 10 sur châssis long (équivalent de la Rolls-Royce Silver Wraith).  A côté de cela, Rolls-Royce produit durant la même période 10 500 Silver Shadow et Silver Wraith.

La série T appartient à l’ère de “ l’ingénierie des emblèmes ”, pratique très courante en Grande Bretagne (cf les pratiques de la BMC ou du groupe Rootes depuis les années 50) et, bien que quasiment identique à la Rolls-Royce Silver Shadow, ses ventes ont toujours été bien plus modestes. Les Bentley vont elles subir le même sort que de nombreuses marques de prestige britanniques comme Alvis, Lanchester ou Armstrong Siddeley ? Fort heureusement, les années 80 s'annoncent avec de nouvelles ambitions.


Bentley T2


1. Bentley Coupé / Convertible (1966-1971)
2. Bentley Corniche (1971-1984)
3. Bentley Continental (1984-1995)

1. Bentley Coupé / Convertible (1966-1971)

Outre la berline T, le constructeur anglais propose dans sa gamme dès mars 1966 un coupé carrossé par Mulliner Park Ward, qui adopte une ligne distincte de la berline, avec des ailes arrière légèrement marquées et un pavillon redessiné. Une version Convertible est révélée au Salon de Francfort quelques mois plus tard en septembre 1967. Ces voitures sont commercialisées en parallèle sous la marque Rolls-Royce. La seule différence notable entre les Rolls-Royce et les Bentley résident une fois de plus dans la grille de calandre.


Bentley Coupé

Un coupé Bentley est vendu 184 875 francs en 1967, tandis que le cabriolet s'affiche à 195 000 francs et la berline à 126 625 francs. A titre de comparaison, le tarif catalogue d'une DS 21 Pallas est de 18 649 francs. Il a été produit 99 Coupé et 41 Convertible, dont un total de 17 exemplaires en conduite à gauche.


Bentley Coupé

2. Bentley Corniche (1971-1984)

En mars 1971, ces deux versions reçoivent les appellations Corniche 2-door Saloon et Corniche Convertible, aussi bien chez Bentley que chez Rolls-Royce. Une différence de prix minime existe toujours entre les deux marques, de l'ordre de 2 000 francs environ à l'avantage de Bentley. Le nom Corniche a déjà été utilisé sur un prototype Bentley en 1939. Cela peut surprendre les puristes de voir ce nom également appliqué à une Rolls-Royce, d'autant plus que la nouvelle venue a des prétentions sportives, dignes d'une vraie Bentley. Le nom de Corniche est aussi associé à la Côte d'Azur et à la Grande Corniche, la route côtière des Alpes Maritimes qui serpente entre Nice et Monte Carlo. La Corniche est produite dans les ateliers londoniens de Mulliner Park Ward, sur le même châssis que les T et Silver Shadow. La réalisation d'une voiture prend jusqu'à six mois de travail.


Bentley Corniche

En 1982, le Coupé Corniche est abandonné. La fabrication de la Corniche Convertible se poursuit jusqu'à l'arrivée de la Continental en 1984. Les chiffres de production sous l'écusson Bentley sont très modestes pour ces deux modèles, puisque l'on recense 74 Coupé de 1971 à 1982 et 88 Convertible de 1971 à 1984. Ce faible niveau de production est le reflet de la perte de notoriété dont souffre la marque Bentley. Pour la même période, les ventes pour les versions Rolls-Royce sont nettement meilleures, avec 1 108 Coupé et 3 239 Convertible.

3. Bentley Continental (1984-1995)

Le cabriolet continue sa carrière sous la dénomination Continental. Cette nouvelle appellation rentre dans le cadre de la stratégie de consolidation de la marque Bentley enfin initiée à partir de 1980, et fait référence aux Continental des années 50 et 60.


Bentley Continental

La Continental se différencie de la Corniche par ses rétroviseurs dans la même teinte que la carrosserie, par une nouvelle disposition des feux arrière, et par des pare-chocs remaniés. A l'intérieur, on note un nouveau dispositif de suspension des ceintures de sécurité, une conception inédite des sièges qui permet d'améliorer l'habitabilité pour les passagers arrière, un volant et une instrumentation du tableau de bord modifiés, etc ... La différence essentielle par rapport à la Rolls-Royce Corniche réside toujours dans la calandre Bentley, peinte ici de la couleur de la carrosserie. Tout comme la Corniche, la production de la Continental est assurée par Mulliner Park Ward à Londres.

L'importateur français, la Franco Britannic, affiche cette voiture à 1 730 848 francs en 1993. Une Mercedes 500 SL vaut 702 900 francs et une Ferrari Mondial 720 350 francs. 421 exemplaires de la Continental voient le jour. Il faut compter en plus huit exemplaires équipés d'un moteur turbo, produits entre 1992 et 1995.


Le 4 février 1971 a constitué un tournant dans l'histoire de Rolls-Royce. Le groupe annonce sa faillite. Le célèbre constructeur anglais qui est devenu un symbole mondial de qualité grâce à ses automobiles, ses moteurs d'avions et ses moteurs Diesel, est en difficulté. Un projet de turbine à gaz pour l'aéronautique qui a " mal tourné " vient de lui être fatal. Au cours des négociations qui s'ensuivent afin d'assainir la situation de la maison, il s'avère que le département automobile présente une base économique extrêmement saine, base qui autorise ce secteur à poursuivre son activité de façon indépendante. David Plastow prend la tête du secteur automobile. Une nouvelle société est créée en 1973 qui se consacre à la production automobile. La fabrication des moteurs d'avions est quant à elle nationalisée.

La production cumulée de Bentley et de Rolls-Royce stagne depuis le début des années 50 à un niveau qui se situe entre 1000 et 2000 voitures par an. Les chiffres de ventes de Bentley sont supérieurs à ceux de Rolls-Royce jusqu'en 1960, année à partir de laquelle les ventes de Bentley décrochent, pour ne plus représenter durant les années 70 qu'une infirme partie de la production. L'arrivée des Rolls-Royce Silver Shadow et de la Bentley T pousse les ventes au delà de 2500 unités par an à partir de la seconde moitié des années 60.


Source : Bentley, A history of Engineering, The evolution of Bentley at Crewe

La présentation des Silver Shadow II et Bentley T2 permet de produire plus de 3300 voitures en 1978. Mais il s'agit presque exclusivement de Rolls-Royce. En dépit de cette activité soutenue, il est clair que, dans un monde en constante évolution, Rolls-Royce Motor Cars ne peut faire cavalier seul indéfiniment. Des pourparlers s’engagent avec le groupe Vickers et aboutissent à une fusion en 1980. Cette société fondée en 1828 était initialement un fabricant de matériel militaire. Elle s'est diversifiée dans la construction aéronautique. Cette fusion arrive à point nommé car malgré l’enthousiasme suscité par les nouvelles Bentley Mulsanne et Rolls-Royce Silver Spirit présentée à la même époque, la demande de véhicules de luxe est à nouveau menacée par une récession mondiale.

Au sein de Vickers, le Rolls-Royce Motor Car Group s'occupe de la fabrication des automobiles Rolls-Royce et Bentley. Rolls-Royce International, basé à Lausanne, a en charge la commercialisation et le service de l'ensemble des véhicules Rolls-Royce et Bentley vendus hors de Grande-Bretagne. Ces modifications structurelles internes n'ont pas de répercussion sur la fabrication des automobiles.

L'homme a qui l'on peut indiscutablement attribuer le retour de Bentley sur le devant de la scène est bien David Plastow. C'est lui qui prend conscience avant tous les autres de l'extraordinaire potentiel du nom de Bentley. Il envisage le développement d'un coupé sportif de grand luxe. Les visions de Plastow se heurtent cependant un à problème difficile à surmonter. Les caisses sont vides, et Rolls-Royce n'a pas les moyens de financer un nouveau projet en partant d'une feuille blanche. Par ailleurs, le pari d'investir une somme d'argent importante sur le nom de Bentley parait encore bien téméraire.

A défaut d'un budget conséquent, Plastow se tourne vers ce qui existe dans le groupe, la Rolls-Royce Camargue. Mais prendre pour base la Camargue parait encore une fois bien dangereux, car cette voiture est alors le modèle " de série " la plus chère au monde. Pour assumer l'image sportive de Bentley, il faudrait retravailler la mécanique, afin de gagner en puissance. Cela fera inévitablement grimper le montant de la facture. Le rêve de Plastow est tout de même réalisé sous la forme d'un modèle unique, une Camargue dotée d'un turbo, et équipée d'une calandre Bentley. Plastow se rend bien compte de l'impossibilité de produire à grande échelle une telle voiture. Un prix élevé, en raison d'un volume de vente forcément limité, ne permettra pas d'amortir le coût de développement. Il ne faut pas non plus compter sur les Silver Shadow et Bentley T pour servir de base. Elles sont arrivées au terme de leur carrière.

Plastow réalise finalement son projet non pas avec un coupé, mais avec une berline. La Bentley Mulsanne de 1980 arrive à point nommé. Et le bon vieux 6,75 litres maison, à la puissance déclarée " suffisante " mais jamais totalement exploitée par Rolls-Royce, en a encore sous le pied. Le turbo adapté à cette mécanique va faire merveille.


Bentley Mulsanne Turbo

Ce n'est qu'en 1991 que Bentley annonce un coupé Bentley,  la Continental, mais c'est vraiment la Continental GT de 2003 qui va le mieux traduire la vision de David Plastow, vingt ans après la Mulsanne Turbo. En 1985, la production totale cumulée de Rolls-Royce et Bentley (sans les voitures produites à Cricklewood) dépasse la barre des 100 000 unités. En 1988, l’usine de Crewe célèbre son 50ème anniversaire.

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