Bentley Continental R, 1952 - 1955

1. L'origine du terme Continental
2. Les autres Continental

3. La Continental R
4. La carrosserie

1. L'origine du terme Continental

La haute société britannique a toujours voyagé hors de son territoire restreint pour découvrir les pays de notre continent. Cela devint au fil du temps une caractéristique de cette bourgeoisie, au point que le terme Continental finit par évoquer le tourisme, le raffinement et le luxe. Une autre explication à ce terme Continental est le fait que cette voiture était destinée et conçue pour de longues routes rectilignes qui n'existaient quasiment pas au Royaume-Uni. La plus prestigieuse de ces routes est celle qui permettait
aux classes aisées de rejoindre la Côte d'Azur. Enfin, WO Bentley n'hésitait pas à parcourir de nombreux kilomètres sur nos routes françaises pour tester ses châssis. Le terme Continental avait déjà été utilisé par Rolls Royce, dès 1913 sur la Silver Ghost Continental. Plus tard, il y eu une Phantom Continental qui se caractérisait par son châssis court.

2. Les autres Continental

Bentley ne fut pas la seule marque à faire usage de l'appellation Continental. Le groupe Ford proposa à partir de 1940 sa Lincoln Continental, version très haut de gamme, qui fut suivie seize ans plus tard par une Lincoln Continental Mk II. Le succès de cette seconde série, contemporaine des Bentley sportives, fut des plus mesuré. C'était une voiture destinée aux riches américains qui ne savaient que s'offrir le meilleur, au prix de plus de deux Lincoln normales !


Les Lincoln Continental de 1940 et Lincoln Continental Mk II de 1956

3. La Continental R

Le premier modèle Bentley portant l’appellation Continental fut lancé en 1952 et ne tarda pas à séduire les riches amateurs. Une attention particulière fut apportée à l'aérodynamisme, et grâce à son faible poids, la Continental R pouvait franchir le cap des 120 mph, une vitesse jusqu'alors inédite sur une voiture de quatre places. La carrosserie était fabriquée en alliages légers, et les équipements étaient assez limités. La volonté d'allégement fit que même les pare-chocs et les armatures de sièges avaient recours à cet alliage. Une finition de très haut niveau compensait ces quelques absences d'équipements. Bien qu'il s'agisse d'une voiture à prétention sportive, la fameuse calandre Bentley ornait la face avant. Dans le flot de la circulation londonienne, ses lignes fuselées vers l'arrière lui procurait une très forte identité.

Son existence doit beaucoup à la persévérance de Walter Sleator, le responsable de la Franco Britannic. Alors que Rolls Royce doutait de l'intérêt de l'étude d'une Continental de série, c'est lui qui plaida la cause de la future sportive de Bentley. Elle fut immédiatement considérée comme un classique et les quelques exemplaires fabriqués changèrent peu de propriétaires qui appréciaient leurs qualités de conduite et leur beauté.


Décor de circonstance pour cette Continental R

La sélection des candidats à l'achat était sévère, et Rolls Royce veillait à ce que les Continental soit conduites par des gens dont la réputation était à la hauteur des voitures de la marque. Le prix de vente à lui seul constituait un sévère critère d'achat, puisque la Continental était facturée l'équivalent de vingt Citroën 2 CV, de quatre Jaguar Mark VII, ou de deux Cadillac Eldorado.

Il ne s'agissait pas d'une voiture de maître, mais d'une voiture destinée à être conduite par son propriétaire, en réservant tout de même de vastes places assises à l'arrière. Il était paradoxal de constater que parmi les jeunes générations qui voulaient s'offrir une Continental, rare étaient ceux qui avaient les moyens de s'en offrir une. A contrario, les seniors qui avaient enfin les finances nécessaires pour se payer un tel objet de luxe avaient atteint un âge auquel on recherche plutôt les luxe et le confort que les performances.

Par rapport à une Bentley R, le poids était moindre de 250 kg. La puissance du six cylindres de 4566 cm3 était estimée à 160 ch environ. La Continental atteignait ainsi les 190 km/h. A partir de juillet 1954, la cylindrée des dernières Continental R fut portée à 4887 cm3. En raison de son haut niveau de performances, la Continental R fut longtemps considérée comme la dernière Bentley fabriquée par Rolls Royce dans l'esprit des Bentley d'avant guerre.

4. La carrosserie

Une fois le châssis du prototype préparé, celui ci fut confié à Mulliner, qui habilla la voiture d'une carrosserie en aluminium, dans un esprit sportif, assez éloigné des usages de l'entreprise plus habituée à aménager de somptueuses limousines avec pléthore d'équipements. Il s'agissait ici de trouver un juste compromis entre luxe et sport. D'un point de vue stylistique, la Continental de Mulliner adoptait les mêmes traits que les américaines de la fin des années 40 (Chevrolet, Buick ou Cadillac), excepté la calandre magistrale et des lignes un peu plus tendues. Les lignes de la Continental s'abaissaient fortement vers l'arrière en une légère courbe, sans décrochement pour la lunette arrière ou pour le coffre intégré à la ligne fastback.


Cadillac 1946 " Fastback "

Il fut fabriqué 208 Bentley Continental R entre juin 1952 et mai 1955. C'est le coupé de Mulliner qui rencontra le plus grand succès avec 193 unités produites (Bentley ne commercialisait aucune carrosserie " usine "). Six Continental R furent habillées chez Park Ward, trois chez Graber, cinq chez chez Franay et une chez Pinin Farina. La répartition des ventes par pays fait état de 108 voitures en Grande Bretagne, 34 en France, 28 aux Etats Unis, 24 en Suisse, et le solde dans 10 autres pays (dont une à Cuba!).


L'une des six Continental R habillée par Park Ward


Carrosserie spéciale réalisée par HJ Mulliner


Ce coupé fut l'unique Continental carrossée par Pinin Farina en 1954

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