Alfa Romeo Alfasud Sprint


Alfa Romeo Alfasud Sprint

Le marché automobile italien est en pleine effervescence durant les années 60. La possession d'une voiture n'est plus un luxe réservé à une élite. Fiat a largement contribué à cette démocratisation avec ses 500, 600 et 850. Alfa Romeo, constructeur au passé prestigieux, ne peut se permettre de passer à côté de ce gigantesque marché. Son usine d'Arese, près de Milan, déjà à saturation, est incapable de répondre à une hausse de la production. L'état italien encourage par des aides financières les industriels à s'implanter dans le sud de l'Italie, largement moins développé économiquement que le nord. C'est ainsi qu'une nouvelle usine est construite à Pomigliano d'Arco près de Naples, au pied du Vésuve. Elle doit permettre la création de 16 000 emplois.

Fiat est leader sur le marché italien, et son emprise ne cesse de croître depuis l'intégration d'Autobianchi en 1967 puis de Lancia en 1969. Avec une production annuelle de 70 000 voitures, Alfa Romeo couvre environ 6 % du marché italien. Face au géant de Turin, la création du nouveau site de Naples doit permettre à Alfa Romeo d'accroître significativement ses volumes. L'objectif fixé à la nouvelle usine est de produire à court terme les 2/3 des voitures de la marque. Le modèle de conquête d'Alfa Romeo est baptisé Alfasud, cela ne doit rien au hasard. Moins populaire qu'une Fiat ou qu'une Autobianchi, elle se doit d'apporter un " plus " à ses acheteurs. L'Alfasud a un rôle majeur, celui d'assurer la pérennité de son constructeur.


Alfa Romeo Alfasud

L'Alfasud bénéficie d'une ligne signée Ital Design, certes assez conventionnelle mais suffisamment charmeuse pour lui procurer une réelle personnalité. Le moteur de type boxer d'une cylindrée de 1186 cm3 développe 63 ch, un rapport cylindrée/puissance tout à fait convenable pour l'époque. Cette traction avant, une première dans l'histoire du constructeur, est par ailleurs équipée de freins à disque performants. L'Alfasud est présentée au Salon de Turin 1971. La production débute doucement durant l'hiver 1971/72, perturbée par de nombreux mouvements sociaux. Paradoxalement, les premiers exemplaires sortent de l'usine de Milan, celle de Naples n'étant pas encore en service. Dans un premier temps, la cadence de production ne parvient pas à répondre à la demande.

La presse internationale ne tarit pas d'éloge envers la voiture italienne, et apprécie sa consommation modérée, ses performances honorables aidées par un excellent rapport poids/puissance, sa tenue de route, son habitabilité, son silence de fonctionnement, sa consommation modérée, l'agrément de sa boîte de vitesse, etc ... Les quelques critiques portent sur le manque de puissance à bas régime, l'absence d'un hayon et la finition moyenne. Au fil des ans, l'Alfasud va aussi se révéler très sensible à la corrosion. Alfa Romeo propose pour la première fois de son histoire une automobile à la portée de nombreuses bourses, dotée d'une mécanique sophistiquée et amusante à mener. Le pari d'Alfa Romeo fonctionne ! L'Alfasud est un véritable succès populaire. En 1973, la marque fabrique plus de 200 000 voitures. En novembre 1973, une version Ti de 79 ch plus sportive complète l'offre. Porté par le succès, le constructeur traverse sans encombre la première crise pétrolière.

Le coupé Alfasud Sprint est présenté en septembre 1976. Il succède au coupé Giulia Bertone qui est parvenu au terme d'une carrière de treize ans.


Alfa Romeo Alfasud Sprint

Ital Design s'est surpassé en dessinant une voiture moderne et élégante, au profil d'une grande pureté. La Sprint évoque un peu l'Alfetta GTV, en réduction. Elle demeure fidèle aux habitudes stylistiques de Giugiaro des années 70, avec ses lignes cunéiformes, acérées et tendues. Comparé à la berline Alfasud, le coupé est plus long de treize centimètres, plus bas de onze centimètres et plus large d'un centimètre. La Sprint hérite des principaux défauts et qualités de la berline. Son hayon est particulièrement apprécié - la berline Alfasud n'en bénéficiera qu'à partir de 1981 -, bien que son seuil de chargement demeure très élevé. Elle fait face sur les marchés européens aux Renault 15 et 17, Opel Manta, Volkswagen Scirocco, Ford Capri et Lancia Beta Coupé.

La Sprint est disponible à ses débuts avec un 4 cylindres de 1286 cm3 et 76 ch Din. En même temps que l'Alfasud Ti, le coupé Sprint évolue en 1978 avec deux nouvelles motorisations : 1351 et 1490 cm3, de 79 et 84 ch Din. Cette augmentation de cylindrée répond à une nouvelle réglementation de la vitesse sur les autoroutes italiennes qui module l'allure autorisée en fonction de la cylindrée. Au delà du seuil de 1300 cm3, la catégorie la plus élevée, la vitesse maximum autorisée est de 140 km/h.

A partir d'août 1979, la Sprint est remplacée par la Sprint Veloce (prononcez vélotché), soit en version 1351 cm3 de 86 ch, soit en version 1490 cm3 de 95 ch. Ce gain de puissance est obtenu grâce à l'adoption de deux carburateurs double corps. En 1983, au sommet de la gamme, la nouvelle Quadrifoglio Verde de 105 ch remplace la version de 95 ch. Elle se reconnaît à un insert vert qui court autour de la carrosserie.


Alfasud Alfasud Sprint Quadrifoglio Verde

En 1988, la Sprint adopte la plateforme de la nouvelle berline 33. Elle perd certaines qualités de l'Alfasud et récupère certains défauts de la 33, notamment une boîte de vitesses qui n'est pas un modèle de souplesse. Cette série de coupé Sprint désormais bien amortis financièrement par Alfa Romeo permet de commercialiser les derniers modèles à des tarifs très compétitifs, proches de ceux des berlines 33 et bien moins cher que nombre de récentes " GTI ". L'ultime Alfasud Sprint est la 1700, qui partage en 1988 le même moteur que l'Alfa 33 Quadrifoglio Verte, un  1712 cm3 de 118 ch. Il est bien présenté un prototype de la Sprint 6C équipé du V6 des GTV et Alfa 6, en position centrale arrière, destiné à une homologation en groupe B, mais cette voiture demeure à l'état de prototype.


Alfa Romeo Alfasud Sprint 6C

Alors que la berline Alfasud s'éclipse à la fin de 1983 au profit de la nouvelle 33, le coupé Sprint poursuit sa carrière jusqu'en 1989. Alfa Romeo n'a pas jugé utile de concevoir un coupé 33. Ses lignes font l'objet de nombreuses retouches. Il reçoit des boucliers avant et arrière. Le noir mat devient omniprésent. Le tableau de bord, les rétroviseurs, les jantes et les feux arrière sont redessinés. L'esthétique générale du coupé Sprint a perdu de sa pureté initiale.


Alfa Romeo Alfasud Sprint

Petit à petit, les coupés traditionnels perdent des adeptes, au profit d'une nouvelle mode, celle des petites berlines GTi, avec en tête de peloton la VW Golf et la Peugeot 205. Le coupé Sprint sera produit à 121 434 exemplaires, soit environ 12 % du total des Alfasud.

Quelques séries limitées ont égayé sa carrière :

La " Plus " est diffusée en Belgique en 1981. Elle bénéficie d'une teinte unique bronze métallisé avec des jantes de la même couleur, et d'une décoration spécifique.

La " Trofeo " de 1982 est disponible sur différents marchés européens. Elle se distingue à sa peinture " gris métallisé ", à ses jantes en alliage léger, et à sa bande latérale décorative. Sa diffusion est de 400 exemplaires en France. Cette série limitée est reconduite en 1983, mais sur la base de la Sprint relookée.


Alfa Romeo Alfasud Sprint Troféo

La " Balocco " de 1984 se remarque à sa robe blanche, ses liserés verts, son toit ouvrant en toile, ses jantes spécifiques et son imposant becquet arrière.

La " Grand Prix " de 1986 est une Quadrifoglio Verde équipée de pare-chocs et de bandes de protection latérale de la même couleur que la carrosserie, de jantes spéciales et d'une décoration spécifique. Elle est disponible en rouge ou en gris.


Alfa Romeo Alfasud Sprint Grand Prix

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