ZIS et ZIL, limousines russes d'apparat(chiks)


ZIL était une marque de voitures russes de très haut de gamme destinées exclusivement aux plus hauts dignitaires du régime communiste jusqu’en 1991, puis de la Fédération de Russie à partir de 1992. Ses voitures étaient fabriquées en faibles quantités et de manière artisanale. Ces immenses limousines inspirées des voitures de luxe américaines étaient surtout visibles lors des grandes parades organisées par le régime soviétique, et il n’était pas rare d’en rencontrer près du Kremlin. La marque stoppe son activité automobile en 2013.


Les origines de ZIL


L’ancêtre de la marque ZIL - Zavod Imeni Likhatchiova - était la marque AMO - Avtomobilnoïe Moskovskoïe Obchtchestvo - qui avait fabriqué des camions à Moscou dès la fin de la Première Guerre mondiale. C’est la plus ancienne usine de véhicules russes puisqu’elle a été inaugurée dès 1916, alors que régnait encore - plus pour très longtemps - le tsar de Russie, Nicolas II. Le camion italien Fiat 15 a été fabriqué en grandes quantités dans l’usine AMO entre 1924 et 1931 pour les besoins du marché local. L’usine a été rebaptisée AMO P. Ferrero en 1923, en hommage au syndicaliste anarchiste italien Pietro Ferrero tué l’année précédente par les escadrons fascistes de Benito Mussolini.

L’usine est rebaptisée ZIS - Zavod Imeni Stalina - en 1933, en hommage cette fois-ci à Joseph Staline, devenu maître de l’URSS après la mort de Lénine en 1924. Cette usine a produit essentiellement des camions civils et militaires sous la marque ZIS jusqu’en 1956, mais également des limousines d’apparat – en très faibles quantités – pour les hauts dignitaires du parti communiste soviétique.

En 1936, ZIS reprend brièvement la fabrication de la L1, une limousine à moteur huit cylindres produite depuis 1933 à Leningrad. Elle est remplacée dès la fin de l’année 1936 par la ZIS 101, une limousine inspirée directement par les voitures américaines de grand luxe, comme les Buick et les Cadillac. Etonnante stratégie que d’avoir copié sans vergogne les symboles automobiles les plus prestigieux du capitalisme américain pour créer la voiture d’apparat du régime communiste soviétique …


 1936 : ZIS 101


Lancée en 1936 pour remplacer la L1, la ZIS 101 est une limousine sept places de 5,75 mètres de long sur 1,89 mètre de large, inspirée étroitement des voitures américaines de grand luxe de l’époque, surtout Buick. Sa carrosserie à six glaces latérales et ouverture des portes en armoire épouse la forme aérodynamique des automobiles du milieu des années 30, sans tomber dans l’outrance d’une Chrysler Airflow.

La ZIS 101 lancée en 1936 évoque une limousine américaine de grand luxe, très inspirée par le style des Buick 1935 : silhouette générale, clignotants sur les ailes, mascotte sur la calandre, ouverture des portes en armoire.

Le moteur de la ZIS 101 est un huit cylindres en ligne de 5,8 litres développant 90 ch. Les V8 sont encore rares à cette époque, même si Ford en propose un en grande série depuis 1932. Le moteur V8 de par sa structure permet de raccourcir la longueur du capot, or celui de la ZIS 101 est forcément très long, à l’image de beaucoup de voitures américaines de grand luxe. La limousine russe peut atteindre 115 km/h dans un confort ouaté.

Restylée en 1939, la partie avant évolue grâce à une calandre de forme arrondie formant bouclier dotée de barres horizontales qu’on retrouve dans un style approchant chez Buick, Cadillac et Chrysler à la même époque. LA ZIS 101A est équipée d’un moteur plus puissant, de 110 ch, qui permet d’atteindre cette fois 130 km/h. La production du modèle cesse en juin 1941, alors que les troupes allemandes envahissent la Russie. On estime le volume de production des ZIS 101 et 101A à près de 8 000 exemplaires, ce qui est beaucoup pour une voiture de haut de gamme.

La ZIS 101 est restylée en 1939 et devient 101A. C’est surtout la partie avant qui est modifiée, adoptant une calandre arrondie à barres horizontales formant bouclier, design inspiré par certaines réalisations contemporaines d’outre-Atlantique.

En fait, ce modèle a bénéficié d’un marché d’équipement et pas encore d’un marché de renouvellement, ce qui a certainement favorisé ses ventes. De plus, les commandes étaient passées souvent directement par l’Etat, à qui le constructeur nationalisé octroyait de fortes remises afin d’accroître ses ventes, surtout si ces commandes faisaient l’objet d’un tir groupé.

La ZIS est présentée dans une version découvrable dénommée ZIS 102, ce qui pouvait sans nul doute comporter un certain risque pour les passagers durant les terribles hivers russes …

Une version biplace connue sous le nom de ZIS 101 Sport a été conçue en 1939 par Valentin Nikolaevich Rostkov. Elle s’inspirait manifestement des réalisations les plus récentes de Gordon Buehrig. Avec son 8 cylindres de 5,8 litres poussé à 140 ch, elle pouvait atteindre 160 km/h, mais un seul exemplaire semble avoir été fabriqué.

Une version ambulance type ZIS 101C a également été dérivée de la limousine ZIS 101A.


 1945 : ZIS 110


En 1944, alors que les troupes soviétiques s’apprêtent à déferler sur le Reich allemand qui devait durer mille ans selon son chancelier Adolf Hitler, les hautes autorités de l’URSS négocient avec les Etats-Unis afin de racheter les chaînes de production de la Packard Super Eight à l’arrêt depuis 1942, depuis que les Etats-Unis sont entrés en guerre contre le Japon, après la violente agression subie par les Américains à Pearl Harbor. On dit que le président Franklin D. Roosevelt aurait personnellement joué un rôle dans cette négociation. De toutes façons, c’était l’entreprise Packard qui était intéressée au premier chef. Nul ne sait s’il y a eu pression sur l’entreprise, mais le résultat final est que la ZIS 110, copie conforme de la Packard Super Eight, était prête à l’été 1945, peu de temps après la capitulation allemande. u style dépassé.

La ZIS 110 présentée en 1945 mais dont la production débute en 1946 ne s’inspire pas d’un modèle américain mais est carrément la copie conforme de la Packard Super Eight de 1942. On en voit un exemplaire fort bien préservé dans le film " Bunker Palace Hôtel " avec Carole Bouquet et Jean-Louis Trintignant, film sorti en 1989.

Sa production sur le site de Moscou débute en 1946 et elle se poursuivra jusqu’en 1958, alors que la voiture est totalement démodée. La ZIS 110 est une limousine sept places de 6,02 mètres de long sur 1,96 mètre de large, pesant près de 2,5 tonnes, dotée de six glaces latérales. Elle est équipée d’un moteur huit cylindres en ligne de 6007 cm3 développant 140 ch, ce qui autorise une vitesse maximale de 140 km/h dans un confort total. La ZIS 110 est dotée d’un intérieur avec radio, vitre de séparation entre le chauffeur et les passagers - ce qui constitue une nouveauté par rapport à la ZIS 101 -, vitres électriques, chauffage perfectionné, etc ...

Entre 1947 et 1956, apparaissent une version torpédo (ZIS 110B) pour les défilés officiels, une version ambulance (ZIS 110A), une version à quatre roues motrices (ZIS 110S) produite à une quinzaine d’exemplaires et une limousine blindée (ZIS 115) produite à une cinquantaine d’exemplaires.

Le torpédo type 110B deviendra la voiture favorite des hauts dirigeants soviétiques et des pays satellites pour les défilés officiels.

La ZIS 110 est produite à partir de 1947 dans une version ambulance type 110 A. Il ne s'agit que d'une limousine réaménagée pour sa nouvelle fonction.

Une cinquantaine de limousines de type 115 ont reçu une carrosserie blindée

C’est en 1956 que l’usine ZIS devient ZIL pour Zavod Imeni Likhatchiova après la " déstalinisation " décrétée par Nikita Khrouchtchev, le L de ZIL étant l’initiale du nom de l’ancien directeur de l’usine, Ivan Likhatchiov. 2 083 exemplaires sont fabriqués en douze ans. Ce volume beaucoup plus faible que celui de la ZIS 101 s’explique probablement par la concurrence exercée par la limousine ZIM lancée en 1950 et produite à 21 257 exemplaires jusqu’en 1959. De marque Tchaïka et fabriquée par le constructeur GAZ à Gorki, la ZIM était d’un aspect bien plus moderne que la ZIS 110 dont le dessin remontait aux débuts des années 40. A partir de 1950, beaucoup de clients potentiels de la ZIS se sont tournés tout naturellement vers la ZIM, limousine de 5,53 mètres de long dotée d’un moteur six cylindres de 3,5 litres, aussi confortable et moins chère que la limousine moscovite.


1959 : ZIL 111


En 1959, la limousine ZIL fait peau neuve. Elle se nomme ZIL 111 et s’inspire désormais des Packard Patrician et Chrysler Imperial de 1955. L’usine de Moscou s’était en effet fait livrer deux exemplaires de ces voitures américaines de haut de gamme et les ingénieurs et designers de l’entreprise avaient eu tout le temps de les décortiquer et de les analyser. Prête dès 1957, la ZIL 111 débutera sa production deux ans plus tard, alors que le design des voitures américaines avaient déjà évolué dans l’intervalle. La ZIL 111 est donc une immense limousine sept places de 6,14 mètres de long alors que la Tchaïka 13 lancée en 1958 ne dépasse pas 5,60 mètres. ZIL tient à garder ses distances vis-à-vis de ses plus proches concurrents.

Un premier prototype de la ZIL 111 est exposé lors de l'Exposition industrielle de Moscou en 1956. Cette limousine dénommée Moskva, mixte de Cadillac et de Packard dans l'aspect, n'entrera finalement pas un production sous cette forme.

Sous le capot, trône le premier V8 russe de 5980 cm3 développant 200 ch qui permet à la voiture de filer à 170 km/h malgré un poids conséquent de 2,6 tonnes. La limousine est équipée d’une boite automatique, une première en Russie, inspirée de la boite PowerFlite de Chrysler. L’aménagement intérieur est aussi riche que celui de la ZIL 110. Certaines versions sont même dotées de l’air conditionné (ZIL 111A). Un cabriolet à la diffusion confidentielle apparaît en 1961 (ZIL 111V).

La ZIL 111 lancée en 1959 s’inspire désormais des Packard Patrician et Chrysler Imperial de 1955. ZIS a changé de nom en ZIL en 1956, suite à la " déstalinisation " décrétée par Nikita Khrouchtchev.

En 1963, la ZIL 111 est remodelée, dans le style de la Cadillac 1961. La partie avant est complètement redessinée, elle comporte désormais quatre phares ronds. La limousine est alors rebaptisée 111G et le cabriolet 111D. La production de ces modèles prend fin en 1967, après 112 exemplaires fabriqués en huit ans. L’activité du constructeur dans le domaine de la voiture particulière aurait pu s’arrêter là, la production de camions restant la partie la plus rentable du groupe. Mais sur la demande des hautes autorités soviétiques, ZIL fut invité à continuer à produire des limousines en quantités limitées pour les apparatchiks du régime.

La ZIL 111 voit sa partie avant complètement redessinée en 1963 et devient 111G. Du coup, on semble avoir affaire à une toute nouvelle voiture. L’avant est inspiré des Cadillac 1961 et comporte désormais quatre phares ronds.


1967 : ZIL 114


En novembre 1967 est dévoilée la ZIL 114 qui succède à la ZIL 111. Longue de 6,30 mètres et large de 2,07 mètres, son dessin s’inspire manifestement de la Chrysler Imperial du milieu des années 60. Son V8 de 6959 cm3 développe 300 ch et permet une vitesse maximale de 190 km/h malgré un poids de 3085 kg. Pour la première fois, une ZIL est équipée d’une direction assistée et de freins à disque sur les quatre roues, en plus de tous les éléments de confort déjà présens sur la ZIL 111.

La ZIL 114 lancée en 1967 s’inspire encore des voitures américaines contemporaines, en particulier la Chrysler Imperial du milieu des années 60.

En juin 1971, la ZIL 114 est épaulée par une version plus courte de 5,72 mètres suivant la politique de Mercedes concernant ses 600 de 5,45 mètres et 600 Pullman de 6,24 mètres. Cette version " courte " à cinq places est appelée ZIL 117. Plus légère et équipée du même moteur, elle peut atteindre 200 km/h, ce qui en fait alors la voiture la plus rapide de la marque. Un cabriolet quatre portes dénommé ZIL 117V basé sur l’empattement court est proposé à partir de 1972, mais seulement neuf exemplaires trouveront preneur. La carrière des ZIL 114 et 117 se termine en 1978, après 150 exemplaires fabriqués en onze ans.

Pour la première fois, à partir de 1971, ZIL propose une berline cinq places dérivée de sa limousine traditionnelle sept places. Elle s’appelle ZIL 117. Cette stratégie s’inspire de celle de Mercedes concernant ses 600 et 600 Pullman.

La ZIL 114 était une voiture officielle de l'Etat et ne transportait que les membres du Politburo du Parti communiste de l'Union Soviétique et les hauts dirigeants du pays, tandis que la ZIL117 était utilisée par les secrétaires du Comité central, ainsi que par les escortes des véhicules dans le cortège des chefs d'Etat, du secrétaire général du Parti communiste de l'Union Soviétique et du chef du Conseil des ministres. Le partage des rôles était donc bien défini entre les deux voitures.


1978 : ZIL 115


En 1978, apparaît la ZIL 115 qui succède à la ZIL 114, sous une carrosserie toujours aussi imposante mais encore plus angulaire et comportant une énorme calandre rappelant les Rolls-Royce ou les Lincoln Continental des années 70. Longue de 6,33 mètres et large de 2,09 mètres - c’est alors la voiture la plus large du monde -, la limousine ZIL 115 type 4104 est dotée d’un moteur encore plus gros et plus puissant. Il s’agit d’un V8 de 7695 cm3 développant 311 ch, permettant d’atteindre 200 km/h dans un confort royal, malgré un poids de près de 3,5 tonnes !

La ZIL 115 lancée en 1978 reprend la silhouette des ZIL 114 mais adopte une énorme calandre rectangulaire qui accentue son côté statutaire. Les phares et clignotants sont regroupés sous deux visières rectangulaires de chaque côté de la calandre.

Une cinquantaine d’exemplaires sont produits pour l’élite de l’Union Soviétique de 1978 à 1985, date à laquelle la ZIL 115 est restylée et devient ZIL 41047 en version limousine sept places de 6,33 mètres de long et ZIL 41041 en version berline cinq places de 5,75 mètres qui succède à l’ancienne ZIL 117. La berline pèse 3 tonnes, soit 400 kilos de moins que la limousine. On a affaire ici à des automobiles parmi les plus lourdes du monde, quelle que soit la version. Le moteur reste le 7695 cm3 qui est alors l’un des plus gros moteurs de voitures particulières au monde.

Parmi les particularités des ZIL 41041 et 41047, figurent un pare-brise feuilleté spécial et des vitres à triple couche, censées offrir une protection contre les radiations en cas d'attaque nucléaire ..., ainsi que divers systèmes dupliqués, notamment un double allumage, deux batteries de 74 ampères en parallèle et deux pompes à carburant. La console et le tableau de bord sont recouverts de bouleau de Carélie de 10 mm d'épaisseur et la radio peut être commandée par les sièges arrière. La voiture dispose de vitres électriques, du chauffage prévu pour les très basses températures et de la climatisation. Dans la console se trouve un lecteur de cassettes. Le réservoir de carburant est surdimensionné (120 litres) pour éviter de tomber en panne en rase campagne.

La partie avant de la ZIL 41047 fait un peu penser à une Mercedes, en raison de la forme de la calandre et de l’agencement des phares et des clignotants.

En 1984, une nouvelle transmission automatique à trois vitesses remplace la transmission automatique à deux vitesses très obsolète qui avait été utilisé par le constructeur depuis la ZIL 111 en 1959. En tant que voitures officielles de l'Etat, les ZIL 41041 et 41047 sont construites dans des conditions de strict secret et sont maintenues dans des garages fermés par une division spéciale du KGB , toutes les personnes impliquées dans leur construction et leur entretien ayant juré de garder le secret …

Plusieurs versions ont été lancées à l’unité au cours des années 80, répondant à des demandes bien spécifiques. On compte ainsi une version blindée (ZIL 4105), une version ambulance (ZIL 41042), une version avec un équipement de communication spécifique dont le téléphone (ZIL 41043), une version cabriolet sur châssis court (ZIL 41044). Celle dernière était un cabriolet à deux portes, contrairement aux cabriolets ZIL précédents qui étaient dotés de quatre portes, comme la Lincoln Continental découvrable du début des années 60.

Le cabriolet ZIL 41044 est un dérivé à châssis raccourci de la ZIL 115 destinée à servir de voiture d'apparat pour les défilés militaires et commémoratifs.


Le déclin et l’arrêt de la production des voitures ZIL


Un prototype à traction avant est testé chez ZIL à la fin des années 80, mais il est finalement abandonné pour des raisons de coûts. La relative prospérité de l’entreprise repose sur la production de camions, et les dirigeants ne veulent pas mettre en péril l’activité de l’usine par des projets coûteux et non viables. En 1991, un coup de tonnerre éclate en Russie soviétique : c’est la fin du communisme. Le putsch mené par les conservateurs contre Mikhaïl Gorbatchev échoue et Boris Eltsine, président de la Russie, décrète la dissolution du Parti communiste de l'Union Soviétique. Une sorte de révolution à l’envers.

Pour ZIL, c’est la fin d’un monde. La marque était le symbole même du pouvoir communiste en Russie. La production se poursuit néanmoins à faibles cadences jusqu’en 2001, date à laquelle est officialisée l’arrêt de la production. En 2003, ZIL présente un prototype 4112, mais le projet de le produire en petite série est abandonné, faute de clients potentiels. Le prix d’une ZIL variant de 300 000 euros à 450 000 euros selon la carrosserie et les équipements demandés, il est logique que la clientèle ne se précipite pas, même si elle est proche du pouvoir. En réalité, la clientèle des ZIL se tourne depuis les années 90 vers les marques étrangères aux produits plus sophistiqués et moins chers, même si le patriotisme économique russe doit en souffrir …

En 2006 toutefois, ZIL est approché par Vladimir Poutine qui souhaite passer commande d’une limousine blindée. Un modèle dérivé des anciennes ZIL des années 80 est donc construit à cet effet. Il est baptisé ZIL 4112R. Long de 6,23 mètres et 2,09 mètres de large, il est équipé du moteur 7,7 litres déjà connu mais sa boite automatique dispose de six vitesses au lieu de trois. La ZIL 4112R reprend le style désormais immuable des limousines de la marque depuis la fin des années 70 mais qui devient désormais le style typique et exclusif de la marque moscovite. La 4112R a pris encore du poids, puisqu’elle affiche 3,8 tonnes sur la balance.

Vladimir Poutine qui au nom du prestige national voulait abandonner les Mercedes Classe S a fait développer cette ZIL 4112 dont l'équipement intérieur s'apparente à celui d'une Maybach ou d'une Rolls-Royce. Le style vieillot propre aux productions ZIL a été volontairement conservé, même si quelques détails de style apparaissent plus contemporains.


 Epilogue


Depuis 2007, l’entreprise ZIL reçoit de temps en temps des demandes des autorités russes afin d’envisager un projet de nouvelle limousine russe. Des dizaines de dessins, d’études et de prototypes sont élaborés, mais sans suite, faute d’un réel débouché commercial. Depuis 2013, ZIL semble avoir mis fin à tout projet dans ce sens, mais continue à produire camions, bus et camionnettes dans son usine de Moscou. Une partie des bâtiments de l’usine ZIL ont été détruits pour laisser place à de vastes complexes immobiliers à la fin des années 2010. En 2015, ZIL fusionne avec Mercedes et produit désormais des camions de la marque allemande.

L’héritière des ZIL est la limousine de la nouvelle marque Aurus qui reprend les codes stylistiques de la fameuse voiture moscovite, y compris sa politique de gamme, avec le lancement d’une berline cinq places et d’une limousine sept places. L’Aurus est dotée d’un moteur V8 de 4,4 litres développant 600 ch, moteur développé par l'Institut central de recherche scientifique et automobile de Moscou, avec l'aide d'ingénieurs du constructeur automobile allemand Porsche. La limousine pèse 2,65 tonnes et mesure 6,62 mètres de long et 2,00 mètres de large, des dimensions que n’aurait pas renié la marque ZIL.

L'Aurus est conçue comme un symbole national, représentant le savoir-faire en matière de construction automobile en Russie. Le nom Aurus est une contraction d’Aurum (or en latin) et de Russie.

L'Aurus Senat est fabriquée par l'entreprise russe Sollers, par ailleurs spécialisée dans l'assemblage de véhicules de marques japonaises et américaines, ainsi que dans la production de véhicules tout-terrain UAZ. L'Aurus Senat est dévoilée en 2018, lors de la cérémonie d'investiture du président Vladimir Poutine. Elle est alors présentée comme la limousine présidentielle la plus longue et la plus puissante au monde. Elle se positionne en concurrente des marques automobiles de prestige, comme Bentley ou Rolls-Royce. Longue vie à Aurus !

Texte : Jean-Michel Prillieux
Reproduction interdite, merci.

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