Autobianchi, le laboratoire technique de Fiat


Autobianchi créé en 1957 par le géant Fiat devient de facto le laboratoire technique du constructeur turinois, s’aventurant ainsi dans des versions plus recherchées et explorant les bienfaits de la traction, avant que Fiat envisage de la généraliser à sa future gamme. Rappelons qu’à cette époque Fiat ne possédait ni Lancia ni Alfa Romeo, puisque la marque Lancia fut achetée en 1969 et Alfa Romeo en 1986. Après le rachat de Lancia par Fiat, Autobianchi semble se positionner sur le même marché, bien que ses voitures soient plus petites. En 1995, les Autobianchi deviennent des Lancia.


1957 : Autobianchi Bianchina


La première Autobianchi baptisée Bianchina sort en septembre 1957, soit deux mois seulement après la Fiat 500 sur laquelle elle est basée. Par rapport à la Fiat, la Bianchina est dotée du même moteur 479 cm3 développant 20 ch puis 25 ch, mais sa carrosserie est complètement différente, moins arrondie et avec quelques arêtes vives. L’avant est plus carré et l’arrière dispose de petits ailerons. Les dimensions de la Bianchina sont toutefois identiques à celles de la Fiat 500, soit 3,02 m de long et 1,34 m de large. La ligne à trois volumes est amusante et faite pour plaire avant tout à la clientèle féminine.

L’Autobianchi Bianchina est lancée en 1957, quelques mois seulement après la Fiat 500 dont elle est dérivée. Sa carrosserie est toutefois complètement différente. Mais, tout comme la Fiat 500, son style est amusant et sympathique. 

Le modèle est proposé dès 1960 dans des versions cabriolet Eden Roc et break Panoramica repris tel quel chez Neckar, la filiale allemande de Fiat. Le break Panoramica adopte la base du petit break Fiat 500 Giardiniera lancé un mois plus tôt, que la marque Autobianchi fabrique également dans son usine de Desio, près de Milan. Fiat se concentre en effet sur la production à grande échelle de la petite berline Fiat 500 sur le site de Mirafiori, et ne dispose d’ailleurs pas de capacités suffisantes pour produire en son sein le break Giardiniera.

L’Autobianchi Eden Roc lancée en 1960 est dérivée de la Bianchina. C’est le plus petit cabriolet du monde, dépassant à peine les trois mètres. On en voit un exemplaire de couleur jaune dans le célèbre film de Gérard Oury " Le corniaud " sorti en 1964. Il n’existe pas de modèle analogue dans la gamme Fiat 500.

Le petit break Fiat finira par évincer toute la gamme des Bianchina en 1969, notamment en raison d’une demande plus forte que prévu, mais également pour préparer l’industrialisation de l’Autobianchi A112. Au total, les Bianchina ont été produites à près de 300 000 exemplaires de 1957 à 1969, sans compter les dérivés Neckar fabriqués de 1960 à 1964.

L’Autobianchi Panoramica lancée en 1960 est dérivée de la Bianchina. C’est l’un des plus petits breaks du monde, avec la Fiat 500 Giardiniera qui partage sa plateforme et ses moteurs. Ce modèle sera fabriqué également en Allemagne par Neckar, entre 1960 et 1964.

Précisons qu’Autobianchi fabriquera le break Fiat 500 Giardiniera jusqu’en 1977 sans changement notable, soit deux ans après l’arrêt de la production de la berline sur le site de Mirafiori. 


1964 : Autobianchi Primula


Au début des années 60, Fiat, bien que partisan avec Volkswagen et Renault du moteur arrière, décida d’explorer la technique de la traction avant. Par prudence, la firme de Turin lança une voiture de ce type, non sous sa propre marque, mais sous la marque Autobianchi. Ce fut la Primula. Ce modèle de moyenne gamme, fabriqué à 75 000 exemplaires de 1964 à 1969, fut en quelque sorte le prototype de la Fiat 128, première traction avant lancée sous la marque Fiat en 1969. Mais la traction avant n’était pas sa seule caractéristique, puisque la Primula était une bicorps à hayon et moteur transversal, technique qui va se généraliser au cours des décennies suivantes, mais qui était alors trop novatrice pour une Fiat, selon l’état-major du constructeur.

L’Autobianchi Primula lancée en 1964 ne durera que cinq ans, mais sera la voiture laboratoire pour la future Fiat 128 lancée en 1969. La Primula est en effet la première traction avant du groupe Fiat qui sera généralisée à l’ensemble des modèles de la marque éponyme, à commencer par la Fiat 128.

Au départ, la Primula - projet 109 - est sensée remplacer l’archi-classique Fiat 1100 dont les origines remontent à 1953, mais le constructeur préféra le projet 124 archi-classique, une propulsion à coffre et moteur longitudinal. La Fiat 124 sera effectivement lancée en 1966 avec le succès que l’on sait, même si ce modèle était plutôt le successeur des Fiat 1300/1500, bien que sa cylindrée soit de 1200 cm3. La Primula - primevère en italien - fut donc lancée sous la marque Autobianchi, comme une sorte de ballon d’essai qui devait décider de la technique adoptée sur la future Fiat 128 prévue pour 1969. Autre élément novateur, la Primula est équipée de quatre freins à disque et sa carrosserie de 3,79 m de long est proposée en deux, trois, quatre et cinq portes, choix très rare à l’époque sur une voiture de cette catégorie. Son style rappelle celui des Austin/Morris 1100 du groupe BMC. Le moteur de 1221 cm3 développant 57 ch monté sur les Fiat 1100 équipe la Primula, mais dès 1966, ce moteur est remplacé par le 1197 cm3 de 65 ch plus moderne qui est monté sur la Fiat 124.

En 1967, la Primula est disponible en version coupé qui adopte un moteur plus gros et une ligne modernisée, grâce à une nouvelle face avant, un pavillon abaissé se terminant par un style fastback, et de nouveaux feux arrière. C’est sans doute le modèle le plus intéressant de la gamme Primula.

En fin de carrière, la Primula est proposée en version coupé dotée d’un 1438 cm3 de 75 ch monté sur la Fiat 124 Spécial. La ligne est adoucie et modernisée avec une partie avant modifiée et des feux carrés à l’arrière, préfigurant ceux de l’Autobianchi A112. Le coupé Primula pouvait atteindre une vitesse maximale de 155 km/h, contre 145 km/h pour la berline avec le moteur de 65 ch et 135 km/h pour la berline avec le moteur de 57 ch. 


1969 : Autobianchi A111


Début 1969, Autobianchi lance la berline A111 qui était une version plus raffinée et traction avant de la Fiat 124 présentée trois ans plus tôt. Cette voiture ne rencontrera pas un grand succès avec 57 144 exemplaires écoulés de 1969 à 1972, car la clientèle de la marque était plutôt celle des petites voitures, comme la Bianchina ou la Primula. De plus, après le rachat de Lancia par Fiat en 1969, l’A111 doit faire face au sein même du groupe Fiat à la concurrence de la Lancia Fulvia traction avant, qui bénéficiait d’une réputation bien plus enviable.

L’Autobianchi A111 lancée en 1969 n’a pas connu le succès espéré, coincée entre les Fiat 124 et Fiat 125 moins chères et moins sophistiquées, et la Lancia Fulvia à la renommée bien plus enviable. Rappelons que la marque Lancia était passée sous le contrôle du groupe Fiat en 1969.

Dès lors, la carrière de l’A111 devient des plus discrètes. L’Autobianchi A111 est dotée du moteur de 1438 cm3 de 75 ch de la Fiat 124 Spécial. Elle bénéficie à l’intérieur d’une finition de haut de gamme, avec un tableau de bord intégrant de la ronce de noyer et un distributeur de cigarettes à une époque où les fumeurs n’étaient pas montrés du doigt. Les sièges sont recouverts de velours.

La ligne de l’A111 pêchait par contre d’une trop grande ressemblance avec les Fiat 124 et Fiat 125. L’A111 pouvait atteindre 155 km/h, soit une vitesse supérieure à celles des concurrentes françaises comme la Renault 12 ou la Peugeot 304. L’Autobianchi A111 était réputée pour la vivacité de son moteur et une excellente tenue de route. Ces qualités ne suffirent pas pour imposer le modèle sur le marché, la clientèle visée préférant de loin s’orienter vers les Fiat 124 et Fiat 125 moins chères et moins sophistiquées.  


1969 : Autobianchi A112


Fin 1969, Autobianchi revient à la petite voiture, en lançant l’A112, traction avant de 3,23 m de long, très inspirée des Austin et Morris Mini mais disposant en plus d’un hayon, ce qui pour certains fait toute la différence. Ce modèle connaîtra un incontestable succès, auprès des femmes en particulier. L’A112 sera ainsi fabriquée à 1 254 158 exemplaires de 1969 à 1985. D’abord dotée d’un 903 cm3 que l’on retrouvera sur la future Fiat 127 de 1971, elle sera équipée plus tard d’un 965 cm3 puis d’un 982 cm3 et enfin d’un 1050 cm3. La puissance passe ainsi de 45 ch à 58 ch puis à 70 ch, ce qui en fait alors une petite voiture maniable et nerveuse, pouvant flirter avec les 160 km/h dans les versions les plus puissantes.

L’Autobianchi A112 lancée en 1969 a connu un immense succès, contrairement à l’A111, aussi bien en terme de ventes qu’en terme de longévité. Le modèle, plusieurs fois remis au goût du jour, sera commercialisé pendant seize ans. C’est de loin le plus gros succès de la marque Autobianchi.

L’Autobianchi A112 est finalement la plus réussie et la plus aboutie des voitures de la marque, évinçant des lignes d’assemblage les Bianchina, les Primula et l’A111. Elle devient ainsi l’unique modèle de la marque produit à Desio entre 1972 et 1985, permettant au groupe Fiat de contrer la concurrence de la Mini en Europe. L’Autobianchi A112 ne subira pas de grands changements esthétiques durant sa longue carrière, se cantonnant à des modifications au niveau de la calandre et des feux arrière. En 1985, toutes les versions de l’A112 sont remplacées par un tout nouveau modèle qui en reprend toutefois la philosophie, l’Y10. 

La plus sportive des A112 est vendue sous le nom Abarth qui est une des filiales du groupe Fiat. C’est la rivale directe des Mini Cooper S du groupe BMC devenu BLMC.


1985 : Autobianchi Y10


Vers la fin des années 70, Lancia devenue filiale luxe du groupe Fiat réfléchissait au remplacement de l’Autobianchi A112 commercialisée depuis près d’une dizaine d’années. C’est dans ce contexte que les bureaux d’études de Fiat et de Lancia commencent à travailler sur la Fiat Uno pour le premier et sur la Lancia Uno pour le second. Après quelques tâtonnements, les deux projets prennent des chemins divergents. Alors que la remplaçante de la Fiat 127 prend forme, la Lancia s’oriente en 1982 vers la plateforme de la Fiat Panda lancée en 1980, ce qui a pour conséquence des dimensions inférieures à celles de la Fiat Uno.

L’Autobianchi Y10 est lancée en 1985 pour succéder à l’A112. Son style avant-gardiste s’inspire des capsules spatiales (ligne en coin, hayon vertical noir mat). Ce modèle étudié par Lancia deviendra une Lancia dans certains pays européens. Ce sera ainsi le dernier modèle à porter la marque Autobianchi.

La voiture étudiée par Lancia est finalement lancée sous la marque Autobianchi, légitimant ainsi son lien de parenté avec l’A112 qu’elle remplace. L’Autobianchi Y10 dévoilée en mars 1985 au Salon de Genève est une traction avant qui mesure 3,39 m de long alors que la Fiat Uno dévoilée deux ans plus tôt mesure 3,64 m, soit 25 cm de différence. En outre, la ligne de l’Y10 qui ne sera disponible qu’en trois portes contrairement à la Uno est plus personnelle, avec un hayon vertical peint en noir mat et une ligne en coin, d’où son surnom de " capsule spatiale ".

L’habitacle est digne d’une vraie Lancia : tableau de bord et sièges revêtus d’Alcantara, poste radio disposant d’un volet de protection, rétroviseurs réglables de l’intérieur, verrouillage centralisé des portes, etc… Cet habitacle douillet est sensé attirer la clientèle féminine, comme l’A112. Les moteurs sont les 999 cm3 de 45 ch et 50 ch, puis les 1049 cm3 de 55 ch et 85 ch (turbo). En fin de carrière, l’Autobianchi Y10 reçoit le 1108 cm3 de 57 ch et le 1301 cm3 de 78 ch (injection). L’usine de Desio produit au total 1,13 million de Y10 de 1985 à 1995. 


Changement de marque


L’Autobianchi Y10 née Lancia sera vendue à partir de 1985 sous la marque Lancia en Europe du Nord et sous la marque Autobianchi en Europe du Sud. Fin 1989, la marque Autobianchi est supprimée en France, conséquence de l’arrêt du contrat entre l’importateur français Chardonnet et le groupe Fiat. L’Y10 devient donc une Lancia en France à ce moment-là, distribuée par le réseau Lancia dépendant directement du réseau Fiat France.

A ses débuts, l'Y 10 est selon les pays commercialisée sous la marque Autobianchi ou Lancia. Les dossiers de presse affichent les deux logos, et font état d'une " Autobianchi née Lancia ". En fait, l'Y 10 est vendue sous le nom Autobianchi en Italie, en France et au Japon, et sous celui de Lancia partout ailleurs.

En réalité, le modèle trouve aisément sa place dans la gamme Lancia puisqu’il complète cette gamme vers le bas, la marque Lancia n’ayant alors pas de modèle aussi petit à son catalogue. En Italie, l’Y10 sera commercialisée sous la marque Autobianchi jusqu’en 1995. L’Epsilon qui succède en 1995 à l’Y10 porte dès sa naissance le logo Lancia, ce qui signifiait de facto la disparition définitive de la marque Autobianchi

Texte : Jean-Michel Prillieux
Reproduction interdite, merci 

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