Authi, des espagnoles à l'accent anglais


Authi - Automoviles de Turismo Hispano-Ingleses - était une marque automobile espagnole créée en 1963 suite à un accord entre la société espagnole Nueva Montana Quijano SA et le groupe automobile britannique BMC. Rachetée par BLMC en 1972, la marque Authi disparaît en 1975.


La société espagnole Nueva Montana Quijano (NMQ) a été fondée en 1899 dans le but de fabriquer des pièces en acier et des produits métalliques. Cette société entreprend la fabrication de moteurs automobiles dans les années 50. Elle travaille notamment pour la Fasa - Fabricacion de Automoviles SA - qui assemble à partir de 1953 des Renault 4CV sous licence sur le site espagnol de Valladolid. Au début des années 60, Renault prend une participation de 15% dans le capital de Fasa et obtient l’autorisation de fabriquer ses propres moteurs sur le territoire espagnol. Nueva Montana Quijano se voit donc contraint d’arrêter sa production de moteurs.

Pour éviter la faillite, cette société décide de se lancer dans la production de ses propres voitures. Après avoir obtenu l’autorisation du ministère espagnol de l’Industrie, en pleine période de franquisme, la société NMQ signe en 1963 un accord de coopération avec le groupe britannique BMC. Le nom choisi pour le quatrième constructeur automobile espagnol - après Seat, Fasa et Citroën - est Authi, pour Automoviles de Turismo Hispano-Ingleses, dont la consonance est proche du nom Austin, ce qui n’est pas forcément le fruit du hasard. En effet, si l’on s’en tient à la règle stricte des initiales, la marque aurait du s’appeler Athi.


Démarrage de la production de Authi


Entre 1964 et 1966, Authi construit une nouvelle usine à Pampelune dans la région de Navarre, dans le but de produire des voitures BMC sous licence. Les vingt-sept premiers exemplaires sortent en décembre 1966. Il s’agit de modèles dérivés des Austin et Morris 1100 (ADO16) qui se différencient assez peu des versions d’origine. Les Innocenti italiennes dérivées des mêmes modèles sont ainsi plus personnelles, avec leurs phares verticaux, leur large calandre et leur finition plus cossue. Les Authi 1100 sont produites à 14 645 unités en 1967 et près de 17 000 en 1968, date à laquelle elles reçoivent le 1275 cm3 des versions britanniques et deviennent 1300.

La version espagnole de l’ADO16 britannique sort en décembre 1966, soit quatre ans après l’original et trois ans après l’Innocenti IM3 qui est sa cousine italienne. La 1100 est le premier modèle fabriqué par Authi.

En octobre 1968, Authi élargit sa gamme avec le démarrage de la production de la Mini (ADO15), trois ans après le lancement de l’Innocenti Mini et neuf ans après celui de la Mini britannique. La Mini espagnole, qui est dotée d’un moteur de 1275 cm3 de cylindrée, bénéficie de sièges en cuir et d’un tableau de bord en noyer. Sa finition luxueuse est proche de celle des Mini Innocenti. En avril 1969, la gamme Authi est complétée par la Mini 1000, qui comme son nom l’indique, est dotée d’un moteur plus petit (998 cm3). Sa finition est plus simple, le constructeur voulant attirer une nouvelle clientèle moins fortunée. Mais l’usine de Pampelune continue de tourner au ralenti : 15 789 voitures sortent des lignes d’assemblage en 1969, contre 21 020 en 1968.

La version espagnole de l’ADO15 britannique sort en octobre 1968, soit neuf ans après l’original et trois ans après l’Innocenti Mini qui est sa cousine italienne. La Mini espagnole se vendra trois à quatre fois moins que la Mini italienne.

Authi, compte tenu des investissements consentis et des résultats commerciaux très décevants, se retrouve au bord de la faillite, les clients espagnols préférant en grande majorité acquérir des Seat, des Fasa-Renault, voire des Citroën. Lord Stokes, président de BLMC (British Leyland Motor Corporation), annonce alors en juillet 1969 racheter 51% du capital de la marque Authi, lui permettant de prendre le contrôle du constructeur espagnol.


L’apogée de Authi


En janvier 1970, la Mini 850 dotée du moteur de 848 cm3 de cylindrée est ajoutée à la gamme Authi. Il s’agit ni plus ni moins de la version originelle de l’ADO15 britannique. La marque espagnole faisait une croix sur les finitions luxueuses proposées les années précédentes. Même les Mini 1000 et 1275 allaient reprendre rapidement les finitions simples de la 850. Cette stratégie conduisit à une baisse importante du prix des modèles. La production du site de Pampelune remonte alors à 18 570 unités en 1970, puis 31 401 en 1971, 34 199 en 1972 et 43 318 en 1973, chiffre record qui ne sera jamais dépassé par le constructeur espagnol désormais sous le contrôle du britannique BLMC. Celui-ci détient 100% du capital de Authi en 1972. BLMC avait procédé de la même manière avec le constructeur italien Innocenti qu’il avait racheté en totalité également en 1972.

Ces acquisitions seront cependant éphémères puisque le groupe BLMC allait s’en séparer entre 1975 et 1976, suite à de graves difficultés financières qui allait mettre en péril sa propre survie. La Mini n’aura jamais pu s’imposer sur le marché espagnol, qui était plus friand de voitures moyennes à coffre que de petites citadines. Une éphémère version Cooper dotée du 1275 cm3 lancée en 1973 dut être retirée du catalogue en 1975, en raison d’un volume de ventes trop faible. Au total, la Mini espagnole s’est écoulée trois à quatre fois moins que la Mini italienne fabriquée par Innocenti.


La fin de Authi


En octobre 1972, Authi lance la Victoria qui succède à la 1100/1300. Ce modèle n’est autre qu’une ADO16 allongée à l’avant et à l’arrière, ce qui a eu pour conséquence la création d’un coffre proéminent. Comme déjà évoqué, le marché espagnol est en effet friand de berlines à coffre, et cette tradition demeure encore vivace à l’époque actuelle.

Lancée en 1972, soit un an avant l’apparition de l’Austin Allegro britannique, la Victoria est une ADO16 à laquelle on a ajouté un coffre proéminent (très prisé en Espagne) et modifié sensiblement la partie avant. La Victoria prend la suite des 1100/1300 en Espagne.

C’est Michelotti qui a redessiné les parties avant et arrière de la Victoria, dans le style des Triumph Toledo, Dolomite et 2000/2500 Mk II qu’il avait également dessinées. La Victoria est ainsi plus longue d’une trentaine de centimètres qu’une ADO16. A noter que la Victoria est produite et commercialisée en Afrique du Sud entre 1971 et 1977 sous l’appellation Austin Apache. La Victoria espagnole n’est donc en réalité qu’une Austin Apache rebadgée et produite à Pampelune. Elle ne connaîtra qu’un succès d’estime.

Sœur jumelle de l’Austin Apache produite et commercialisée en Afrique du Sud entre 1971 et 1977, la Victoria conserve la partie centrale des ADO16 mais ses parties avant et arrière sont redessinées par Michelotti dans le style des Triumph Toledo, Dolomite et 2000/2500 Mk II qu’il avait lui-même dessinées.

Point d’Allegro à Pampelune, mais une Austin De Luxe, simple 1100 à la finition améliorée, équipée du 998 cm3 de la Mini Cooper, est commercialisée entre 1974 et 1975. Ce modèle ne connaît qu’une diffusion confidentielle. Conséquence du choc pétrolier de 1973/1974 et de la chute des ventes d’automobiles partout dans le monde, la production de Authi tombe à 30 763 unités en 1974 et 15 121 en 1975. Le constructeur, abandonné lâchement par BLMC fait faillite et cesse toute activité. Entre 1966 et 1975, Authi a produit 225 000 voitures à Pampelune.

Authi ressort la 1100 en 1974 sous l’appellation De Luxe, alors que BLMC et Innocenti commercialisent la nouvelle Allegro. Le constructeur espagnol n’a pas eu ce traitement de faveur, mais avec le recul, on est à peu près certain qu’une Allegro espagnole n’aurait pas connu un grand succès.


Epilogue 


Après la faillite de la marque Authi, le gouvernement espagnol a demandé à Seat, le premier constructeur automobile du pays, de reprendre l’usine de Pampelune. Celui-ci accepta et démarra la production de sa 124 Pamplona dès janvier 1976. D’autres modèles seront également produits dans cette usine, jusqu’au rachat de Seat par Volkswagen en 1984. Aujourd’hui le site de Pampelune qui existe toujours fabrique les Volkswagen Polo et T-Cross.

Texte : Jean-Michel Prillieux
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