WM P88 (Welter et Meunier)


La WM P88 vue par Paul Bracq

WM, pour Gérard Welter et Michel Meunier. Cette équipe est née en 1969 de la réunion de deux amis passionnés travaillant au centre d'études de Peugeot. Ils s'exercèrent d'abord sur base Peugeot 204, avant de songer aux 24 Heures du Mans en 1976. Cette année là, pour sa première participation, WM, installé à Thorigny sur Marne, en Seine et Marne, s'inscrivait à la mythique épreuve sarthoise avec la P76 (76 comme l'année 1976). Celle ci empruntait de nombreux éléments aux voitures du groupe PSA (moteur PRV de la 604, feux arrières de CX ...). La P76 abandonnait à la 16ème heure suite à une fuite sur le réservoir d’essence. Le premier résultat significatif pour WM fut une quatrième place au Mans en 1980, où trois voitures furent engagées. Peugeot soutenait pour la première fois officiellement la petite écurie. Quatre WM prenaient le départ en 1981. Une seule rejoignait l'arrivée. Cette course fut malheureusement marquée par la sortie de route d'une WM pilotée par Thierry Boutsen à la troisième heure de course, qui coûta la vie à un commissaire.


Photo Mick65, Le Mans 1981, WM, notez déjà le sponsor Heuliez

Les WM ne brillèrent pas particulièrement en 82 et 83. Mais le Mans n'était pas la seule course à laquelle participaient les WM, et le logo d'Heuliez, l'un des sponsors, était aussi visible sur des circuits comme Silverstone ou Monza.


La WM P82 numéro 9 aux 6 heures de Silverstone 1982


Photo Jean Claude Hatet, Le Mans 1982, Heuliez sponsor de WM avec Peugeot et Esso

En 1984, le pilote Roger Dorchy se faisait remarquer en prenant dans le premier et le troisième tour la tête de la course, avant d'être trahi un peu plus tard par des freins déficients à Mulsanne. Au final, les deux WM engagées abandonnèrent.


Source : www.autodiva.fr, 1984, Heuliez partageait encore (discrètement) la vedette au pâtissier Marcel Favraud

En 1985, Gérard Welter confiait un volant à Jean Rondeau qui terminait à la 17ème place. Une autre WM fut disqualifiée pour poids insuffisant, tandis que la troisième voiture était victime d'un accident.  


Photo Dominique Clousier, Le Mans 1985,l'un des pilotes était Jean Rondeau

La participation 1986 se soldait par un abandon et une 12ème place au général. En 1987, avant la course mancelle, la P87 parvenait sur une portion d'autoroute bloquée pour l'occasion à dépasser les 400 km/h. Cette performance ne fut hélas pas confirmée sur le circuit des 24 Heures, où la P87 ne fut enregistrée qu'à 379 km/h. Les deux engins qui avaient pris le départ ne terminèrent pas la course (casse moteur). Le développement de l'auto se poursuivait pour 1988. Deux voitures étaient alignées sur la grille de départ. La P87 abandonnait à la 5ème heure. Mais pour cette édition,  l'ambition de WM était ailleurs que dans le classement final. Il s'agissait de battre de record de vitesse au Mans. Roger Dorchy faisait valider la vitesse de 405 km/h sur la ligne droite des Hunaudières à bord de la P88 numéro 51, le samedi soir à 20 H 46. Hélas la P88 ne résista pas à ce traitement de choc, et fut contrainte à l'abandon durant la nuit. Mais l'objectif initial avait été atteint.


Avec l'aimable autorisation des sites www.endurance-info.com et www.racingsportscars.com

Le chiffre de 405 n'est pas un hasard. Même si certains évoquent la vitesse de 409 km/h, ce nombre fut volontairement abaissé à 405, les commerciaux de Peugeot, partenaire de WM, en avaient décidé ainsi. La Peugeot du même nom était en effet commercialisée depuis peu, et cela constituait un argument marketing fort. De nos jours, ce record de vitesse est toujours aux mains de WM. Précisons que l'installation de chicanes voulues par la fédération internationale dans la ligne droite des Hunaudières en 1990, afin de ralentir l'élan des voitures de course, compliquerait désormais la tâche à d'éventuels prétendants.

Mais quel fut le rôle de Heuliez dans cette aventure ? De simple sponsor depuis 1980, Heuliez, par l'intermédiaire de son centre de recherche France Design, s'impliqua dans la mise au point des WM pour l'épreuve de 1988. L'entreprise de Cerizay avait conçu une voiture avec des entrées d'air réduites au minimum, permettant quand même d'assurer un bon refroidissement de la mécanique, grâce à une étude poussée des flux internes. D'autre part, cet air était évacué dans les meilleures conditions par le biais d'un extracteur installé sur le toit. L'effet de sol était particulièrement travaillé afin d'asseoir la stabilité de l'engin.

La WM P88 fut testée dans la soufflerie du Centre Scientifique des Techniques du Bâtiment (CSTB) de Nantes, rebaptisée soufflerie Jules Verne en 1988. Heuliez était un partenaire de l'établissement depuis l'étude de son autobus du futur en 1977. Le centre équipé de trois veines, dont une spécifique aux tests à haute vitesse, permet d'analyser le comportement de toute sorte de véhicules et matériels de transport, en tenant compte de divers paramètres climatiques (pluie, sable, soleil, température, neige ...). Heuliez participa au financement de certains équipements liés à l'automobile.

Gérard Welter évoque ainsi le soutien de Gérard Quéveau dans le livre de Christophe Bonnaux " Gérard Welter, une vie au design Peugeot, l'épopée des WM et WR au Mans " : " Il nous aide de différentes manières. C'est un personnage clé de l'entreprise Heuliez et c'est surtout quelqu'un de très attachant, assez haut en couleurs, avec une approche automobile très réaliste. Je me suis toujours bien entendu avec lui. Quand nous voulons réaliser notre opération des 400 km à l'heure sur les Hunaudières, il est avec nous. Il nous pousse même en nous demandant sans cesse : Alors, vous y arrivez ? "

1989 fut la dernière année de participation au Mans pour WM. Les deux voitures inscrites étaient victimes d'incendies, la numéro 51 de l'année précédente aux essais, la numéro 52 aux essais (elle fut réparée) puis en course le dimanche. L'année 90 voyait la naissance de WR (Welter Racing), mais ceci est une autre histoire que vous pouvez consulter sur leur site officiel : www.welterracing.fr


Photo Teamzs, Le Mans 1989, dernière participation de WM (et de Heuliez) au Mans


Source : http://www.autodiva.fr


Source : http://www.autodiva.fr


En 2009, une procédure était en cours pour classer la WM conservée par Heuliez au patrimoine (photo 2009, la WM au sein du convervatoire Heuliez de Cerizay).


Zoom sur l'affichette du pare brise


Le " clou " du spectacle lors de la vente aux enchères Artcurial du 7 juillet 2012 était cette WM P88. Elle était décrite en bon état d'origine, dans la configuration du record de vitesse du Mans, mais dépourvue de son moteur. Celui ci, endommagé, fut repris à l'époque par Gérard Welter. L'intéressé annonçait avant la vente être disposé à le céder et à le remettre en condition, après acceptation d'un devis.
Estimation : 150 000 à 250 000 euros - Montant de l'enchère : 119 136 euros avec les frais.


Source : http://www.artcurial.com

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