Flaminio Bertoni

Flaminio Bertoni - Italie - 1903/1964


1903

Naissance le 10 janvier à Masnago - une municipalité aujourd'hui rattachée à Varese - en Italie de Flaminio Lorenzo Isidoro Bertoni, fils de Carlo Bertoni, qui exerce le métier de tailleur, et d'Angela Mazzola, femme de ménage.

Le jeune Flamino est attiré par les arts plastiques. Il est initié au dessin et au modelage par le sculpteur Giuseppe Talamoni.

1921

Après une scolarité sans histoire, il rentre en apprentissage dans une entreprise de carrosserie de Varese, la société des frères Macchi. Il y apprend le métier de la menuiserie, puis le travail de la tôle.

Parallèlement, il continue d'exercer sa passion pour le dessin artistique et la sculpture. Il s'inscrit à l'école des Beaux Arts pour se perfectionner.

1922

Ses talents sont remarqués par un délégation française en visite chez les frères Macchi. Il se voit offrir un voyage d'étude à Paris.

1923

Bertoni arrive dans la capitale, et se fait embaucher comme menuisier chez le carrossier Felber, puis chez Manessius et enfin chez Rotchschild. C'est là qu'il rencontre Lucien Rosengart, grand ami d'André Citroën.

1925

Il est engagé chez Citroën en tant que dessinateur en carrosserie, entre janvier et avril, puis, souffrant du mal du pays, et avec l'envie de revoir sa mère souffrante, il repart en Italie. Pour gagner sa vie, il travaille de nouveau chez Macchi, mais avec un emploi plus valorisant de dessinateur. Son employeur profite déjà de ses capacités exceptionnelles à anticiper toutes les contraintes techniques.

1929

Il démissionne de chez Macchi, une entreprise qu'il juge finalement trop conservatrice, et où il a le sentiment de ne pas être reconnu à sa juste valeur. Il ouvre alors son propre bureau de style, le " Studio tecnico di carrozzeria Flaminio Bertoni ", d'où sortent plusieurs modèles de carrosseries.

1930

Bertoni n'a pas renoncé à l'art. Il expose ses sculptures pour la première fois en août 1930 dans le cadre d'une manifestation qui porte sur " l'animal dans l'art. "

1931

Paris en bien ancré dans sa mémoire et il rêve d'y retourner. C'est en compagnie de Giovanna, sa future épouse, celle qui allait devenir la mère de son premier enfant, qu'il s'y installe de nouveau en octobre. En décembre, il rentre chez Sical (Société Industrielle de Carrosserie de Levallois Perret), une entreprise qui travaille pour Citroën.

1932

Remarqué par un ingénieur de Citroën, Bertoni est engagé en juin comme dessinateur au bureau d'études de la marque aux chevrons, rue du Théâtre, à Paris. Il y travaille sous la responsabilité d'André Lefèvre, et participe à la modernisation de la gamme Rosalie, avant d'intégrer le groupe qui planche sur le projet de la future Traction Avant.

1933

Chez Citroën, on parle beaucoup de la nouvelle voiture, dont les données mécaniques essentielles et le volume nécessaire à l'habitacle ont été définis de longue date. Mais la forme qu'elle doit avoir, sa présentation extérieure, nul n'en a encore la moindre idée. Plusieurs dessins ont été proposés à André Citroën, mais il les a tous refusé.

1934

Le métier de Bertoni ne l'empêche pas de continuer à produire des sculptures animalières et des bustes. Son inspiration l'oriente maintenant vers le sport. Il fixe dans le plâtre ou dans le bronze les gestes puissants des lutteurs. Il expose à plusieurs occasions, notamment au Salon des Indépendants, et obtient de nombreuses médailles pour ses travaux.

En janvier, dans le secret de son bureau, à partir d'une motte de plastiline, une pâte à modeler encore inconnue dans le domaine de l'automobile, il imagine les formes de la nouvelle Citroën. Le lendemain, André Citroën vient en personne voir la maquette, et s'étonne à la fois de la rapidité du travail effectué, et de la matière utilisée. Il invite Bertoni à se rendre le jour suivant à son domicile, afin que Mme Citroën puisse elle aussi donner son opinion (André Citroën aimait s'enquérir des goûts de son épouse).

Le projet est validé. Il faut faire vite pour présenter la voiture aux concessionnaires en mars. Les outillages sont achetés. Les premières commandes doivent être livrées aux clients en mai. Jamais dans l'histoire de l'automobile en n'avait conçu, réalisé, exécuté une carrosserie de série avec une telle rapidité. Sur le plan esthétique, la Citroën Traction Avant révolutionne l'automobile, avec ses formes basses et sa caisse sans marchepied.

Cependant, la période est dramatique pour Citroën, qui peine à régler ses fournisseurs. Le développement et l'industrialisation de la Traction ont pesé sur les finances de l'entreprise. Mise en liquidation, la société est reprise par Michelin. André Citroën ne s'en relèvera pas, et meurt en juillet 1935.


Citroën Traction Avant

1936

Bertoni est installé dans un appartement à quelques pas de son lieu de travail, ce qui lui permet de travailler très tard le soir. L'homme est très, trop attaché à son entreprise.

C'est à cette époque que sa femme Giovanna, épuisée par le caractère volage de son mari, décide de repartir en Italie.

Pendant la guerre

Il travaille dans le plus grand secret sur les projets des futures Citroën, tout en continuant ses activités d'artiste.

1947

Bertoni épouse Lucienne Marondon, une danseuse de la Scala de Milan.

1948

L'étude de la TPV entamée en 1936 trouve son issue dans la présentation de la Citroën 2 CV. Même si la voiture fait l'objet de moqueries en raison de son esthétique originale, les carnets de commandes se remplissent sans discontinuer.


Citroën 2 CV, 1948

1955

Les premières études de la DS remontent à la fin des années 40. L'idée est alors de concevoir le modèle qui puisse remplacer la Traction Avant. Bertoni repart sur des bases entièrement nouvelles. Il donne libre cours à son talent de sculpteur.


Flaminio Bertoni et l'une des premières études de celle qui deviendra bientôt la DS

Lors de sa présentation au Salon de Paris en octobre 1955, la DS constitue une véritable provocation à la tradition avec ses lignes fluides sans rainurage sur les flancs, son capot plongeant, son toit en matière légère fixé sur une charpente tout aussi révolutionnaire, son volant monobranche, son système hydraulique, etc ... Elle semble avoir quelques années-lumière d'avance sur ses concurrentes du moment : Simca Versailles, Peugeot 403 et Renault Frégate.


Citroën DS, 1955

Nicolas Viasnoff et Jacques Borgé parlait ainsi de Bertoni dans leur ouvrage " L'album de la DS " paru chez EPA en 1983 :

" A un Lefèbre nerveux et impatient, il fallait un styliste rapide. Plus doué que Flaminio Bertoni cela n'existera sans doute jamais. Imaginer un petit homme avec une grosse tête carrée, d'épaisses rouflaquettes, des yeux pétillants de malice, toujours en train de proférer avec l'accent italien d'épouvantables astuces qui font bien rire le bureau d'études. Une force de la nature, travaillant à une vitesse folle, capable de sculpter une voiture par jour. Sans doute un des génies de l'automobile le plus méconnu. "

1957

En novembre, la DS 19 est exposée comme un totem à la onzième Triennale de Milan qui célèbre l'osmose entre les arts et l'industrie.

1961

Il fait construire à Antony, au Sud de Paris, son atelier d'artiste, où il réside désormais.

André Malraux le fait Chevalier des Arts et Lettres.

Le stylisme maniéré de l'Ami 6 surprend le public, avec son dessin du pavillon en forme de pagode débordant au dessus des portières, son étrange lunette arrière inclinée vers l'habitacle, ses larges optiques rectangulaires, son capot moteur au dessin tortueux et les flancs de sa carrosseries légèrement sculptés. Cet ensemble reflète bien les idées originales de Bertoni.


Citroën Ami 6, 1961

1964

Décès le 12 février. Il repose au cimetière d'Antony.
Robert Opron lui succède.

Bertoni a laissé derrière lui une oeuvre artistique conséquente, dont une partie a été conservée par son fils, à Varese. Une exposition permanente présente ces objets dans le musée de sa ville natale.

1999

En 1999, un jury réuni à Londres a élu la Citroën DS  " Meilleur Objet Design Mondial du XXème siècle ".

2003

Le Design Museum de Londres lui rend hommage.

2004

Une exposition à Antony en région parisienne, ville où il a vécu ses dernières années, retrace l'existence et les multiples facettes de cet artiste. Celle ci regroupait une centaine d'oeuvres.


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