Abarth


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Aborder l'histoire d'Abarth n'est pas une sinécure. Cet " artisan " a fabriqué des voitures de tourisme, de course, de rallye, de record, des monoplaces, des concepts cars. Son histoire est surtout intimement liée à celle du géant Fiat. Plutôt qu'une approche chronologique au travers de laquelle il aurait été difficile de s'y retrouver, le sujet a été abordé par thème. Cette manière de faire permet de mettre en avant les grandes périodes de l'histoire de ce nom devenu mythique, au même titre que Gordini en France ou Cooper en Grande Bretagne. Par choix, les modèles spécifiques conçus pour une stricte utilisation de compétition n'ont pas ici la priorité.

Alors, bienvenu dans cette page, où nous allons tenter d'y voir clair entre les modèles dénommés par leur cylindrée (595, 695, 850, 1000, 1300, 1600, 2000, 2200, 2400 ...), leur désignation (TCR, OT, OTS, OTR, SS, SSS, Coupé, Berlina, Spider, Corsa, Bialbero, Record, Prototipo, Sport ...), ou le nom du carrossier qui les a habillé (Allemano, Bertone, Boano, Ellena, Ghia, Ital Design, Pininfarina, Vignale, Viotti, Zagato ...).

Carlo Abarth mourrait dans son pays natal, à Vienne, le 24 octobre 1979, à soixante et onze ans.

Karl Abarth (1908/1979) - Copyright


Les débuts

1. Abarth avant l'automobile
2. Ses première armes avec Piero Dusio, fondateur de Cisitalia

Les marmittas

3. Carlo Abarth, fabriquant de marmitta

Modèles uniques et petites séries

4. 1950/51 - Abarth 204 et 205 Vignale / Michelotti
5. 1952 - Fiat Abarth 1500 Biposto Bertone
6. 1953 - Fiat Abarth 103 GT Ghia
7. 1953 - Ferrari 166 Scuderia Guastalla
8. 1954 - Alfa Romeo 2000
9. 1954 - Simca Sport
10. 1955 - Fiat 1100 Spyder 207/A Boano
11. 1955 - Fiat 1100 Spyder 208/A Boano
12. 1955 - Fiat 1100 Coupé 209/A Boano
13. 1955 - Fiat 600 Spyder 210/A
14. 1955 - Renault Frégate
15. 1956 - Fiat 750 Spider
16. 1956 - Fiat 750 Coupé 215/A Bertone
17. 1956 - Fiat 750 Viotti
18. 1957 - Fiat 750 Spyder 216/A Bertone
19. 1957 - Vignale Sperimentale
20. 1958 - Alfa Romeo 1000 Bertone
21. 1960 - Abarth 750 Siata
22. 1962 - Vignale monocorps
23. 1963 - Abarth 1300 Prototipo
24. 1964 - Abarth 1000 Spyder Speciale Pininfarina
25. 1965 - Abarth 1000 Coupé Special Pininfarina
26. 1969 - Abarth 2000 Sport Pininfarina
27. 1969 - Abarth 1600 Ital Design

Dérivés à carrosserie Fiat 600, 500 et 850

28. Fiat 600
29. Fiat 500
30. Fiat 850
31. Fiat 850 Coupé et Spyder

Dérivés Fiat à carrosserie Zagato, Beccaris, Sibona & Bosano

32. 1956
33. 1957
34. 1958
35. 1959
36. 1960
37. 1961
38. 1962
39. 1963

Fin années 50 et années 60

40. Monomille
41. Voitures de records
42. Abarth Porsche 356 B Carrera 1600 GTL
43. Fiat Abarth 850 Coupe Scorpione Allemano et Spyder Riviera Allemano
44. Fiat Abarth 1600, 2200, 2400 Coupé et Spyder
45. Simca Abarth 1300 GT, 1600 GT, 2 mila
46. Simca Abarth 1150
47. Carlo Abarth sur les circuits
48. Fiat Abarth OT 1300
49. Voitures de course
50. L'usine Abarth en 1968, photographies de Gerry
51. Abarth 1300 Scorpione

Les années 1970

52. Autobianchi A 112 Abarth
53. Fiat 124 Abarth
54. Abarth vend son service compétition à Osella
55. Fiat X 1/9 Abarth
56. Fiat 131 Abarth

Les années 1980

57. Fiat Ritmo Abarth
58. La marque Abarth mise ne sommeil
59. Le Musée de Michel Pont à Savigny-lès-Beaune

Les années 1990/2000

60. Stola Abarth Monotipo, 1998
61. L'épisode de la Stilo Abarth

Abarth Revival

62. Abarth Revival, la Punto
63. Abarth Revival, la 500
64. Au delà de la 500


Les débuts


1. Abarth avant l'automobile

Karl Abarth voit le jour sous le signe du Scorpion le 15 novembre 1908 à Vienne, au cœur de l'Empire austro-hongrois. Fils d'une héritière d'industriels du textile et d'un père plutôt touche à tout issu d'une lignée d'hôteliers, il délaisse rapidement les bancs de l'école au profit du sport et de la mécanique. A vingt ans seulement, il s'élance dans la compétition motocycliste au guidon d'une FN 600 et décroche une première victoire éclatante. Ce succès initial en appelle d'autres, puisqu'il domine la discipline pendant cinq années consécutives en conservant le titre national autrichien de side-car. Au-delà de ses talents de pilote, le jeune homme possède un instinct technique hors du commun qui lui permet de débusquer la moindre astuce pour gagner en puissance. Sous ses mains, motos et side-cars subissent de telles transformations qu'ils conservent rarement leur aspect d'origine.

En 1930, un grave accident l'écarte de la compétition durant deux années. A son retour, en 1938, les autorités fascistes l'invitent à courir sous les couleurs de l'Italie en échange d'un soutien financier. A cette époque, les Mercedes et Auto Union écrasent le sport automobile grâce aux subsides du régime hitlérien. Conscient que les Alfa Romeo ou Maserati ne peuvent rivaliser avec la puissance allemande, Mussolini reporte ses efforts sur la moto. Karl Abarth, qui réside alors près de la frontière italienne, s'impose comme l'un des meilleurs pilotes du moment. Il en profite pour adopter la nationalité italienne et devient Carlo. Toutefois, cet engagement tourne court.

 

 

Karl Abarth. Copyright

En octobre 1939, un nouvel accident met un terme définitif à sa carrière de pilote et à sa série de victoires. Alors que la Seconde Guerre mondiale éclate, Abarth est soigné dans un hôpital en Yougoslavie. Peu convaincu par les idéologies d'Hitler et de Mussolini, il choisit de rester dans ce pays d'accueil durant toute la durée du conflit. Il y occupe son temps dans un atelier spécialisé, où il adapte des moteurs à essence pour les faire fonctionner au charbon de bois.


2. Ses première armes avec Piero Dusio, fondateur de Cisitalia

La guerre s'achève en 1945 et Carlo Abarth regagne l'Italie pour ouvrir un modeste atelier de cycles à Merano. Fin 1946, il fait la rencontre de Piero Dusio, un jeune capitaine d'industrie brillant à qui tout sourit. Cet ancien représentant en tissus, devenu milliardaire à seulement vingt-sept ans, voue une passion dévorante à la course automobile. Il pilote des Alfa Romeo et des Maserati depuis les années trente, décrochant plusieurs victoires qui lui assurent le respect des plus grands champions.

A la veille du conflit mondial, Dusio a fondé la Compania Industriala Sportiva Italia, plus connue sous le nom de Cisitalia, initialement dédiée à la fabrication d'équipements sportifs comme des raquettes ou des vélos. Si les hostilités interrompent ces activités de loisir, l'entrepreneur n'en oublie pas pour autant ses ambitions. Dès 1943, il sollicite l'illustre Dante Giacosa, concepteur de la Fiat Topolino, pour concevoir une petite monoplace exploitant la mécanique de la Fiat 1100. Ce programme, baptisé projet 201, s'accompagne du projet 202 visant à créer un coupé biplace sur la même base technique.

L'année 1946 marque la naissance de la Cisitalia D 46, issue du premier projet, qui s'illustre rapidement en compétition. Porté par ces succès précoces, Dusio voit plus grand et rêve désormais d'une voiture de Grand Prix totalement inédite. Toutefois, un tel chantier paraît démesuré pour une structure aussi jeune et fragile.

Cisitalia D46. Copyright

A cette époque, Dusio entend parler d’un projet conçu par Ferdinand Porsche avant la guerre : une voiture de sport à moteur central initialement étudiée pour Auto Union. Il s'avère que le représentant en Italie du bureau d'études Porsche n'est autre qu'un certain Carlo Abarth, lequel détient les plans de cette monoplace de Grand Prix. La rencontre entre les deux hommes doit beaucoup à Tazio Nuvolari, qui pilote alors pour Cisitalia et partage avec Abarth un passé en compétition motocycliste.

Tout oppose pourtant Dusio et Abarth. A la volubilité toute italienne du premier répond le tempérament énigmatique du second. Abarth se distingue par son acharnement au travail, tandis que Dusio se laisse porter par des rêves de grandeur, sans toujours se soucier de la solidité de ses moyens financiers. En février 1947, Porsche cède finalement les brevets de sa voiture de course à Cisitalia et Abarth rejoint l'entreprise en tant que conseiller technique.

Cette période voit également naître la mythique Cisitalia 202, dessinée par Pinin Farina. Ce chef-d’œuvre de pureté esthétique gagne une reconnaissance internationale dès 1951, lorsqu’il intègre la collection permanente du Musée d’Art Moderne de New York. Fin 1947, Dusio réorganise ses équipes et confie à Carlo Abarth la direction du service compétition. En plus d'optimiser les modèles existants, Abarth met au point la Cisitalia 204, une nouvelle machine de course. Cependant, le train de vie de la société dépasse ses revenus et Cisitalia sombre dans la faillite en 1949. Piero Dusio s’expatrie alors en Argentine où, à la demande du président Perón, il entreprend la construction d’une usine automobile.

Carlo Abarth (à gauche sur la photo) et la Cisitalia 204. Copyright

Carlo Abarth quitte Cisitalia avant que l’entreprise ne sombre définitivement, emportant pour solde de tout compte cinq véhicules, dont deux modèles " type 204 " inachevés, ainsi qu'un lot de pièces détachées. Fort de ce capital, l’homme se jette avec détermination dans le grand bain de l'entrepreneuriat. Cet apport lui permet de fonder, en 1949, la société Abarth & Co Srl aux côtés d’Armando Scagliarini. Dès lors, le célèbre scorpion remplace l’écusson Cisitalia sur la carrosserie des anciennes 204.

Le blason au scorpion remplace celui de Cisitalia sur les dernières 204, une biplace de course, dotée de garde boue à l'avant et d'ailes soudées à l'arrière. . Copyright

Pour asseoir sa notoriété, Abarth peut compter sur l'aide de Tazio Nuvolari qui lui prête son image. Il a été l'un des pilotes avec Taruffi, Farina et Stuck à mener les Cisitalia à la victoire.

Tazio Nuvolari, l'un des plus célèbres pilotes des années 30 (pour Alfa Romeo et Auto Union) termine sa carrière en 1950 en pilotant une Abarth. Il décèdera trois ans plus tard. Copyright

Si l'emblème du Scorpion représente un animal peu affable, dépourvu de la force ou de la vélocité naturelle d'autres prédateurs, son image venimeuse marque immédiatement les esprits. Détaché sur un fond jaune et rouge, le petit arachnide noir et jaune capte le regard à distance. Ce choix graphique s'explique toutefois par une raison plus personnelle : le scorpion correspond simplement au signe zodiacal de Carlo Abarth.

 Le scorpion Abarth, d'une époque à l'autre. Copyright


Les marmittas


3. Carlo Abarth, fabriquant de marmitta

Au-delà de la compétition, Abarth lance la fabrication d'une vaste gamme d'accessoires, au premier rang desquels figurent les célèbres pots d'échappement nommés " marmitta ". Son catalogue s'étend également aux volants, aux systèmes de changement de vitesse, ainsi qu'aux tubulures et aux culasses spéciales. Grâce à ces équipements, l'officine fournit à une clientèle avide de performances les quelques chevaux supplémentaires indispensables à une conduite véritablement sportive.

Publicité Abarth en très bonne place dans l'annuel " International Automobile Parade " de 1961

Les marmitta d'Abarth, indispensable pour faire du conducteur d'une Fiat un Nuvolari en puissance. Copyright

Abarth, le volant gainé cuir du champion du monde. Copyright

Chez Abarth, la production de dispositifs d'échappement spéciaux constitue longtemps l'un des piliers de l'activité industrielle. En 1962, sur les 300 employés que compte l'usine, 60 % travaillent au sein de ce département. Véritable colonne vertébrale de la société, ce pôle fabrique cette année-là 257 000 pots, dont 65 % prennent le chemin de l'exportation.

Abarth, fabricant de dispositifs d'échappement - Source : L'Automobile, n° 189, janvier 1962

Au coeurs des année 60, Abarth demeure le spécialiste du pot d'échappement comme en témoigne cette publicité de 1965. Copyright

Carlo Abarth se tourne très tôt vers la conception de modèles de tourisme. Il expose ses premières créations originales au Salon de Turin, un rendez-vous indispensable pour assurer la promotion de sa marque naissante. En s'appuyant sur trois piliers complémentaires que sont la compétition, les accessoires de performance et la construction automobile, son entreprise connaît durant deux décennies ses plus belles heures de gloire.


Modèles uniques et petites séries


4. Abarth 204 et 205 Vignale / Michelotti

Giovanni Michelotti reçoit l'honneur d'habiller les premières Abarth 204 et 205 qui s'éloignent du concept de pur bolide de compétition. Le jeune styliste collabore alors avec la carrosserie Vignale, laquelle assure la fabrication confidentielle de ces quelques unités de Grand Tourisme entre 1950 et 1951.

Abarth 204, Michelotti / Vignale, moteur Fiat modifié, 1090 cm3, 78 ch, 190 km/h. Foto Locchi. Copyright

Abarth 205, dessin de Michelotti, réalisation de Vignale. Copyright

L'Abarth 205 au Salon de Genève 1951. Copyright


5. Fiat Abarth 1500 Biposto Bertone

Personnage mystérieux au service de la carrosserie Bertone, Franco Scaglione dessine en 1952 la Fiat Abarth 1500 Biposto. Cette automobile aux lignes avant-gardistes s'inspire des productions aéronautiques de l'époque, arborant d'imposantes entrées d'air ainsi qu'un nez central circulaire. Elle se distingue également par son pare-brise panoramique, ses passages de roues échancrés et une immense lunette arrière composée de quatre éléments. Si la mécanique provient de la Fiat 1400, l'esthétique demeure singulière. Après son exposition au Salon de Turin en avril 1952, cet exemplaire unique devient la propriété du président de Packard.

Fiat Abarth 1500 Biposto, 1952. Copyright

Fiat Abarth 1500 Biposto, 1952. Copyright

Nuccio Bertone en costume clair en conversation devant le prototype Abarth. Copyright


6. Fiat Abarth 103 GT Ghia

Toutes les figures emblématiques du design italien semblent avoir œuvré pour Abarth. Après Michelotti et Scaglione, Mario Felice Boano, alors dirigeant de la carrosserie Ghia, dessine en 1953 la Fiat Abarth 103 GT sur la base d'une Fiat 1100. Cette création préfigure le projet à mécanique Simca présenté l'année suivante.

Fiat Abarth 103 GT, Salon de Turin, avril 1953. Copyright

Au premier plan, Fiat Abarth 103 GT, par Ghia. Copyright


7. Ferrari 166 Scuderia Guastalla

Sur commande de la Scuderia Guastalla, Abarth réalise en 1953 une Ferrari 166 particulièrement originale. Sa carrosserie ultra-légère de seulement 31 kg se compose de panneaux d'aluminium intégralement amovibles grâce à des attaches de la marque Dzus, dont l'officine assure alors la distribution exclusive. Aux mains du pilote Siginolfi, cette machine singulière remporte le championnat d'Italie dans sa catégorie.

Ferrari 166 Spyder, par Abarth, sur commande de la Scuderia Guastalla. Copyright


8. Alfa Romeo 2000

Ghia présente plusieurs modèles sur son stand du Salon de Turin en avril 1954. Parmi eux, un coupé Alfa Romeo retient l'attention : sa mécanique, empruntée à la 1900 Sprint, bénéficie de l'optimisation d'Abarth grâce à une augmentation de cylindrée. La carrosserie basse, habillée d'une livrée bicolore blanc et gris bleuté, est une nouvelle fois l'œuvre de Mario Felice Boano, alors toujours sous contrat avec la célèbre maison turinoise.

Abarth Alfa 2000, dessin de Mario Felice Boano, pour Ghia, 1954. Copyright


9. Simca Sport

Simca exposait au Salon de Paris 1954 un prototype unique de cabriolet Simca Sport, réalisé par Ghia. Le style de l'auto reprenait les grandes lignes de la Fiat Abarth 103 GT, mais dans le cas présent Abarth n'était pas intervenu sur cette voiture. Au lieu de donner suite à cette proposition, le constructeur de Poissy préféra poursuivre sa collaboration avec Facel Metallon.

Cabriolet Simca Sport Ghia au Salon de Paris 1954. Copyright

Un coupé unique est réalisé sur la même base, avec une mécanique optimisée chez Abarth, dans le même esprit que la Fiat Abarth 103 GT de 1953.

A gauche le coupé Simca Sport par Ghia (1954), à droite la Fiat Abarth 103 GT (1953). Copyright


10. Fiat 1100 Spyder 207/A Boano

Au Salon de Turin 1955, trois modèles originaux basés sur la Fiat 1100 captent l'attention du public. Parmi eux, le Spyder 207/A incarne l'ambition de Mario Felice Boano. Fraîchement séparé de la maison Ghia, le carrossier souhaite franchir une étape décisive en ciblant prioritairement le vaste marché américain. Bien que sa nouvelle entreprise assure la fabrication de la structure, le dessin de cette décapotable est une nouvelle fois l'œuvre de Michelotti. Avec une hauteur de seulement 94 centimètres, l'auto affiche un profil extrêmement bas. Le prototype traverse l'Atlantique pour tenter de séduire les Etats-Unis, mais l'aventure commerciale tourne rapidement court.

Extrait de L'Automobile N° 107 de mars 1955 : " Périodiquement, on signale à Turin l'existence d'une " spéciale ". Cette fois, il s'agit d'une 1100 Fiat destinée à la P.V. Corporation de New York et que Abarth a adapté à son nouveau rôle. Sur un châssis dont l'empattement a été porté à 205 cm, on a monté les trains avant et arrière de la 1100 Fiat qui conserve sa voie d'origine. La voiture est excessivement basse. Sa garde au sol est de 13 cm, et son point le plus haut est de 94 cm du sol. Destinée à des épreuves variées, il est possible de monter plusieurs types de réservoirs de 20, 35 et 50 litres. Le moteur a été très amélioré et le taux de compression porté à 9 a permis d'obtenir 66 ch à 6000 tours .... La carrosserie a été dessinée et réalisée par Boano. La voiture, au total, pèse 522 kg. La longueur est de 3,62 m, et la largeur de 1,56 m. Deux solutions de rapport de transmission permettent les vitesses respectives de 163 et 186 km/h. "

Fiat 1100 Spyder 207/A Boano. Copyright


11. Fiat 1100 Spyder 208/A Boano

Près du Spyder 207/A, Abarth dévoile sur ce même Salon de Turin 1955 un Spyder de tourisme 208/A, haut de seulement 80 centimètres, toujours réalisé par Boano.

Fiat 1100 Spyder 208/A Boano. Copyright


12. Fiat 1100 Coupé 209/A Boano

La troisième vedette du stand Abarth à Turin en 1955 est le coupé 209/A, généreusement vitré, agrémenté comme le spyder 208/A d'une originale peinture deux tons et d'un pare-brise panoramique. Boano est toujours à la manœuvre.

Fiat 1100 Coupé 209/A Boano. Copyright

Fiat 1100 Coupé 209/A Boano. Copyright

Fiat 1100 Coupé 209/A Boano. Copyright


13. Fiat 600 Spyder 210/A

Le quatrième prototype du Salon de Turin 1955 s'appuie sur la nouvelle Fiat 600 de 633 cm3 et 32 ch, dont la version de série est apparue à Genève quelques mois auparavant, en mars 1955. Ce Spyder 210/A se distingue par une proue singulière arborant un unique phare central. Sa carrosserie arbore une livrée bicolore blanche et rouge.

Abarth 210/A, 208/A, 207/A, 209/A, Renault Frégate. Copyright


14. Renault Frégate

La cinquième voiture exposée par Abarth au Salon de Turin 1955 est un coupé dessiné et réalisé par Boano sur une base de Renault Frégate. Estampillé du logo au scorpion, ce modèle dispose d'une mécanique optimisée pour atteindre 70 ch. Le projet est né sous l'impulsion d'Autobleu, fabricant français d'équipements pour la 4 CV et distributeur des échappements Abarth dans l'Hexagone. L'entreprise ambitionne alors de commercialiser en petite série un coupé de luxe dérivé de la grande berline française. Malheureusement, cet exemplaire demeure unique, malgré une mise en lumière notable en couverture du mensuel L'Automobile en avril 1956.

Le coupé Renault Frégate d'Autobleu eut les honneurs de la couverture du mensuel l'Automobile en avril 1956


15. Fiat 750 Spider

L'année 1956 s'ouvre en janvier sur le Salon de Bruxelles, où Abarth présente une version assagie de sa Fiat 600 Spyder 210/A exposée à Turin l'année précédente. Désormais baptisée 750 Spider, cette variante adopte une face avant plus conventionnelle à deux phares ainsi qu'un pare-brise rehaussé, deux évolutions bien mieux adaptées à un usage routier quotidien. La cylindrée commune à plusieurs productions Abarth est désormais portée à 747 cm3.

Abarth 210A Spyder Boano, 1956. Copyright


16. Fiat 750 Coupé 215/A Bertone

Au Salon de Genève 1956, le stand Abarth réunit quatre modèles partageant tous le bloc de 747 cm3. Parmi eux figure le Coupé 215/A, une création de Franco Scaglione pour la carrosserie Bertone qui se distingue par sa livrée bicolore blanche et marron. Sa silhouette arbore un capot plongeant ainsi que des ailerons arrière acérés, affichant une longueur de 3,78 mètres pour seulement 1,14 mètre de haut. Côté performances, ce moteur développe une puissance de 47 ch.

Fiat 750 Coupé 215/A Bertone. Copyright


17. Fiat 750 Viotti

Lors de ce même Salon de Genève 1956, le coupé Viotti à mécanique Abarth 747 cm3 est présenté dans une teinte bleu ciel à toit crème.

Fiat 750 Viotti. Copyright

Après seulement six années d'existence officielle, Abarth s'affiche dans les plus prestigieux salons européens au même titre que les grands constructeurs de renommée mondiale.

Genève 1956, Fiat 750 Coupé 215/A Bertone (marron bande blanche), Fiat 750 Viotti (en bleu), Fiat 600 grimée par Ghia (deux tons marron beige), et Berlinette 750 GT Zagato (en blanc). Copyright


18. Fiat 750 Spyder 216/A Bertone

Abarth expose au Salon de Turin 1956 une version Spyder 216/A du Coupé 215/A.

Fiat 750 Spyder 216/A,tels qu'ils étaient exposés au Salon de Turin. Copyright


19. Vignale Sperimentale

Michelotti et Vignale collaborent pour l'étude de cette version sans capot (on ne parle pas encore de monospace) d'une Fiat 750 Abarth. Présentée à Genève en mars 1957, cette voiture est l'une des attractions majeures du salon.

Vignale Sperimentale, dans sa livrée 1957. Copyright

Cette voiture participe à la mythique épreuve des Mille Miglia en 1957, où elle gagne le grand prix de ... la curiosité !

Vignale Sperimentale, sur les Mille Miglia 1957, surnommée La " Goccia " (goutte d'eau). Copyright


20. Alfa Romeo 1000 Bertone

Abarth fait en 1958 une nouvelle infidélité à Fiat en habillant un châssis Alfa Romeo, équipé d'une mécanique de Sprint Veloce de 87 ch dont la cylindrée est réduite dans l'hypothèse d'une homologation à 998 cm3. C'est Franco Scaglione qui dessine ce coupé réalisé par Bertone, mais qui demeure au stade de prototype de salon. Tant de noms prestigieux autour d'une automobile pour un si piètre résultat ... Le journaliste Claude Vaugel indique dans le n° 152 de l'Automobile : " La carrosserie, élancée à l'avant, globuleuse à l'arrière, a été réalisée par Bertone. Elle est bizarre, ingrate, mais incontestablement fonctionnelle et efficace "... "

Alfa Romeo 1000 Bertone. Copyright


21. Abarth 750 Siata

Siata (Societa Italiana Auto Trasformazione) élabore depuis 1926 des petites sportives à partir de modèles de grande diffusion. Abarth et Siata s'associent à l'aube des années 60 pour proposer un coupé et un cabriolet 750, le premier fournit les mécaniques, le second les carrosseries aux charmes improbables.

Les coupé et cabriolet Abarth 750 Siata, 1960. Copyright


22. Vignale monocorps

Abarth et Vignale présentent en 1962 un concept car qui se veut une interprétation plus moderne de la Vignale Sperimentale de 1956. Mécanique Fiat Abarth 1000.

Vignale monocorps. Copyright


23. Abarth 1300 Prototipo

Abarth expose à Turin en 1963 un projet de voiture de course à moteur central, une solution particulièrement innovante à l'époque.

Abarth 1300 Prototipo. Copyright


24. Abarth 1000 Spyder Speciale Pininfarina

Pininfarina présente à Turin en novembre 1964 l'Abarth 1000 Spyder Speciale, sous la forme d'un prototype de salon. Le moteur d'origine Fiat porté à 54 ch est positionné à l'arrière. Une longue bande vitrée cercle l'habitacle, et les optiques avant sont protégés sous globe. La calandre semble bien vulnérable. Aucun moyen de se protéger des intempéries n'est prévu.

Abarth 1000 Spyder Speciale Pininfarina, 1964. Copyright


25. Abarth 1000 Coupé Special Pininfarina

Pininfarina expose lors du Salon de Francfort 1965 une version fermée de l'Abarth 1000 Spyder Special. Le pare-brise, les vitres latérales et le toit basculent en un seul ensemble vers l'avant pour autoriser l'accès à bord.

Abarth 1000 Coupé Special Pininfarina, 1965. Copyright

Abarth 1000 Coupé Special Pininfarina, 1965. Copyright


26. Abarth 2000 Sport Pininfarina

Lors du Salon de Bruxelles en janvier 1969, Pininfarina surprend le public avec un prototype équipé de la mécanique de la voiture de course Abarth 2000 Sport. Le style italien est à son apogée. Le carrossier ose un dessin franchement heurté. Chaque angle de vue semble proposer une voiture différente.

Abarth 2000 Sport Pininfarina, 1969. Copyright

La ligne en coin continue de l'extrémité avant au sommet du pare-brise est destinée à améliorer la pénétration et à augmenter l'adhérence. Les deux prises d'air au ras du sol, sans rompre la silhouette, permettent de ventiler les freins des roues avant. Les phares quand ils sont cachés ne présentent aucune résistance aérodynamique. Par contre, de nuit, une fois relevés, adieu les calculs en soufflerie.

Abarth 2000 Sport Pininfarina, 1969. Copyright

Le moteur, placé tout à l'arrière, est alimenté en air par deux larges ouïes situées de part et d'autre de l'habitacle, l'évacuation se faisant au travers d'ailettes qui autorisent une visibilité latérale arrière pour le pilote. Tout le pare-brise et le pavillon, un ensemble solidaire, bascule vers l'avant. De petites portières constituées d'une simple épaisseur de tôle facilitent l'accès à bord.

Abarth 2000 Sport Pininfarina, 1969. Copyright


27. Abarth 1600 Ital Design

En fin d'année 1969, Giugiaro, qui vient de fonder Italdesign l'année précédente, propose un concept car établi sur une base d'Abarth 1600. L'engin au design élégant mais finalement plutôt sage est assez proche d'un coupé de série. Le moteur est en porte-à-faux arrière sur cette auto qui ne dépasse pas 1,10 mètre de hauteur. Abarth l'a commandée à Ital Design avec l'espoir de la produire en série, avec un moteur Fiat de moyenne cylindrée légèrement amélioré par ses soins.

Abarth 1600 par Ital Design, 1969. Copyright


Dérivés à carrosserie Fiat 600, 500 et 850


28. Fiat 600

Fiat Abarth 750

Fiat dévoile au Salon de Genève, en mars 1955, sa nouvelle 600 de 633 cm3 développant 22 ch. Plus qu'aucune autre, cette citadine symbolise la démocratisation de l'automobile en Italie. Ses formes modestes et rondouillardes deviennent rapidement le support privilégié des productions Abarth, révélant au passage tout le génie créatif du préparateur qui, jusqu'alors, travaillait principalement sur la base de la Fiat 1100. Dans un premier temps, l'officine se penche sur la mécanique en proposant un kit de transformation portant la cylindrée à 747 cm3. La Fiat 600 se mue ainsi en Fiat Abarth 750. Grâce à un taux de compression revu à la hausse et l'adoption d'un carburateur Weber, la puissance grimpe à 44 ch. Cette cure de vitamines permet à la petite populaire d'atteindre 129 km/h en pointe, contre seulement 101 km/h pour le modèle de série.

Abarth 750, vers 1960. Copyright

Abarth 850 TC

En quelques années, environ 3 500 exemplaires de la Fiat 600 bénéficient de cette transformation pour devenir des Fiat Abarth 750. Cette production s'interrompt toutefois en août 1960 afin de concentrer les efforts sur de nouveaux projets. C'est dans ce contexte que la Fiat Abarth 850 TC, pour Turismo Competizione, prend la relève dès le mois de novembre 1960.

Les quatre pages d'un dépliant Fiat Abarth 850 TC. Copyright

A force de persévérance, Abarth finit par revisiter, modifier, alléger, renforcer ou remplacer intégralement la plupart des éléments constitutifs de la Fiat 600. Le quatre cylindres de 847 cm3 qui équipe la 850 TC développe désormais 52 ch Din. Grâce à ce gain de puissance, la vitesse de pointe franchit la barre des 140 km/h.

Extrait de l'essai de Bernard Cahier pour Moteurs N° 32 (2ème trimestre 1962) : " Je ne me suis jamais autant amusé qu'avec cette voiture au milieu de la circulation urbaine : maniabilité, accélérations brillantes, bons freins, et, bien que survireuse, diable qu'elle vire vite ! Quand les feux passent au vert, vous laissez sur place toutes les autres voitures, même les grosses Fiat ". Le kilomètre départ arrêté est chronométré en 37 secondes, contre 38,5 secondes pour la Renault Dauphine 1093.

Les variantes se multiplient rapidement. La 850 TC Nürburgring fait son apparition avec des suspensions surbaissées et un moteur de 55 ch qui autorise une vitesse de 158 km/h. Elle est suivie par la 850 TC Nürburgring Corsa dont les 64 ch propulsent l'engin à 165 km/h. Avec de telles performances, la conduite devient nettement plus délicate et exige une attention soutenue, voire une expérience solide au volant.

Publicité parue dans la presse spécialisée italienne en 1963. Copyright

A partir du Salon de Turin 1962, la 850 TC reçoit le renfort d'une 1000 Berlina forte de 60 ch. Moins exclusive que la version Nürburgring, cette variante s'affirme comme une voiture de tourisme particulièrement rapide. Elle se montre capable de performances routières brillantes tout en restant parfaitement agréable à mener en milieu urbain.

Le stand Abarth à Genève, vers 1963/64. Copyright

Afin de ne pas se laisser distancer par la concurrence, Abarth surenchérit avec une 1000 Berlina Corsa de 982 cm3 développant 70 ch pour une vitesse de 170 km/h. Ce modèle évolue d'année en année jusqu'à atteindre 85 ch et une pointe de 185 km/h. Son capot arrière, maintenu ouvert, fait office d'aileron et permet d'obtenir un meilleur appui aérodynamique. En 1965, les 850 TC et 1000 Berlina Corsa reçoivent un volumineux radiateur d'eau sur la face avant afin d'optimiser le refroidissement mécanique.

Fiat Abarth 850 TC Corsa et 1000 Berlina Corsa, 1970. Copyright

Au cœur des années 60, les pétillantes Abarth saturent les circuits européens. Pourtant, le plus impressionnant reste à venir. En 1968, la diabolique 1000 TCR, ou 1000 Berlina Corsa Radiale, propose dans sa version strictement réservée à la compétition une puissance de 101 ch. Piloter cette petite auto à près de 200 km/h s'avère pour le moins sportif. Alors que Fiat arrête la production de la 600 en 1969, Abarth demeure encore bien représenté dans le Championnat Européen des Voitures de Tourisme en 1970. L'année suivante marque un tournant. Après l'absorption de la marque par le géant turinois, les Abarth disparaissent des grilles de départ, à l'exception de quelques pilotes privés.

Johann Abt pilote une Abarth 1000 TCR sur le circuit de Spa-Francorchamps. Copyright


 29. Fiat 500

Fiat présente sa Nuova 500 le 4 juillet 1957. Dotée d'un minuscule bicylindre de 479 cm3 développant 13 ch à 4000 tr/mn, la citadine séduit par sa bouille ronde et son gabarit compact de seulement 2,97 mètres. Ces atouts en font immédiatement l'alliée idéale des centres-villes. Dès le Salon de Francfort de la même année, Carlo Abarth parvient à extraire 23 ch de ce petit bloc moteur. Toutefois, le préparateur n'envisage pour l'instant aucune commercialisation pour le grand public.

La Fiat Abarth 500 présentée au Salon de Francfort 1957. Copyright

Du 13 au 20 février 1958, six pilotes enchaînent une série de records sur le circuit de Monza au volant d'une 500 préparée par le sorcier italien. En sept jours, ils parcourent 18 186 km à une moyenne de 108,3 km/h. Face à une telle démonstration de fiabilité, le géant turinois s'empresse de valoriser les prouesses de la petite Abarth en l'exposant fièrement lors des grands salons internationaux.

La Fiat 500 Abarth s'attaque à plusieurs records sur le circuit de Monza. Copyright

C'est Fiat qui se réserve la primeur d'une 500 " Sport ". Présentée en juin 1958, elle se distingue par une carrosserie " coursifiée " bicolore rouge et blanc et un moteur poussé à 21,5 ch (appréciez la virgule), qui peut entraîner la petite auto à 105 km/h.

La Fiat 500 Sport est commercialisée à partir de juin 1958, elle ne doit rien à Abarth. Copyright

Il faut attendre le Salon de Turin 1963 pour voir apparaître la première Fiat Abarth 595. Sa cylindrée de 594 cm3 lui permet de s'engager dans la catégorie des moins de 600 cm3, sous réserve d'une production minimale de 1 000 exemplaires, objectif rapidement atteint. Grâce à ses 27 ch, la petite sportive accroche un véritable 120 km/h et franchit le kilomètre départ arrêté en 43 secondes, contre 51 pour le modèle de série. Extérieurement, seuls les logos du scorpion apposés sur les capots distinguent cette version. Dans l'habitacle, l'équipement reste sobre pour maintenir un prix raisonnable, même si l'instrumentation s'enrichit de cadrans pour la température et la pression d'huile, ainsi que d'un tachymètre gradué jusqu'à 160 km/h.

Publicités Fiat Abarth 595. Copyright

À partir du Salon de Genève en mars 1964, deux nouvelles versions dérivées de la Fiat 500 complètent l'offre : la 695 et la 695 SS. La première développe 30 ch et atteint 130 km/h, tandis que la seconde culmine à 38 ch pour une vitesse de pointe de 136 km/h. L'année suivante, la gamme s'élargit encore avec l'arrivée de la 595 SS, dont la puissance grimpe à 32 ch. Enfin, dès 1966, les variantes Assetto Corsa dédiées exclusivement aux circuits coiffent définitivement le catalogue du préparateur.

Le kit Abarth vendu en caisse bois. Copyright

Alain Bertaud, journaliste essayeur du magazine " Moteurs " évoque la Fiat Abarth 695 dans ces termes : " C'est amusant, assez bruyant, les freins broutent horriblement et l'on a toujours l'impression de faire une farce en dépassant d'autres voitures ". En 1965, une nouvelle série avec les mêmes dénominations venait remplacer la première version. Extérieurement, la grande modification commune à toutes les Fiat 500 était l’adoption de portes ouvrant dans " le bon sens " et  de vitres un peu plus grandes. Ces nouvelles voitures conservaient des mécaniques inchangées par rapport aux premières séries.

La Fiat 500 dans tous ses états. Copyright

Si la production des Fiat Abarth 595 et 595 SS s'interrompt en 1969, celle des versions 695 et 695 SS se prolonge jusqu'en 1971, date à laquelle Abarth intègre définitivement le giron du groupe Fiat. Durant cette période, le catalogue d'options particulièrement étoffé permet à chaque client de configurer une machine sur mesure selon son budget. Le conducteur peut ainsi agrémenter son véhicule de sièges baquets, d'un échappement sport, d'un système de maintien du capot arrière ouvert ou encore d'amortisseurs et de jantes spécifiques pour parfaire le comportement routier de la petite sportive.

Publicité Abarth parue dans le magazine " Virage Auto " en mai 1968


30. Fiat 850

Le lancement de la Fiat 850 en mai 1964 déclenche chez Abarth un enthousiasme identique à celui suscité par la 600. A peine le nouveau modèle rejoint-il les halls d'exposition que le sorcier de Turin s'attelle déjà à muscler sa mécanique. Dès septembre 1964, deux déclinaisons voient le jour sous l'appellation OT, pour Omologato Turismo : l'OT 850 et l'OT 1000. La version 850 garde la cylindrée initiale de 842 cm3 mais se scinde en deux propositions, l'OT 850/130 de 44 ch Din et l'OT 850/150 qui culmine à 53 ch Din avec un châssis surbaissé. Parallèlement, l'OT 1000 bénéficie d'une cylindrée portée à 982 cm3, bien que ses performances restent volontairement bridées à 54 ch Din.

Recto verso d'un feuillet publicitaire OT 850. La production de l'OT 850 atteint jusqu'à 16 voitures par jour.

L'OT 1600, dévoilée en octobre 1964, met rapidement tout le monde d'accord. Face à cette nouvelle venue, les OT 850 et OT 1000 paraissent soudainement bien timides. Un radiateur à eau prend place à l'avant du véhicule afin de libérer l'espace nécessaire au montage, en position arrière, du quatre cylindres de 1592 cm3 développant 154 ch. Plusieurs modifications de carrosserie s'avèrent indispensables, notamment pour loger les impressionnants pneumatiques Dunlop Racing.

Fiat Abarth OT 1600. Copyright

Au sujet de l'OT 1600, Alain Bertaut relève dans le magazine " Moteurs " n° 47 de janvier 1965 : " Quand on voit une carrosserie de Fiat se propulser à cette vitesse (213 km/h), cela a tout l'air d'un gag ! Quand au kilomètre départ arrêté, le chrono indique 27,6 secondes à rapprocher des 27,7 secondes de la Jaguar E, des 28,2 secondes de la Ferrari 330 GT ... "

Bernard Cahier, dans " L'Automobile " n° 228 d'avril 1965, annonçe ainsi la couleur : " Pour transformer une si petite et si paisible voiture de ville en un félin capable, sur routes tourmentées, de rivaliser avec une Ferrari, Carlo Abarth a tout simplement choisi la dernière née de chez Fiat et, non moins simplement, en a doublé la cylindrée, triplé le ... prix et quadruplé la puissance. Audacieux mais prudent, l'adaptateur a également renforcé le châssis, les suspensions et monté quatre freins à disque ... Dès que l'on jette le premier coup d'oeil sur cet engin étonnant, on ne peut bien sûr s'empêcher de sourire en pensant à la réaction des ingénieurs de chez Fiat, le jour où il furent avertis de la mutation et surtout le jour où ils découvrirent " leur " petite voiture populaire transformée en " bête " à circuit ... Bien entendu, d'aussi nombreuses modifications ont tôt fait de vous changer la physionomie d'une voiture et son ... prix aussi ! Alors que la Fiat 850 coûte, dans sa version originelle, l'équivalent en Italie de 6000 F environ, le sportif transalpin, amateur de vitesse ou de sensations, doit maintenant débourser 17 250 F s'il veut posséder une 850 de " competizione " ! A ce prix, il est vrai, les sensations ne manquent point au volant d'une voiture qui, prévue modestement pour frôler les 125 km/h, dépasse allègrement les 210 km/h ... le tableau de bord revu et abondamment corrigé est très complet et il faut noter la position curieuse du compteur de vitesse que le constructeur a placé (sadiquement) sous les yeux du ... passager ".


31. Fiat 850 Coupé et Spyder

A partir du Salon de Genève en mars 1965, Fiat commercialise les 850 Coupé et Spider. Dès le mois de septembre à Francfort, Abarth réplique en proposant ses dérivés OT 1000 Coupé et Spider, affichant 62 ch pour une vitesse de 160 km/h, ainsi que l'OTR 1000 déclinée en Coupé et Berlinette qui culmine à 74 ch et dépasse les 170 km/h. Ces versions reprennent les carrosseries de la gamme Fiat. Extérieurement, peu d'éléments distinguent les modèles OT de leurs homologues de grande série, à l'exception de l'écusson au scorpion, d'un bandeau spécifique sur la face avant du coupé et du célèbre échappement Abarth.

Extrait d'un dépliant publicitaire Fiat Abarth OT 1000 Coupé. Copyright

L'OTR 1000 Coupé se distingue par la présence d'un radiateur à eau à l'avant et d'une véritable grille de calandre. La Berlinette est une version spécifique à la gamme Abarth, puisqu'il s'agit d'un Spider doté d'un toit rigide.

Fiat Abarth OTR 1000 Coupé, extrait de brochure publicitaire. Copyright

En 1966, Abarth propose une version OTS 1000 Coupé de 68 ch Din qui s'intercale entre l'OT 1000 et l'OTR 1000. Elle dispose elle aussi d'un radiateur à eau installé à l'avant. Sa vitesse de pointe avoisine les 170 km/h. La commercialisation de ce coupé se poursuit jusqu'en 1970 et donne naissance à une rare déclinaison OTSS exclusivement réservée à la compétition.

Recto verso d'un dépliant publicitaire Fiat Abarth, ce document (format déplié 340 x 490) détaille par ailleurs les caractéristiques techniques des voitures. L'OT 2000 impressionne avec sa roue de secours dépassant à l'avant de la carrosserie et faisant office de pare-chocs, ses ailes élargies de 20 cm, et ses prises d'air sur le capot avant. Copyright

La Fiat 850 connaît toutes les audaces sous la main d'Abarth. En 1966, la nouvelle OT 2000, dévoilée lors du Salon de la Voiture de Course de Turin, s'équipe d'un moteur de 1946 cm3 développant 185 ch. Cette puissance permet d'atteindre 245 km/h, une prouesse favorisée par un poids plume de 710 kg. Faute de place, la roue de secours migre sous la grille de calandre et fait office de pare-chocs improvisé. La carrosserie élargie annonce immédiatement la couleur, mais cette version demeure extrêmement marginale avec seulement trois exemplaires vendus.

Commentaire du magazine L'Automobile dans son numéro 240 d'avril 1966 au sujet de l'OT 2000 : " ... on convient presque aussitôt que la mutation 0,850 / 2 litres s'est tout de même opérée avec grâce et que la ligne tout comme l'allure originelle n'ont pas été sacrifiés. Evidemment, toute l'infrastructure de la voiture a été renforcée comme cela fut déjà fait pour la berline 850 ... Le prix, on s'en doute a lui aussi été ... renforcé et, en Italie, il en coûtera 3 850 000 livres (soit environ 30 800 F) à qui voudra éprouver les 185 ch ou atteindre les 240 km/h ... "

La Fiat 850 Coupé continue d'inspirer Abarth qui présente au Salon de Turin en novembre 1966 la 1300/124, qui emprunte son moteur à la Fiat 124. La cylindrée est portée à 1280 cm3 et la puissance à 75 ch. Sa production s'échelonne jusqu'en 1968.

Fiat Abarth 1300/124. Copyright

André Costa présente la Fiat Abarth 1300/124 pour l'édition du 23 novembre 1967 de l'Auto Journal : " Carlo Abarth, c'est avant tout un bon commerçant doté d'un solide sens de la publicité. Prenant en quelques sorte le problème à rebrousse-poil, il a trouvé le moyen de vendre des pots d'échappement et de fabriquer quelques automobiles en prime. Cet Italo Autrichien ne dédaigne pas jouer les Ferrari, tout au moins en ce qui concerne le caractère qu'il affiche volontiers impérieux mais, à dire vrai, ses ambitions techniques sont quand même moindres. Jusqu'ici, les voitures qui portent son nom ne possèdent pas un palmarès extraordinaire dans les très grandes épreuves de renom international. Elles sont spécialisées dans le circuit du dimanche et l'on met volontiers en avant dans ses ateliers un certains dédain de la vitesse de pointe au profit des qualités de maniabilité exigées par les courses de côte. Dans ce domaine, les Abarth ont souvent brillés, et l'on a même vu des engins tellement bizarres - par exemple une caisse de 850 Fiat d'où dépassait un monstrueux 2 litres - que personne n'a jamais osé les piloter, hormis quelques esprits téméraires. Avec la Fiat Abarth 1300, on nous offre cependant une voiture beaucoup plus civilisée, un modèle " commercial " destiné à être mis entre toutes les mains. Ce faisant, Abarth ne fait que suivre le lignée tracée par Matra, par Lotus et par quelques autres. La recette est simple : il s'agit de la carrosserie d'un coupé Fiat 850 dans lequel on a posé un moteur de Fiat 124 porté à 1280 cm3, qui développe 85 ch SAE à 5600 tr/mn ... "

" Nous avons noté une vitesse de pointe de 163 km/h, avec deux personnes à bord et un moteur mal rodé, tandis que le kilomètre départ arrêté était couvert en 36 secondes ... Telle qu'elle est livrée en série, la Fiat Abarth 1300 n'est pas, à proprement parler, une voiture de sport, mais son tempérament correspond quand même à celui d'une bonne berline de 2 à 2,5 litres de cylindrée, avec une maniabilité supérieure, étant donné son faible encombrement ... Traitée par Abarth, la 1300 s'est nettement " masculinisée ". Du rang de petit coupé de ville, elles est passée à celui d'engin routier un peu sophistiqué, avec un équipement général et une présentation relativement luxueuse .... Il y a ... un certain public qui acceptera de mettre la main à son porte feuille pour savourer le plaisir d'exhiber un engin sur lequel le nom d'Abarth s'inscrit en grosses lettres aussi symboliques que la section des pneumatiques. "


Dérivé Fiat à carrosserie Zagato, Beccaris, Sibona & Bosano


Après avoir retracé l'évolution des petites 600, 500 et 850 préparées par Abarth, un retour en arrière de dix ans s'impose. En 1956 débute la carrière chronologique des coupés Zagato et de leurs dérivés carrossés par Beccaris ou Sibona & Bosano.

32. 1956

Après la création de plusieurs prototypes et de quelques très petites séries, la berlinette Abarth 750 GT signée Zagato diffuse enfin l'image du préparateur à travers le monde. Présentée officiellement au public lors du Salon de Turin 1956, elle s'inscrit avec ambition au sein d'une véritable gamme.

L'Abarth 750 GT Zagato lors de sa présentation en 1956 (phares carénés). Copyright

Abarth 750 GT Zagato, 1957, la voiture de série (phares non carénés). Copyright

Zagato s'impose à cette époque comme l'un des carrossiers italiens les plus prestigieux, fort d'une image solidement ancrée en compétition. L'entreprise travaille déjà pour Fiat, Lancia ou Maserati et fait preuve d'une créativité inépuisable. Avec l'Abarth 750 GT, les stylistes parviennent à transposer dans un format compact tous les codes de la maison : des formes arrondies sans aucune mollesse, une agressivité pleine de grâce et le désormais célèbre pavillon à double bulle. Grâce à ses 44 ch et un poids plume de 535 kg, l'Abarth 750 GT atteint 160 km/h, mais cette performance ne marque que le début de son ascension.

Fiat 600 revisitée et berlinette Zagato constituent la coeur de la gamme Abarth en 1956. Copyright

L'année 1956 s'achève pour Abarth par une première et modeste présence au Salon de Paris, histoire d'affirmer sa vocation internationale de constructeur. Il y expose une 750 GT Zagato et le coupé 215/A de Bertone.


33. 1957

Du 3 au 13 octobre, Abarth est de nouveau présent au Salon de Paris avec la 750 GT et un nouveau spider 750 créé par Zagato.

Abarth 750 Spyder Zagato. Copyright

Exposée au Salon de Turin le 30 octobre 1957, la 500 GT Zagato se révèle encore plus compacte que la 750 GT, affichant une longueur d'à peine trois mètres. Son profil se distingue par une découpe des vitres latérales spécifique, tandis que la lunette arrière s'étire largement sur les flancs. Sous le capot, le bicylindre Fiat conserve ses cotes d'origine, mais gagne en vigueur grâce aux ateliers Abarth qui portent sa puissance de 13 à plus de 20 ch. La production de ce modèle se poursuit jusqu'en 1958.

Abarth 500 GT Zagato. Copyright

Commentaire de l'Automobile, n° 145, mai 1958 : " ... une authentique voiture de Grand Tourisme. Trapue, efficacement profilée, traitée avec un soin extrême, cette petite GT atteint facilement 130 km/h. Qu'on ne s'y trompe pas, les 22 ou 23 ch de cette 500 sont pratiquement increvables, témoin la récente performance qui eut Monza pour théâtre. Sept jours à 108,252 de moyenne, voilà qui en dit long sur les possibilités d'un tel petit cube ".


34. 1958

Au Salon de Turin 1958, Abarth dévoile la 750 Bialbero Record Monza, dont le nom souligne la présence d’un double arbre à cames en tête. Cette version développe 61 ch et culmine à 180 km/h. Lors d'un essai pour le mensuel l'Automobile, le journaliste Claude Vogel parcourt à son bord le kilomètre départ arrêté en 32,50 secondes. Si la silhouette ramassée demeure fidèle à l'esprit de la marque, le pavillon et la lunette arrière bénéficient d'un nouveau dessin intégrant de petites vitres de custode triangulaires qui optimisent la visibilité. Bien que ce coup de crayon signé Zagato gagne en agressivité, il ne bouleverse pas les codes établis, tandis que les traditionnelles 500 GT et 750 GT figurent toujours au catalogue.

Abarth 750 Bialbero Record Monza Zagato, 1958. Copyright

Sur ce même stand, Abarth et Allemano proposent un tout nouveau spider qui se distingue de la version Zagato par des lignes plus élancées. L'habitacle reçoit un traitement résolument sportif, incluant deux sièges baquets, un levier de vitesse central et un compte-tours. Grâce à leur légèreté et aux performances du moteur Abarth, plusieurs de ces exemplaires s'illustrent en compétition. La production totale s'établit à quarante-cinq unités jusqu'en 1960.

Abarth 750 Spider Allemano, 1958. Copyright


35. 1959

Alors que la 750 GT de 44 ch reste au programme, la 500 GT quitte définitivement la gamme. De son côté, la 750 Bialbero Record Monza s'efface pour laisser place aux nouvelles versions 700 et 850 Bialbero Record Monza. Affichant respectivement 64 ch pour 180 km/h et 73 ch pour 190 km/h, ces deux évolutions adoptent des cylindrées spécifiquement adaptées à la nouvelle réglementation sportive en vigueur.

Publicité magazine de septembre 1959. Copyright


36. 1960

Au Salon de Paris fin 1960, la gamme des Bialbero Record Monza est de nouveau modifiée. La 1000 remplace la 850, tandis que la 700 demeure inchangée. L'augmentation de cylindrée à 982 cm3 permet d'obtenir 91 ch pour un poids de 750 kg.

Abarth 1000 Bialbero Record Monza par Zagato, Les optiques ne sont plus protégés sous un profilage. Copyright

Abarth 1000 Bialbero Record Monza par Zagato. Copyright

Grâce à sa légèreté extrême, affichant moins de 750 kg sur la balance, l'Abarth 1000 Bialbero file jusqu'à 205 km/h. Pour le pilote, tout l'enjeu consiste alors à déterminer combien de temps la mécanique peut supporter une telle cadence, tant la fragilité technique escorte ce haut niveau de rendement. Sur l'exercice du kilomètre départ arrêté, la petite italienne s'illustre en 29 secondes, égalant ainsi les performances d'une Mercedes 300 SL.

Les courses de côte, qui exigent un effort aussi bref qu'intense, constituent son terrain de prédilection. A l'inverse, l'engager dans des épreuves d'endurance ou des rallyes relève de la gageure. L'échec essuyé aux 24 Heures du Mans, marqué par l'abandon des trois Bialbero Record Monza, en apporte la preuve irréfutable. Cette propension à la surchauffe, couplée à des réglages particulièrement pointus, interdit tout usage urbain quotidien, même si bondir d'un feu rouge à l'autre conserve un certain charme ludique.

L'Abarth de Poltronieri et Cattini aux essais des 24 Heures du Mans en 1960. Copyright

Au sein des ateliers Abarth. Copyright

Au tournant des années 60, Abarth s'appuie sur un réseau européen de 200 spécialistes. Les agents de la marque se déplacent régulièrement à Turin afin de s'informer des dernières évolutions techniques, alors que l'entreprise exporte environ 70 % de sa production.


37. 1961

En 1961, le constructeur aligne au Mans trois Bialbero Record ainsi qu'une barquette expérimentale. Sur cet engagement, seule l'une des deux 850, confiée à Denis Hulme et Angus Hyslop, parvient à franchir la ligne d'arrivée. Elle termine à la quatorzième place du classement général et s'impose en tête de la catégorie des 701 à 850 cm3.

L'Abarth subit les épreuves de contrôle sur le pont avant le départ des 24 Heures du Mans en 1961. Copyright

En octobre 1961, les 700 et 1000 Bialbero Record Monza adoptent une nouvelle carrosserie dont les volumes rappellent ceux des créations de Zagato, tout en offrant des surfaces vitrées plus vastes. Les ateliers Beccaris assurent la production de ces lignes affinées. Sous le capot, la puissance progresse : la version 700 développe désormais 68 ch tandis que la 1000 atteint le chiffre impressionnant de 97 ch.

Fiat Abarth Bialbero Record Monza par Beccaris. Copyright

L'essai de Bernard Cahier dans l'AAT d'avril 1962 de la 1000 Bialbero est éloquent : " Avec la 1000 Bialbero, vous découvrez des horizons insoupçonnés. Si, vue de l'extérieur, elle ressemble à la Monomille (la carrosserie est la même), il ne faut pas se tromper. De Grand Tourisme elle n'a que le nom. En fait, il s'agit d'une voiture de course, et c'est pourquoi elle a droit à certains égards. Ainsi, pour aller de l'usine au départ de l'autoroute d'Ivréa, cette petite " bombe " fut transportée par camion. Il est impossible de la conduire en ville à cause du bruit, des agents, des bougies, de l'embrayage, que sais-je encore ? Il fallut faire chauffer le moteur avec des bougies spéciales, puis mettre les bougies compétition. Si vous démarrez en dessous de 4000 tours, vous êtes sûr de caler le moteur. Si vous " prenez " 6000 tours, vous risquez de rester sur place : un demi arbre de roue aura rendu l'âme. La carrosserie et la gymnastique spéciale pou prendre place à bord mises à part, qui seules, vous rappellent la Monomille, vous avez manifestement affaire à une voiture toute différente. Le moteur 982 cm3 à deux arbres à cames en tête développe 95 ch, le radiateur est placé à l'avant, l'insonorisation est sommaire pour gagner du poids, les sièges sont plus enveloppants , les roues sont en alliage léger au lieu d'être en acier et vous pouvez sur demande opter pour une boîte à cinq vitesses. La suspension est raide, la direction directe. Mais on retrouve la même excellente position de conduite. Voiture de sport ? Sans aucun doute, comme le prouvent les émanations d'huile et cette odeur si caractéristique de garniture d'embrayage quand vous faites les mesures d'accélérations " .

Page de couverture du numéro 31 de la revue Moteurs (1er trimestre 1962)

Extrait d'une publicité Abarth 1000 Bialbero, le nom de Fiat demeure omniprésent. Copyright


38. 1962

Désormais au Mans, ce sont les Simca Abarth qui attirent les regards. Les 700 et 1000 Bialbero Record Monza poursuivent par ailleurs une honorable carrière sur d'autres circuits.

Innes Ireland, cigarette au bec, sur le circuit de Garda en 1962. Copyright


39. 1963

La silhouette des 700 et 1000 Bialbero se métamorphose une seconde fois pour adopter des lignes plus étirées. Après Zagato et Beccaris, le carrossier Sibona & Bosano prend la main sur le design. Le regard se porte immédiatement sur le long museau basculant intégralement et les larges passages de roues soulignés de bourrelets caractéristiques. Côté mécanique, la puissance se fixe respectivement à 66 et 102 ch.

Recto verso d'un feuillet publicitaire Fiat Abarth 1000 Bialbero. Copyright

En 1963, Abarth devient une entreprise d'envergure internationale disposant de moyens conséquents pour promouvoir ses produits. Cette puissance commerciale s'illustre notamment à travers une double page parue dans le numéro annuel de la Revue Automobile Suisse, qui met en avant deux piliers de la marque : les célèbres systèmes d'échappement d'une part, et la gamme automobile de l'autre.

Circuit du Nurburgring 1963, les Abarth au coude à coude avec les Alfa Romeo habillées par Zagato. Copyright


Fin années 50 et années 60


40 Monimille

Plus modeste que la Bialbero, la Monomille se veut plus polyvalente et abordable lors de sa présentation au Salon de Turin en octobre 1961. Davantage destinée à la route qu'à la compétition, elle se distingue visuellement de sa devancière par l'absence de carénage sur les phares et l'adoption de jantes en tôle simplifiées. Sur le plan mécanique, elle reprend le bloc de 982 cm3, mais sa culasse ne loge qu'un seul arbre à cames en tête. Cette configuration délivre une puissance plus civilisée de 60 ch, permettant d'atteindre 175 km/h, contre les 205 km/h de la Bialbero.

Abarth Monomille. Copyright

Extrait de l'essai de Bernard Cahier pour Moteurs N° 32 (2ème trimestre 1962) : " Prendre place à bord n'est pas chose des plus faciles tant on est assis près du sol ... il s'agit d'une deux places et l'on ne peut mettre les bagages que derrière les sièges, le coffre avant étant entièrement occupé par le réservoir et la roue de secours ... les chronométrages sont élogieux ... le kilomètre en 34,5 secondes ... une vitesse de pointe de 172 km/h, ce qui en dit long sur les 60 ch du moteur ... Très rapide, sûre, très racée, et d'un prix qui la rend accessible à de nombreux amateurs, la Monomille est un complément heureux à la gamme Abarth et, bien qu'elle n'ait pas le brio de sa soeur, la Bialbero, elle peut prendre part à certaines compétitions. Elle possède une réputation de robustesse, et elle s'accommode fort bien de la circulation en ville. "

Publicité Abarth parue dans la Revue Automobile Suisse en 1962. Copyright

En 1963, la Monomille adopte un capot arrière plus effilé, agrémenté d'un becquet qui surplombe une large sortie d'air. Le catalogue propose alors deux déclinaisons distinctes : Strada et Corsa. La version Stradale privilégie un usage routier quotidien et offre divers équipements de confort comme des pare-chocs, des déflecteurs sur les portières et des vitres de custode entrebâillables. Elle laisse également le choix au propriétaire d'équiper ou non les phares de globes en plexiglas. A l'opposé, la Corsa affiche un dépouillement radical conforme à sa vocation sportive, faisant l'impasse sur les pare-chocs, les déflecteurs et les vitres arrière mobiles.

1963, Fiat Abarth Monomille Stradale, sans les globes sur les phares. Copyright

Salon de Genève 1963, Fiat Abarth Monomille Stradale avec les globes sur les phares. Copyright


41. Voitures de records

Franco Scaglione, officiant chez Bertone, et Carlo Abarth s'unissent pour concevoir une machine capable de briser des records de vitesse. Le 17 juin 1956, durant vingt-quatre heures ininterrompues, l'Abarth 750 parcourt ainsi 3743 kilomètres sur l'autodrome de Monza. Sous la conduite de pilotes chevronnés qui se relaient à son volant, la petite monoplace maintient une moyenne impressionnante de 155,985 km/h.

Abarth 500 / 750 de records par Bertone, 1956. Copyright

L'expérience se renouvelle quelques jours plus tard pour une équipe de six journalistes européens. Venus de différents pays, ces derniers ne manquent pas de relater leur aventure dans les colonnes de la presse spécialisée. Parmi eux figurent notamment le Français Bernard Cahier, représentant l'Action Automobile, le Belge Paul Frère, écrivant pour l'Equipe, ainsi que Gordon Wilkins, envoyé par le magazine l'Automobile.

Extrait de l'Automobile N° 124 d'août 1956 : " Les records consistaient, en 750 cm3, à battre ceux des 3000 km, établis précédemment par Simca, ceux des 5000 km, ceux des 10000 km, et ceux des 72 heures. La voiture que chacun devait conduire possédait les éléments mécaniques de la Fiat 600 de série, la suspension, la direction, les roues et les freins étant ceux de la petite berline. L'embrayage par contre a été renforcé pour transmettre un couple supérieur. Le moteur Fiat 600 de série a été modifié par Abarth ... Après neuf heures de course, la moyenne s'élevait à 160 km à l'heure. A ce moment là malheureusement, la défaillance d'une soupape faisait cesser la tentative. Recommencée sitôt après avec des éléments strictement de série, on sait quelle en fut la conclusion heureuse. De tous les enseignements techniques fournis par ces records, le plus intéressant est, sans conteste, la consommation d'essence. Rouler entre 150 et 160 à l'heure avec un 750 cm3, est déjà une belle performance ; maintenir cette vitesse pendant 5000 km, et 10000 km, en est une autre ; mais ne consommer que 6 litres au 100, c'est là évidemment un résultat qui se passe de commentaires. Un tel résultat, il va sans dire, est dû pour une bonne part à la ligne parfaitement étudiée du prototype Abarth ... Dessinée toujours par Scaglione et carrossée par Bertone, cette voiture présente un aérodynamisme extrêmement poussé ... Scaglione avait calculé que sa voiture pourrait atteindre 175 km à l'heure pour une puissance de 43 ch. Ses pronostics ont presque été exactement vérifiés. La petite Abarth Fiat avait déjà comblé les espoirs de son créateur, mais sa tâche sur l'anneau de Monza était loin d'être terminée. Après les records en 750, elle s'est attaquée à ceux des 500 cm3. La voiture est la même ; le moteur est toujours dérivé de la Fiat 600, mais la seule différence est que l'alésage a été réduit ".

Quelques records établis par l'équipe de journalistes en catégorie 750 cm3 :
5000 km, 34 heures, 26 minutes, 27 secondes, moyenne 145,175 km/h
10000 km, 71 heures, 5 minutes, 39 secondes, moyenne 140,658 km/h
72 heures, 10125,56 km, moyenne 140,632 km/h

De gauche à droite, Gordon Wilkins (l'Automobile), Bernard Cahier (l'Action Automobile), Wieselman (Motor Revue), Paul Frère (l'Equipe), Honeger (Revue Automobile Suisse), le comte Lurani (Auto Italiana) et Carlo Abarth. Copyright

Tout au long de l'année 1956, de nouvelles séances de roulage permettent de compléter une liste de records déjà prestigieuse. Ces performances concernent aussi bien la catégorie 750 que la classe 500. Dès 1957, Abarth s'associe cette fois à Pinin Farina pour développer un nouveau prototype de vitesse s'appuyant sur une mécanique d'Alfa Romeo Giulietta. Cette machine impressionnante affiche une longueur de 568 cm pour une largeur de 169 cm, tandis que sa silhouette profilée ne s'élève qu'à 110 cm du sol pour un poids total de 620 kg.

Abarth de records sur base Alfa Romeo, par Pinin Farina. Copyright

A la demande de Fiat, qui voit d'un mauvais œil cet intérêt soudain pour Alfa Romeo, Abarth exécute parallèlement une autre version de ce prototype équipée d'une mécanique 750. Ses dimensions s'avèrent plus modestes, avec une longueur de 511 cm et une largeur de 161 cm, tout en conservant une hauteur de 110 cm pour un poids plume de 510 kg. Ces deux voitures trônent ensemble sur le stand Pinin Farina lors du Salon de Genève avant d'établir de nouveaux records durant le second semestre 1957.

Abarth 750 de records - Source : L'Automobile, n° 189, 01/62

La même voiture exposée au Grand Palais à Paris. Copyright

Compte rendu de l'Automobile N° 132 d'avril 1957 après le Salon de Genève : " Sur le stand Pinin Farina deux voiture immaculées sont fin prêtes à prendre la piste. Elles ne sont pas le résultat d'un travail de styliste mais les conséquences d'un travail en soufflerie sur des maquettes au cinquième modifiables. Effectués au Polytechnique de Turin, des travaux on eu pour premier résultat de montrer l'énorme influence des formes de l'avant des voitures. A l'arrière des dérives sont montées sur les deux voitures. Plus importantes sur la 1500 elles se poursuivent à l'arrière assez loin. C'est Pinin Farina qui a réalisé les deux voitures dont la finition est extrême ... Les châssis sont de technique identique mais de réalisations différentes pour tenir compte des mécaniques à recevoir ... Sur les deux voitures le moteur est monté à l'arrière. Pour la 750 il s'agit d'un Fiat retourné c'est à dire avec la boîte derrière. Pour la 1500 il s'agit d'un Alfa Romeo Giulietta ... Quand aux prédictions elle accordent 200 km/h pour la plus petite qui dispose de 43 ch, et 300 km/h pour la plus grande qui dispose de 105 ch. Pour notre compte, nous voyons là un optimisme un peu trop marqué et les essais arbitreront. "

Du 27 septembre au 7 octobre 1958, une nouvelle monoplace tourne sur le circuit de Monza. Toujours habillée chez Pinin Farina, cette 500 est plus courte (287 cm), et encore plus fluide que la 750 des années précédentes.

Abarth 500 de records par Pinin Farina. Copyright


42. Abarth Porsche 356 B Carrera 1600 GTL

Au début des années 1960, la Porsche 356 subit une pression croissante sur les circuits. Dans sa catégorie, elle se voit menacée par les Lotus ou les Alfa Romeo qui, malgré une cylindrée inférieure, l'égalent en performances pures. Pour reprendre l'avantage, deux axes de développement s'imposent : une réduction drastique du poids et une étude approfondie de l'aérodynamisme. Le règlement en vigueur permet alors aux constructeurs de concevoir une carrosserie spécifique pour la compétition, à l'image des modèles GT signés Zagato pour Alfa Romeo ou Aston Martin. Ces versions spéciales ont toutefois l'obligation de conserver les points d'ancrage d'origine sur le châssis de série.

Abarth Porsche 356 B Carrera 1600 GTL. Copyright

Abarth Porsche 356 B Carrera 1600 GTL. Copyright

Cependant, Porsche dispose alors d'usines tournant à plein régime et manque de ressources pour étudier une telle variante. Face à cette contrainte, Ferry Porsche sollicite Carlo Abarth afin de concevoir une série limitée de voitures de grand tourisme alliant légèreté et efficacité. Les liens entre les deux hommes ne datent pas d'hier puisqu'ils remontent à la fin des années 1940, époque où l'Italien facilitait la vente des plans d'une monoplace à moteur central entre Porsche et Cisitalia. En septembre 1959, le constructeur allemand passe officiellement commande de vingt exemplaires. La mission confiée à Abarth consiste à habiller la mécanique de la 356 d'une robe inédite, à la fois plus légère et profilée.

Lors des 1000 km du Nurburgring 1960, la N° 85, une Porsche Abarth, est à l'attaque. La 83 est une Fiat Abarth. On distingue par ailleurs plusieurs Porsche et une Alfa Romeo Giulietta. Copyright

A cette époque, Abarth s'éloigne de Zagato et confie le dessin de la carrosserie à Franco Scaglione, alors chez Bertone. La Porsche Abarth se distingue immédiatement par des lignes ramassées et dynamiques, rompant radicalement avec les formes rondes de la 356. La fabrication des éléments de carrosserie est sous-traitée à l'atelier turinois Viarengo & Filipponi, bien que quelques exemplaires sortent également des ateliers Motto. Dans les faits, le rôle d'Abarth se concentre sur l'assemblage final et l'apport de son prestige, puisque le moteur reste d'origine Porsche tandis que le style et la production dépendent de prestataires externes. Les documents officiels de la période soulignent d'ailleurs cette collaboration internationale sous l'appellation « Porsche Carrera with italian Abarth Design ».

Deux Abarth Porsche 356 B Carrera 1600 GTL devant des châssis usinés prêts à être habillés. Source : L'Automobile, n° 189, janvier 1962. Copyright

La berlinette signée Abarth s'éloigne radicalement de la 356 de série. Grâce à sa carrosserie en aluminium, un équipement intérieur dépouillé et des dimensions réduites, elle affiche 140 kg de moins que le modèle de Stuttgart. Les 115 ch du bloc de 1587 cm3 propulsent l'engin à une vitesse de 225 km/h. Curieusement, cette machine est commercialisée en Italie sous la marque Porsche, tandis qu'elle porte le nom d'Abarth en Allemagne. Elle représente l'apogée de la lignée, rappelant l'esprit de la GTO chez Ferrari par son statut de summum de la compétition.

Côté piste, durant la saison 1960, les Porsche Abarth dominent la catégorie 1500. Elles s'illustrent notamment par une sixième place à la Targa Florio, un septième rang au Nürburgring et une onzième position aux 24 Heures du Mans.

Abarth Porsche 356 B Carrera 1600 GTL. Copyright


Abarth, durant les années 50 et 60, est aussi très réputé pour ses pots d'échappement, comme en témoigne cette publicité destinée au propriétaires de Peugeot 203, 403 et 404.

Pots d'échappement Abarth pour Peugeot. Copyright


43. Fiat Abarth 850 Coupe Scorpione Allemano et Spyder Riviera Allemano

Au-delà des modèles réservés à la compétition ou à un usage strictement sportif, Abarth s'adresse à une clientèle plus raffinée, sans doute plus féminine, très friande de carrosseries hors série à l'élégance affirmée. L'année 1959 marque ainsi l'apparition du coupé 850 Scorpione, dessiné par Michelotti et assemblé par Allemano. Comparativement à la version Bialbero, la mécanique se fait plus sage puisque ce bloc à simple arbre latéral ne développe que 52 ch.

Fiat Abarth 850 Coupe Scorpione Allemano, 1959. Copyright

Fiat Abarth 850 Coupe Scorpione Allemano, 1959. Copyright

Allemano présente au Salon de Genève 1960 une version Spyder Riviera de son Coupé Scorpione.

Fiat Abarth 850 Spyder Riviera Allemano, 1960. Copyright


44. Fiat Abarth 1600, 2200, 2400 Coupé et Spyder

En 1959, le trio Abarth, Michelotti et Allemano dévoile, dans un registre similaire mais avec des lignes plus musclées, les Fiat Abarth 1600 Coupé et Spyder. Ces modèles héritent du nouveau bloc moteur Osca, qui anime alors le récent cabriolet Fiat 1500.

Fiat Abarth 1600 Coupé Allemano. Copyright

Fiat Abarth 1600 Coupé Allemano. Copyright

Parallèlement, Abarth s'attaque au 6 cylindres de la Fiat 2100 (2054 cm3 / 95 ch). Les Fiat Abarth 2200 Coupé et Spyder avec une cylindrée portée à 2162 cm3 proposent 120 ch, et une vitesse de pointe de 190 km/h. Avec cette " grand tourisme ", Abarth sort de manière évidente du monde de l'automobile miniature.

Fiat Abarth 2200 Coupé Allemano, 1960. Copyright

Fiat Abarth 2200 Coupé Allemano, 1960. Copyright

Fiat Abarth 2200 Spyder Allemano, 1960. Copyright

A partir de 1961, la carrozzeria Ellena remplace Allemano. La 2300 succède à la 2100 dans la gamme Fiat. C'est fort logiquement qu'Abarth remplace sa 2200 par une 2400 (2360 cm3 et 152 ch pour l'Abarth contre 2279 cm3 et 115 ch pour la Fiat).

Fiat Abarth 2400 Coupé Ellena. Copyright

Fiat Abarth 2400 Coupé Ellena. Copyright

En 1964, Abarth présente une 2400 habillée d'une nouvelle carrosserie imaginée par Allemano.

 

Fiat Abarth 2400 Coupé par Allemano au Salon de Genève de 1964. Copyright


45. Simca Abarth 1300 GT, 1600 GT, 2

Dès 1954, Simca et Abarth collaborent sur une première étude qui demeure sans lendemain. Pour autant, le constructeur français ne renonce pas à l'idée de décliner l'un de ses modèles populaires en version sportive. Au début des années 1960, Henri Théodore Pigozzi, fondateur de la marque, s'en entretient avec Rudolf Hruska. Cet ancien directeur général d'Alfa Romeo, alors conseiller technique pour Simca et Fiat, met l'industriel en relation avec son ami Carlo Abarth. Les deux hommes se connaissent bien pour avoir conçu ensemble une monoplace de Formule 1 chez Cisitalia.

Travailler sur une base Simca constitue un terrain familier pour le préparateur italien, tant la marque de Poissy reste une proche cousine de Fiat. Un accord officiel est ainsi scellé en décembre 1961. Quelques mois plus tard, lors du Salon de Genève de mars 1962, le public découvre la berlinette Simca Abarth 1300 GT sur les stands des deux partenaires. Si son esthétique s'inscrit fidèlement dans la lignée des créations habituelles du Scorpion, sa conception repose sur un mélange hybride. Le soubassement, la transmission, la direction et les suspensions sont issus de la Simca 1000, tandis que le moteur, le système de refroidissement et la carrosserie proviennent des ateliers Abarth. Ce bloc quatre cylindres de 1288 cm3 développe 125 ch Din, permettant au charmant coupé d'atteindre la vitesse de 230 km/h.

Simca Abarth 1300 GT. Copyright

La silhouette évoque une 1000 Bialbero dont l'empattement se serait allongé de neuf centimètres. Seul un œil exercé parvient à distinguer les deux modèles tant leur parenté est étroite. Dessinée par Franco Scaglione, la voiture s'habille d'une caisse en alliage léger façonnée à l'usine, affichant une hauteur de seulement 114 cm. La Simca Abarth est conçue pour la compétition, et les deux partenaires entendent démontrer son potentiel lors des 24 Heures du Mans 1962, objectif fixé dès l'origine du projet. Cependant, l'expérience s'avère décevante : sur les quatre exemplaires engagés, un seul franchit la ligne d'arrivée en quatorzième position, tandis que les trois autres sont contraints à l'abandon. Face à un résultat si modeste, Simca juge impossible d'exploiter commercialement cette aventure sportive.

Les Simca Abarth 1300 GT aux essais préliminaires du Mans en 1962. Copyright

A défaut de victoire au Mans, les Simca Abarth s'illustrent dans de multiples compétitions de moindre importance, mais aucune victoire ou place d'honneur dans ces courses annexes ne peut avoir le retentissement d'une réussite dans la Sarthe.

Lors de la Targa Florio en avril 1964, la Simca Abarth de Conti et Venturi s'apprête à être dépassée par un Porsche 904 GTS, qui lui demande impérieusement le passage à grands coups de phares. Copyright

Bernard Cahier précise pour le mensuel l'Automobile, n° 200 de décembre 1962 : " ... la Simca Abarth 1300 GT ... il ne s'agit pas d'une voiture de tourisme, mais bien d'un véritable modèle de compétition ne se prêtant qu'à cet usage particulier " ... " La ventilation intérieure est très rudimentaire, la température devient vite très élevée, et l'on respire en abondance les émanations de fumées et les odeurs inhérents à l'usage d'une voiture de compétition " ...

La Simca Abarth 1300 GT au Salon de Genève en mars 1962. Copyright

En 1963, la collaboration avec Simca se développe. Deux nouvelles versions sont disponibles, une 1600 GT et une 2 Mila. La 1600 GT dispose de 155 ch, tandis que la 2 Mila (2 litres, 1946 cm3) affiche 185 ch en version Stradale et 220 ch en version Corsa. Cette nouvelle 2 Mila arbore un nouveau dessin allongé du capot arrière complété par un becquet qui ne nécessite plus de rouler le capot entr'ouvert, signe caractéristique des Abarth sur les circuits.

Simca Abarth 2Mila Stradale au Salon de Genève 1963. Copyright

Le magazine l'Automobile procéde à un galop d'essai de la 2 litres Simca Abarth dans son numéro 213 de janvier 1964.

" Pour un cylindrée exacte de 1946 cc ... cet étonnant moteur donne une puissance remarquable de 192 chevaux Din ... Le cockpit de la voiture a été dépouillé au maximum afin d'économiser du poids (la voiture pèse 660 kg) ... Dès que l'on met le moteur en marche on sait tout de suite que l'on a affaire à un engin de compétition pure, nullement destiné à être piloté en ville ... il n'est pas possible de conduire la voiture en ville, d'abord parce que les bougies s'encrasseraient, l'embrayage commencerait à partir en fumée, et qu'enfin toute la police serait à vos trousses pour rétablir le calme ! Tout ceci est d'ailleurs normal pour une voiture de compétition et l'Abarth 2 litres ne prétend pas être autre chose ... si le constructeur annonçait une vitesse maximum de " plus de 250 km/h ", nous n'aurions tout de même pas cru qu'il serait possible de dépasser les 260 km/h ... nous devions chronométrer la voiture sur l'autostrade ... à une vitesse moyenne, dans les deux sens, de 262 km/h, ce qui est tout simplement effarant pour une petite voiture 2 litres pesant 660 kg et utilisant le châssis d'une Simca 1000 ... nous devions enregistrer un temps de 24,8 secondes sur le kilomètre départ arrêté ... ces temps sont véritablement stupéfiants et se situent parmi les meilleurs que nous ayons jamais enregistré et par comparaison signalons qu'une Ferrari GTO couvre le kilomètre départ arrêté en 26 secondes ... "

Simca Abarth 2 Mila. Copyright


46. Simca Abarth 1150

En 1963, sept ans avant l'apparition de la Simca 1000 Rallye, Abarth propose déjà ses propres déclinaisons nommées 1150, 1150 S, 1150 SS et 1150 Corsa, affichant des puissances respectives de 55, 58, 65 et 85 ch. Le bloc originel de 944 cm3 cède sa place à une unité de 1136 cm3, une cylindrée obtenue par l'augmentation de l'alésage et de la course. Si les performances de ces versions impressionnent, leurs tarifs sur le marché français condamnent leur diffusion à rester confidentielle.

Brochure Simca Abarth 1150. Copyright

Jusqu'en 1964, Henri Théodore Pigozzi et Carlo Abarth tentent vainement de structurer un véritable service de compétition pour Simca. Le constructeur de Poissy réalise avec regret que le choix de ce partenaire n'est pas le plus judicieux, car des divergences de vues persistantes font échouer le projet. Parallèlement, l'influence croissante de Chrysler au sein du capital de Simca fragilise les relations avec le préparateur italien. Au regard du succès fulgurant que rencontre la Renault 8 Gordini à la même époque, un tel abandon laisse des regrets tant le potentiel de cette collaboration semblait prometteur.

Simca Abarth 1150 SS. Copyright


47. Carlo Abarth sur les circuits

1963, Carlo Abarth avec ses deux pilotes Hans Herrmann et Mauro Bianchi à Aspern en Autriche - Source : www.technischesmuseum.at

Carlo Abarth près de Jochen Rindt sur la grille de départ lors d'un meeting en 1965 sur l'aérodrome d'Aspern en Autriche - Source : www.technischesmuseum.at

Lors de ce meeting, Hans Herrmann (qui serre la main au boss) vient de remporter la classe 2 litres dans la course des sport protos. Mais c'est Carlo Abarth qui s'approprie les lauriers du vainqueur ... - Source : www.technischesmuseum.at

Carlo Abarth devant une galerie de portraits de pilotes. Copyright

Carlo Abarth, 1970. Copyright

Cette Abarth 2000 SE027 conçue par Pininfarina fut exposée au Salon de Genève en 1974. Copyright


48. Fiat Abarth OT 1300

En 1965, les 700 et 1000 Bialbero s'effacent au profit d'une nouvelle machine de course, l'OT 1300, dévoilée lors du Salon de Turin. Ce modèle arbore une carrosserie inédite en matière synthétique qui abrite un moteur quatre cylindres de 1289 cm3 développant 155 ch, installé en porte-à-faux arrière. La berlinette OT 1300 entame alors une brillante carrière sur les circuits. En 1967, elle bénéficie de légères retouches esthétiques et se distingue par l'apparition d'un périscope sur le toit, un dispositif original destiné à optimiser la ventilation de l'habitacle.

Fiat Abarth OT 1300 Periscopio. Copyright


 49. Voitures de course

En 1966, Abarth présente la nouvelle barquette 1000 SP, une machine qui marque un tournant pour le constructeur avec l'adoption d'une disposition à moteur central. Cette voiture de sport reçoit une carrosserie légère en matière synthétique et un bloc de 982 cm3 développant 115 ch. Le succès est au rendez-vous puisque la production dépasse la cinquantaine d'exemplaires. Pour les échelons supérieurs de la compétition, la marque décline les coupés et barquettes OT 1600 et OT 2000. Ces modèles plus radicaux disposent de mécaniques nettement plus performantes : un moteur de 1592 cm3 de 185 ch pour la première, et une unité de 1946 cm3 culminant à 206 ch pour la seconde.

Fiat Abarth 1000 SP et OT 1300. Copyright

En 1967, cela fait près de vingt ans que Carlo Abarth évolue au sommet du sport automobile. Toujours ambitieux, il conserve l'espoir de concurrencer Ferrari dans les épreuves d'endurance. Pour relever ce défi, il développe une berlinette dotée d'un moteur V12 central de 5982 cm3 délivrant 600 ch. Si la maquette de la voiture reste dans l'ombre, le moteur est officiellement dévoilé au Salon de Turin en novembre 1967.

Cependant, une modification brutale de la réglementation sportive brise cet élan. Afin de limiter la course à la puissance, la cylindrée des prototypes est désormais plafonnée à trois litres. Pour s'aligner dans la catégorie supérieure, où les moteurs de cinq litres restent autorisés, le constructeur doit produire au moins vingt-cinq exemplaires de la voiture. Contrairement à des géants comme Ford avec sa GT 40 ou Porsche avec sa 917, Abarth ne dispose pas des ressources financières nécessaires pour assurer une telle production. Le projet tourne court, marquant la fin des ambitions de la marque dans la cour des très grandes cylindrées.

Fiat Abarth 2000 Sport Spider, 1968. Copyright

A la fin des années soixante, la conception des carrosseries connaît une évolution radicale. Les ingénieurs ne limitent plus leurs recherches à la simple pénétration dans l'air, mais intègrent désormais les notions de portance et d'effet de sol. Cette nouvelle approche impose des parties frontales extrêmement basses pour plaquer la voiture au bitume. Toutefois, le coût exponentiel de ces études aérodynamiques commence à fragiliser sérieusement l'équilibre financier du constructeur Abarth.


50. L'usine Abarth en 1968, photographies de Gerry

L'usine Abarth en 1968, photographies de Gerry


51. Abarth 1300 Scorpione

Au cours de la seconde moitié des années soixante, l'engouement pour les Abarth de tourisme s'essouffle progressivement. La chute des ventes illustre ce déclin puisque le constructeur n'écoule que 232 exemplaires en 1968, contre 370 l'année précédente, 690 en 1966 et près de 1 000 en 1965. Afin de raviver l'intérêt du public, et bien que ses activités se tournent de plus en plus vers la compétition, Carlo Abarth crée la surprise lors du Salon de Paris 1968 en présentant la 1300 Scorpione. Cette nouveauté repose sur un coupé dévoilé par le carrossier Lombardi quelques mois plus tôt au Salon de Genève. Si la version originale de Lombardi abrite la mécanique de la Fiat 850 et atteint 160 km/h grâce à son poids plume de 630 kg, la déclinaison au scorpion adopte le moteur de la Fiat 124. A l'instar de la Fiat Abarth 1300/124, ce bloc de 1 280 cm3 développe 75 ch, permettant ainsi à la Scorpione de pointer à 185 km/h

Extrait d'un dépliant Abarth 1300 Scorpione, 4 pages, format 105 x 215. Copyright

Extrait du numéro 14 du magazine Echappement de décembre 1969 :

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette voiture ne passe pas inaperçue. Elle ne laisse personne indifférent ; les jeunes, les vieux, les dames et les messieurs regardent la voiture avec curiosité ou envie, selon les âges et goûts de chacun. La silhouette est encore peu connue, le modèle étant très récent, et certains se précipitent à l'arrière pour voir de quelle marque il s'agit. De toute façon, elle fait beaucoup d'impression. Avec une telle auto, messieurs, vous ne serez plus jamais seuls ... La voiture est très basse (1,05 m), soit 8 cm plus bas qu'une Alpine et 13 cm de moins qu'une Simca 1200 S . C'est très beau et très spectaculaire, mais cela complique sérieusement l'installation du pilote dans la voiture. On ne s'assoit pas sur le siège, on " tombe " dessus, en se cognant la tête au bord du pavillon ... Les phares sont escamotables, ce qui amuse encore beaucoup de monde, et étonne les petites amies, mais rend peu rapide et peu pratique l'appel de phare le jour ...

Il est à noter qu'il n'existe pas de coffre à bagages, les bagages devront donc trouver place dans l'espace réduit existant entre les dossiers des sièges et la vitre arrière ... La visibilité est bonne aussi bien vers l'avant que vers l'arrière mais il faut se rappeler que les yeux du pilote se trouvent légèrement plus hautes que le pare-choc AR des 2 CV. Il convient donc de ne pas serrer de trop près sous peine de s'offrir rapidement un capot avant neuf ... On a oublié de prévoir des pare-chocs, et pour qui se gare " au bruit ", il vaut mieux changer de méthode, et éviter de stationner devant ou derrière certaines voitures ... Les freins sont efficace à condition d'appuyer fort sur la pédale ...

Abarth 1300 Scorpione. Copyright


Les années 1970


Épuisé financièrement, Carlo Abarth a conscience qu’il devra céder son entreprise à Fiat à court terme. Cette passation devient effective le 15 octobre 1971, date à laquelle la marque au scorpion perd son indépendance pour intégrer le groupe turinois. Giovanni Sguazzini, alors directeur technique des voitures particulières et responsable du secteur sportif chez le géant italien, prend les fonctions d’administrateur délégué de la nouvelle entité. Renzo Avidano, collaborateur historique du fondateur, conserve quant à lui son poste de directeur général.

52. Autobianchi A 112 Abarth

L’évocation de l’Autobianchi A 112 Abarth nécessite un retour sur l’histoire de son créateur. Ce petit constructeur italien voit le jour en janvier 1955, fruit d’un accord entre Fiat, Pirelli et Bianchi. Dans cette configuration, chaque partenaire détient un tiers du capital : Fiat fournit la mécanique, Pirelli les pneumatiques et Autobianchi se charge de la carrosserie et de l’assemblage final. Le géant de Turin, qui exerce alors un monopole de fait en Italie, utilise cette marque pour proposer une alternative haut de gamme ou plus performante à ses propres modèles, évitant ainsi que ses clients ne quittent le giron du groupe. Cette stratégie de niche se conclut en 1968 par l’absorption totale d’Autobianchi par Fiat.

Le 16 septembre 1957, le premier modèle Autobianchi est présenté par Giovanni Agnelli (dans la voiture). Puis de gauche à droite Alberto Pirelli, Vittorio Valletta et Giuseppe Bianchi. Copyright

La marque installée à Desio, près de Milan, dévoile au Salon de Turin d'octobre 1969 l'A112. Ce nouveau modèle aux dimensions réduites s'équipe d'un moteur nerveux et parvient à transporter quatre adultes. Destinée à une clientèle jeune, cette citadine s'inspire du concept de la Mini britannique. Deux ans plus tard, en octobre 1971, Autobianchi expose au Salon de Paris une déclinaison plus performante : l'A112 Abarth. Celle-ci arrive à point nommé pour succéder aux modèles dérivés des Fiat 500, 600 et 850, tout en permettant au groupe turinois de concurrencer directement la Mini Cooper sur son propre segment.

Au fil d'une carrière qui s'étend jusqu'en 1985, la petite sportive ne cesse d'évoluer tant sur le plan esthétique que technique. La version initiale dispose d'un bloc de 952 cm3 développant 58 ch, ce qui lui permet d'atteindre 150 km/h. Dès décembre 1974, une variante de 1 050 cm3 forte de 70 ch et capable de pointer à 160 km/h l'accompagne, avant de devenir l'unique motorisation disponible à partir de 1977. Au total, environ 120 000 exemplaires de l'A112 Abarth sortent des usines, sur une production globale dépassant 1 250 000 unités pour l'ensemble de la gamme A112.

L'Autobianchi A 112 dans l'un des derniers numéros de la revue Moteurs (n° 92, novembre 1971)

Extrait de l'essai d'Alain Bertaut pour Moteurs N° 92 (novembre 1971) : " Comme BMC s'est tourné vers John Cooper pour développer sa Mini sportive, comme Renault a fait appel à Amédée Gordini pour " travailler " la Dauphine puis la R8, Autobianchi (autant dire Fiat) s'est adressé à Carlo Abarth dont le scorpion est bien connu de tous les habitués des circuits. Abarth dispose en effet d'un capital de connaissances exceptionnel en fait d'amélioration des moteurs Fiat. Il suffisait en somme d'ouvrir un tiroir pour trouver la solution au problème posé ... La puissance est passée de 44 ch Din à 58 ch ... Les 14 chevaux supplémentaires se traduisent par un bon spectaculaire en performances et le plus étonnant est que nous aurions très bien admis que l'on aille encore plus loin dans cette voie, tant la voiture s'est prêtée à nos exigences avec docilité ... Etonnamment vive, maniable, cette A 112 Abarth donne l'exacte idée de ce que peut être une voiture urbaine ... de sport ".

Walter Plattes lors de la course de cote du Val d'Aisne en 1982. Copyright

Quatorze ans plus tard, Martine Renier procède dans Auto Hebdo (N° 468 du 25 avril 1985) à un comparatif entre l'A 112 Abarth qui quitte la scène et la nouvelle Y10 Turbo, et conclue ainsi son article : " ... l'Abarth a de beaux restes et les puristes, amoureux d'elle depuis le premier jour regretteront la disparition du nom du prestigieux motoriste aux côtés du sigle Autobianchi ... De plus, ce moteur si justement fameux n'a pas pris une seule ride en agrément, bien que ses performances pures soient aujourd'hui un peu (hâtivement ?) enterrées par la vague du Turbo. L'idéal serait peut être un moteur Abarth ... dans une Y 10 ? "


53. Fiat 124 Abarth Rally

A l'aube des années 1970, l'image de Fiat demeure incertaine en dépit d'une gamme pléthorique s'étendant de la modeste 500 jusqu'au prestigieux coupé Dino. En comparaison, la concurrence italienne affiche des identités plus marquées : Alfa Romeo cultive sa fibre sportive tandis que Lancia incarne un luxe raffiné mais accessible. Si les créations audacieuses d'Abarth basées sur les Fiat 500, 600 et 850 connaissent leur heure de gloire, le palmarès brillant de ces modèles profite finalement davantage à la renommée du préparateur qu'à celle du géant turinois.

Appréciez la silhouette dépouillée de ce modèle stradale. Copyright

Les dirigeants du géant italien sont convaincus que l'engagement en rallyes internationaux constitue le meilleur levier pour accroître la notoriété de la marque. L'implication officieuse de la firme, limitée à une assistance auprès de pilotes privés, ne suffit plus. En 1967, Fiat commercialise la 124 Spider, dérivée de la berline classique. Sa version de compétition, la 124 Spider Corsa, améliorée à l'usine ou par des préparateurs indépendants, s'impose rapidement comme l'arme principale du constructeur en course. Le rachat d'Abarth en 1971 ouvre de nouvelles opportunités et permet de présenter la 124 Abarth Rally au Salon de Turin en novembre 1972. Une étape décisive est franchie avec ce modèle conçu dès l'origine pour la compétition.

Le processus de fabrication s'avère complexe. Leconstructeur turinois expédie l'ensemble motopropulseur chez Abarth pour modification avant de le récupérer avec de nouvelles suspensions. De son côté, Pininfarina fabrique et livre la carrosserie à Fiat. La voiture reçoit sa mécanique et sa finition à Turin, puis retourne chez Abarth pour une série de tests, avant un ultime contrôle qualité chez Fiat. Les exemplaires destinés à la course arrivent complets dans les ateliers Abarth pour y être intégralement démontés et préparés. Les tâches se répartissent entre quatre pôles spécialisés : moteur, électricité, liaisons au sol et carrosserie. Chaque véhicule est ainsi adapté aux spécificités de l'épreuve à venir. Après chaque compétition, sachant qu'une auto ne participe jamais à plus de deux courses consécutives, les 124 reviennent à l'atelier pour un nouveau cycle complet de préparation.

Le catalogue ne propose que trois teintes : rouge, blanc et bleu ciel. Ces couleurs correspondent à celles de grands clubs de football italiens, respectivement le Milan AC, la Juventus et l'Inter de Milan, qui acquièrent d'ailleurs de nombreux exemplaires. La Fiat 124 Abarth Rally marque durablement le sport automobile durant la première moitié des années 1970. Malgré de multiples succès, elle ne parvient pas à décrocher le titre mondial face à une Lancia Stratos plus compétitive. Sa dernière apparition officielle a lieu au Rallye Monte-Carlo en 1976, clavant une production totale de 1 013 exemplaires achevée en 1974.

La 124 au coude à coude avec une Saab sur le Rallye de Suède en 1975. Copyright


54. Abarth vend son service compétition à Osella

En 1972, Abarth cède son département compétition à Enzo Osella. Ce concessionnaire de la marque développe alors les barquettes 2 litres Abarth-Osella, avant que le nom du préparateur ne s'efface définitivement au profit de celui d'Osella. Par la suite, entre 1980 et 1990, l'écurie s'engage en Formule 1 et participe à 132 Grands Prix. Cette aventure au sommet du sport automobile se solde par un bilan modeste de seulement cinq points inscrits.

Les Abarth demeurent nombreuses dans les épreuves régionales du début des années 1970. Ici, c'est Jacky Daumet au volant d'une Abarth 2000 lors de la Course de Cote d'Urcy en Côte d'Or. Copyright

Extrait de Moteurs n° 95 d'avril 1972 : " Jamais la 2 litres Abarth n'aura autant brillé que depuis que le service de course usine a été dissout et que le matériel a été racheté par l'écurie Osella. Dans la classe 2 litres, Merzario a dominé ses rivaux ... La préparation et la direction sportive d'Osella semble beaucoup plus efficace que celle dont souffrait l'écurie Abarth. Les voitures au scorpion entameraient-elles une seconde carrière ? "

Abarth Osella. Copyright


55. Fiat X 1/9 Abarth

Conçue en 1974, la Fiat X 1/9 Abarth hérite du moteur de la 124 Abarth Rally, un bloc de 1 840 cm3 développant 200 ch. Ce modèle de seulement 750 kg se distingue par un aérodynamisme particulièrement travaillé et des éléments visuels radicaux, tels que d'imposantes prises d'air, un périscope surplombant le moteur central, ainsi que des optiques fixes rectangulaires épaulées par des projecteurs ronds additionnels. Malgré cette fiche technique prometteuse et ses jantes en alliage caractéristiques, ses participations à divers rallyes ne lui permettent pas de marquer l'histoire du sport automobile de manière significative.

Fiat X 1/9 Abarth. Copyright

Le choix de confier aux ateliers Abarth le développement d'une X 1/9 de course peut interroger. En effet, malgré une carrière commerciale honorable, ce modèle demeure marginal au sein de la gamme du constructeur italien. Le géant de Turin privilégie logiquement la promotion de la Fiat 131, dont le potentiel de diffusion est bien plus vaste. Cette orientation stratégique se concrétise dès 1976 avec l'engagement officiel de la 131 Abarth, destinée à devenir une icône des rallyes mondiaux.

Ronde Cevenole en 1977, Angelo Corio avec une X 1/9 Corsa, mi-Dallara, Mi-Abarth. Copyright


56. Fiat 131 Abarth

L'état-major de Fiat a conscience que face à une concurrence de mieux en mieux armée, les chances de la 124 Abarth de s'imposer en rallye sont désormais nulles. Plutôt que de lutter avec des armes obsolètes, la firme décide de partir d'une feuille blanche. Elle souhaite par ailleurs renforcer, aux yeux du grand public, le lien entre la bête de course et le modèle de grande série. C'est donc la modeste 131, dévoilée deux ans plus tôt au Salon de Turin, qui est choisie pour endosser ce rôle.

La Fiat 131 Abarth Rally voit ainsi le jour en 1976. Bertone, sollicité pour transformer ce sage laideron en un engin séduisant, s'en tire avec les honneurs en présentant une berline deux portes dotée de passages de roues anguleux et élargis. La carrosserie bénéficie d'un allégement substantiel grâce à l'emploi de polyester pour les ailes et les capots, ainsi que d'aluminium pour les portes et le toit. Le moteur de 1995 cm3, identique à celui qui équipera la Fiat 132 dès 1977, est revu pour développer 140 ch dans sa configuration routière et 235 ch en compétition. La version stradale, affichant seulement 880 kg sur la balance, atteint une vitesse de pointe de 190 km/h.

Au cours de la saison 1976, la 131 Abarth Rally prend progressivement le relais de la 124. Parallèlement, Lancia planifie le retrait de sa Stratos par pur esprit de groupe, la marque étant intégrée au giron Fiat depuis 1969.

Publicité presse, Auto Hebdo numéro 89, novembre 1977. Copyright

Le jeune magazine Auto Hebdo, dans son numéro 4 du 11 mars 1976, nous livre un essai de la 131 Abarth :

" Comme le spider 124 Abarth qu'elle remplace, la 131 Abarth a été construite en une petite série, minimum pour atteindre l'homologation en groupe 4 (400 exemplaires). C'est à partir de cette 131 Abarth " de série " qu'est ensuite élaborée la véritable groupe 4 pour la course .... la première série a pratiquement été vendue en trois jours, avant même qu'elle soit présentée, nous ont confié les italiens, les concessionnaires Fiat s'étant précipités pour l'acquérir, et l'usine s'en étant réservée 35 pour l'équipe officielle ... L'enthousiasme des italiens pour s'emparer de cette petite série d'Abarth 131 ne nous surprend pas. L'Abarth est à leur image. C'est une voiture enthousiasmante, qui vous met du baume au coeur, par sa présentation, par sa conception, par sa conduite, par son esprit ... Le moteur 2 litres, double arbre à cames en tête entraîné par courroie crantée, à 4 soupapes par cylindre, n'est manifestement pas destiné aux minets. Il possède la noblesse d'un vrai moteur de course ... la puissance ? 140 ch Din ... 1000 mètres départ arrêté : 28 " 44, vitesse maxi 187,793 km/h ... avec la 131 Abarth, il s'agit de sport, du vrai. "  

Fiat 131 Abarth. Copyright

En 1977, cinq victoires en rallye permettent à Fiat de décrocher le titre de Champion du Monde devant Ford et Toyota. a cette période, Cesare Fiorio reçoit la mission d'harmoniser l'engagement sportif des différentes marques du groupe, réunissant Fiat, Lancia, Autobianchi et Ferrari (marque acquise à 50 % en 1969).

La 131 Abarth Rally conclut la saison 1978 avec cinq nouveaux succès et une seconde couronne mondiale, devançant largement Ford et Opel. Les voitures aux couleurs d'Alitalia marquent durablement les esprits, portées par Markku Alén, Walter Röhrl et Bernard Darniche qui se succèdent sur les podiums. Le Dottore Avidano dirige alors Abarth depuis le départ en retraite du fondateur, Carlo, en 1971. Bien qu'intégrée au géant turinois, l'officine conserve son autonomie financière et commerciale. Grâce au soutien constant de Fiat, l'usine travaille l'esprit libre, dégagée des principales contraintes matérielles.

Sous l'ère de la 131, la compétition génère environ 30 % du chiffre d'affaires d'Abarth. Une cinquantaine de personnes s'activent au sein de ce département alors exclusivement dédié aux rallyes. Abarth facture ses prestations de recherche, d'études et de course à Fiat, qui règle ses factures comme il le ferait avec n'importe quel fournisseur externe. Une part équivalente de l'activité repose sur la fabrication de l'Autobianchi A112 Abarth, dont la production atteint, lors des meilleures années, près de 80 exemplaires quotidiens. Enfin, les accessoires Abarth représentent 20 % des revenus, tandis que les 20 % restants proviennent de fabrications diverses sans lien avec la course, comme des machines-outils.

Publicité presse, Auto Hebdo numéro 200, janvier 1980. La Ritmo pointe à l'horizon. Copyright

En 1979, Fiat doit se contenter de la troisième place au Championnat du Monde des Rallyes, s'inclinant face à Ford et Nissan. La 131 Abarth Rally revient pourtant sur le devant de la scène dès 1980 et s'adjuge un troisième titre mondial devant Nissan, Ford, Mercedes et Opel. L'année 1981 marque un tournant puisque Abarth se voit définitivement intégrée, voire diluée, au sein du groupe Fiat. Cette saison signe la dernière apparition de la 131 Abarth Rally en championnat du monde, une ultime participation qui se solde par une modeste sixième place.


Les années 1980


57. Fiat Ritmo Abarth

La personnalité des premières Ritmo tient beaucoup à ses pare-chocs enveloppants. Copyright

L'ultime projet supervisé et validé par Carlo Abarth est la Ritmo Abarth 1500, mise au point en 1978 sous la direction de l'ingénieur Colucci. Cette surprenante machine de 160 ch se forge un palmarès honorable, décrochant notamment la deuxième place au Tour d'Italie 1979 derrière une Porsche 935 Turbo, mais devant les Stratos, les 131 Abarth et les R5 Turbo. Elle s'illustre également à plusieurs reprises sur les routes du Monte-Carlo.

Porté par ces succès sportifs, Fiat présente au Salon de Francfort 1981 la Ritmo Abarth 125 TC. Equipée d'un moteur de 1995 cm3 développant 125 ch préparé par le département compétition, elle arrive sur le marché en mai 1982. Pour les passionnés, cette version incarne la dernière véritable Fiat digne du blason au scorpion, les modèles suivants relevant davantage d'une stratégie marketing. De fait, la 125 TC s'affirme comme une authentique sportive, capable de pointer à 190 km/h et de franchir le kilomètre départ arrêté en 30,3 secondes.

En mars 1983, un restylage global de la gamme Ritmo vient toutefois lisser son caractère avec l'adoption de quatre phares ronds, de pare-chocs classiques et d'une nouvelle planche de bord. Elle évolue en version 130 TC dès juillet 1983, une déclinaison qui reste au catalogue jusqu'en mars 1987. Au total, la Ritmo 125 Abarth TC s'écoule à 9 174 exemplaires, dont 1 792 en France, tandis que la 130 Abarth TC atteint 13 158 unités, incluant 2 175 ventes dans l'Hexagone.

A gauche, après le lifting de mars 1983, à droite la version originale. Copyright

Gilles Dupré dans le numéro 297 d'Auto Hebdo conclue ainsi un essai détaillé de la Fiat Ritmo 125 TC : " Un prix très compétitif, de bonnes performances, une excellente boîte, une tenue de route et une direction peu critiquables, une présentation sympathique et un " je-ne-sais-quoi " de tempérament italien ... C'est en ce sens que l'Abarth nous a plu et qu'elle semble constituer une alternative valable à la Golf GTI "

Auto Hebdo précise lors d'un essai de la nouvelle Fiat Abarth 130 TC paru dans le numéro 387 de septembre 1983 : " L'opération Abarth 130 TC fait chaud au coeur, ce retour aux sources des équipements sportifs aurait pu n'être qu'un plaisir sentimental pour nostalgiques d'une époque révolue. Il n'en est rien, et les résultats enregistrés ... sont étonnants et remarquables ... " avant de conclure " Les services commerciaux des constructeurs ont parfois la mauvaise habitude de considérer les clients coureurs comme quantité négligeable et de plus, source d'ennuis. Même s'ils espèrent que l'Abarth continuera sa brillante carrière, il est incontestable qu'elle se rapproche de plus en plus près des besoins d'amateurs pilotes. Elle devient la plus brillante, ce qui comptera beaucoup pour son image, même si elle impose en contrepartie des concessions un peu lourdes à supporter ... "


58. La marque Abarth mise ne sommeil

En 1983, Abarth ne représente plus que le département compétition du groupe Fiat-Lancia. Cette structure compte environ 250 employés, bien que ses effectifs soient progressivement réorientés vers d'autres secteurs de production du géant italien. Les activités se divisent alors en deux branches distinctes : le bureau technique et le service compétition. Le premier est placé sous la direction de l'ingénieur Messori, tandis que le second reste sous les ordres du très médiatique Cesare Fiorio.

Lancia Rally 037. Copyright

Le bureau technique fait office de bureau d'études : il conçoit, construit et met les voitures à disposition du service compétition. Une répartition des rôles s'établit alors clairement, où le premier crée ce que le second exploite. Contrairement à d'autres constructeurs, Abarth se consacre exclusivement à la course, et ses ingénieurs raisonnent uniquement à travers ce prisme. Cette organisation parfaitement rodée permet à Fiat et Lancia d'être présents dans les compétitions les plus prestigieuses des années 80 avec un effectif relativement réduit. Loin de tout budget dispendieux, la Lancia Rally, étudiée dans les ateliers d'Abarth, est suivie par une équipe discrète. Cette structure légère contraste avec les déploiements de moyens bien plus étoffés de concurrents comme Audi ou Rothmans Opel.

Lancia berlinette LC2. Copyright

Bien que les ateliers Abarth travaillent jusqu'en 1986 sur des automobiles aussi prestigieuses que les Lancia Rally 037, la barquette LC1, la berlinette LC2 ou encore la Delta S4, le nom d'Abarth disparaît totalement de toute appellation officielle. Il s'efface derrière le blason Lancia, qui s'apprête à ouvrir un nouveau chapitre glorieux de son histoire. A partir de 1987, la Delta HF 4WD entame en effet une domination sans partage sur le monde des rallyes, qui durera six saisons consécutives.

Lancia Delta S4. Copyright


59. Le Musée de Michel Pont à Savigny-lès-Beaune

En 1979, Michel Pont se porte acquéreur du château de Savigny-lès-Beaune afin d'y regrouper ses collections d'avions de chasse, de motos anciennes et d'une quarantaine d'Abarth. Amateur éclairé, ce passionné s'illustre lors de nombreuses compétitions sur circuit et de courses de côte entre 1965 et 1972. Il débute sa carrière sur Mini Cooper S, s'essaie à la monoplace Brabham, puis se consacre exclusivement au pilotage des modèles Abarth. Sa situation lui permet de conserver ses véhicules au fil du temps sans avoir à les revendre pour financer des modèles plus performants. Par la suite, il continue d'acquérir d'autres engins mécaniques pour enrichir son musée. Outre cet ensemble exceptionnel, le monde des collectionneurs de la marque compte d'autres références majeures comme les fonds de Fabrizio Violati à Saint-Marin, du Suisse Engelbert Möll, ou encore l'Abarth Gallery du Japonais Shiro Kosaka.

 Musée de Michel Pont à Savigny-lès-Beaune. Copyright


Les années 1990/2000


60. Stola Abarth Monotipo, 1998

Grâce à l'aval de Fiat, le carrossier Stola ressuscite le nom d'Abarth lors du Salon de Turin 1998 en présentant la Monotipo. Cette création abrite un moteur turbocompressé de deux litres issu de la Lancia Delta Integrale, développant une puissance remarquable de 330 ch. Assemblée sur un châssis de Fiat Barchetta, la sportive puise son inspiration dans l'univers de la compétition. Elle se dote d'équipements de pointe tels que des crics pneumatiques intégrés, des œillets de remorquage, un arceau de sécurité, des sièges baquets ou encore des freins à disques ventilés signés Brembo.

Stola Abarth Monotipo, 1998. Copyright

Elle est dessinée par Aldo Brovarone, ancien chef styliste chez Pininfarina. Les portes s'ouvrent en basculant vers le haut, tandis que le toit en plexiglas offre une extraordinaire visibilité.

Stola Abarth Monotipo, 1998. Copyright
 


61. L'épisode de la Stilo Abarth

En 2001, Fiat relance l'appellation Abarth avec la commercialisation d'une Stilo animée par un cinq cylindres d'origine Lancia de 2446 cm3 développant 170 ch. Cette version atteint une vitesse de pointe de 217 km/h et franchit le kilomètre départ arrêté en 29,6 secondes. Pour répondre aux nouvelles exigences du marché, la dotation de série se révèle pléthorique, incluant notamment la climatisation automatique, l'ESP, des jantes alliages, un autoradio CD, un détecteur de pluie, un ordinateur de bord, le GPS ...

Fiat Stilo Abarth, 2002. Copyright

Depuis les années 1980, le renforcement des structures pour satisfaire aux normes de sécurité transforme radicalement la physionomie du parc automobile. Cette évolution impose une augmentation de poids de près de 250 kg par rapport à une Ritmo Abarth 130 TC. En conséquence, les performances de la Stilo demeurent similaires à celles de son aînée née dix-huit ans plus tôt. Elle s'inscrit ainsi dans le mouvement inéluctable d'embourgeoisement de la catégorie des GTI. Si elle assure avec brio sa vocation de grande routière, elle s'éloigne toutefois du dépouillement caractéristique de l'esprit Abarth originel. Proposée en carrosseries trois et cinq portes, sa carrière se poursuit jusqu'en 2006.


Abarth Revival


62. Abarth Revival, la Punto

Abarth inaugure de nouveau un stand indépendant de celui de Fiat lors du Salon de Genève en mars 2007. Bien avant que Renault ne tente de réactiver l'appellation Gordini en 2010 ou que le retour d'Alpine ne soit évoqué, Fiat prend conscience de l'immense pouvoir de séduction que le nom du Scorpion exerce toujours sur un large public, en Italie comme à l'international. Le groupe turinois s'appuie désormais sur ce label inédit pour compléter son portefeuille de marques aux côtés de Lancia, Alfa Romeo et Maserati. Cette résurrection découle avant tout d'une stratégie commerciale mûrement réfléchie. Fiat choisit de conquérir une nouvelle clientèle en jouant sur la fibre nostalgique, voire sur un sentiment nationaliste au sein du marché italien. Bien que la filiation industrielle soit évidente, Abarth se présente comme un constructeur à part entière. La marque cultive dès son lancement une relation privilégiée avec ses passionnés, s'inscrivant ainsi dans un véritable esprit de club.

Abarth Grande Punto S2000, 2007, concept car. Copyright

La première véritable Abarth du 21ème siècle arrive sur le marché en septembre 2007. Pour l'occasion, la Fiat Grande Punto adopte une esthétique agressive et immédiatement identifiable : elle arbore les couleurs bien connues rouge et blanc, des arches de roues élargies, des jantes généreuses et des prises d'air imposantes. Le style est complété par des coques de rétroviseurs rouges, des projecteurs additionnels, le logo du scorpion et des bandes latérales inspirées des années 1970. Sous le capot, le quatre cylindres de 1368 cm3 à 16 soupapes, suralimenté par un turbocompresseur Garrett, délivre initialement 155 ch.

Abarth Grande Punto, 2008. Copyright

Les premières ventes se concluent auprès d'une clientèle nettement plus jeune que la moyenne des autres modèles du groupe, confirmant que le nom d'Abarth appartient toujours au patrimoine vivant de l'Italie. Toutefois, la marque devient davantage synonyme de finitions soignées et d'équipements haut de gamme, prolongeant la voie tracée par la Stilo en 2001. La réduction du poids n'est plus une priorité et l'esprit purement sportif, sans s'effacer totalement, passe au second plan. A l'image des pratiques des années 1950 et 1960, l'usine commercialise un kit " Esseesse " conçu pour accroître les performances. Les concessions agréées assurent le montage de cette préparation sur des voitures neuves ou des exemplaires récents affichant moins de 20 000 km.

En 2010, la Punto Evo prend le relais. Sa puissance grimpe à 165 ch, tandis que son freinage gagne en endurance et son châssis en rigidité. A partir de juin 2012, la déclinaison Punto SuperSport porte la cavalerie à 180 ch. Parallèlement, l'Abarth Scorpione mise sur une allure radicale à travers une série limitée à 499 exemplaires, dont seulement 10 sont réservés au marché français. En 2011, Abarth totalise 865 ventes dans l'Hexagone, la Punto Evo représentant 15 % de ce volume.

Abarth Punto Scorpione, 2012. Copyright
 


63. Abarth Revival, la 500

Deuxième modèle de la gamme, l'Abarth 500 fait son apparition au Salon de Genève en mars 2008. Elle dérive de la nouvelle Fiat 500 lancée l'été précédent, laquelle bénéficie d'emblée d'un immense capital sympathie auprès du public. Sous son capot, le quatre cylindres de 1368 cm3 développe 135 ch, soutenu par des suspensions raffermies qui garantissent un comportement routier réjouissant. La petite citadine s'inscrit pleinement dans la mouvance néo-rétro amorcée durant les années 1990 par des modèles comme la Volkswagen Beetle ou le PT Cruiser. En privilégiant l'émotion sur la stricte utilité, elle parvient à substituer l'envie au simple besoin.

L'ancienne et la nouvelle 500 Abarth. Copyright

La déclinaison Abarth accentue les traits caractéristiques de la 500 en adoptant une prise d'air élargie, une poupe plus musclée et divers appendices aérodynamiques. En 2010, la gamme s'étoffe avec l'arrivée de la 500 C, une version découvrable dotée d'un toit souple. Selon son budget, l'acquéreur dispose d'une multitude d'options et d'accessoires pour personnaliser son véhicule, tels que des damiers sur le toit, des adhésifs latéraux ou des coques de rétroviseurs spécifiques.Même sans ces artifices, l'Abarth 500 permet au groupe Fiat de commercialiser à un tarif soutenu un produit bénéficiant d'une image de marque irréprochable. En conjuguant deux noms mythiques, le constructeur italien suit l'exemple de BMW qui, peu de temps auparavant, a brillamment associé son identité à celles de Mini et de Cooper. Depuis, Citroën a également investi ce créneau en ressuscitant la lignée DS pour rivaliser sur ce segment haut de gamme.

Abarth 500, 2009. Copyright

Fin 2008, Abarth dévoile deux nouveautés majeures : le kit Esseesse, portant la puissance à 160 ch pour un usage routier, et la version Assetto Corse de 200 ch, spécifiquement allégée de 120 kg et réservée exclusivement à la compétition. Fidèle aux traditions de la marque, les kits sont livrés dans une caisse en bois caractéristique. Le concessionnaire agréé se charge de l'installation une fois que le véhicule de série a effectué ses premiers kilomètres.

Abarth 500 Esseesse, 2009
 

Abarth 500 Assetto Corse, 2009. Copyright

Plus impressionnante encore, la 500 R3T s'impose comme une véritable voiture de rallye. Elle s'appuie sur le bloc de 1368 cm3 associé à un turbo Garrett qui délivre une puissance de 180 ch. La préparation technique inclut une boîte séquentielle à six rapports, un différentiel à glissement limité ainsi qu'un double embrayage. Pour l'efficacité, l'auto reçoit quatre disques de frein Brembo, une caisse abaissée, d'imposants boucliers et une prise d'air de toit. Une rampe de phares longue portée complète cette panoplie radicale. Lors de sa commercialisation, son prix s'affiche à 48 000 euros hors taxes et hors options.

500 Abarth 500 R3T, 2010. Copyright

L'Abarth 695 Tributo Ferrari de 2009 unit deux noms prestigieux de l'industrie automobile italienne, acteurs majeurs depuis six décennies du mythe de la voiture de sport transalpine. Cette collaboration s'inscrit dans l'histoire : dès 1953, Abarth réalise une Ferrari 166 à la carrosserie ultra-légère pour la Scuderia Guastalla. Hormis ce modèle unique, de nombreux échappements de la marque au scorpion ont équipé par le passé les mécaniques de Maranello.

Cette nouvelle déclinaison bénéficie de modifications substantielles conçues par les techniciens d'Abarth et de Ferrari. Le quatre cylindres de 1368 cm3 développe ici 180 ch. L'équipement se hisse naturellement à la hauteur du blason Ferrari, incluant une boîte de vitesses avec palettes au volant, des pneus à haut rendement et des jantes en alliage inspirées du style de la firme au cheval cabré. La dotation est complétée par des freins Brembo, des amortisseurs spéciaux, des teintes de carrosserie exclusives, des phares au xénon ainsi que des sièges sport signés Sabelt ...

Abarth 695 Tributo Ferrari, 2011. Copyright

En mars 2010, Patrice Duclos, président d'Abarth, constate que de nombreux distributeurs affichent leur satisfaction. Ils sont en passe de rentabiliser leur investissement plus tôt que prévu. Les ventes de l'année 2009 dépassent légèrement les objectifs avec 1 021 immatriculations, dont 80 % concernent la 500, pour un panier moyen de 21 000 euros. S'agissant d'achats " coup de cœur ", les clients ne recherchent pas systématiquement de remise, ce qui garantit aux concessionnaires des marges confortables. Ces derniers sont d'autant moins nombreux à se partager le marché que le réseau reste volontairement restreint par une sélection rigoureuse.

A l'occasion de la trentième édition des Mille Miglia, la marque présente l'Abarth 695 Maserati Edition, une série limitée à 499 exemplaires. Cette version découvrable emprunte à Maserati sa teinte bordeaux Ponte Vecchio. Après la collaboration avec Ferrari, cette nouvelle déclinaison affirme le positionnement d'Abarth sur le segment de la voiture de luxe. La base mécanique reste inchangée, avec le quatre cylindres de 1368 cm3 poussé à 180 ch. La vitesse de pointe atteint 215 km/h pour un tarif fixé à 38 452 euros.

Abarth 695 Maserati Edition. Copyright

Lors du Salon de Genève en mars 2013, Abarth dévoile son programme Fuoriserie. En dehors des séries limitées, le recours à ce catalogue de personnalisation constitue l'unique moyen pour un client de bénéficier du moteur de 180 ch. Pour illustrer cette offre, la marque expose quatre modèles exclusifs : l'Abarth 695 Record, dont le style rend hommage aux véhicules de record de la fin des années 1950, et la 695 Scorpione, qui rappelle par certains détails les Autobianchi A112 et Fiat 124 Abarth des années 1970. S'y ajoutent la 695 Black Diamond, destinée à une clientèle féminine, ainsi que la 695 Hype, conçue pour un public plus jeune et inspirée des tendances chromatiques contemporaines.

Abarth 695 Black Diamond. Copyright

Abarth 695 Hype. Copyright
 


64. Au delà de la 500

La presse automobile évoque depuis 2009 la présentation probable d'un petit coupé découvrable inédit. Un tel modèle permettrait à Abarth de renouer avec son glorieux passé, à l'époque où des carrossiers comme Allemano, Bertone ou Zagato signaient des créations originales. Cependant, ce projet de roadster spécifique tarde à se concrétiser. Il faut finalement attendre 2016 pour voir apparaître une réponse à cette attente avec l'Abarth 124 Spider, conçue sur une base partagée avec Mazda, marquant le véritable retour du Scorpion sur le segment des sportives biplaces.

Ce à quoi pourrait ressembler le futur coupé Abarth - Source : https://www.autoexpress.co.uk

Fidèle au rendez-vous genevois depuis huit ans, l'Istituto Europeo di Design (IED) de Turin expose lors de l'édition 2011 un concept-car baptisé Scorp-Ion. Cette étude de style naît d'une collaboration directe avec Abarth, sans l'intervention de Fiat. Le véhicule dispose d'une motorisation innovante composée de quatre moteurs électriques, logés chacun dans une roue. Fruit du travail de sept étudiants, le projet bénéficie de la supervision de Luca Borgogno et Luigi Giampolo, deux designers officiant respectivement chez Pininfarina et Maserati.

IED Abarth Scorp-Ion. Copyright

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