Cisitalia 202

Piero Dusio sur Wikipedia

1. Les débuts de Cisitalia

Piero Dusio, ex star du football, ex pilote de course, puis industriel Turinois de renom, fondait en 1939 la Consorzio Industriale Sportiva Italia - Cisitalia - afin de produire des accessoires et des vêtements de sport. Désireux d'accompagner le renouveau économique de l'après guerre et de satisfaire à sa passion pour le sport automobile, il ambitionnait de construire une monoplace de course économique, utilisant un maximum d'éléments de série puisés chez le géant italien Fiat, en particulier le moteur, les suspensions de certains accessoires.

Il s'assurait pour la conception de son projet les services de Dante Giacosa, rendu disponible du fait de la destruction du tissu industriel de l'italie du Nord par les bombardements. Ce dernier avait en effet travaillé pour Fiat, et c'est notamment à lui que l'on doit la fameuse Topolino.


Piero Dusio (1899-1975)      Dante Giacosa (1905-1996 )        Pinin Farina (1896-1966)

Giacosa était aussi l'un des initiateurs de la Fiat 508 C Mille Miglia, présentée en 1938, et qui était déjà dotée d'une carrosserie à flancs continus, de style ponton.


La Fiat 508 CC Mille Miglia de 1938 conçue par Giacosa. Le " pontoon side " doit son nom à la forme des flancs des radeaux flotteur.

2. La monoplace D 46

Commercialement, la nouvelle monoplace apparue en 1946 prenait le nom de D 46. La D 46 était dotée d'un châssis tubulaire, léger et solide, s'inspirant ainsi de ce que Giacosa avait pu découvrir au département aéronautique de Fiat. Et la matière ne manquait pas chez Cisitalia, constructeur de vélos de course ! Ainsi, les tubes destinés aux cadres de bicyclettes furent judicieusement utilisés. Cerise sur le gâteau, la main d'oeuvre des soudeurs était déjà formée !


La D 46 et son atelier d'assemblage

La D 46 utilisait des organes mécaniques Fiat peu coûteux. Un poids plume de 370 kg combiné aux 65 ch obtenus du moteur Fiat emportait la monoplace à 177 km/h. Le châssis tubulaire permettait de loger le moteur plus bas. Le capot moteur s'en trouvait abaissé, l'aérodynamisme amélioré. Le centre de gravité bas contribuait à une meilleure tenue de route. D'un prix modéré et d'un entretien facile, elle attirait de nombreux coureurs néophytes, mais renforçait surtout sa notoriété par les victoires remportées par des pilotes de renom à son volant : Sommer, Nuvolari, Chiron, Tarufi, Cortese ...


Cisitalia D 46


Cisitalia D 46 en course

3. La Cisitalia 202 MM

Ces automobiles connurent une franc succès en Italie, ce qui incita Dusio à concrétiser un rêve ambitieux, la création d'une voiture de sport à deux places, destinée à la  compétition. Parallèlement au projet de monoplace 201 (le type D 46), Giacosa débutait l'étude du projet 202 sur les mêmes bases, avec un châssis élargi afin de loger les deux sièges.

A cette époque, Fiat se remettait doucement des destructions de la guerre, et rappelait Giacosa. C'est alors que Dusio sollicita les services d'un autre ingénieur, Giovanni Savonuzzi, en le débauchant aussi chez Fiat où il excellait dans la branche aéronautique.


La 202 Mille Miglia (MM)

Savonuzzi poursuivait le travail de Giacosa, en s'attachant notamment à offrir une carrosserie digne de ce nom au nouveau projet. En effet, la 202 Mille Miglia (tel était son nom) allait être dotée d'un impressionnant habillage, caractérisé par des ailes arrières à jupes, et de grands ailerons verticaux.

L'ingénieur utilisa des tunnels à vent pour valider l'aérodynamisme des différentes carrosseries à l'étude pour le prototype. Les premières 202 MM furent fabriquées chez Alfredo Vignale. Une version spyder était développée à partir du coupé, et héritait de l'appellation Nuvolari, en hommage au célèbre pilote qui se classa deuxième aux Mille Miglia de 1947 à bord d'une Cisitalia.


Le spyder 2 places connu sous les types Sport, Sport Special et Nuvolari.

4. La Cisitalia 202 Grand Sport

Bien que séduisantes, ces voitures souffraient d'un sous équipement chronique qui leur interdisait d'attaquer les marchés étrangers, ce que Dusio tenait pourtant à faire. La conjoncture était désormais favorable pour commercialiser une voiture de sport de grand tourisme, richement dotée et confortable..

Dusio fixa un cahier des charges très explicite à son ingénieur : sur la base d'un châssis tubulaire et de la mécanique de la Fiat 1100, la nouvelle GT devait être large comme sa Buick, basse comme une voiture de grand prix, confortable comme une Rolls Royce et légère comme la D46. C'est alors que Pinin Farina fut sollicité pour épauler Savonuzzi dans sa mission.

Dans la carrosserie automobile depuis l'âge de ... 11 ans, Pinin Farina créait ses propres usines en 1930. La guerre terminée et après des années d'immobilisme forcé, il décidait de faire table rase du passé. Cette rencontre avec Dusio qui lui aussi partait de zéro avec son projet tombait à point nommé. Farina était persuadé que les formes d'avant guerre étaient dépassées, et il voulait aller vers des lignes pures, lisses, essentielles, en refusant les châssis encombrants et les chromes.

La première Cisitalia de tourisme fut présentée à Milan le 6 septembre 1947, à la veille du Grand Prix d'Italie. Elle arborait alors une peinture vert pâle métallisé, telle que présentée dans le catalogue publicitaire de l'époque. Sa première exposition à un salon international date d'octobre 1947 à Paris.


La Cisitalia 202 Gran Sport

Le style inspiré de Farina - avant simplifié, ailes intégrées - annonçait le dessin caractéristique des premières Ferrari. Dénommée 202 Gran Sport, la voiture était dans le contexte de l'époque, en cette fin des années 40, totalement révolutionnaire, de part son style vif, nouveau, efficace ! Une espèce de perfection !

Certes, la Cisitalia n'était pas la première automobile à arborer le style ponton. Par contre, elle était la première à combiner ce style avec un capot moteur plus bas que les ailes, rendu possible par le modernisme de sa conception (Un contre exemple est celui des Simca Sport des années 50 au capot moteur haut).


La Cisitalia 202 Gran Sport

Arthur Drexler, spécialiste en architecture, décrivait ainsi la Cisitalia : " Les surfaces ne sont jamais reliées par des angles vifs, mais enveloppées. Les portières sont petites pour ne pas contrarier l'aspect lisse de la coque, les glaces latérales donnent l'impression d'une poussée accentuée en avant, grâce à un angle aigu dirigé vers les roues avant ... Les deux extrémités de la voiture atteignent à une extraordinaire tension, comme s'il était malaisé de mettre la carrosserie sur le châssis, et qu'elle devait entrer à sa place en forçant ".


Cette publicité met en avant, mais à outrance, les lignes de la 202 Gran Sport

5. La consécration au Musée d'Art Moderne de New York

L'accueil du public fut unanime, tant dans les grands concours d'élégance, que lors des salons internationaux. L'ultime consécration vint en 1951 quand le Musée d'Art Moderne de New York intégra dans sa collection permanente un exemplaire de la Cisitalia. La 202 Gran Sport devenait un véhicule de légende et passait à la postérité.


La 202 Gran Sport au Musée d'Art Moderne de New York

Le coupé était rejoint en 1948 par un cabriolet. Henry Ford II en acquit un en 1948 auprès de l'importateur New Yorkais !


Cabriolet Cisitalia 202 dans le film " Chronique d'un amour " de Michelangelo Antonioni en 1950


La Cisitalia 202 Gran Sport Cabriolet

6. Une carrière difficile

Le prix des Cisitalia était prohibitif pour des voitures de petite cylindrée pas vraiment rapides. Si personne ne démentait leur charme et le plaisir que l'on pouvait éprouver à les conduire, les acheteurs disposés à débourser une somme aussi importante étaient peu nombreux, même pour une oeuvre d'art. La concurrence, Jaguar XK 120 ou Porsche 356 par exemple, proposait des produits plus performants à des tarifs moindres.

Pinin Farina assura la production d'une centaine d'exemplaires à partir de 1948, tous en aluminium. Seules les deux premières voitures fabriquées le furent en acier. Il se retirait ensuite du projet, laissant aux ateliers Stabilimenti Farina (dirigé par son frère Giovanni) puis à Vignale le soin d'assembler des dernières 202 Gran Sport, toutes en acier. Quelques châssis furent confiés à des carrossiers, parmi lesquels il convient de citer Frua et Castagna.

7. Les évolutions

Des détails modifièrent l'aspect de la 202 au cours de sa carrière. Ainsi on vit apparaître deux ouïes latérales devant les portières. Plus tard, Vignale adopta un pare brise bombé d'une seule pièce. Les 23 lames de la calandre cédèrent la place à une version à 17 barrettes plus épaisses. D'autres éléments (entrée d'air sur le capot ...) firent que peu de voitures étaient strictement identiques.

8. Les dernières années

Des investissements laborieux dans l'étude d'une automobile de grand prix contribuèrent à déstabiliser les finances de la jeune entreprise à partir de 1949. En effet, faute de crédits suffisants, le développement de la type 360 Grand Prix étudiée en collaboration avec Ferry Porsche et Carlo Abarth était abandonné, malgré l'attrait que représentait ses quatre roues motrices et son moteur central arrière douze cylindres à turbocompresseurs développant 300 ch. Parmi les cinquante exemplaires en cours de fabrication, le seul qui fut réellement achevé ne participa jamais à un grand prix.


L'étude de la 360 Grand Prix mit à mal les finances de Cisitalia

Piero Dusio expatriait son activité en Argentine. Il y fonda l'Autoar pour fabriquer  des voitures de tourisme et de course sur la base de mécaniques Fiat. La production de l'usine argentine cessait à son tour en 1962. Piero Dusio mourrait à Buenos Aires le 7 novembre 1975

Le nouveau propriétaire de l'usine italienne poursuivit la fabrication de voitures de manière très sporadique jusqu'au milieu des années 60. On vit ainsi apparaître au salon de Genève 1952 la version 202 D, produite jusqu'en 1955 à cinq exemplaires (trois coupés et deux cabriolets), équipés d'un moteur marin 2.8 litres BMP, développant 160 ch. La version 303 DF, dérivée des premières 202 avec une carrosserie réactualisée, était commercialisée de 1951 a 1953 en conservant la mécanique Fiat 1100.


Une des cinq 202 D (source : http://desmocoupe.de)

La fabrication des Cisitalia était suspendue de 1958 à 1961, avant de reprendre avec les modèles 750 D et 850 sur base mécanique Fiat. Mais la marque avait perdu de son prestige des années 40, et fermait ses portes dans l'indifférence générale en 1965. La production totale des 202 Gran Sport de 1947 à 1952 fut de 153 coupés et de 17 cabriolets. Ces chiffres modestes n'empêchèrent pas la Cisitalia 202 de figurer au Panthéon de l'histoire automobile, aux cotés des 2 CV Citroën, VW Coccinelle, Austin Mini ou Ford T.

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