Chevrolet Corvair

1. Un nouveau créneau, les compactes

Les années 50 étaient celles de l'insouciance aux Etats Unis. L'économie allait bon train, le carburant n'était pas cher, le réseau routier était en plein développement.  Les automobiles " full size " faisaient un malheur, avec des modèles aux lignes de plus en plus longues, larges et délirantes. Seuls quelques constructeurs américains avaient fait le pari inverse du toujours plus, comme Studebaker avec son économique Lark ou AMC avec sa Rambler American. Il demeurait pourtant une faible proportion de la population au budget plus limité, à la recherche d'une voiture économique à l'usage. Les européens Fiat,  Volkswagen ou Renault s'étaient aussi engouffrés sur ce créneau porteur.

Ces autos étrangères avaient en plus pour elles une images exotique, qui n'était pas pour déplaire à une clientèle jeune soucieuse de se démarque du tout venant. Leurs  faibles dimensions et leur maniabilité en faisaient aussi des véhicules appréciés du public féminin, et elles étaient parfois la seconde voiture du foyer. Petit à petit, les européens grignotaient des parts de marché. Dans un premier temps, General Motors réagissait en ayant recours à des importations captives en provenance de ses filiales européennes Vauxhall et Opel. Pour les dirigeants du groupe, il devenait urgent de proposer un produit 100 % américain avant qu'il ne soit trop tard.

2. La réponse de la General Motors

C'est dans ce contexte que fut proposée à partir de 1960 la Chevrolet Corvair. Ford fit de même avec sa Falcon très classique, et Chrysler avec sa Plymouth Valiant aux lignes plus tourmentées.


Chevrolet Corvair 1960


Ford Falcon 1961


Plymouth Valiant 1961

Si les dessins de ces deux dernières ne marquèrent pas l'histoire de l'automobile, la Corvair par contre allait laisser son empreinte tout au long des années 60, surtout en Europe. Ses lignes d'une rare sobriété dans le paysage automobile US étaient l'oeuvre de l'équipe de Bill Mitchell, qui avait remplacé Harley J. Earl à la tête du bureau de style de la GM. Une nervure de côté parcourait sans interruption toute la caisse, embellie par une bande de chrome qui partageait la silhouette en deux parties inférieure et supérieure. La Corvair avait une allure symétrique, avec un volumineux coffre avant opposé au long capot moteur arrière. Les surfaces vitrées étaient généreuses.


Chevrolet Corvair

Techniquement, la voiture fut mise au point sous la responsabilité de l'ingénieur en chef Edward N. Cole, alors directeur général de Chevrolet, et futur président de la General Motors. Elle adoptait un six cylindres 2.3 litres de 95 ch à plat situé à l'arrière, une révolution dans l'Amérique gavée depuis des années par des V8 à propulsion placés à l'avant et à refroidissement par eau. Les européens  Fiat,  Porsche, Volkswagen et Renault avaient montré la voie à suivre.

Le terme Corvair fut déjà utilisé sur un concept car de coupé fastback sur base Corvette. Le " Cor " faisait référence à la Corvette, l'autre modèle décalé de la gamme Chevrolet. Le " Air " évoquait le refroidissement par air de la mécanique, à moins qu'il ne s'agisse de rappeler que la voiture était dans l'air du temps, voir que la fluidité de ses lignes permettait à l'auto de glisser sans difficulté face à la résistance de l'air. Voir un peu des trois !


Chevrolet Corvair

3. Rendue célèbre grâce à Ralph Nader

La Corvair est demeurée dans la mémoire collective surtout grâce à l'avocat  Ralph Nader qui lui attribua une réputation de voiture dangereuse dans son livre Unsafe at any speed disponible en librairie à partir de  1965. Nader compila de nombreuses statistiques et exploita des milliers de rapports de police pour son étude. Il en ressortait que la Corvair présentait un taux d'accident largement supérieur à la moyenne du parc automobile de l'époque. Nader accusait Détroit de livrer des cercueils roulants, d'avoir privilégié la puissance sur la sécurité, d'avoir bâclé l'étude de sa voiture dans le seul but de faire du profit. L'avocat ne s'inclina jamais dans son combat malgré les fortes pressions des " big three ".

La première génération de Corvair dévoilée le 2 octobre 1959 fut maintenue au catalogue jusqu'en 1964. Il fut produit 1 465 000 unités toutes carrosseries confondues de cette version. L'année suivante, la voiture adoptait une nouvelle robe d'une grande pureté. Mais l'image de la voiture détériorée par le combat de Nader et l'arrivée de la Mustang chez Ford firent chuter les chiffres de ventes dès 1966. Pour ne pas donner l'impression de céder face à Nader, Chevrolet décida de maintenir la Corvair dans sa gamme jusqu'en 1969, même si les ventes étaient devenues dérisoires pour un tel modèle. Dans l'intervalle, la Chevrolet Camaro s'était affirmée comme une rivale sérieuse pour la Ford Mustang. La Corvair pouvait quitter ce monde impitoyable.


Chevrolet Corvair

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